‹ La Censure sous Napoléon IIIChapitre 21 sur 77 · DE M. EDMOND DE CONCOURT. XXXVII · texte numérisé non relu

DE M. EDMOND DE CONCOURT. XXXVII

sure dont je vous donne les petits arrêts de mort, est une censure littéraire, une censure comme il peut seulement s'en rencontrer dans les temps et les gouvernements autocratiques, une censure qui, au milieu du labeur de cette fin de siècle, vers la reproduction de la vérité, de la réalité dans tous les arts, cherche à assassiner les tentatives nouvelles par l'imposition du mot noble et de la tragédie, dans la peinture du monde moderne.

Et si, messieurs les représentants, ma demande n'est pas accueillie, appuyée, chez vous, je serais en droit de dire que la Chambre actuelle n'a aucun souci de l'indépendance, de la liberté des auteurs dramatiques de la France — et qu'en un mot la littérature de son pays ne lui est de rien.

19 février 88.

Edmond de Goncourt.

LETTRE DE M. EdMOND DE GoNCOURT, AU PRÉSIDENT DE LA. COMMISSION .DE LA CEN- SURE.

Mars'.n.

Monsieur,

A quoi bon me déranger? La chose est jugée d'avance. Il y aura toujours en France, et même en une France républicaine ayant dans son programme la liberté de la pensée, il y aura toujours une censure, par ce sentiment qui, du haut en bas de l'échelle gouvernementale, fait du fonctionnaire de TËtat français un monsieur qui aime à embêter le Français qui n'est pas fonctionnaire. Du reste, tout ce que j'ai à dire contre la censure, je l'ai écrit dans une lettre que voici :

Vous me demandez mon opinion sur la cen^

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sure, elle est très nette. La censure, pour moi, est seulement une source d'embarras pour le gouvernement.

Je voudrais le public seul juge des pièces, et on le calomnie quand on affirme qu'il se plaira aux pures cochonneries. Pour moi, il sera un censeur plus intelligent, fera mieux la différence de la pièce industrielle avec la pièce d'art, se montrera moins paternel à la gaudriole.

Puis, qu'il y ait conflit entre le public, au sujet d'une pièce pour un motif quelconque, et que ce conflit tourne à la bataille, je trouve très naturelle Tintervention du gouvernement, mais je ne voudrais pas l'interdiction immédiate, je voudrais une suspension, et au bout de huit jours — bien des colères et desanimosités se calment en une huitaine à Paris — je voudrais qu'il y eût une reprise de la pièce, et que la pièce fût seulement supprimée, si la bataille se renouvelait.

Maintenant, le plus souvent, est-ce bien vrai

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