‹ La Censure sous Napoléon IIIChapitre 3 sur 77 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

pieds dessinés par les brodequins, le dandinement des tutussuggestifs en joies charnelles,in viteursauxfarfouillements des mains luxurieuses.

Aussi bien, d'ailleurs, la Pornographie n'estelle point le motif réel du maintien de la Censure. Ce motif réside uniquement dans la Politique. Nos députés et nos ministres redoutent, à tort ou à raison, que l'imagination de nos auteurs transforme les salles de théâtre en autant de succursales du Palais Bourbon. Ils ne veulent point d'une semblable exportation, et leur frayeur, fort légitime, répond bien au mouvement protectionniste qui domine aujourd'hui. Aristophane n'est pas l'homme de nos Elus ; ils lui pardonnent difficilement les pensums qu'il leur valut pendant les lointaines années scolaires.

Je veux bien reconnaître que l'introduction de la politique sur la scène n'aurait rien de folâtre. Il ne faudrait cependant pas en exagérer la portée. Non seulement les Directeurs de

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théâtre ne recevraient de telles pièces qu'avec difficulté, mais le public lui-même s'en lasserait très vite, estimant avec raison, qu'il est excessif de dépenser cinq ou six francs pour entendre le soir les plaisanteries lues le matin dans un journal de deux sous. Puis, de même qu'il y a des journaux pour toutes les opinions, il y aurait également des pièces pour tous les partis et, leurs effets contraires se neutralisant leur influence deviendrait nulle.

Il reste à envisager la venue possible de pièces patriotiques de nature à froisser Thonneur national de telle ou telle puissance. Le cas est plus grave et mériterait un examen approfondi. Il est incontestable que le général Boulanger, voulant la guerre à tout prix, n'aurait pas manqué de recourir à de pareils stratagèmes. M. Déroulède eut vite confectionné le mélodrame à tirades tricolores. Et comme le Boulangisme fut, dans sa première partie surtout, un mouvement essentiellement chauvin,

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quelque chose comme une pustule patriotique sur l'épiderme populaire, il n'était pas impossible que les pièces belliqueuses eussent obtenu un honteux succès. Ainsi, la République aurait payé — chèrement il est vrai — ses bataillons scolaires, sa Revue du 14 juillet, son militarisme à outrance.

Cependant, on p^ut admettre que là aussi, il y aurait eu concurrence. Les pièces des dramaturges, ennemis du général, nous eussent montré la vanité des gloires militaires, Tinutilité des combats, la boucheriedes champs debataille, l'identité entre le courage guerrier et la bravoure de rhalluciné furieux, Tenfantillage des drapeaux, enfin, la petitesse des patries comparées à THumanité.

Mais, de même qu'un constructeur avant de livrer son œuvre au public la soumet au maximum du poids, de la vitesse ou de la résistance, mettons les choses au pis. Supposons que telle pièce. ])ar la nature de ses idées, soulève de

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