LE MARIAGE D'OLYMPE
Pièce en trois actes '.
PREMIER RAPPORT
8 juin 18oij.
Henri de Fuygiron appartient à une ancienne famille de Bretagne qui a conservé toute l'austérité des mœurs d'autrefois. La naïveté de ses premières impressions l'a livré sans défense aux séductions d'Olympe Taverny, femme ga-
' Par M. Éniilo Aui;ii>r.
sous NAl'ULKoN IH. Sli
lante, très connue dans le monde des viveurs parisiens. Trompé par ses antécédents, il l'a épousée sous son vrai nom de Louise Morin, qu'elle a repris pour lui, après s'être fait passer pour morte. Il ne croit faire qu'une mésalliance, il déshonore son titre en le donnant à une pareille femme.
Après ce mariage, Olympe s'est hâtée de quitter le monde, qui a retenti de ses scandales; elle voyage avec son mari. Arrivée aux eaux de Pilnitz, celui-ci rencontre son oncle et sa tante, le marquis et la marquise de Puygiron, qui ne savent rien de son mariage. Obligé de leur présenter sa femme, il leur avoue qu'il a épousé une jeune fille d'une naissance obscure. Le marquis et la marquise, quoique d'une sévérité antique, finissent par accepter leur nièce, ({ui se fait passer auprès d'eux pour la tille d'un Vendéen et qui les charme par toutes sortes de prévenances ajoutées à ce mensonge.
Cependant Henri commence à se désillusion-
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ner sur le compte de sa femme ; il vient de revoir sa cousine Geneviève qu'il devait épouser, et, sans se l'avouer, il pense à cette union où il aurait trouvé le bonheur. De son côté Olympe regrette le monde de plaisirs et d'orgies qu'elle a quitté. Installée à Berlin chez le vieux marquis, elle se sent mal à Taise au milieu de la famille honorable et sévère où elle est tenue de vivre. Selon l'expression de l'un des personnages de la pièce, elle se sent prise de la nostalgie de la bouc. L'arrivée de sa mère et de Montrigaud, un de ses anciens amants, achève de la rendre à ses inclinations perverses. Dans un sou[)er avec ces deux témoins de ses orgies, elle reprend toutes ses habitudes ; elle redevient l'Olympe d'autrefois.
Depuis ce moment, les idées et les sentiments qui séparent les deux époux se dessinent de plus en plus ; ils aboutissent à une catastrophe.
Lorsque le vieux marquis découvre la vérité, lorsqu'il voit Olympe sur le point de livrer le
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nom d'Henri au scandale, il fait le sacrifice de sa vie au bonheur de son neveu, à l'honneur de son nom : il tue laventurière et se fait ensuite sauter la cervelle.
Cette pièce met encore une fois en scène une de ces femmes perdues qui, depuis la Dame aux Camélias^ ne fournissent que trop de sujets au théâtre. En regrettant un pareil entraînement, nous devons toutefois reconnaître que le sens des récents ouvrages où ces sujets sont traités aboutit à une condamnation sévère des mauvaises mœurs. Les Filles de Marbre et le Demi- Monde présentent les aventuriers et les femmes galantes sous des couleurs qui les llétrissent et les vouent au mépris.
Le Mariage dj^Oli/mpe est une sorte de conclusion de ces diverses pièces, en particulier à celle du Dcinl-Moade. Il montre quel malheur peut apporter dans une honnête famille une femme aux mœurs perdues, au cœur gâté. Cette
nature de personnages étant acceptée, il y a là une leçon dont nous avons dû tenir compte.
Il nous a donc semblé que le fond de l'ouvrage pouvait être admis. Les- détails vont beaucoup trop loin, et voici les points principaux sur lesquels portent nos réserves :
1° Le personnage de la mère, se retrouvant avec sa fille et prenant part au souper du deuxième acte, nous paraît impossible. Une mère partageant et exaltant les mauvaises passions de sa fille, ne doit pas figurer à ce titre dans une pareille scène.
