‹ La Censure sous Napoléon IIIChapitre 39 sur 77 · LA TOUR DE NESLE · texte numérisé non relu

LA TOUR DE NESLE

Drame en prose.

Cet ouvrage fut représenté pour la première fois à la Forte-Saint-Martin, le 29 mai 1832.

A cette époque il n'existait pas de censure dramatique; le succès fut immense, et plus de trois cents représentations consécutives eurent lieu à Paris.

Le mauvais côté de ce drame était de montrer une reine de France se livrant à toutes les débauches et à tous les crimes. Du premier acte au dernier, il n'est question que d'adultères, d'incestes, d'assassinats et de déclamations injurieuses contre les hautes classes de la société.

Les lois de septembre 1835 ayant rétabli la

' Par MM. Aloxaiidre Diiiiias <n daill.ti-ilcl.

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censure, il fut question d'interdire la Tour de Ncsle.

En 1836, M. Thiers, alors ministre, fit venir à son cabinet la commission d'examen, et entre autres instructions, il lui recommanda, surtout, de ne pas approuver des pièces telles que la Tour de Nesle.

Cependant, le ministre recula devant le succès de ce drame et devant sa popularité ; Tinterdiction ne fut pas prononcée : on se contenta d'exiger quelques modifications, et, la pièce continua d'être représentée sur divers théâtres de Paris, et, à peu d'exceptions près, dans tous les départements.

Le 18 février 1853, une décision de M. de Persigny, ministre de l'intérieur, comprit /a Tour de iS'fôZe parmi les pièces interdites, et la représentation en fut défendue à Paris et en province.

Presque tous les directeurs ont réclamé contre une interdiction nuisible à leurs intérêts; mais

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on ne peut méconnaître que les inconvénients de cette pièce se sont aggravés encore par le fait même de la mesure qui Ta supprimée du répertoire. Si on la permettait aujourd'hui, elle semblerait plus dangereuse depuis que son danger a été consacré officiellement par une décision ministérielle.

NOTE DE LA COMMISSION d'eXAMFA' SUR LA DEMANDE d'uNE REPRISE DE LA

Tour de Nesle

!"• février tSiw.

La Tour de Nesle est une dcs pièces qui ont motivé, en 1835, le rétablissement de la censure dramatique, non au point de vue d'une politique de circonstance, mais, au point de \ue de la morale publique de tous les temps.

Quand tant de bons esprits sont frappés de rabaissement des personnes royales dans la pièce de/« Czarine, comment laisser reprendre un drame dont le principal personnage est une

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reine de France, Marguerite de Bourgogne, qui, après lorgie de chaque soir, fait jeter le matin à la Seine le cadavre de Tamant auquel elle s'est livrée?

Cette pièce est un tissu de crimes et de monstruosités; elle a été mise à Tindex par Tadministration supérieure, et la commission d'examen ne peut trouver ni dans ses souvenirs, ni dans sa conscience un motif de lever cette trop juste interdiction.

La commission supplie instamment les personnes qui voudraient demander la reprise de ce drame, œuvre de talent incontestable, de vouloir bien le lire au point de vue de la morale publique, du respect des têtes couronnées et de rimpression que de tels tableaux doivent laisser dans l'esprit des masses.

La commission pense que l'autorisation actuelle de cet ouvrage capital amènerait infailliblement la reprise de toutes les pièces interdites et rouvrirait la porte à cette littérature sans

frein qui a causé tant de scandales et tant de malheurs.

La représentation de cet ouvrage paraît à la commission contraire aux vues et aux intérêts du gouvernement.

Théâtre du Vaudeville

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