‹ La céramique chinoiseChapitre 24 sur 38 · BOUDDHISME · texte numérisé non relu

BOUDDHISME

Le Bouddhisme joue un rôle considérable dans I histoire des religions en Orient. Il fut introduit en Chine vers l’an 04 après le Christ. L’empereur Mingti des Han vit, en rêve, un homme couleur d’or dont la tête brillait d’un éclat surnaturel, et, il envoya des ambassadeurs dans l’Inde pour en rapporter les

livres sacrés et les statues du Bouddha (Fô). Florissante au sixième et au septième siècle , cette religion perdit peu à peu son prestige et faillit sombrer au neuvième siècle sous les attaques des disciples de Lao-tseu et de Confucius, jaloux de sa prospérité. Elle reconquit la faveur du public sous les Youen, grâce à la protection du gouvernement ; ce fut une nouvelle floraison éphémère. Elle ne fut inquiétée ni par les Ming ni par la dynastie régnante ; les sectes rivales ont cessé des hostilités désormais sans objet et ne redoutent plus sa concurrence. Si l’éclipse n’est pas totale , le Bouddhisme végète sans faste n’ayant plus la force de vaincre l’indifférence générale.

Le renoncement ascétique, le célibat, la mendicité, étant contraires à l’esprit du confucéisme, répugnent aux Célestes et les éloignent de la doctrine du Bouddha; mais, d’un autre côté , en entourant les funérailles de cérémonies pompeuses, en soulageant les âmes des défunts par leurs prières , les prêtres bouddhistes surent se concilier les sympathies du peuple chinois, toujours prêt à favoriser tout ce qui rehaussait le culte des ancêtres.

Sous le rapport de l’art, le Bouddhisme eut l’influence la plus heureuse. Longtemps comprimé par les lois implacables des Rites , l’art avait perdu toute vitalité, il s’étiolait, accablé sous le poids de la vétusté, comme un arbre épuisé et sans sève. En apportant une modification nécessaire aux formules surannées, le culte du Bouddha a affranchi l’art, des entraves du passé et inauguré une ère de gloire et de prospérité; il a brisé, partiellement du moins, le vieux moule usé et trop étroit; son introduction a été ainsi une renaissance féconde.

Ranimé par un souffle vivifiant, l’arbre presque desséché a repris sa vigueur, et, se couvrant d’une verdure nouvelle, il a bientôt produit des fruits savoureux comme au temps de sa jeunesse printanière.

Ce renouveau fut une époque de progrès, le cadre s’est élargi. Les artistes, u étant plus captifs, ont pris leur vol vers un idéal plus pur et plus parfait; ils ont été libres d’obéir à leur génie et de secouer enfin les liens qui avaient entravé leur essor pendant tant de siècles.

Alors l’art s’est annobli, le galbe des vases s’est perfectionné, gagnant en élégance et en souplesse; la fantaisie a enfanté les combinaisons les plus variées et les plus charmantes. L’esprit d’initiative a remplacé avec avantage l’imitation servile; le style a acquis plus d’élévation et de majesté; en un mot, cette émancipation a été la source des créations les plus ingénieuses. M. Pa-

léologue a développé cette thèse avec succès et il nous fait partager sa conviction.

Le Bouddhisme a imprimé sou cachet, sa marque particulière sur les objets employés dans les cérémonies de son culte et même sur ceux destinés aux besoins journaliers de ses adeptes.

La statuette de Çakya-mouni a été fondue et ciselée en bronze, sculptée en marbre ou en albâtre, taillée en bois pour orner les temples consacrés au fondateur historique de la religion de Bouddha. Plus rare en céramique, elle existe cependant; j’en ai réuni plusieurs exemplaires remarquables. PL IX, 26.

