CE R A M I O L) E CHINOISE
Le rouge de cuivre lui-même est sujet à cet inconvénient quand la cuisson n’est [>as conduite avec la prudence et la science nécessaires, et, dans ce cas, au lieu d’avoir cet éclat de bon aloi , cette teinte pourpre nette et franche, pleine de séduction, il tourne au gris ou au brun et revêt ce costume maussade, lugubre qui calme l’entliousiasme, attriste, refroidit et éloigne l’amateur.
Le bleu de cobalt n’est pas non plus à l’abri des revers dans le four de grand feu quand l’ouvrier ne connaît pas à fond l’art de diriger l’action du combustible ou quand il s’endort dans une quiétude désastreuse. La sollicitude du cuiseur doit, sans cesse, être en éveil, et il est indispensable au succès de son œuvre qu’il couve la fournée avec une tendresse égale à celle de l’oiseau qui réchauffe sous le duvet protecteur de ses ailes les petits qu’il affectionne en souvenir de ses chères amours. J’ajouterai que la couvée est moins exposée que le travail fragile confié aux soins de celui qui surveille la fournée, car l’excès de chaleur est aussi nuisible qu’un manque de cuisson on qu’un refroidissement subit, et ces causes contraires produisent les mêmes conséquences lamentables: la perte ou la détérioration d’un travail de longue haleine. Le bleu de cobalt, en effet , n’acquiert cette nuance chaude et transparente qui nous passionne qu’à la condition expresse de cuire dans un foyer allumé par une main habile et entretenu au degré exact, sans excès ni défaillance, pendant la durée entière de l’opération. Surchauffé, le bleu devient noir, trop foncé, grumeleux ; au contraire, il reste pâle et sans vigueur lorsqu’il n’a pas subi une chauffe suffisante. Ces détails mettront en lumière les épreuves capitales que traverse une pièce céramique dans le four depuis l’entrée jusqu’à la sortie , et c’est avec raison que l’amateur, qui n’ignore aucune des cruelles péripéties de cet enfantement laborieux, ne marchande pas son admiration aux pièces parfaites; cette admiration n’est pas béate, banale, mais consciente et réfléchie.
La palette chinoise pour le décor des porcelaines polychromes est très restreinte ; les matières colorantes se réduisent aux suivantes : les bleus sont tirés de l’oxyde de cobalt; les jaunes, de l’antimoine ou du plomb; certains rouges, les verts francs ou bleuâtres, du cuivre; le céladon vert d’eau, du fer; le carmin et le rose, du chlorure d’or; le blanc, des acides stannique ou arsénique ; le rouge de fer, de l’oxyde de fer; le noir, de l’oxyde de manganèse impur. Le rouge de fer et le noir se distinguent par une faible épaisseur et par une teinte qui reste presque invariablement terne. Les autres couleurs, celles principalement fournies par l’or, font saillie sur la surface des pièces et présentent
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une masse glacée formant relief malgré une minime proportion de matière colorante.
La pauvreté de la palette chinoise relativement au décor est plus apparente que réelle; les céramistes d 'Orient, ont démontré sans réplique leur ingéniosité en produisant une ornementation très riche avec un nombre restreint de couleurs ; ils ont proclamé leur supériorité par des œuvres magistrales.
Dans la série des monochromes , au contraire , la variété des nuances est presque illimitée; les unes voulues, cherchées, obtenues par des procédés certains, infaillibles’; les autres, plus ou moins empiriques, résultant soit d’accidents fortuits, soit d’insuffisance ou d’excès de chauffage dans le four; ces dernières ne sont pas les moins intéressantes.
Toute couleur est simple ou composée, pure ou rompue : le rouge, le jaune, le bleu sont des couleurs simples.
Le rouge et le jaune donnent l’orangé; le jaune et le bleu donnent le vert; le bleu et le rouge donnent le violet; ce sont des couleurs composées.
La puissance de la coloration peut être atténuée par le blanc ; les couleurs peuvent être montées par le noir. On obtient par ce moyen, en additionnant de blanc ou de noir les autres couleurs, toutes les dégradations de tons, la gamme entière.
