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EPOQUE DES MING

Le fondateur de cette dynastie, la dynastie brillante (min g, brillant), I longwon, s’empare du pouvoir en 1368 et ouvre une ère de grandeur pour les travaux céramiques; c’est lui qui établit à King-te-tchin la manufacture impériale pour les porcelaines destinées à l’usage du palais.

J’ai vu sur un seul vase le nien-hao de cet empereur et la marque était apocryphe. M. Franks signale deux pièces avec cette date peinte en bleu; la compétence de M. Franks nous est un sûr garant de leur authenticité. Sans doute, nous avons rencontré et manié des porcelaines datant de ce règne et des règnes suivants, mais nous ne pouvons pas leur assigner une époque certaine comme pour d’autres pièces fabriquées sous Siouen-te.

Parmi les monarques de cette dynastie, nous retiendrons les noms de Siouen-te, Tching-hoa, Kia-tsing et Ouan-li ; ils sont particulièrement dignes de figurer avec honneur sur le livre d’or de la céramique; leur protection eflicace a déterminé une marche ascendante et rapide dans la voie du progrès, et, sous leur tutelle, grâce à leurs encouragements, la porcelaine a atteint un haut degré de prospérité.

Siouen-te (1426-1435) inaugure une époque florissante et glorieuse entre toutes que les écrivains chinois ont prônée à l’envi comme l’époque classique par excellence. Cette prééminence résulte d’une variété de décors plus considérable, d’innovations importantes et d’une supériorité incontestable dans l’exécution. C’est sous les premiers empereurs des Ming ou du moins sous Siouen-te qu’ont été fabriqués les vases à fond bleu turquoise avec décor en violet de peau d’aubergine ou réciproquement sur lesquels se détachent, en relie! , des personnages, des arbres, des fleurs ou des ornements polychromes;

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ils sont de forme turbinée à base élargie et servaient primitivement de jarres pour le vin ; leur ouverture étroite était bouchée par un couvercle ou chapeau muni, à l’intérieur, d’un long tube plongeant dans le liquide.

Jarre à vin, de forme turbinée à base élargie et tronquée, fond violet d’aubergine, décor bleu turquoise et chamois; bordure de perles et rôts à pendeloques entre lesquelles sont rangés symétriquement quatre personnages dansants et deux arbres en relief. PI. XIV, 39.

Des potiches, de forme analogue surbaissée, ayant une panse plus trapue, ont une large ouverture circulaire fermée ou non par un couvercle bombé avec bouton au sommet. Quelques-unes, à parois réticulées, sont pourvues intérieurement d’une cloison pleine et peuvent contenir du liquide.

Voici trois échantillons de cette espèce : vase balustre arrondi, fond bleu turquoise truité, décoré, en relief, de pivoines ornementales violettes ; anses formées des mêmes fleurs.

Vase sphéroïdal, même fond, portant, en relief, trois pivoines ornementales blanches à feuillage violet.

Vase, fond violet d’aubergine, avec trois pivoines chamois à feuillage bleu turquoise.

Des pièces similaires, moins parfaites sans doute, existaient sous les Youen; mais, à ma connaissance, aucun spécimen antérieur aux Ming n’est parvenu en Europe.

Vase turbiné, fond violet d’aubergine; intérieur bleu turquoise; belle copie d’un vase Youen.

Petit chien, même fond, décoré en bleu turquoise.

Coupe campanulée sur piédouche élevé, même fond; intérieur bleu turquoise.

Vase ovoïde, fond bleu turquoise, décor noir; à l’épauleinent et à la base, rinceaux arabesques; sur la panse, trois médaillons avec personnage, grue ou lapin au milieu d’ornements symétriques; imitation attribuée à l’époque Ouan-li.

