ÉPOQUE PRIMITIVE. — SONO (960-12601 ET YOLIEN
Les représentants Je ces époques lointaines méritent assurément Je nous arrêter au commencement Je notre voyage au pays Je la céramique. Ces survivants J’un âge qui n’est plus et Jont l’antiquité seule inspire Jéjà le respect se recommanJent encore par l’intérêt qu’ils offrent comme premiers spécimens J’un art naissant qui est une Jes merveilles Je la civilisation et qui a renJu tant Je services en créant une branche nouvelle pour notre inJustrie nationale.
Parmi ces échantillons anciens, je reconnais bien Jes rejetons plus jeunes, copies fiJèles exécutées sous Khang-hi ou sous Kien-long, mais ces imitations sont si exactes qu’on les Jistingue à peine Je leurs moJèles, Je leurs aînés, Jirais-je volontiers, si ce n’est par une finesse Je travail supérieure; Jès lors, ces rejetons sont, à mes yeux, aussi précieux que s’ils remontaient réellement aux périoJes antiques Jont je conçois une iJée véritable grâce à ces repro- Juctions sincères.
Sous les Song et les Youen, la céramique est encore Jans l’enfance; le Jécor est sobre, sévère, relativement peu varié; partout l’enfant a bégayé avant Je parler clairement sa langue naturelle. Cette époque a proJuit : Jes
(lj Toutes les pièces décrites dans l’ouvrage existent dans la collection de l’auteur qui se compose de 3,500 numéros. La plupart sont intactes et en bon état.
blancs laiteux à glaçure abondante; des blancs mats, jaunâtres ou chamois, truités, avec ornements soit gaufrés, soit gravés ton sur ton ou avec ornements en pâte brune; des céladons de fer verdâtres avec gravures ou gaufrures; des fonds clair de lune ou violet de peau d’aubergine, isolés ou associés; des couvertes jaune mastic ou gris cendré ; des monochromes sombres et tristes et les brillants flambés du four de Kiun (Kiun-yao).
Déjà, du temps des Song, la province du Fo-kien fabriquait des blancs de Chine réputés pour leur belle qualité; les fours étaient situés à Kien-tcheou (Kien-yao).
C’est de ce lieu qu’est originaire le ting de la collection provenant de la vente du baron Davillier; ce dernier l’avait reçu, en cadeau, de l’archiprêtre préposé à la garde du Trésor de Saint-Marc de Venise (PI. Il, C). Le baron racontait, que ce brûle-parfums fut rapporté par Marco Polo, l’illustre Vénitien, qui avait fréquenté la cour de Kubilaï-khan (Hou-pi-lie), fondateur de la dvnastie mongole, à la fin du treizième siècle.
Ce ting octogone , en porcelaine ayant l’apparence de la pâte tendre, offre trois bandes d’ornements superposées avec quatre anses en S et huit pieds en console; le couvercle ajouré porte à chacun des huit angles une boule fleuronnée. Le plateau octogone, à rebord droit, a huit pieds en trèfles et est surmonté de huit boules semblables à celles du couvercle. PL II, 6.
Les porcelaines blanches de Ting ( Ting-yao ) ont une couverte plus mate, moins vitreuse que celles de Kien; mes spécimens, décorés de plantes gravées ou de dragons en relief, sont des merveilles de délicatesse qui séduisent et étonnent malgré leur ancienneté bien authentique. PL XIII, 36.
J’ai acquis récemment un vase ovoïde dont la couverte blanche tourne au bistre; il est gravé sous la glaçure. Ce trésor inestimable est la copie d’un Ting-yao fabriquée sous Yung-tching avec la finesse qui caractérise cette belle époque.
Les vases appelés Fcn-ting , vases de Ting blancs comme la farine, étaient autrefois seuls appréciés.
