‹ La Censure sous Napoléon IIIChapitre 2 sur 77 · PREFACE. III · texte numérisé non relu

PREFACE. III

naître rentantillage de sa conduite. Car alors il sera redevenu une individualité apte au raisonnement.

Pour effrayer les gens susceptibles de l'être on leurdit avec déclamation : « Si vous abrogez la Censure, si vous refusez à TEtat son contrôle sur les théâtres, c'en est fait de la morale, c'en est fait de la Société. La Pornographie régnera. Pères de famille, vous ne pourrez conduire ni vos femmes ni vos filles à ces spectacles qui ont été la joie de votre jeunesse et qui, sans nul doute, seront encore celle de votre vieillesse. » Prophétie effrayante de prime abord, mais à Texamen aimable badinage.

Tout ce qu'une savante pornographie peut inventer a paru sur la scène : mots à double sens, calembours grivois, situations raides, farces polissonnes ont reçu, depuis longtemps déjà, l'estampille des censeurs. Je dois ajouter que cette littérature aphrodisiaque n'a malheureusement pas diminué le nombre des

IV P ri: FACE.

insensuellesetdesémasculés. Seule, révolution des races, pourra modifier, à cet égard, Thumanité encore si imparfaite.

Tout ce que des novateurs hardis pourraient donc tenter, ce serait de substituer aux sousentendus les crudités de la Réalité. A bien examiner les choses, sans nervosité ni parti-pris, ils seraient bien au-dessous de leurs prédécesseurs. Le nu ne saurait avoir la puissance d'excitation du demi- vêtu. Si la censure met cet aphorisme en doute qu'elle interroge MM. les Directeurs des maisons Tellier.

Un ballet dansé par des ballerines décolletées ainsi qu'Eve aux premiers jours de TEden, pourra être intéressant au point de vue esthétique, mais, quelque lascives que soient les poses des figurantes, elles n'allumeront jamais les paillardises autant que les jupes courtes, le collant des corsages sur la taille, le contraste de la blancheur des chairs avec les couleurs chatoyantes desétofFes, la gentillesse sautillante des

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