‹ La Censure sous Napoléon IIIChapitre 41 sur 77 · NOTRE-DAME DE PARIS · texte numérisé non relu

NOTRE-DAME DE PARIS

Drame en cinq actes et quinze tableaux.

PREMIER RAPPORT

•27 aoiU 1So7.

Cet ouvrage représenté, pour la première fois, au mois de mars 1850, n'a jamais été soumis à Texamen de Tadrainistration.

Indépendamment du nom de l'auteur du livre généralement connu dont le drame est la reproduction, la pièce de Notre-Dame de Paris ne nous paraît pas de nature à être autorisée. Des tableaux odieux, des scènes contraires à l'ordre et à la morale, des attaques contre la religion y abondent. C'est en vain que l'auteur du drame a effectué quelques modifications au moyen desquelles il prétend présenter Claude

1 Tiré du roman de Victor Hugo, par M. Paul Foucher.

sous NAlMiLKiiN [If.

Frollo comme un imagier de Notre-Dame.

1) après le langage qu'il tient et dans le milieu où il est placé, en un mot d'après tous les éléments qui composent Fensemble de ce rôle, le public, ne fût-il pas prévenu, verrait toujours dans ce personnage le prêtre prévaricateur, impudique et assassin.

Pour ces motifs, nous ne pouvons proposer l'autorisation.

DEUXIÈME RAPPORT

17 mars 1S(58.

... Le motif qui dicta la décision prise jadis, subsiste dans toute sa vigueur.

... La pièce a été interdite à cause du rôle de Claude Frollo, et si un théâtre, comme quelques journaux l'annoncent, demandait à ce que la pièce fut relevée de l'interdit, nous penserions encore que ce rôle la rend radicalement impossible.

... Est-il possible de mettre sur la scène un

'.••s LA CENSlUk

prêtre, dans ces situations violentes, lubriques, criminelles?

Est-il possible de traîner le costume religieux sur le théâtre pour en revêtir un parfait gredln, comme le qualifie un des personnages du drame et de livrer cette fantaisie de Timagination du poète à toutes les justes exécrations du parterre ?

Nous ne l'avons jamais pensé. Nous le pensons moins que jamais.

Ce rôle de Claude Frollo nous reporte aux plus mauvais jours du théâtre qui ont suivi la Révolution de Juillet, alors que sur les scènes de Paris, affranchies de tout examen préalable, un même esprit faisait apparaître presque simultanément des pièces telles que le CiXrê Minyrat, la Cure et C Arclieoechc , le Cure Mé^ rinot et plusieurs imitations du Moine dé Lévis.

A notre avis, le prêtre ne doit être mis en scène dans les théâtres populaires qu'avec. une

«îors NAPOLÉON m. 99

grande réserve, qu'avec de grands ménagements et quand son rôle est appelé à produire une impression heureuse, élevée et moralisatrice sur Tesprit du public. Mais le montrer, alors surtout que c'est pure création d'auteur, sans aucun prétexte historique, le montrer vicieux, fornicateur, assassin, en faire enfin le traître du drame, sur lequel s'accumulent toutes les haines et toutes les colères du public, c'est compromettre sérieusement le respect dû au costume ecclésiastique, c'est porter une grave atteinte à l'esprit religieux.

En conséquence, nous persévérons à

regarder la pièce comme inadmissible, et nous sommes d'avis qu'il n'y aurait pas lieu de la faire sortir de la liste des pièces interdites, voulut-on même y apporter des changements. La popularité du roman est telle qu'aucune retouche importante ne saurait être faite sans amener à coup sûr, chez une partie hostile et prévenue des spectateurs, des réclamations

BJBLIOTHeCA

JOO LA CENSURE

assez énergiques pour troubler^ sinon empêcher absolument la représentation.

TROISIÈME RAPPORT

27 juillet 1868.

Le théâtre du Châtelet nous soumet la pièce : Notice-Dame de Paris, sur laquelle deux fois cette année nous avons été consultés officieusement.

L'auteur s'appuie, pour demander l'autorisation de la pièce, sur un changement radical qu'il aurait fait. Claude Frollo, désigné en deux ou trois endroits comme imagier, ne serait plus un prêtre.

D'abord, la modification annoncée est si

peu complètement exécutée, le personnage de l'ancien archidiacre est si imparfaitement sécularisé que, dans toutes les situations principales de l'œuvre, il agit comme prêtre. Par son langage, par ses manières d'être, par son costume

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noir, il reste parfaitement le prêtre si connu, le Claude Frollo du roman.

Mais le changement fût-il complet, par un remaniement sérieux et réel de Tœuvre, Fauteur eût-il essayé d'enlever à son héros tout caractère ecclésiastique, que, comme nous le disions dans les deux notes ci-jointes, nous persisterions avec la plus entière conviction dans cette opinion : que le rôle est et restera profondément regrettable à la scène.

En présence de la ]Sotre-Dame de Paris,

en présence d'un des rôles les plus caractérisés, les plus connus du roman, et il faut le dire, un des plus au goût de certains esprits, on ne peut un instant se faire rillusion que le public, la presse, les ennemis du gouvernement, qui se font du nom de M. Victor Hugo un drapeau, acceptent une transformation pareille sans saisir cette occasion de se livrer à des protestations tumultueuses. On se trouvera alors en face d'un double inconvénient : les amis de l'auteur crie-

ront par tous les organes de la publicité que Ton mutile une œuvre comme la Notre-Dame de Paris, et, en môme temps, ces protestations, ces plaintes, probablement même ces clameurs dans la salle à Fapparition du nouveau Claude Frollo, rendront au personnage l'individualité ecclésiastique que Ton aura voulu lui enlever et feront revivre le prêtre qui est dans tous les souvenirs. Alors l'administration aura assumé sur elle toute la responsabilité d'un changement aussi important, sans que l'ordre public en recueille aucun bénéfice.

En conséquence, nous ne pouvons que

persister dans la conclusion de nos deux notes précédentes.

QUATRIÈME RAPPORT

27 décembre 1868.

L'auteur de la pièce Notre-Dame de Paris envoie de nouveau deux brochures de l'ouvrage avec des modifications.

Pans Tune, Claude Frollo est appelé l'ima-

^Ol s NAl'iiI.KiiN Iir. 103

gier de Notre-Dame, comme dans la version qui nous avait été soumise le '25 juillet dernier.

Dans l'autre, aux mots d'archidiacre ont été substitués ceux de : l'homme, et de : Frollo.

Aucun de ces changements ne nous paraît détruire les motifs qui ont dicté les conclusions de nos notes en date des 17 mars et 27 juillet 1868. Par le costume, par les faits auxquels il se trouve forcément mêlé, par le lieu de la scène, par la notoriété du roman, Claude Frollo est et restera, quoi qu'on fasse et de quelque déguisement qu'on l'affuble, un prêtre scélérat qui, en scène, assassine et tente les violences les plus brutales pour assouvir sa passion.

En conséquence, nous ne pouvons que persister dans cette opinion que l'ouvrage présenterait les plus graves inconvénients.

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