CHAPITRE TREIZIÈME
Objection prise de la liberté anglaise et américaine.
Reste la grande objection prise de l'Angleterre et des États-Unis, deux pays dont on explique volontiers toutes les grandeurs par leur régime d'initiative individuelle, d'institutions locales, d'importances aristocratiques, enfin par tout ce qui borne et réduit le pouvoir central. •
Je réponds que la Providence a fait largesse à ces peuples. D'abord le dieu des armées les a presque dispensés d'en avoir une, leur donnant la mer pour les isoler et les garder. En outre, il a répandu l'un de ces peuples sur une patrie immense et fertile, où les hommes naissent en quelque sorte propriétaires. — Suum cuique, leur dit la nature. Voilà une équité qui dispose merveilleusement les hommes à être libres. Une terre indépendante, de la terre pour tous, ce sont deux grands points dans cette partie que jouent les
hommes contre la nature et contre leurs semblables. Que d'impôts, que de sacrifices, que de contraintes épargnées du coup 1
Quand une nation est l'objet de dispeusations si magnifiques et si logiques, quand elle a pour rien ces grandes choses qui grèvent ou môme qui coûtent la liberté ailleurs, faut-il chercher plus loin l'explication de la sienne? Qu'importe après cela que le gouvernement soit au centre ou à la circonférence? l'œuvre de police y sera toujours inférieure à ce qu'elle est en d'autres pays, et le rôle de la force répressive ou impulsive perdra tout ce que gagne la cond i tion de l'homme sous les influences qui l'adoucissent et l'améliorent.
Je vois bien que la race anglo-saxonne n'a pas de Centralisation et qu'elle est libre. Mais ceci lui vient-il de cela?
Si les hommes sont libres , à la seule condition d'être divisés en petits groupes et gouvernés de près (plus j'exprime celle idée, plus elle me révolte), d'où vient que l'Italie, pavée au Moyen-Age de communes souveraines, a laissé échapper sa liberté, et s'est couronnée partout de Visconti, de Gonzague, d'Esté, de Médicis et de fcmt d'autres tyrannies moins fameuses? Et non-seulement l'Italie, mais Danlzick, Cologne, Novogorod la grande, comme ou disait au quatorzième siècle, incorporées chacune à des monarchies absolues?
Il faut donc chercher ailleurs que dans les institu-
tionslocalesleprincipedelaliberté anglo-saxonne. Il m'a semblé l'apercevoir d'abord dans les conditions économiques vraiment extraordinaires qui ont été prodiguées à cette race. Mais ces influences ne sont pas les seules. — La géographie et le climat ne sont pas tout au monde ; il faut tenir compte également soit du génie des races, soit des accidents de leur développement historique.
Or, l'Anglo-Saxon est arrivé à la liberté avant nous, parce qu'il y a marché avant nous. Il n'est pas écrit que tous les peuples doivent partir du même point, et arriver par la même route, en même temps, à un seul et même buf. Les instincts sont divers parmi les races, et cette diversité a beau jeu parmi les éléments variés dont se compose la civilisation. Si un peuple ressent une préférence pour un bien qui lui parait désirable entre tous et se dirige tout d'abord de ce côté, naturellement il devance les autres nations sur ce point; mais cela ne veut pas dire que celles-ci n'y arriveront pas à leur tour, ni même qu'elles aient perdu leur temps dans les voies qui les avaient attirées d'abord.
Le fait est que nulle race ne peut abdiquer les penchants élémentaires de l'humanité eU s'abstenir d'y satisfaire un jour. Les unes vont d'abord à la liberté, les autres à l'égalité. Toutes seront en possession, tôt ou lard de l'un et l'autre bien. S'il est vrai que notre espèce obéisse à une loi de progrès, elle doit rencontrer et récolter sur sa route la civilisation tout entière. Seulement la chose qui agrée, qui sourit au
tempérament des peuples, est la première obtenue. Ce qui parle à leur conscience et à leur raison ne vient qu'ensuite. A ce compte, une race éprise de Centralisation aura peut-être quelque peine à fonder la liberté politique, la même peine qu'éprouvent les races individualistes à se purger de privilèges. Les Anglais se gouvernaient eux-mêmes depuis deux siècles environ, quand ils condescendirent à faire place dans le gouvernement aux Catholiques et aux Juifs. Il me semble que de nos jours il faut moins de temps pour ajouter le régime de la nation au régime du droit commun.