Je m’écarterais de mon sujet en retraçant, en détail, la vie du Bouddha (le Sage). Quelques lignes suffiront pour rappeler qu’il naquit près de Bénarès, à la fin du septième siècle avant le Christ; il reçut le nom de Siddhartha (établisseur). Bien que d’origine royale, se dérobant aux plus hautes destinées terrestres, il se réfugia dans la solitude d’Ourouvella, se soumit aux austérités les plus rigoureuses et passa sept années dans la méditation et la prière. Ces sept ans écoulés, un jour qu’il réfléchissait aux vanités des biens de ce monde, à l’ombre d’un figuier sacré , il sentit tout à coup se déchirer les voiles qui obscurcissaient son entendement et il acquit le degré de renoncement et de pureté nécessaire pour devenir Bouddha. Çakya-mouni avait alors trente-six ans; il quitta aussitôt sa retraite et parcourut l’Inde pendant 45 ans, prêchant la morale et la charité. Les disciples accouraient enfouie et le suivaient dans ses voyages ; à quatre-vingt-un ans, il expira ou plutôt entra dans le Nirvana, après avoir recommandé à ses disciples de propager la doctrine du salut et de continuer son enseignement à travers le monde.

Je possède deux belles statuettes du Bouddha en porcelaine dorée : accroupi sur une terrasse formée de deux rangs de pétales de lotus superposés, peints au naturel, le Bouddha est dans l’attitude de la méditation, la plante des pieds retournée , retenant son vêtement sur la poitrine de la main gauche , un livre dans la droite ; sa robe, fond orangé, est à revers carmin ; la tête, les bras, les pieds et la poitrine sont dorés (Kien-long). PL IX, 26.

Le type du visage est celui des statues rapportées de l’Inde. Les artistes chinois ont réussi à saisir la ressemblance de traits si différents de ceux de la race jaune et à exprimer la sérénité souveraine, la majesté recueillie, inaugurant ainsi un stvle si nouveau pour eux, si ignoré de leurs devanciers.

Le Bouddha mérite nos hommages en raison de ses vertus et du parfum de bonne renommée qu’il a laissé en ce monde. Ce grand saint a su vaincre ses passions et médite sur les misères humaines; il nous invite, par son attitude calme et réfléchie , au recueillement et à la prière ; sa charité fut inépuisable, légendaire; sa vie pieuse, modeste, est un poème sur la vertu, poésie suave et céleste; son silence même est un conseil. Son visage noble et placide est le miroir fidèle d’une âme sans tache et d’un cœur immaculé; quelle sérénité parfaite! On sent que cet être supérieur, indifférent aux stériles agitations de l’humanité, vit dans les sphères éthérées. L’exemple d’une vie irréprochable détermine plus de convictions que les discours les plus sonores; P attitude du Bouddha est un enseignement, sacvie est la plus éloquente des prédications.

Tout autel, dressé devant le Bouddha, est garni d’un ting, de deux flambeaux et de deux vases à fleurs.

Remarquons que les offrandes bouddhiques, contrairement à ce qui se pratique dans la secte Taoïque , ne comprennent jamais les offrandes de chair, le Bouddhiste ne mangeant pas de viande; il y a là une divergence importante entre les deux cultes.

Dans le voisinage immédiat de Çakya-mouni, je placerai une divinité tenant parfois un chapelet et connue, en Europe, grâce à cette particularité, sous le nom de Vierge chinoise. Toutes les collections possèdent, au moins, une Kouaninn ; ses statuettes, en blanc de Chine, sorties, pour la plupart, des ateliers du Eo-kien, nous attirent par la beauté de la forme et la dignité de l’expression. Les statuettes décorées en émaux polychromes sont plus rares. PL IX, 27.

Kouan-inn est une Bodhisattva, être parfait n’ayant plus qu’une seule naissance à subir pour atteindre le Nirvâna. On appelle Nirvana le paradis où le Bouddha parfait, exempt de toute transmigration, jouit du repos éternel et, conservant son individualité, veille au salut des hommes.

La Vierge chinoise est une abstraction déifiée, qui personnifie la grâce miséricordieuse; elle a été identifiée avec le personnage légendaire chinois Miaochen, princesse vertueuse, dont la vie dramatique est racontée en détail dans l’ouvrage si curieux de de Groot.

