‹ La centralisation suite de l'individu et l'ÉtatChapitre 2 sur 26 · LA CE MUA USAT ION · texte numérisé non relu

LA CE MUA USAT ION

C'est une grande question et fort controversée de nos jours, que celle du règlement et de la liberté, de l'individu et de l'État. Tel n'est pas te sujet qui nous occupe. Il s'agit ici non du principe, non de la forme, non des attributions du gouvernement, mais de sa place.

La question qu'on voudrait traiter peut s'énoncer comme il suit :

Est-il bon que la souveraineté soit toute entière sur un point, ou répandue soit dans les localités, soit parmi des classes privilégiées : noblesse, église, cours de justice, corps enseignants? L'État doit-il être dessaisi de certaines fonctions? ou seulement doit-il être hiérarchisé dans toutes, attirant à lui dans une capitale les affaires d'un pays, pour y recevoir au sommet de la hiérarchie et de la société, une décision qui n'a pu être que préparée ailleurs ? Faut-il enfin que le gouvernement soit comme une juridiction à plusieurs degrés, ou comme un corps à plusieurs tête» ?

Avant de toucher à ce sujet, on essaiera d'en montrer les éléments dans tout leur jour et toute leur portée. Il y a ici telle distinction, telle limite, tel complément à peine indiqué, qui contient peut-êlre un germe de solution.

Distinguons d'abord :

La philosophie politique a plus d'un chapitre. Droit divin ou droit national, monarchie ou république, rè-

LA CENTRALISA f ON" 3

glement ou individualisme, voilà ies grandes disputas de ce sujet, qui cependant ne l'épuisent pas. Supposez un pays qui se gouverne lui-môme; où d'ailleurs la forme du gouvernement offre un jusie mélange d'éléments anciens et nouveaux ; où les attributions du gouvernement répondent à la nature et suffisent au service du progrès social : tout ne finit pas là. Il reste à savoir si ce gouvernement tiendra dans une seule main ou se répandra en délégations, en abdications au profit soit des castes, soit des localités : bref, s'il sera un ou multiple.

Dans les autres problèmes de la théorie politique, il est question du progrès national et de ses instruments, du droit national et de ses formes. Mais quand on traite de l'unité de gouvernement, on traite de la nation même. Il y va de la cohésion, de la consistance qu'au:-:: la nation ; ce qui ne laisse pas que de toucher à toute sa destinée. Il s'agit de savoir par exemple si -e qui s'appelle France, sera toujours une force, une intelligence, une richesse prête à se mouvoir avec ensemble et vigueur, à l'appel de toutes grandes choses : guerres, colonisation, crédit, charité, etc., etc.

Pour le moment, l'essentiel est de distinguer ces deux points : Centralisation , jrouvenement. Quand on aurait prouvé que l'enseignement, h crédit, la bienfaisance, le culte sont matières gouvernables, on n'aurait pas établi par cela même que ces matières doivent être gouvernées au centre. Autre chose est l'objet, autre chose la place du gouvernement.

îMuis le gouvernement a plus d'une manière d être au centre. Il peut se contenter de faire la loi, presque toute l'exécution en étant déléguée aux autorités locales, ce qui est le cas de la Centralisation politique. Ou bien il peut, ayant fait la loi, en retenir par devers lui l'exécution: telle est la Centralisation administrative.

Or, lo débat porte uniquement sur celle-ci : l'autre n'est pas et ne peut être mise en doute. Qui est-ce qui songe en Europe à repartir le pouvoir législatif entre les différentes provinces d'un pays? j'allais dire d'une nation ; le mol serait impropre. Le lien fédéral où des territoires juxtà-posés conservent chacun le droit de faire leurs lois civiles, criminelles, fiscales, ne fait pas une nation. Ce lien constitue des États-unis avec une armée, une flotte, une douane, une diplomatie en commua . mais je ne puis, voir là que des alliés. Si étendue, si permanente, si intime que paraisse l'alliance, jamais (•lie ne fera de gens qui pratiquent l'esclavage et de gens qui le réprouvent, des concitoyens. Il n'y a pas de patrie là où les hommes peuvent différer à ce point, et entretenir impunément de ces contradictions de mœurs. Ujie société croit peut-ôtre se fonder, quand elle écrit dans une Constitution que les lois peuvent varier selon les mœurs des provinces : le fait est qu'elle admet, qu'elle consacreun dissolvant : jamais elle ne sera nation, c'est-à-dire l'unité- imposée au nombre et à l'espace, avec toutes les destinées de la force et du droit.

Étant donné que le pouvoir législatif est ui et central par essence, nous demeurons ici en présence d'une

seule question, qui est de savoir si l'exécution de la loi aussi bien que la loi elle-même, doit émaner du centre. On prie bien le lecteur de ne pas se décider à priori par celte émotion, par ce préjugé très naturel qu'il faut avant tout refuser à l'État une puissance dangereuse pour la liberté. Il vaudrait peut-être encore mieux envisager tout le sujet, et considérer ceci : Un gouvernement centralisé est le fait d'une nation, est l'œuvre d'un instinct qui ne s'en tient pas là. Ce goût d'unité qui concentre le pouvoir sur un seul point, n'y concentre pas moins les existences, les travaux, les idées, l'opinion surfout : de là le règne d'une capitale. Centralisation politique et capitale prépondérante ne font qu'un. Il y a là deux forces, qui naissent du même fond. Oui, l'exécution centrale de la loi est un principe d'influence pour l'État, mais aussi bien une capitale est en face de l'État quelque chose comme un censeur, comme un juge, comme un justicier même. Vous avez là tout ensemble, parallèlement en quelque sorte, le poids et le contre-poids, un équilibre inné, sauf les incorrigibles accidents auxquels l'humanité est sujette. Le lecteur peut bien croire qu'on reviendra sur ce point, avec une insistance, avec des détails qui ne seraient pas de mise en ce moment : tout ce qu'on demande jusque-là, c'est la faveur d'un peu de patience.

Ces précautions prises, oratoires ou non , il serait inutile de tarder plus longtemps aux abords du sujet. On a fait de son mieux pour distinguer la Cen-

i.À CENTRALISATION

tralisalion de ce qui y ressemble le plus, pour la réduire au seul point où elle fasse question , pour la Uanquer de ses dépendances et la couronner de ses harmonies : maintenant il faut voir comment elle se comporte à l'égard de ces grands biens que poursuit loulc société : il faut lui demander ce qu'elle sait faire pour la force et la giandeur des nations, pour l'ordre, pour ia liberté, peux le progrès.

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