Stanislas Julien signale comme innovation importante de cette période (1426-1434), les vases Tien-pe j[j9 Jj£[ , et il écrit : « L’expression Tien-pe remplir le blanc indique que ce sont des vases blancs que l’on doit orner de peintures ». Cette assertion est combattue, avec preuves à l’appui, par les Chinois compétents qui affirment sans réserve que les Tien-pe sont des

vases blancs fabriqués pour rester blancs; leur décor se réduit à des gravures sous couverte ou à des gaufrures qui ne leur enlèvent rien de leur blancheur immaculée. Stanislas Julien n’a pas assez médité sur l’observation par laquelle il termine son chapitre 80 : « anciennement on écrivait Tien-pe « &, épithètes qui exprimaient la pureté blancheur pure) de ces vases ». Les erreurs de ce genre commises par Stanislas Julien sont malheureusement fréquentes et très préjudiciables sous le rapport de la vérité.

Les Tien-pe sont des vases blancs couverts d’un émail blanc et non de peintures polychromes; ils demeurent blancs même lorsqu’ils sont achevés et livrés au public.

Ils ont été imités sous Khang-hi et sous Kiendong, les preuves sont entre mes mains; mes deux bouteilles Khang-hi sont d’un blanc plus franc, celle Kiendong est couleur crème, toutes trois sont ornées de plantes gaufrées; j’en connais d’autres identiques.

N’avais-je pas raison de dire qu’une erreur entraîne à sa suite des conséquences fâcheuses et que l’ignorance souvent est préférable? C’est en se basant sur une décoration polychrome des Tien-pe, décoration imaginaire résultant de la mauvaise traduction de Stanislas Julien, que M. du Sartel a procréé la vieille famille verte qui est menacée d’être une famille sans représentant. En effet, les raisonnements de M. du Sartel s’écroulent comme un château de cartes. Un édifice, bâti sur le sable mobile, n’a pas d’assises solides; promptement ébranlé, il couvre bientôt le sol de ses débris; dans l’espèce, la fausseté de l’information tarit la source à sa naissance. Cette vieille famille verte que j’appellerai « décor polychrome sur biscuit » existe cependant, seulement elle n’a aucun lien de parenté ni aucune alliance avec les vases Tien-pe. Ce fait établi, faut-il placer le berceau de cette vieille famille verte, sous Siouen-te ou bien sous Tching-hoa à la même date que les décors sur couverte? Mes recherches n’ont pas abouti à une solution sans réplique, je suis forcé de raisonner ici par induction, genre de preuve que j’aime médiocrement parce que les conclusions n’ont pas la certitude absolue qui seule me satisfait.

Je tiens d’abord à constater que je n’ai jamais vu, à l’exception des jarres à vin en relief décrites plus haut et des autres potiches assimilées, un seul spécimen de porcelaine à décor polychrome sur biscuit qui puisse être attribuée, sans conteste, à la période Siouen-te, c’est pourquoi je serais tenté

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de reporter l’honneur de cette découverte au règne de Tching-hoa. En tout cas, si Tching-hoa ne doit pas bénéficier du mérite de cette invention, il n’est pas 'douteux que c’est sous son règne que ce genre de décoration a acquis un lustre incomparable et que les procédés ont reçu un perfectionnement considérable, assez considérable même pour lui concéder presque le droit d en revendiquer la découverte.