2" Le dénouement ne saurait être admis sous le double point de vue moral et religieux. Un vieillard, représentant Fidéal de l'honneur et de la vertu, ne peut pas être montré se suicidant après s'être fait justice par un meurtre, pendant que sa femme, qui Ta poussé à cette action coupable, comme à un devoir, assiste à genoux et en priant Dieu à la catastrophe.
A ces conditions et sous la réserve expresse
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d'autres détails^ nous pensons que la pièce pourra être autorisée.
DEUXIÈME RAPPORT
■ ') juillet l'Sj.i.
L'auteur du Mariage dOilympe, auquel nous avons communiqué nos réserves exprimées dans le rapport ci-joint et approuvé par M. le Ministre, a fait droit à celles qui concernent le dénouement et les détails du dialogue indiqués sur les manuscrits.
Le meurtre qui termine la pièce n'est plus un acte prémédité par le vieux marquis, mais le résultat d'un entraînement provoqué par la conduite d'Olympe. La marquise ne prend aucune part à ce meurtre qui n'est plus suivi du suicide du marquis '.
' M. Emile Augier modifia son dénouement de cette façon : Primitivement, le marquis, tandis que sa femme priait pour lui, répondait : Dieu me jugera ! — Plus tard, l'auteur substitua un mot à un autre et, montrant le marquis posant son pistolet ajirès le meurtre d'Olympe, il lui fait dire: On méjugera l
Les détails les plus choquants du dialogue ont été supprimés ou modifiés.
Reste la scène entre Olympe et sa mère.
L'auteur nous a déclaré que le rôle de celle-ci est indispensable au sens et à l'économie de son œuvre. Il dit que pour rendre l'aventurière impossible au milieu d'une famille honorable, il a dû la montrer à côté de sa mère, une de ces femmes qui encouragent les vices de leur fille et qui ont perdu toute pudeur;
Que cette opposition lui est nécessaire pour rendre vraisemblable la catastrophe qui termine sa pièce ;
Qu'une fausse mère ou une fausse tante ne fournirait pas dans cette situation des couleurs assez tranchées pour une pareille opposition ;
Qu'enfin, le sens moral qu'il a voulu donner à son drame en montrant une femme comme Olympe, serait trop affaibli s'il ne la mettait en scène avec sa corruption, son entourage et sa famille.
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Ces raisons ne nous ont pas convaincus. Nous trouvons que le côté moral invoqué par Fauteur ne saurait racheter le spectacle de cette cynique dégradation. Il ne nous paraît pas possible de risquer aux yeux du spectateur une scène qui découvre un coin si hideux et si déplorable des mauvaises mœurs. Ce serait compromettre la dignité du rôle maternel et laisser porter atteinte au respect qui lui est dû aux yeux de tous. Si la morale et les convenances publiques réprouvent un pareil spectacle, les raisons d'art suffisent-elles pour l'autoriser?
En conséquence, nous maintenons notre objection relativement à la scène qui termine le deuxième acte. Sous cette réserve, nous proposons, comme nous l'avons déjà fait, l'autorisation du Mariage d'Olympe.
Théâtre de la Porte-Saint-Martin PARIS
Drame historique, en vingt-rinq tableaux.
19 juillet 18o5.
Cette pièce met en scène les principaux événements de rhistoire de Paris, c'est-à-dire de la France. Dans cette longue revue, Tauteurfait passer sous les yeux des spectateurs les temps druidiques, la décadence des Romains, le départ pour la croisade, l'entrée de Charles VII, les splendeursdeLouisXIVà Versailles, le triomphe de Voltaire, les enrôlements volontaires en 1 792, M'"" Roland et Charlotte Corday à la Conciergerie, enfin le retour du général Bonaparte après la campagne d'Italie; l'apothéose représente la façade du Palais de l'Industrie.