Kouan-inn est, sans contredit, une des figures les plus gracieuses et les plus sympathiques de tout le panthéon chinois. Déesse de la miséricorde, elle compatit aux douleurs de l’humanité souffrante, et, afin d’assurer le salut des mortels, elle s’est soumise volontairement à trente-trois incarnations; quelques au-

teurs en comptent soixante-douze et plus. Parfois elle a revêtu la forme masculine, bien que généralement elle se montre sous les traits de la femme. Tantôt elle est debout sur les nuages, tantôt elle est assise sur une terrasse de nélumbos; à ses côtés se dressent la grue, I axis ou le fong-hoang; d’autres fois, un enfant repose sur ses genoux ou dans ses bras ou se tient auprès d’elle. Cet enfant, c’est Zen-zaï ou Iloan-e/ien-tsaï, admis après de terribles épreuves à seconder la déesse dans son œuvre de salut; il se montre parfois près de Kouaninn les mains jointes pour la prière, en compagnie de Long-nu, la petite-fille du Roi-dragon des mers. Un lils de ce monarque parcourait l’océan sous la forme d’un poisson quand il fut capturé par un pêcheur et mis en vente. Voyant le danger que courait le jeune prince, Kouan-inn chargea Zen-zaï d’acheter le poisson et de lui rendre la liberté; cette mission s’accomplit avec succès. En reconnaissance de ce service signalé, le Roi-dragon lit don à notre déesse d’une perle lumineuse qui lui fut portée par Long-nu, la propre fille du prince délivré. Cette dernière pria Kouan-inn de lui permettre de vivre avec elle pour acquérir la sainteté bouddhique, ce qui lui fut accordé; ainsi elle devint la sœur de Zen-zaï et sa compagne habituelle.

Les vêtements de cette divinité, drapés à l’antique, se composent d’une longue robe, d’un manteau et d’un capuchon ramené au-dessus de la tête; ses cheveux tressés, relevés en nattes épaisses, sont couronnés cl’un diadème portant, au centre, un vase ou une petite image de Bouddha; son visage respire la sérénité, la noblesse; ses yeux sont modestement baissés ; ses mains sont posées l’une sur l’autre ou tiennent un rouleau, une perle, un vase, une tige de nélumbo ou un rameau vert. Les mains placées l’une sur l’autre signifient méditation. Le rouleau de papier est le symbole des prières qu’elle récite pour le saint du monde. La perle est une perle lumineuse qu’elle a reçue en cadeau du Roidragon pour lire les livres saints dans l’obscurité. Le vase contient la douce rosée 1’ « aniritci » des Indiens. Le rameau vert sert à Kouan-inn comme aux prêtres à faire des aspersions avec le nectar divin, Yamrita, afin de désaltérer les âmes en enfer. Maintes fois, on observe près de Kouan-inn un oiseau ou un perroquet qui lui apporte dans son bec le collier de perles, insigne de sa dignité.

Je possède une statuette de cette déesse, en blanc de Chine, qui ne serait reniée par aucun des grands artistes de la Renaissance. Simplement drapée dans une robe aux plis harmonieux, (die est assise, les jambes croisées, dans l’attitude de la méditation; son visage, remarquable par la candeur et la chasteté de

l’expression, se rapproche par la majesté sereine de celui de Bouddha lui-même. PL X, 28.

Une Kouan-inn de la collection, en terre émaillée, a été fabriquée sous les Youen ou sous les premiers Ming. Assise, les mains jointes et les jambes croisées, elle porte un collier sur sa poitrine découverte; le visage et la poitrine sont en brun rougeâtre avec traces de dorure ; le capuchon et la jupe sont jaunes; le manteau violet d’aubergine est bordé de bleu. Recueillement et dignité, telle est l’impression que l’on ressent en présence de cette déesse.

Une Kouan-inn, vêtue cl’une robe couleur chocolat, est debout tenant Zen-zaï par la main et porte une feuille de lotus; la tête, les mains et les pieds sont émaillés en blanc.

Je citerai encore deux autres Kouan-inn; l’une debout porte un capuchon vert orné de pivoines multicolores à feuillage noir et une robe blanche avec bordure verte ou jaune chargée de nélumbos polychromes Khang-hi).

L’autre, accroupie sur une terrasse de nélumbos peints au naturel, a les chairs colorées; ses vêtements sont décorés d’arabesques en couleur sur fond vert ou bleu (Yuno-tchine).

La première tient une perle dans la main droite ; la seconde, le vase patrci doré. La dernière est identique à celle représentée n° 27, Pl. IX.