La nomenclature suivante offrira un aperçu partiel des fonds variés «les porcelaines orientales :
Blanc : mat, glacé, crème, d’ivoire.
Noir : glacé ou mat.
Rouge [de fer)-, corail, brique, capucine.
/longe [de cuivre) : purpurin, haricot (llambé) , sang de bœuf, sangpoulet, foie de cheval ou de mouton, rubis, fraise écrasée, peau de pêc grenat, peau de nèfle.
Rouge [d’or] : carmin, rose (rouge additionné de blanc), amarante.
Jaune : jonquille, citron, serin, paille, safran, souffre, moutarde, d’ang chamois, etc.
Bleu : pâle ou foncé, franc, agatisé, céleste, turquoise, lapis (fouetté], d’< pois, lavande, ardoise, indigo (de roi', etc.
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Or muré
: (rouge
et jaune)
, abricot.
Vert : {
jaune et
bleu pâl
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pré , olive
, oseille
, feuille d
e came! lia,
thé, gros
vert tirant sur le
noir, émer
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pois
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nie, pomme, poussière de
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Violet : (bleu et rouge), violet de peau d’aubergine, pensée, lilas, lie de vin, héliotrope. Le violet de maganèse est un gris violacé.
Brun et nuances intermédiaires : brun-rougeâtre, marron, bronze, feuille morte, café au lait, chocolat, loutre, capucin, ocre brune, écorce de châtaigne, chaudron, brun de laque noirâtre, etc.
Gris : de perle, souris, cendré, suie.
J’omets assurément plus d’une nuance, car, par des dégradations insensibles de tons, on produit des couleurs rompues dans une gamme illimitée que la plume est impuissante à qualifier nettement et que le pinceau seul accomplit victorieusement avec une certitude infaillible.
La gamme des couleurs a été, presque dans son ensemble, exploitée par les céramistes chinois. Il est des nuances sans doute qui ont échappé à leurs incessantes investigations, mais ce ne sont pas des nuances franches, ce sont plutôt des couleurs anormales comme celles extraites du pétrole ou de la houille en ce siècle d’expérimentation scientifique. Les noms de ces dernières couleurs, empreints eux-mêmes d’une certaine incertitude, n’expriment pas clairement une teinte bien déterminée. Les couleurs Magenta ou Solferino, par exemple, rappellent par leur nom l’époque de leur découverte, mais elles n’offrent nullement à l’esprit l’image d’une teinte naturelle ni aucun point de comparaison capable de 1 amener à discerner, sans la voir, une de ces nuances pour ainsi dire fausses.
La plupart de ces couleurs servent de subjectif, de fond à des décors polychromes et produisent rornementation la plus luxueuse qu’il soit possible d’imaginer.
Les principales nuances seront successivement passées en revue et étudiées en détail; toutes sont représentées par des spécimens île choix, beaucoup seront décrites dans un chapitre à la fin de ce livre.
Porcelaine blanche , blanc de Chine. — De tout temps, le blanc de Chine a conquis nos suffrages et mérité notre estime. Il figure déjà avec honneur à l’époque des Song, et sa fabrication n’a jamais été abandonnée jusqu’à nos jours. Malgré le peu de ressources que cette couverte semble offrir sous le rapport de la décoration, le potier chinois a su, par d’ingénieux procédés, en tirer un parti considérable. Certaines pièces sont enduites d une glaçure diaphane , vitreuse qui les pare merveilleusement et leur donne 1 apparence de la pâte tendre; c’est à cette qualité seule que s’applique ordinal-
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rement la dénomination de blanc de Chine; je ne serai pas aussi exclusif.
Cette couverte blanche vitreuse convient aux statuettes de divinités qui nous charment par leur modelé parfait et par leur nuance si bien appropriée. La nature de la matière première, courte et sèche, ne s’accommoderait pas du travail du tour, aussi ces statuettes sont-elles exécutées dans un moule; en ce genre je possède plusieurs Kouan-inn, un Doutai, un Lobau, un Cheoulaô, etc.