La donnée générale de cette pièce porte l'era-
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preinte des idées bien connues de cette école qui s'intitule humanitaire et qui applique à riiistoire les idées panthéistes.
Enveloppée dans de nombreux détails, cette philosophie sera heureusement perdue en grande partie pour les spectateurs.
Après un examen très approfondi, il nous a paru, en effet, que des préoccupations politiques se manifestaient dans certaines parties de cette œuvre d'une façon inadmissible.
Trois tableaux nous ont particulièrement frappés à ce point de vue:
1" Le triomphe de Voltaire; 2" Les enrôlements volontaires ; 3" La Conciergerie.
Ces tableaux signalés prenaient à la scène un caractère encore plus tranché. La commission et l'inspection se sont trouvées d'accord à cet égard.
En conséquence, nous avons demandé :
1" Que les tableaux de Voltaire et de la Conciergerie fussent supprimés.
"2" Que celui des enrôlements volontaires fût purgé des détails révolutionnaires et présenté sous un aspect militaire, comme un mouvement national contre l'étranger.
3° Que la pièce se terminât avant la Révolution, ou qu'un tableau final fût consacré à Napoléon I".
Le directeur est entré pleinement dans nos vues, mais il s'est trouvé en présence des résistances de l'auteur. Il a passé outre; il a supprimé ou modifié les tableaux sus-mentionnés; il a fait faire un tableau final représentant Napoléon P' distribuant les aigles au Champde-Mars.
Cet ouvrage s'est ainsi trouvé profondément modifié selon nos conventions. Dans son état actuel, il est surtout une pièce à grand spectacle
SuL'^ NAlMtLKii.N Ur. 9'^
présentant, avec toutes les magnificences de la mise en scène, la série des principaux événements de notre histoire.
En présence du grand mouvement que l'Exposition universelle produit à Paris, nous avons attaché beaucoup d'importance à une pièce qui est comme le résumé de notre histoire et qui, sur le premier théâtre du boulevard, doit présenter aux étrangers toutes les merveilles dune mise en scène splendide. Nous devons rendre cette justice au directeur qu'il nous a secondés de tout son pouvoir dans ce travail ingrat et difficile qui consistait à donner à un ouvrage de cette importance un sens plus large, plus général et un caractère plus français.
En conséquence, nous proposons l'autorisation.
ni LA CK.NSl HK
Théâtre du Cirque Impérial
LE KOI LEAR'
Drame en cinq actes et dix tableaux.
7 juillet 18o7.
Cet ouvrage est, sinon une traduction, du moins une imitation de la pièce de Shakespeare.
Nous pensons que les situations outrées, les sentiments hors et contre nature, en un mot les hardiesses qu'il renferme ne peuvent se produire que sur une scène essentiellement littéraire, devant un public d'élite, comme une étude abritée par le grand nom de l'auteur anglais. Sur une autre scène, devant le public du boulevard, ce serait un spectacle dont la portée philosophique ne serait pas com-
* Imité de Shakespeare, par MNl. Ed. Devique et Crisarulli. Le rôle du roi Lear y était ctrougcuient et parfois admiraldc ment joué par Rouvière.
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prise et dans lequel nous craindrions qu'on ne vît que la dégradation de la royauté j sous les traits de ce vieux roi en butte aux plus odieux outrages de la part de ses enfants et en proie à la plus misérable démence.
Nous ne pouvons donc proposer l'autorisation pour un théâtre populaire comme le Cirque Impérial, qui a pour mission de représenter des ouvrages d un autre genre et d'un autre ordre.
Le ministre na pas approu/té les conclusions du rapport sur le Roi Lear. En conséquence^ la représentation en est autorisée, sauf les observations de détail que MM. les membres de la commission d'examen x>ourraient avoir à faire sur ce drame.
i)6 LA CENSURE
Théâtre de la Porte-Saint-Martin