Enfin je possède, en blanc de Chine, une Kouan-inn Poosa à dix bras portant des attributs différents ; elle a parfois seize bras.

Les Bouddhistes vénèrent un grand nombre de saints ou d’ascètes; ces derniers sont moins fréquents sur la porcelaine que les Lohans isolés ou réunis en groupe de dix-huit personnages.

Les Arlmts sont dans l’Inde les patriarches de la religion bouddhique; ou les nomme Lohans en Chine et Rakans au Japon. Les Cheu-pa Lohans sont les dix-huit principaux patriarches du bouddhisme; ils figurent, en relief, sur un vase cylindrique et sur plusieurs flacons tabatières de la collection. PL XII, 32,

Q 9 Où.

Les dix-huit Lohans, honorés en Chine, varient avec les temples et les localités. Dans 1 Inde, on compte seize Achats, parfois vingt-huit, quelquefois même cinq cents. En Chine, on a ajouté aux seize Achats de I Inde deux Lohans originaires du pays, et on a souvent remplacé plusieurs patriarches hindous par des patriarches chinois qui sont différents selon la dévotion des diverses provinces et même de chaque cité.

Nous donnerons d’abord une liste des Cheu-pa Lohaiis à peu près conforme à celle de l’Inde; nous indiquerons ensuite le nom de certains personnages substitués aux Arliats par les bouddhistes chinois.

1° Mahâkasyapa, brahmane de Magadha, est représenté s’appuyant sur un bambou, un livre à la main; successeur immédiat de Çakya-mouni, il présida le premier synode. Compilateur du canon bouddhique, il est regardé comme le principal organe du dogme orthodoxe; il mourut 499 ans avant J.-C.

2° Ananda, renommé pour sa mémoire prodigieuse, est vêtu d’un habit religieux ; son nom signifie qu’il naquit au moment précis où Çakya-mouni atteignait le degré de sainteté requis pour être Bouddha. La compilation des Sutras a été préparée par ses soins. Sa mort date de 463 ans avant J.-C.

3° San ahavdsa ou Sanavasika est identifié, au Thibet, avec Yasas, le chef du second synode ; son signe distinctif est une pagode. Né à Mathura, frère d’Ananda, il resta six ans dans le sein maternel. Çakya-mouni avait prédit que Sanakavâsa viendrait au monde cent ans après qu’il entrerait lui-même dans le Nirvana. Au moment de sa naissance, la plante s an ah- a dont les fibres servent à tisser la robe des prêtres bouddhistes, poussa tout à coup hors du sol; son nom rappelle ce fait extraordinaire.

4° Upagupta, de la caste des Soudras (artisans), entra à dix-sept ans dans la vie monastique, devint Lohan trois ans plus tard et triompha de Màra, l’esprit du mal, dans un combat singulier. Il exerça son apostolat à Mathura et mourut 335 ans avant J.-C. Il lit un rouleau déployé.

5° Vasu/nitra, né dans l’Inde septentrionale, fut converti par Mikaka, le sixième patriarche hindou qui avait introduit la religion bouddhique cù Kamaruppa. Il révisa le canon, présida le troisième synode et expira 150 ans avant J.-C. — Debout, il lève ses mains jointes vers le ciel.

6° Buddhanandi, né à Kamaruppa, mort 129- ans avant .J.-C., était issu de la famille Gautama, nom patronymique de Çakya-mouni.

7° Bndd/iamitra, né dans le nord de l’Inde, de la caste des Vaïsyas (marchands), mourut 81 ans avant J.-C.

8° Pars’ va, brahmane de Gandhara, embrassa, à vingt-quatre ans, la vie religieuse et fit le serment de ne prendre aucun repos avant de posséder les six Afdtidjnàs et les huit ara mitas.

Les Abhidjnàs sont les talents surnaturels que Çakya-mouni crut avoir acquis dans la nuit qui précéda son passage à 1 état de Bouddha.

Les Paramitas sont les vertus cardinales : charité, moralité, patience, énergie, tranquillité d’esprit, sagesse.

Il est mort 36 ans avant J.-C.