Outre la race, il y a dans chaque pays le tour particulier des événements qui peut entraîner tel progrès politique plutôt que tel autre. Celte influence est une de celles qui poussèrent les Anglo-Saxons vers la liberté.
L'Angleterre eut cette fortune de rencontrer tout d'abord une forme, un excès de despotisme, qu'il ne pouvait être question de supporter. Il faut se souvenir qu'au onzième siècle l'Europe ne connaissait pas de monarques absolus. La masse des hommes était sujette ou même esclave; mais l'espèce humaine se relevait, se redressait vivement au sommet delà société où deux castes au moins, nobles et prêtres, étaient debout et avec le plus fier sentiment d'elles-mêmes. Or, il arriva en Angleterre que les rois normands, nés d'une conquête, attentèrent à ces droits, à ces mœurs. Ici la
conquête explique tout. Quand on ne saurait rien des temps qui l'ont suivie, quand il n'y aurait ni monuments, ni tradition, ni chronique pour nous raconter ces annales, il ne faudrait pas moins croire à l'avènement et au triomphe du pouvoir le plus absolu, le plus effréné. Cela était écrit.
Si vous voyez au onzième siècle un homme assez puissant pour réunir une grande armée et de grands moyens de transports, pour les tenir sous sa discipline avant, pendant et après l'invasion d'un pays voisin; si vous le voyez une fois maitre de ce pays, y dresser des statistiques, des cadastres et le couvrir de sa personne ou de délégations et de possessions rattachées à sa personne, vous pouvez le dire avec assurance : il n'y a rien de commun entre cet homme et un simple chef féodal, entre les quarante jours qui étaient toute la redevance d'un vassal et le long effort qu'il a payé ou imposé à son armée. Ce conquérant s'est sacré monarque absolu, et ses compagnons n'ont pas été moins conquis que l'Angleterre.
Cela est évident à priori, et vous pourriez à la rigueur laisser là le détail des faits. Vous en tenez un qui vous livre, qui vous révèle à lui seul tout un monde d'événements et d'institutions. Jamais la paléontologie n'eut si beau jeu : on a retrouvé à moins des Faunes et des Flores tout entières. Il ne s'agit ici que du despotisme au onzième siècle, et avec ce que vous savez du monstre, vous pouvez le reconstruire dans toutes ses proportions.
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Toutefois, Cuvier manquant, le plus sûr est de s'abstenir de ces inductions, de ces restaurations, si légitimes et si faciles qu'elles paraissent. Ce travail n'est pas nécessaire. L'époque dont il s'agit a laissé des traces et des témoignages sans nombre. On dirait que, contente d'elle-même, elle a pris plaisir à se raconter, à se pou;tiaire. Elle en avait bien quelque sujet. Ce n'est pas une conquête ordinaire que celle de Guillaume de Normandie. Il y a tout un abîme entre la manière dont ses ancêtres, pirates vulgaires, avaient pris la Neustrie et celle dont il occupa l'Angleterre. Il f8ut le voir à l'œuvre, une fois vainqueur, dans ses soins d'organisation et d'administra tion.
Il entreprend tout d'abord de reconnaître, de dénombrer, d'inventorier sa conquête : il faut bien savoir ce que l'on prend. Des commissaires sont nommés qui parcourent le territoire, rédigeant partout le cadastre des propriétés sur un modèle uniforme, le nom du roi en tête . pour ses possessions dans chaque paroisse. Cela dura dix ans. Chaque propriété y était décrite dans trois moments : avant la conquête, depuis la conquête et actuellement, avec une telle exactitude, avec un tel détail,, qu'on y trouve désignés des futaies et même des arbres qui existent encore aux. environs de Londres. Voilà bien des écritures, n'en déplaise à M. de Maistre. Véritablement celte société anglaise, (laquelle, remarquez-le bien, n'a pas d'autre origine), repose sur un monceau de parchemins, et l'on ne dira pas celte fois, avec le
célèbre publiciste, que plus une institution écrit, plus elle est fragile.