La plupart des blancs de Chine sont émaillés; néanmoins les pièces suivantes sont restées à l’état de biscuit, sans couche d’émail; elles ne sont pas communes, mais elles ne sont pas uniques : bouteille portant un réseau en filet, pitong cylindrique et deux écritoires ornés, tous trois, d’un paysage en relief.
Boîte à rouge en biscuit non émaillé avec paysages en relief ; au couvercle, un homme, appuyé sur le tronc d’un saule, regarde un cheval au pâturage, Pl. XXXVII, n° 114.
Réservoir à eau formé de deux fruits blancs ovoïdes accolés, à surface granulée, reposant sur une tige chargée de feuilles bleues; l’un des fruits, coupé par moitié, sert de récipient; au sommet de l’autre, médaillon réticulé dont le centre est occupé par un rectangle à dix compartiments contenant, chacun, un caractère chinois doré (Palais d’Eté), PL XXXVII, n° 113.
Ces biscuits sont une œuvre originale, il s’agit ici d’une conception spontanée. Les pièces ci-dessus datent de la fin du dix-septième ou du commencement du dix-huitième siècle avant la fondation de Sèvres; une écritoire, notamment, est marquée Khang-hi.
Un des centres principaux de production des blancs de Chine a été Kien-yang, Kien-yao, le four de Kien, dans le Eo-kien. Cette manufacture a été transférée par les Ming à Te-lioa dans la même province.
Les Ting-yao et les Tien-pe, dont je parle ailleurs, se rattachent à la classe des blancs de Chine, bien qu’ils soient plus mats, moins vitreux que les Kienyao.
Ma série des blancs de Chine est complétée par un groupe de deux personnages, des chiens de Eô, des cachets, une théière, etc.
Le blanc de Chine se prête à la gravure, au gaufrage, au relief, à la ciselure; j’ai recueilli, dans cette catégorie, des vases gravés, gaufrés ou à reliefs; trois coupes à libations, ayant la tonalité de l’ivoire, l'une avec animaux gravés, les
autres avec ileurs ciselées; des bols gaufrés; des pitongs, des boîtes, des bols ajourés avec ou sans médaillons à reliefs.
Les porcelaines blanches se divisent en deux branches distinctes. Les unes sont restées sans décor bien que destinées à être ornées postérieurement de peintures; pièces inachevées, incomplètes, elles sont peu intéressantes, ainsi que celles exécutées pour recevoir en Europe une décoration supplémentaire. Au contraire, nous devons accueillir avec sympathie et estime la porcelaine blanche fabriquée avec l’intention de lui conserver cette robe immaculée. Elle est alors, généralement, d’une finesse extrême et parfois recèle, gravés dans la pâte, soit des dragons, soit d’autres sujets qui n’apparaissent que vus en transparence ou évoqués, en quelque sorte, par du thé ou tout autre liquide coloré versé dans le récipient. J ai des bols et des compotiers qui sont d’excellents exemples de cette espèce.
Il y a encore des pièces blanches décorées, sous émail, de motifs visibles légèrement teintés en bleu ou en vert pâle. Ce genre, d’une valeur indiscutable, est représenté, dans mes vitrines, par plusieurs bouteilles. Dans le domaine de la céramique, le sol chinois a été fouillé en tous sens, et toutes les mines ont été exploitées avec une habileté consommée.
Le céladon, est une nuance vague, sans coloration bien franche; c’est un ton blafard, flou, tendre, quelque peu fade dont l’origine se rapporte aux excentricités galantes et aux conceptions précieuses de l’Astrée.
Nous appellerons céladon la couverte pâle passant du vert d’eau au gris verdâtre et du gris bleuté au blanc teinté d’azur. Les deux types principaux sont le vert d’eau et le bleu d’empois; par extension, mais à tort, on admet sous cette dénomination le bleu turquoise et le violet. En conséquence, je bannirai de cette classe ces deux dernières nuances qui y figurent sans droit; j’y réserverai une place, au contraire, à la couverte poussière de thé qui est un céladon de fer.
