LA PORCELAINE
La civilisation est venue de l’Orient, le pays du soled et de la lumière. La Chine et l’Inde avaient déjà atteint un haut degré de culture, alors que les peuplades de la Germanie et de la Gaule se débattaient encore péniblement dans nos forêts au sein de la barbarie.
La porcelaine est originaire de la Chine. Les potiers du Céleste Empire, après avoir eu la gloire de cette précieuse invention, ont réussi, par leur habileté, à lui conserver tout son prestige pendant plusieurs siècles.
Le domaine de l’art a ses frontières naturelles et on ne les franchit jamais impunément; dès qu’on abandonne les saines traditions, on est entraîné rapidement sur la pente de la décadence, c’est une loi fatale. La mesure, voilà le cercle dans lequel il est difficile de se renfermer rigoureusement.
Le céramiste oriental a su éviter les récifs et doubler les caps dangereux; il a été droit au but, et, avec une palette restreinte, il l'a atteint sans le dépasser; il a connu tous les secrets de l’art décoratif; l’émail , docile à ses inspirations, s’est animé entre ses mains, a obéi à sa volonté, a revêtu les formes les plus diverses; grâce à lui, on voit, sur la porcelaine, les sujets s’enlever en vigueur comme s’ils étaient doués du souffle de la vie.
CERAMIQUE CHINOISE.
Les produits de nos manufactures d’Europe pâlissent et s’effacent éclipsés par l’éclat des porcelaines d’Orient. Cette infériorité provient de procédés moins raffinés et du mode d’emploi des matières colorantes. Les décors de nos artistes sont plats et sans saillie; leurs peintures manquent de sève et de vitalité. La porcelaine chinoise qui est émaillée l’emportera toujours sur la porcelaine d’Europe qui est peinte. La méthode orientale est supérieure à la nôtre. La Chine comprend la décoration céramique mieux que nous, elle traduit ses conceptions dans un langage plus saisissant; l’art décoratif y parle sa langue naturelle avec éloquence et perfection. Doués de 1 esprit le plus délié, les céramistes de ce pays ont à peine connu les bégaiements de l’enfance; ils ont, pour ainsi dire, évité les tâtonnements; ils ont de suite entrevu et compris la limite qu’il fallait assigner à la peinture sur porcelaine; ils ont respecté les lois rationnelles, là est le secret de leur force et la raison de leurs triomphes. La peinture céramique doit se borner à être une décoration; pousser l’ambition plus loin, c’est s’exposer à un échec certain.
Il est un écueil contre lequel je voudrais prémunir le public; les jugements trop précipités sont, en général, erronés et défectueux. Une nouveauté, qui déplaît au premier abord , attire ensuite quand on s’est pénétré de ses qualités substantielles par la méditation. Ce fait est encore plus vrai, plus indiscutable, quand il s’agit d’un peuple étranger dont la civilisation et les mœurs sont très différentes des nôtres.
Veut-on apprécier sainement un pays et son œuvre ? la première condition est de l’étudier à fond, sans parti pris, et d’habituer son œil aux manifestations d’une civilisation entièrement distincte de celle d’Europe. Ce qui paraît étrange, choquant même, au premier aspect, intéresse et finit par charmer dès qu’on s’en est rendu un compte exact. La réflexion, mûrie par l’étude, mène à l’admiration. Je ne nie pas que les décors chinois semblent parfois bizarres, peut-être même grotesques à celui qui n’est pas familiarisé avec l’Extrême- Orient; en tout une initiation est nécessaire.
Lorsque vous voyez pour la première fois, sur les flancs des vases chinois ou sur la surface des bols et des plats de l’Empire du Milieu, des animaux grimaçants ou des personnages aux attitudes insolites, vous êtes surpris, vous êtes tenté de détourner les yeux avec dédain; mais réprimez ce premier mouvement, attachez-vous au sujet du décor, cherchez l’explication des scènes représentées, l’état civil des personnages qui vous sont inconnus, l’intérêt vous