9° Asvagocha, né à Bénarès, mort 79 ans après le Christ, fut le disciple de Pnnva-Yas’as, le onzième patriarche de l’Inde. Antagoniste déclaré du brahmanisme il convertit Kapimala.

10" Kapimala, né à Patna, n’est pas mort sur un bûcher, niais en proie à des transports extatiques 137 ans après J.-C. Il réussit par ses exhortations à convertir Nâgârdjuna. Il tient une perle avec laquelle il attire les dragons.

11° Nâgârdjuna [naga dragon de l’arbre ardjuna ) porte le nom de l’arbre sous lequel il vécut en ermite. Il prêcha la religion de Gakya-mouni dans le sud de l’Inde et se distingua dans ses controverses avec les hérétiques par une dialectique aussi serrée que subtile. Chef de l’école du Mahàyàna, qui est la dernière forme du dogme bouddhique, il est considéré comme le plus grand philosophe de la secte de Bouddha et comme un des quatre soleils qui éclairent le monde. Il passa les dernières années de son existence dans le monastère de Kosala, et, après avoir prolongé ses jours par l’emploi de lotions, il fit le sacrifice de sa vie en se tranchant la tête l’an 194 A. D.

12° Rahulata, natif de Kapila, s’étant transporté miraculeusement dans le royaume de S’ravasti au Népaul, vit sur le fleuve Iliranyavati l’image des cinq Bouddhas. 11 expliqua ce miracle en disant que le sage Sanghanandi vivait près de la source de ce fleuve. Ayant rencontré Sanghanandi, il le nomma son successeur et entra dans le Nirvana l’an 293 A. D. Vêtu d’un manteau à capuchon, il tient un bambou; un axis est couché à ses pieds.

13° Sanghanandi, prince de S’ravasti, parla dès sa naissance; à sept ans, il se soumit à la vie ascétique dans le palais de son père, et, à douze ans, il se retira dans une caverne. Découvert par Rahulata, il figure comme dix-septième patriarche sur la liste indienne; métamorphosé sous un arbre, son corps fut brûlé après être devenu insensible.

14" Ga/jâsata enseigna le bouddhisme aux Tartares Tochari et succomba consume par le feu de la méditation extatique l’an 393 A. D.

L5" humarata , devâ indépendant, revint sur la terre chez les Tartares Tochari comme fils d’un brahmane. Le centre de l’Inde fut le théâtre principal de sa prédication.

16" (raijata, né dans le nord de l’Inde, convertit Vasubandliu le vingt et

unième patriarche hindou. On le représente accroupi sur une natte, se grattant le dos avec une tige pointue; un lotus est placé devant lui.

17° Aryasimha, brahmane de l’Asie centrale, exerça son ministère dans le Cachemire et subit le martyre; il est monté sur un chien de Fô.

18° Boddhidarma, Ta-nio , fds d’un monarque hindou, apporta en Chine le fameux palmier patra, borassus flabelliformis, en 520, et, après un court séjour à Canton, il s’établit à Loyang. Il passa neuf ans dans une méditation silencieuse et expira en 529. Il fut enterré dans le monastère de Ting-hing-tsé ; peu de temps après, l’ambassadeur Song-yan le rencontra courant, enveloppé d’un linceul, un soulier à la main. Il apprit à l’ambassadeur surpris qu’il regagnait l’Inde, sa patrie, et qu’il avait oublié l’autre soulier dans son tombeau. Le fait fut vérifié à l’ouverture du sépulcre ; le cadavre avait disparu, un soulier seul restait abandonné.

Cette nomenclature est souvent modifiée en Chine. On supprime plusieurs des Arhats indiens et on les remplace, selon les provinces, par l’un ou l’autre des patriarches chinois dont nous allons indiquer les noms.

L’empereur Woii-ti est représenté un rouleau de papier à la main; le prêtre T 'chou-tan- yu, monté sur un tigre, lève un anneau en l’air; Khi-tsée porte un sac de toile; le parfait Loi uni , qui recèle Bouddha dans son cœur, écarte ses vêtements pour montrer l’image de Çakya-mouni visible sur sa poitrine ouverte; Fou-hoa agite une sonnette; Liang-wou , en robe sacerdotale, est muni d’un chapelet; Fat-mo tient le vase à aumônes, le patra ou le cistre; Lo-fo se gratte le dos avec une longue tige de fer.