Le céladon vert d’eau doit le plus souvent sa coloration au fer. Les Persans et les Turcs nomment le céladon vert d’eau mertcbani; ils croient que cet émail jouit de la propriété de décéler l’existence du poison dans un breuvage; c’est une réputation usurpée comme tant d’autres en ce monde où les illusions sont si fréquentes; mais l’illusion, c’est le sourire du ciel à 1 humanité souffrante, c’est un éclair de bonheur dans la tristesse de la vie; aussi faut-il les respecter sans scrupules quand elles sont innocentes.
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On conserve religieusement à Oxford la coupe de l’archevêque Warham ; elle est en céladon et fut apportée en Angleterre avant la Réforme. En 1487, Laurent de Médicis reçut, en cadeau, du sultan d’Egypte plusieurs pièces de cette qualité. La porcelaine céladonnée est donc d’une ancienneté authentique; elle a grand air dans sa simplicité, et son antiquité est un titre de noblesse.
Cette couverte a été primitivement employée pour dissimuler une pâte grossière, ayant une teinte brune ou jaunâtre, plus voisine du grès que de la porcelaine. Cette coloration provenait du fer contenu dans un kaolin mal épuré; l’opacité de la glaçure remédiait à ce défaut en le couvrant d’un masque.
Les porcelaines de Long-Tsiouen sont des céladons de cette série.
La o-ravure, le gaufrage et le relief sont souvent les seuls ornements de cette couverte verdâtre dont la tenue modeste suffit à nous charmer; parfois ce fond est égayé par un décor en bleu de cobalt, en rouge de cuivre ou en pâte blanche. Lorsque ces trois décors sont associés sur la même pièce, la séduction est infaillible.
Le céladon revêt aussi le costume, chamarré de vert, qui distingue l’époque Khang-hi; il est fort apprécié.
Plat et bol avec bouquets et ornements polychromes sur fond céladon vert d’eau.
Les spécimens, ornés d’émaux tirés du chlorure d’or, datent des périodes Yung-tching et Kien-long, ainsi que ceux dont l’or est la seule parure; ils ont conquis une place enviée dans l’affection des collectionneurs et cette affection est pleinement justifiée. Ces émaux sont appliqués directement sur le fond ou bien ils occupent des réserves blanches.
Le céladon bleu d’empois est à base de cobalt. Ce bleu pâle est recherché à l’état de monochrome; humble violette, il se présente sans faste et il nous plaît par sa simplicité. La note est plus gaie, le parfum plus suave, l’attrait plus assuré lorsque le décor est complété par des sujets en bleu de cobalt légèrement plus foncé que le fond, quand il est réveillé par du rouge de cuivre uni au bleu de cobalt ou quand il est gravé sous le vernis.
Il est des vases ornés, sur la panse, de sujets gravés sous émail bleu, tandis que le col, resté blanc, est décoré en rouge de cuivre et en bleu de cobalt; ces variations sont d’un goût exquis.
D’autres pièces, après avoir reçu un décor en bleu et rouge, sont enrichies par des touches blanches posées en engobe.
Ronge : les rouges, très variés de ton, occupent une large place dans l’ornementation des porcelaines ; leur importance est assez considérable pour exiger une description détaillée ; je commencerai la série par les ronges tirés du enivre.
Le rouge de cuivre est plus ou moins purpurin quand la chauffe a été normale ; il est terne, gris ou brunâtre lorsqu’il a été soumis à une température trop élevée.
Les flambés rouge haricot figureraient ici, si le fer n’intervenait pas souvent dans le décor et si des veines diversement colorées ne les rejetaient pas hors du cadre des monochromes.
Le sang de bœuf, le sang de poulet, le foie de cheval, la fraise écrasée, la peau de pêche se rapprochent du flambé rouge de cuivre par la composition chimique de leur couverte et par le degré de chaleur nécessaire à leur cuisson.
J’indiquerai minutieusement les signes particuliers à chaque espèce, puisque ces signes permettent de les reconnaître et de les discerner.