Le fait est que rien ne se fit à la légère : la spoliation fut consommée avec un ordre, avec une suite irréprochables ; et le monde eut enfin le spectacle, après tant de violences et de grossièretés, d'une opération méthodique, magistrale. La leçon lui profita. Les barons Lalins, quand ils prirent la Grèce en passant, appliquèrent à leur conquête le cadastre normand. Mais il y manquait l'esprit de la chose, un certain art de prendre et de garder, je ne sais quel ciment romain que les seuls Normands ont retrouvé. Celte possession latine fut passagère : de simples Turcs suffirent à la renverser.
Il faut bien croire à quelque aptitude, à quelques qualités d'un ordre tout politique parmi les conquérants de l'Angleterre, quand on les voit en Italie, sur une terre perdue de fédéralisme et de souveraineté parcellaire, fonder un empire qui réunit sous une môme loi quelques millions d'hommes, et avec une telle force d'institution, que le trône établi à Naples par les Normands survécut à leur dynastie.
Quoiqu'il en soit, le Doomsday-book, ce registre, ce terrier de la conquête fait foi d'une chose entre toutes, c'est que Guillaume ne s'oublia pas dans ce partage du sol conquis. Il s'adjugea toutes les forêts et quatorze cent soixante-deux manoirs. Ce n'est pas tout : à l'entendre, il avait succédé non-seulement à tous les biens, mais à tous les droits des monarques saxons : et il le fit bien voir à tous ses sujets, vainqueurs ou vaincus, se ser-
vant contre eux du Doomsday-book pour asseoir ses demandes de contributions ou services d'argent : une violence, une témérité s'il en fut contre des hommes qui avaient apporté de Normandie le droit de n'être taxés que de leur propre consentement, et qui ne croyaient pas avoir gâté par la victoire leur condition première (I). Tout cela fut enduré. Enrichi par la force, Guillaume s'était fortifié par la richesse. Il était le plus grand propriétaire de son royaume, ce qui fut pour beaucoup dans le poids de sa royauté, ce qui passa toujours pour un moyen et une raison de gouverner les hommes. Thucydide nous apprend qu'Àgamemnon était le plus riche des Grecs.
Que Guillaume se fût taillé la part du lion en domaines et en droits de toute sorte, cela est écrit de toutes parts dans les actes officiels de cette époque ; mais j'en trouve une autre preuve dans la haute importance attachée à l'abolition des droits féodaux de la couronne. Ces droits périrent avec Charles I er ; or, je vois que cette-réforme est appréciée, est célébrée pour ainsi dire, en termes inconcevables pour un lecteur français. « Ce fut, dit Blakstone, une plus grande ac- « quisition pour les propriétaires du royaume que la « grande charte elle-même ; car celle-ci ne fit qu'éla- « guer quelques abus qui s'étaient introduits dans le « régime des tenures militaires, tandis que ce statut
(1) Voir Y Histoire de la conquête de l'Angleterre, par H. Angttslin Thierry, tome I, pages 205; tome H, page 239.
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« les extirpa de tout point, racine et branche (1). » C'est qu'apparemment Guillaume et ses successeurs avaientjbeaucoup pris, beaucoup gardé : autrement on ne ferait} pas tant de bruit de cette restitution. Ce qui nous montre encore dans une révolution réputée toute religieuse, cet élément économique dont ne peut se passer aucune révolution, aucun grand mouvement d'une espèce qui a toujours un pied à terre par sa structure, par ses besoins.
Soit richesse, soit prouesse, soit caractère, il est certain que Guillaume créa en Angleterre un état de choses qui avait l'air féodal et rien déplus : au fond, c'était la monarchie absolue. Des concessions de terre, c'est vrai, mais toutes relevant du roi directement et uniquement : nulle hiérarchie parmi ces bénéûciaires : une noblesse toute immédiate, comme disent les Allemands : rien qui ressemble à Joinville réservant dans l'hommage et dans les services qu'il rend à saint Louis, ceux qu'il doit au comte de Champagne, son suzerain.
