CANDIDE
Nous n'avons point à faire le procès d'un roman trop coïinv d'où cette pièce est tirée. Ce
* Par M. Victorien Sardou. — Devant le refu- d'aiitori?er Candide, qu'on trouvait grivois, Ml'" Déjazet, qui comptait sur la pièce, disait au ministre, en vraie comédienne du xvm* siècle : « On me prend donc pour une charcutière, que Ton m'accuse " de débiter des cochonneries ? «
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livre qui, pour les uns est le chef-d'œuvre de la critique des vices et des travers de l'humanité, orné de toute la verve et de tout l'esprit de Voltaire, n'est pour d'autres, qu'une accumulation de situations cyniques, de scènes révoltantes, qu'une diatribe plus violente encore que spirituelle contre la Providence, la société, les gouvernements et surtout contre la religion, première cause des malheurs et des crimes des hommes.
Nous ne pouvons que regretter qu'un auteur de talent ait eu la malencontreuse idée de demander au roman de Candide^ le sujet d'une pièce de théâtre.
S'il a emprunté à Voltaire ses principaux personnages, il s'est bien gardé, il est vrai, de les faire trop ressemblants. Il n'a pas montré Pangloss défiguré par une maladie honteuse, Candide tuant les inquisiteurs et les jésuites, Cunégonde violée et éventrée par les Bulgares, les corsaires, etc., puis devenant la maîtresse
à la fois d'un juif et d'un archevêque et de tout le monde enfin, excepté de Candide.
Paquette, sous le nom de Paquita, n'est plus une fille de joie nourrissant, de ses débauches, un prêtre, son amant, etc., etc.
Mais, le titre, le personnage de Candide ne pouvait-il pas faire croire au public qu'on a pu mettre sur la scène quelques-unes de ces horreurs ? Les souvenirs des spectateurs ne viendront-ils pas suppléer aux réticences et aux timidités de la pièce ?
Après avoir posé cette question préalable que nous devons signaler à la haute appréciation de Son Excellence, nous analyserons l'ouvrage soumis à notre examen.
Candide chassé du château de Tender-Ten- Tronck, pour un baiser donné à Cunégonde, vient à Florence et est présenté chez la marquise de Parolignac dont la maison est une espèce de tripot et de mauvais lieu fréquenté
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surtout par deux escrocs, l'abbé et le chevalier. La marquise, trouvant Candide simple et naïf, veut lui apprendre à ftiire l'amour, ce qui amène des scènes de la plus inconvenante crudité. — A Cadix, Candide retrouve Cunégonde et veut Fenlever ; mais un corsaire les conduit à Constantinople. Là, Pangloss est eunuque du harem du Turc Barbara, dont Cunégonde est menacée d'être la favorite. Candide se fait passer pour eunuque et est chargé des femmes de Barbara, qui se moquent de sa timidité. — Surpris aux genoux de Cunégonde par le Turc, il obtient sa grâce à la condition qu'il dira à ce musulman ennuyé de tout, ce que c'est que le bonheur. S'il peut résoudre cette question, Barbara lui rendra Cunégonde à Venise, où se passe le dernier acte. Après une série de scènes de carnaval, Candide, qui a demandé à tout le monde ce que c'est que le bonheur, voit un laboureur passer avec son chariot et se disant heureux ; il en conclut que le bonheur c'est le travail. Bar-
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bara satisfait de cette solution, rend Cunégonde à Candide.
Les détails graveleux dont tout Tou-
vrage est semé et le deuxième acte en son entier, nous paraissent présenter trop d'inconvénients pour que nous puissions proposer Tautorisation de la pièce, indépendamment de la question préalable inhérente au sujet que nous avons eu rhonneur de soumettre à Son Excellence.
Théâtre Déjazet LES TREMIE RES ARMES DE FIGARO
Comédie-vaudeville en trois actes.
2 septembre l8o'.>.