Tel est le résumé d’une longue étude et de sérieuses recherches; j’ai consulté les livres chinois et les ouvrages publiés à Londres par des Anglais ayant longtemps résidé en Chine.

La Trinité Bouddhique se compose de Bouddha , Dharma et Sangha. Dharma personnifie la Loi, le Bouddha passé; Sangha représente l’Eglise, le Sacerdoce, le Bouddha futur. Ces trois personnages sacrés sont les trois Trésors , San-pao, et occupent le fond du temple; les Lolmns sont disposés en avant face à face, siir deux rangs parallèles, neuf de chaque côté.

Le céramiste reproduit souvent des sujets qui se rapportent à des légendes bouddhiques. Ainsi, je vois sur un pitong le Lohan Ta-m o reprochant à un de ses disciples de fréquenter une jeune dame qui, dissimulée derrière un rocher et avertie de ce qui se [tasse par une servante, cache son visage avec

Pou-tai , vulgairement Poosa, le poussa des collections du dernier siècle, est le dieu du contentement et de la sensualité; prêtre Bouddhiste sous la dynastie Liang, il s’illustra par sa science et ses vertus; il est regardé comme une incarnation du Mi-lo-poosa (Maïtreya), le Bouddha futur. On le représente accroupi, assis ou appuyé sur une outre contenant les jouissances terrestres; c’est un vieillard à la face réjouie, à la bouche largement ouverte par un rire perpétuel qui exhale le bonheur. Les rares vêtements, qui l’enveloppent, laissent à nu les épaules, la poitrine et un ventre d’une rotondité excessive. Les spécimens les plus fréquents de ce personnage obèse sont en blanc de Chine (PL XI, 29); on le voit cependant quelquefois avec des draperies de couleur. Longtemps on a pensé, mais à tort, que Pou-taï était un martyr de la céramique, élevé après sa mort au rang des immortels. Il est compté par certains auteurs parmi les Lohans; il s’appelle Hotei au Japon.

Une des figurations les plus usitées dans l’Empire chinois est le chien ou le lion de Fô, l’ancienne chimère des catalogues du dix-huitième siècle PL IV, 13, 14). Le rôle de cet animal fantastique est considérable en Chine; aussi voyons-nous son effigie surgir, de tous côtés et partout, dans les temples comme dans les demeures privées; nulle part, il ne reste sans emploi. Tantôt debout ou couché, tantôt assis sur le train de derrière et dressé sur les pattes de devant, il se montre en peinture ou modelé et sculpté sous les formes les plus diverses et dans toutes les dimensions. Gardiens incorruptibles des pagodes, protecteurs fidèles du foyer domestique, ils sont généralement accouplés et remplissent leur mission sans défaillance; ils sont indispensables sur tous les autels privés ou publics consacrés à Bouddha, et c’est dans les vases ou les tubes accolés à l’animal sur un même socle que sont brûlées les baguettes odorantes en l’honneur de Çakya-mouni ou à la mémoire des ancêtres.

Il est à peine besoin de vous dépeindre ces monstres si doux, si inoffensifs malgré une tête grimaçante à l’air féroce. Une crinière épaisse enveloppe la mâchoire, court tout le long de l’épine dorsale et s’épanouit en queue touffue; leur gueule largement ouverte est armée de dents longues et pointues; leurs yeux énormes semblent terribles : telle est la chimère, modèle de paix, emblème de tranquillité, animal bienveillant en dépit de son extérieur farouche et menaçant.

L’entrée de mes galeries est défendue par deux chiens de Fô, sortant du

Palais d’Été, qui sont uniques en raison de leur taille, de leur beauté et de leur provenance. Exilés de leur patrie, prisonniers sur un sol étranger, ces deux géants se dressent impassibles; doux et affables malgré leur illustre origine, ils supportent dignement une disgrâce imméritée.