Les terres émaillées du four de Ting, thou-ting, étaient jadis moins estimées que les porcelaines de la même manufacture; aujourd’hui leur grand âge leur assure le respect; celles qui ont échappé à la destruction du temps ne sont pas nombreuses. Deux vases thou-ting de la collection sont très curieux à raison de leur taille de géant, de la correction de leur forme presque classique et de
EPOQUES DE FABRICATION
leur vieillesse; ils mesurent 72 centimètres de haut et ressemblent par leur panse aux amphores antiques. Je possède plusieurs autres pièces de ce genre en formes élégantes et variées, mais d’une taille plus modeste.
La porcelaine de Long-tsiouen figurera ici avec mention honorable. Après avoir joui d’une grande vogue sous les Song, elle a été imitée sous tous les règnes, ce qui démontre péremptoirement le goût marqué des Chinois pour cette espèce particulière et sa valeur véritable.
J’ai plusieurs vases et d’énormes plats de cette qualité. La tonalité de cette couverte est invariablement le vert d’eau plus ou moins foncé; la coloration est due au fer. Le poids des pièces antiques est relativement très élevé. La fabrication des Ming diffère peu de celle des Song et l’aspect extérieur rendrait la distinction assez difficile à établir sans une particularité qui permet, à première vue, de ne pas les confondre. Le dessous des pièces des deux époques est émaillé, mais, sur la couverte de la partie inférieure des pièces Song, on remarque un cercle on anneau sans glaçnre coloré en jaune, pendant la cuisson, par le fer contenu dans un kaolin impur. Les pièces Ming sont émaillées sur leur surface entière.
Les porcelaines, fabriquées sous les Song et les Youen, ont souvent gardé l’empreinte des doigts du potier. Ces traces du travail manuel de l'ouvrier sont une preuve palpable que ces pièces ont été moulées.
Le clair de lune peut être classé parmi les céladons; c’est une nuance indécise ou plutôt mal déterminée soit d’un bleu céleste plus au moins accentué, plus ou moins azuré, soit d’un gris douteux ayant quelque parenté avec le gris de perle. Parfois sur le fond bleu s’enlèvent des taches en violet de peau d’aubergine. Accueillies avec faveur, ces taches doublent la valeur de l’objet et procurent à l’amateur de doux moments d’extase. Plus d’un lecteur rira de ces prétendues faiblesses et haussera les épaules avec mépris; ce lecteur oublie ou ignore qu’il se livre à des joies plus ridicules et que toute jouissance honnête a droit au respect; l’indulgence n’est jamais perdue.
Je rangerai au nombre des clairs de lune un vase piriforme à col évasé; un vase ovoïde; un vase turbiné à petit col; une gourde aplatie avec chrysanthèmes en relief; un ting à six pieds orné, sur la panse, de têtes de béliers; deux pêches de longévité superposées, attachées à la tige servant de pied (PL NUI, 35); deuxpoissons accolés dressés sur la queue. Les premières pièces sont en porcelaine, les autres en grès plus ou moins kaolinique, la dernière est
CERAMIQUE CHINOISE.
en terre émaillée; toutes sont parées de la fameuse tache violette, si convoitée des amateurs et sortent, en partie, des fours de Kiun, ainsi qu’un magnifique bol, fond gris bleuté, portant de larges taches en violet d’aubergine et se rattachant aux nuances du clair de lune.
Cette série comprend encore : une coupe, d’un gris bleuté, formée d’une large feuille de nélumbo repliée avec boutons et fleurs en relief; un grand bol, de tonalité analogue, sillonné de veines violettes; un éléphant debout, le dos couvert d’une housse sur laquelle est placé un vase, fond gris jaunâtre, et plusieurs bols en terre émaillée. Mes autres spécimens sont des copies postérieures ; une jolie bouteille trilobée, fond bleu céleste, date des Ming.
.J’inscrirai à la période Yung-tching un vase en forme de champignon (lingtchi) portant, sur les flancs, des excroissances et de petits chryptogames en relief; la couverte intérieure jette des feux chatoyants à l’instar d’une pierre précieuse. PI. XIII, 37.
Un ting tripocle , des récipients sphériques composés de pétales de nélumbo imbriqués à fond gris saupoudré de rouge de cuivre, etc., sont des imitations faites sous Kien-long et nous montrent des reproductions variées d’une fabrication antique.