Cette pièce est pleine de verve et d'entrain ; elle est écrite avec esprit, agencée et mouve-
1 Par MM. V. Sardou et ^'andcrl)urch. — Le premier -noces de l'auteur de Pairie.
SOIS NAPOLKUN lU. \ 'il
raentée avec adresse ; mais elle est d'une audace qui nous paraît dépasser les limites les plus reculées de ce qui est admissible au théâtre. Sans doute il y a des situations d'un bon comique qui peuvent être conservées; sans doute aussi le talent de Factrice chargée du rôle scabreux de Figaro atténuerait quelques mots trop risqués; mais les modifications, les corrections, les suppressions nombreuses que nous devrons demander dans beaucoup de détails et dans le dialogue, sont de nature à exiger un remaniement complet de la pièce. Ce remaniement nous parait d'autant plus indispensable, qu'il pourrait être dangereux d'inaugurer un nouveau théâtre par un ouvrage dont le double inconvénient serait tout d'abord de choquer la partie honnête du public et de faire appel à à une classe de spectateurs qui viennent chercher au théâtre des distractions, des émotions que nous nous abstiendrons de qualifier. Il serait regrettable que la pièce d'ouverture posât le
I iH LA CENSURE
théâtre Déjazet comme une succursale exagérée du Palais-Royal.
En conséquence nous ne croyons pas pouvoir proposer Tautorisation de cet ouvrage dans son état actuel.
DEUXIÈME RAPPORT
Le remaniement que nous avions jugé nécessaire a été effectué d'une manière qui nous a paru satisfaisante : nous proposons donc l'autorisation, sauf les modifications opérées sur les manuscrits.
Théâtre de la Porte Saint-Martin LA TIREUSE DE CARTES'
Drame en cinq actes et un prologue.
25 novembre 18iJ'J.
.. L'examen de cet ouvrage soulève une
• Par Victor Séjour et M. Mocquard, qui ne signa pas, mais se plut à mettre à la scène l'épisode du petit Mortara.
question préjudicielle que nous ne croyons pas avoir qualité pour résoudre.
Il s'agit de savoir si, d'une part, en thèse générale on veut permettre que le théâtre devienne désormais une arène ouverte à l'antagonisme religieux, alors même que cet antagonisme ne se produit que dans un intérêt purement dramatique ; et si, d'autre part, dans l'état actuel de la politique internationale et religieuse, il convient de mettre à la scène un sujet évidemment inspiré par un fait récent', dont le retentissement semble précisément, dans le moment actuel, prendre une nouvelle recrudescence.
Nous avons l' honneur de soumettre cette question à la haute appréciation de Son Excellence.
Dans le cas où elle serait décidée dans un sens favorable, nous aurions à demander d'importantes modifications.
i L'enlèvement et le bapt<'me flu petit Mortora.
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DEUXIEME RAPPORT
7 décembre IKiO.
Depuis le dépôt de notre rapport du
•2;") novembre, nous avons reçu Tinvitation d'effectuer les modifications qui nous sembleraient de nature à diminuer les dangers ou les inconvénients de la représentation de ce drame, et nous nous sommes livrés à ce travail sans espérer, toutefois, arriver à un résultat complètement satisfaisant.
Nous avons atténué autant que possible ce qui nous a semblé faire ressortir trop vivement l'antagonisme religieux inhérent au sujet. Nous avons éliminé tout ce qui nous a paru blasphématoire ou impie ; nous nous sommes attachés surtout à faire disparaître l'intervention du clergé dans l'enlèvement de l'enfant. Ainsi, non seulement il n'est plus question d'un curé ni de son église, ni de sou prône, mais encore pous n'avons pas admis qu'à la dénomination
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de curé, on substituât celle d'un supérieur de cjuvent, parce que ce supérieur ne peut être qu'un prêtre; nous avons accepte laie supcrieure, parce qu'elle n'a pas un caractère sacré ; d'ailleurs elle ne figure "pas dans ce drame et il n'en est parlé que pour le besoin de l'action.
Enfin, nous nous sommes efforcés de concentrer, autant que cela se pouvait, l'intérêt dominant du drame de la tendresse, dans la rivalité des deux mères.
Nous ajoutons que, par un sentiment de haute convenance, nous avons demandé le changement du nom de liuspoli. qui est celui d'une famille princière romaine, dont un membre vient d'épouser une princesse de la famille de r Empereur.
En conséquence, nous proposons l'autorisation, sauf les modifications opérées sur les manuscrits.