Paire de chiens de Fô en porcelaine brune, maculée de taches bleues, imitant le bronze vert de grisé; assis sur le train de derrière et dressés sur les pattes de devant, ils ont la gueule béante, les narines dilatées, une corne droite sur la tête, de grandes oreilles rejetées en arrière, une crinière dorée couvrant le sommet du dos, une queue touffue dorée comme les poils enveloppant la mâchoire inférieure; autour du cou, collier d’or avec grelot (Kienlong). La hauteur est de 0,54 sur une longueur de 0,56.

Neuf chiens de Fô, réunis sur la même pièce, présagent des honneurs jusqu’à la neuvième génération.

L’éléphant est l’attribut des Bodhisattvas ; il est peint sur la porcelaine ou modelé en pâte soit blanche, soit colorée, soit à décor polychrome. Les éléphants avec un vase sur le dos sont placés devant les statuettes du Bouddha; le vase est orné de fleurs.

Le Bouddhisme compte neuf emblèmes souvent rassemblés sur une même pièce, parfois isolés. Voici la liste complète : le lotus ou nélumbo, lien-hoa; la roue de la loi, fa-louen , remplacée souvent par la cloche, tchong ; la coquille univalve , lo; l’ombrelle, son; le baldaquin, haï; le vase couvert, Zou an; les deux poissons, yu ; le nœud, trhang. PL XI, 30.

Le nélumbo, la fleur sacrée gravée sous le pied de Bouddha, est un des motifs 1 e plus en honneur parmi les peintres décorateurs de l’Orient. Il mérite, d’ailleurs, cette faveur à tous égards, nulle plante ne se prête mieux à l’ornementation; sa fleur gracieuse, son port majestueux, sa couleur d’une tonalité si chaude, la nuance des pétales si diverse dans ses nombreuses variétés, la forme de la feuille et la pâleur de sa verdure ont inspiré à l’artiste le décor le plus harmonieux et lui ont fourni le plus heureux concours.

La récolte des nélumbos est le prétexte de réunions privées et de fêtes domestiques fidèlement reproduites sur la céramique. En automne, le fruit du lotus figure dans les sacrifices offerts par l’empereur.

Les autels consacrés à Çakya-mouni sont souvent ornés des huit attributs bouddhiques; chacun occupe le centre d’un cercle et est entouré de lemnisques; il est placé sur un support de bronze ou de porcelaine qui rappelle

l’ostensoir des catholiques. Le disque, contenant l’attribut, se dresse sur une fleur de nélumbo épanouie peinte an naturel; cette fleur est portée par une tige droite, flanquée de rinceaux, reposant sur un piédouche en saillie. Le décor de ces porcelaines est aussi riche que varié.

La croix gammée oiian, le svastika de l’Inde, est gravée sur la poitrine de Bouddha comme l’emblème de son cœur. Ce signe sacré, peint sur la porcelaine, lui communique un caractère bouddhique.

Les douze mois de l’année sont représentés par les douze animaux du zodiaque; rares sur la céramique, ils sont néanmoins parfois rassemblés sur une même pièce ; deux de mes flacons à tabac portent cette décoration en bleu de cobalt sur fond blanc.

L’année chinoise commence par la lune de mars : mars est figuré par le dragon, avril par le serpent, mai par le cheval, juin par le bélier, juillet par le singe, août par la poule, septembre par le chien, octobre par le sanglier, novembre par le loir, décembre par le bœuf, janvier par le tigre, février par le lapin.

J’énumérerai, en terminant, certains signes symboliques : la pierre sonore ,

koueï, est l’attribut de la justice ; la perle , celui de la littérature; un groupe d’instruments, celui de la musique; le sceptre , jouij, celui de la puissance et du commandement; le pinceau , la pierre à broyer et le rouleau <le papier , réunis en faisceau, symbolisent la peinture et l’écriture; enfin le crabe kaï est l’emblème du doctorat de première classe.

Pour résumer nos impressions, nous constaterons que si les types taoïques sont animés du souffle puissant de la vie, ils sont presque toujours vulgaires, ils confinent même quelquefois à la difformité. Ce reproche 11e peut pas être adressé aux modèles exécutés sous l’influence de la doctrine du Bouddha qui s’affirment par la grâce et la noblesse. Il est indéniable que l’art bouddhique parle un langage élevé et qu’il a été fécondé par l’inspiration poétique; ces qualités font complètement défaut dans l’iconographie des Taoïstes .

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