Il va sans dire que parmi cette noblesse immédiate qui était toute de la main du roi, personne n'avait été pourvu et renié de façon à créer au trône un obstacle, une rivalité ; et, de fait, vous n'apercevez là aucun de ces grands attributs qui sentent le souverain. Ceci est tout à fait digne de remarque : les barons anglais n'avaient pas, comme ceux du continent, le droit de battre monnaie : ils n'avaient pas davantage le droit de
(t) Commentaries — book 11 — cap. 5.
guerre privée» encore qu'ils l'aient souvent exercé (1).
Telle nous apparaît la royauté normande : et l'action n'en était pas moins véhémente que le principe en était absolu. Ne croyez pas que ce fût un despotisme bénin , engourdi par les mœurs , ainsi que cela se vit en France dans les deux derniers siècles, sommeillant sur lui-même, paisible et recueilli dans sa virtualité. Non vraiment : cette époque, et surtout cette race avait les mœurs violentes, les passions effrénées : sur le trône on s'y livrait royalement. Il faut bien que le pouvoir serve à quelque chose : ces rois normands régnaient comme des possédés. Je ne parle pas du couvre-feu, qui n'était peut-êlre que pour les Saxons ; une manière de cloîtrer, d'aliter les gens quoi qu'ils en aient. Mais voici quelque chose qui atteignait les Normands : il plut un jour à Guillaume de s'attribuer la chasse dans toute l'étendue de son royaume, à titre régalien, a l'exclusion de tous autres, vainqueurs ou vaincus. Cette ordonnance était munie de précautions et de peines qui ne la déparaient pas. Je n'avance rien ici que sur la foi des meilleures autorités, et même, pour plus de sûreté, je cite textuellement. « On crevait les yeux, au braconnier ; les
(1) « No subjects ever enjoyed the right of coining silver in England without the royal stamp and superintendence ; a remarkable proof of ihe restraint. in which feudal aristocracy was always held in this country. » (Ilallanis middle âges, vol. ï, pages 154).
Voir, sur la Guerre privée, les notes supplémentaires du même ouvrage, pages 304 et o05.
« parcs du propriétaire normand étaient compris dans « l'étendue des forêts royales. Les chiens de chaque sei- « gneur étaient soumis à la mutilation des jambes (ne « amplius expediienturj, et les forestiers, verdiers ou « regardeurs royaux rôdaient sans Cesse autour de sa « demeure, pour le surprendre dans quelque délit de « chasse et lui faire payer une grosse amende [i). »
Après cela, faut-il rappeler cette forêt plantée par Guillaume sur les ruines de trente-six paroisses, près de Salisbury? Ce détail serait médiocre, après les énormités qu'on vient de voir. Il est douteux qu'on ait jamais tant osé contre des hommes étiquetés libres! A voir cette passion de la chasse qui, de nos jours môme, parmi tant de soins et de passe-temps, n'a pas quitté les Anglais, on peut se faire une idée de ce que ressentirent leurs ancêtres, atteints dans ce qui remplissait et charmait leur vie. Figurez-vous un Napolitain auquel son roi Tient de défendre la sieste !
Ceci n'est qu'un spécimen (terrible il est vrai) , de l'autocratie [de Guillaume. Tout porte à croire que le bon plaisir de ces monarques ne s'en tenait pas là. Pourquoi douter de leurs vices, à cette époque et dans une telle puissance? S'il faut souffrir pour être libre, l'Angleterre, conquise ou conquérante, eut ce mérite de bonne heure. Le monde n avait pas vu, depuis les empereurs romains, une telle concentration de pouvoirs, de
(1) Augustin Thierry, Histoire de la conquête de V Angleterre, tome H, page 254.
tels excès de gouvernements. C'était plus que le monde chrétien et barbare n'en pouvait supporter, et toute antipathie cessant, il y eut un soulèvement de toutes les races et de toutes les castes contre cette énorme tyrannie. Comme (es grands, qui en souffraient le plus, ne l'étaient pas assez pour en avoir raison à eux seuls, ils eurent recours à la nation, et lui demandant sa force, stipulèrent pour elle aussi bien que pour eux. Cette initiative d'une part, ce concours de l'autre, est précisément ce qui a créé en Angleterre la liberté, la chose publique, avec l'esprit et la forme qu'elle a gardés depuis six cents ans.