Le violet de la peau ri1 aubergine, Kia-pi-pé jpj iyq, est d’un ton très chaud et très intense. Cette couleur accompagne souvent le bleu turquoise et le clair de lune, nuances assez voisines dans certains cas quand le clair de lune se rapproche du bleu céleste. Le violet et le bleu font bon ménage et s’accouplent volontiers avec avantage réciproque; cette association donne les meilleurs résultats et le divorce serait fâcheux.
Si je n’ai pas d’exemplaire assez vénérable pour avoir existé à cette époque, je possède du moins de charmantes copies exécutées sous les Ming et sous Kien-long. Le cachet carré de ce dernier souverain figure à la partie inférieure d’un cornet droit, lobé, violet de peau d’aubergine, qui est moucheté de vert , note imprévue et réjouissante.
Les taches violettes sont remplacées par des taches bleues sur deux poissons accolés dressés sur la queue, fond gris verdâtre dans le ton de la cendre. PL XIII, 34.
Deux vases, en forme de balustre carré, sont assez singuliers : l’un, fond vert grisâtre, craquelé, est maculé de taches jaune d’ocre rappelant le portor, marbre extrait des carrières de Porto- Venere, en Italie.
EPOQUES DE FABRICATION
L’autre est d’aspect sombre et sévère; sa glaçure craquelée a la tonalité de la cendre. Cet émail, appelé y ouan-yao, four des ténèbres y E , date de l’année 1086 youcui-yeou du règne de Tchi-tsoung des Song.
Ces échantillons n’exciteront pas l’enthousiasme du public; leur tenue modeste n’est pas faite pour éblouir, néanmoins ils sont précieux, ainsi que deux petits vases bursaires, à anses tubulaires, dont l’un est blanchâtre ou mastic et le second o'ris cendré.
Le vase suivant est une copie, faite sous Kien-long, d’une pièce Song ou Youen, reproduction céramique d’un vase rituel de bronze de F antique dynastie des Tclieou : vase en forme de balustre aplati, fond gris ardoise quadrillé portant des ornements hiératiques et la tête du Tao-tié en pâte blanche de relief; au centre de chaque face, près de l'orifice, mufles avec anneaux imitant le bois. Une inscription nous apprend qu’il a été fabriqué par I Vou-Tcbeu dans Je foui • Sien. PL XIII, 38.
La manufacture de Kiun. dans le Rouan [Kiun-yao) était fondée sous las Song; ses porcelaines étaient renommées et ses flambés surtout étaient remarquables. Les coupes de Kiun ont une forme sphérique surbaissée; tantôt lobées avec rebords rabattus et festonnés , tantôt avec bords arrondis portant, sur la paroi extérieure, des têtes de clous ronds en relief, elles reposent sur trois
pieds en trèfles. Les plus belles se reconnaissent aux numéros I — ' ou 2
gravés dans la pâte en dessous de la pièce. Les unes sont d’un rouge vif comme le fard, les autres d’un bleu d’oignon (pâle) tsong-tsouï, d’autres d’un bleu de prunes mcï-tseu-tsin g .
Peu de coupes antiques sont parvenues jusqu’à nous, cependant je possède deux de ces coupes du temps des Song, l’une bleu de prunes, l’autre bleu d’oignon légèrement grisâtre ou verdâtre.
J’ai, en plus, deux coupes rouge do fard, fabriquées à King-te-tchin sous Kien-long, ce sont des copies de Kiun-yao attribuées à Thang, l’habile directeur de la manufacture impériale.
Les décors polychromes sur fond blanc ou coloré ont existé, paraît-il, sons les Song et les Youen, ils étaient sans doute assez imparfaits et en nombre restreint; je n’ai jamais vu aucun exemplaire de ce genre, l’avenir nous réserve sans doute bien des surprises; chaque jour apporte sa découverte et nos connaissances, si bornées sur l’Orient, prouvent combien l’esprit humain, si avide de science, est encore éloigné du but.