Le sang de bœuf e st un rouge vif dont l’émail vitreux est sillonné de craquelures et semé de petits points nombreux sur la couverte. Ces points ressemblent aux bulles d’acide carbonique qui viennent crever à la surface du liquide dans les eaux gazeuses thermales. Les porcelaines revêtues de ce vernis coloré existaient sous les Ming, et c’est même sous Ouan-li que le célèbre Lang fabriquait des sang de ba>uf qui ont éclipsé les produits similaires des autres périodes.
Les œuvres de Lang, les Lang-yao sont d’un beau rouge uni ou d’un rouge moucheté détachés rouges plus intenses; le dessous des pièces est un céladon gris ou verdâtre avec ou sans craquelures.
Sous l’influence d’un excès de chaleur le sang de bœuf perd la limpidité de sa belle nuance rouge et prend une teinte brune peu agréable; rarement il offre un ton uniforme sur toute sa surface. Souvent, pendant la cuisson, les parties de la couverte plus exposées au feu sont brûlées et le rouge se convertit en brun sombre au détriment de la beauté de la pièce.
J’ai reçu de Chine un grand vase, fond sang de bœuf, portant, en relief, les dix femmes savantes réservées en blanc et décorées en bleu (époque Ming).
La fabrication des sang de bœuf -a continué sous les Thsing.
J’ai vu un sang de bœuf rubis moderne qui n’aurait été déplacé dans aucun cabinet d’élite; l’émail rouge, par l’action d’un feu ardent, avait été précipité vers la base et s’y était accumulé en masse profonde du plus beau rubis, si-
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mulant une mare de sang coagulé. La partie supérieure du vase, par un contraste éloquent, avait revêtu une jolie teinte rosée du ton le plus suave, et, de ce milieu, émergeaient, en relief, deux fong-hoangs restés blancs. Ce magnifique spécimen avait surnagé , seul peut-être , parmi des centaines de pièces brisées ou inférieures qui avaient sombré dans une de ces catastrophes auxquelles les porcelaines sont continuellement exposées pendant la cuisson.
Le sang de poulet, Ki-hong , est un rouge moins vif que le sang de bœuf ; il se rapproche de la nuance grenat; craquelé comme le sang de bœuf, il n’est pas pointillé. De beaux échantillons du genre ont été exécutés par Lang.
Les foies de cheval ou de mouton sont des rouges moins éclatants que le sang de bœuf; leur surface est pointil lée , mais non craquelée; généralement l’orifice du col des vases est entouré d’un anneau blanc faiblement rosé.
Les Américains du Nord affichent une prédilection effrénée pour deux espèces de rouge; leur passion même s’est dévoilée avec si peu de retenue, que ces deux couvertes ont acquis, sur le marché chinois, une valeur insensée.
La fraise écrasée (crushed strawberry ) et la peau de pêche ( peach blow) ont aujourd’hui, grâce à cette vogue croissante, une réputation universelle.
La fraise écrasée est un rouge de cuivre, plus ou moins pâle, sans tonalité nettement définie, avec tendance vers un rose particulier; c’est un rouge éteint, atténué, rompu. Cet émail, étendu en couche légère et transparente sur un fond céladon vert d’eau tendre, semble s’être évaporé partiellement sous l’action d’un feu violent. Cette couverte délicate est si suave qu’elle fait prime sur le marché; sa cote élevée est certainement supérieure à sa valeur réelle, mais tout raisonnement est inutile avec des gens passionnés qui disposent de millions et qui estiment un objet en raison du prix de revient; d’ailleurs comment arriver à la note juste? C’est une recherche inutile, c’est une utopie.
La peau de pêche a été longtemps confondue avec la fraise écrasée; ce n’est que récemment que l’on a songé à opérer une bifurcation et à la classer dans une catégorie voisine. La nuance diffère peu en réalité, le fond est presque identique, seulement le peach blow se distingue par une foule de petits points ou de macules verdâtres rappelant les taches de rousseur de la peau dépêché. Ces taches, provenant d’un excès d’oxygénation, ont été accueillies comme des grains de beauté et sont une cause de sympathie, voire même de faveur excessive. Cet accident, ce défaut n’a rien qui soit de nature à nous attrister, à nous déplaire, il ne nous inspire aucune répulsion; j’inclinerais plutôt à l’a-