Ainsi, le progrès en France fut de constituer la royauté: En Angleterre, il avait été de constituer la nation à côté de la royauté. Il faut dire à l'honneur des sociétés, que la contradiction ne manque jamais au despotisme humain : mais lel despotisme, telle contradiction. Celui d'en haut n'est bon qu'à détruire : on soulève et on éloigne celui d'en bas.
Nous croyons en avoir fini avec l'étude des influences qui ont créé la liberté parmi les Anglo- Saxons. Or, on n'aperçoit de toutes parts que géographie, race, histoire, pour leur octroyer ce don merveilleux. Avec la meilleure envie de tout dire et d'épuiser le sujet, on n'y rencontre pas les institutions locales. Elles existent cependant. On peut les considérer comme des effets de la liberté, ou du moins comme des choses qu'elle a transformées à son usage. On peut soupçonner que les communes, les comtés, les
universités proviennent, aussi bien que les fiefs, de concession royale, mais que, déviant de leur principe, se cabrant sous la main du fondateur, ce qui n'est pas sans exemple, elles prirent peu à peu une roule et une allure contraires à celles où il les avait mises. Pourquoi en aurait-il été autrement de ces institutions que des fiefs? Nul doute que le baron anglais ne fût tout ce qu'il était par la grâce du roi. Un moment vint toutefois où il imagina d'exister par lui-même, où il osa, soit pour lui, soit pour d'autres, revendiquer des droits qui n'étaient pas, bien sûr, dans son titre féodal, les droits humains par exemple (1).
Il y a dans l'histoire plus de causes que de desseins. Rien n'est fréquent comme de voir une institution se dénaturer chemin faisant, et répudier l'esprit du temps où elle est née, pour prendre l'esprit du temps
(4) <r Les barons, dit Hume, qui sertis arrachèrent à leur souverain « la grande charte, furent obligés d'y insérer aussi d'autres clauses « plus étendues et plus avantageuses au bien public : ils ne pouvaient « s'attendre à être appuyés du peuple sans travailler pourses intérêts.»
Suit rénumération de ces clauses qui n'étaient guères que le droit de vivre : il y eut un temps où cela se concédait. — « Permis à tout o homme libre de sortir du royaume et d'y revenir quand il le juge- « rait à propos — Droit de tester — Les juges ne peuvent refuser la « justice à qui la demande — Défense aux shériffs de faire arrêter et « emprisonner autrement que sur dépositions de témoins — Cours « de justice gratuites — Jugement légal de chacun par ses pairs — « Nul vilain ou paysan ne peut être privé pour l'acquittement d'une « amende, de ses charrettes, de sa charrue ou autres instruments de a labourage. »
(Hume, Histoire d'Angleterre, lomell, page 167.)
qu'elle traverse. Toutefois elle conserve, en changeant d'àme, le corps avec lequel elle est venue au monde : et ceci est le secret de la Providence pour exercer et pour voiler son gouverne ment des choses humaines. Le voiler n'est pas indifférent : il est bon que l'homme ait l'illusion de sa puissance. Il l'aura, à l'aspect de vieilles choses étiquetées à neuf ou de choses nouvelles gardant leur étiquette d'autrefois. Avec cette pipcrie des apparences, il se croira capable d'éterniser ou d'abolir le passé , tandis que des lois certaines de continuité et de progrès président à sa destinée dans ce monde, lui laissant pour l'autre tout le mérite qu'il faut, celui de la pensée, de l'intention. Aussi bien , celte façon de la Providence ressemble, par un côté fort remarquable, à un de ses procédés les plus constants. Je veux parler de celle économie de moyens qu'elle emploie dans l'ordre physique, créant quelquefois une fonction nouvelle sans créer en même temps un organe nouveau, faisant au besoin respirer un animal par les pattes, tout comme ejle fait du droit avec l'appareil féodal.
Ainsi les institutions locales ne liennent pas toute la place qu'on pourrait croire dans les origines de la liberté anglo-saxonne : celle-ci a d'autres raisons d'être, des raisons prises de la race et de l'histoire.