LES LIONNES PAUVRES
Comédie en cinq actes.
PREMIER RAPPORT
:n mars 1858.
... Cette pièce nous paraît présenter plusieurs graves questions. L'auteur aborde une donnée
1 Par MM. Emile Augier et Edouard Foussier. Les auteur?, dans leur prélace, racontent leurs tribulations avec la censure. Leur comédie est dédiée au prince Napoléon, dont l'intluence
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inexploitée jusqu'ici au théâtre. On a mis à la scène les courtisanes de haut et bas étage, le demi-monde, enfin la plupart des classes interlopes, dont le vice plus ou moins odieux, plus ou moins fardé, défraie l'existence. La femme ma7Hée entretenue, à l'insu de son mari, est une innovation qui nous semble de nature à attirer l'attention particulière de l'administration. Lorsqu'on a autorisé la Dame aux camélias, la première des pièces
put seule l'aire représeuter la pièce. La censure voulait que dans les Lionnes pauvres, M. Emile Augier défigurât Séraphine Pommeau « pour la punir de sa perversité. »
— Oui, disait-on à Fauteur, cette femme est trop vicieuse, il aut lui donner une leçon. Supposez qu'entre le quatrième et le
cinquième acte, elle soit atteinte de la petite vérole. Quel chftiment pour une coquette
— Allons donc, répond M. Augier, c'est impossible, Séraphine a été vaccinée !
C'est encore dans les Lionnes pauvres que la censure sabre d'un coup de crayon rouge le mot : « Anglais », employé dans lo sens de créancier : a J'ai des Anglais à mes trousses! » La censure déclara gravement que ce terme ainsi employé « était une atteinte à l'alliance entre les deux peuples. » La censure a de ces traits qui paraissent incroyables. En marge d'un vaudeville dans lequel Ravel, au restaurant, demandait pour salade de la barbe de capucin : — « Inconvenant, écrivait un censeur il faut choisir une autre salade. »
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du genre qu'elle a inauguré, il est à croire qu'on ne prévoyait pas de combien d'imitations regrettables elle serait suivie.
En donnant Taccès de la scène à la femme entretenue mariée, n'y aurait-il plus à craindre d'établir un précédent, dont les suites seraient funestes ?
En lisant les Lionnes pauvres on se demande quel est le but utile que s'est proposé l'auteur, quelle est la moralité de la pièce. On cherche en vain quel enseignement peut] ressortir de cette pièce, dont les moyens de développement, attaqués de front, sont d'une crudité insolite et d'une nature généralement choquante.
Dans ce double adultère, la femme mariée, qui accepte l'argent et les libéralités d'un homme, marié lui-même à une femme bonne et honnête, n'a pas l'excuse de la pauvreté, ni de l'entraînement de l'amour. On la voit froidement s'occuper des détails de sa toilette pour aller au spectacle, ;iii moment môme où son
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mari, désespéré, cherche généreusement à l'excuser à ses propres yeux. Cette femme, inaccessible au repentir, n'est pas même punie de ces honteuses fautes, qui retombent précisément sur son brave et honnête mari et sur la digne femme, son amie, dont elle a troublé le ménage et causé la ruine.
Nous pensons qu'il y aurait inconvénient pour la dignité du mariage et la tranquillité du foyer domestique à mettre ainsi à nu devant le public une plaie qui, si elle existe exceptionnellement dans le monde, avait du moins été jusqu'ici écartée du théâtre.
En conséquence, nous ne croyons pas devoir proposer l'autorisation et nous avons Thonneur de signaler cette question toute nouvelle à la haute appréciation de Son Excellence.
DEUXIÈME RAI'PORT
17 avril 1838.
L'auteur a apporté quehjues modifications à