La vérité m’oblige à avouer que j’ai trois pièces décorées sur biscuit de motifs polychromes timbrées du cachet de Siouen-te, mais je répéterai une fois de plus qu’un nien-hao n’est qu’un commencement de preuve et qu’il serait imprudent d’y ajouter une foi absolue; je n’accepte les marques que sous bénéfice d inventaire. Le Chinois a usé et abusé de la contrefaçon. Les manufacturiers du Céleste Empire ont, de tout temps, copié et recopié avec adresse et fidélité les porcelaines des règnes antérieurs, et, en imitant une pièce, ils ont aussi reproduit sa date dynastique sans le moindre souci des erreurs qui en résulteraient fatalement pour les générations futures. J’en fournirai un exemple frappant : un de mes amis m’a cédé une petite théière célèbre dans les annales de la curiosité. Elle fut adjugée à M. Gentien en 1879 dans la vente Barbet de Jouy après une lutte mémorable moyennant 1,300 francs; ce prix était tellement excessif pour l’époque, que les assistants étonnés montaient sur leurs sièges afin de voir les champions qui se disputaient avec tant d’acharnement cette pièce si frêle et si coquette. Aujourd’hui ce chiffre serait assurément dépassé et les habitués de l’hôtel Drouot resteraient impassibles sur leurs bancs, étant blasés sur de tels spectacles. Eli bien! cette théière porte le cachet de Siouen-te ainsi qu’une bouteille et un vase à vin de la collection (PL XXI, 56), mais un examen judicieux démontre, .sans aucun doute, que le décor, trop raffiné pour la date inscrite, n’est qu’une reproduction exécutée pendant les premières années de Khang-hi. Malgré cette rectification d’état-civil, ma théière n’a rien perdu de sa valeur, et on demeure surpris de la merveilleuse conservation de ce joli bijou qui, vieux de deux siècles, garde encore un air de fraîcheur et de jeunesse bien fait pour exciter l’envie. Disons, en passant, que cette théière servait en Chine de récipient pour le vin.

Théière rectangulaire à panse renflée; anse supérieure imitant la vannerie et couvercle plat avec poignée; à l’orifice, bordure verte à rinceaux noirs; fonds mosaïques variés portant des médaillons blancs circulaires ornés de

liges fleuries en couleur; à la base, bordure verte à dents de loup noires; décor sur biscuit (Khang-hi). PL NXI, 55.

Le nien-hao de Siouen-te n’est donc pas une preuve irréfutable de l’exécution d’une pièce à l’époque inscrite, mais il nous suggère la pensée que cette pièce est, au moins, une copie fidèle d’une porcelaine dont le modèle a existé à la période indiquée. En conséquence, je ne veux pas nier, ayant sous les yeux mes trois pièces à décor polychrome sur biscuit timbrées du cachet de Siouen-te, que ce décor ne soit une innovation réelle afférente à ce règne, mais s’il faut reporter à cette date les premiers bégaiements et les premières ébauches, c’est seulement plus tard, sous Tching-hoa (1465-1487), que l’enfant s’est développé et, devenu adulte, a atteint sa croissance, sa force et la plénitude de sa beauté.

Un de mes bols, fond jaune, marqué Siouen-te, porte, au milieu de feuillage vert, des pivoines violettes. L’inspection minutieuse de ce bol me laisse convaincu qu’il a été exécuté sous Kia-tsing ou sous Quand i; nouvelle preuve que nous ne devons attacher aux noms d’années qu’une valeur relative.

Les personnages de la période Siouen-te sont toujours dessinés assez grossièrement; les têtes sont figurées sommairement par un trait épais; les animaux, plantes, motifs géométriques ne sont guère traités avec moins de négligence au plutôt avec plus de délicatesse; ce qui est important à enregistrer c’est que, si la qualité du bleu est sans rivale, le dessin manque encore de précision.

Le bleu sur blanc était le décor prédominant <le 1426 à 1435; ce genre fut à son apogée pendant ce règne grâce à la qualité exceptionnelle du Sou-ni-po , bleu tiré d’un minerai cobaltifère. Jamais on n’a surpassé ni égalé l’élégance et la beauté des bleus de cette époque, pas même durant la célèbre période Khang-hi. Aussi les Chinois ont-ils toujours recherché avec passion les pièces bleues de Siouen-te, et nous ratifions sans restriction les suffrages des Orientaux.

Vase blanc, décor bleu; bordure lleuronnée et lambrequins chargés de fleurs arabesques et de pendeloques; sur la panse, personnages; à la base, compartiments ornent anisés.

Petite bouteille blanche, décor bleu; panse lenticulaire avec rinceaux fleuris; long col à triple bordure de dents de loup, de feuilles dressées et de grecques.

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Théière sphéroïdale, fond céladon vert d’eau pâle imitant la peau d’orange, décor bleu en relief; sur les deux faces principales, réserve lobée en creux ornée : l’une, d’un bouquet; l’autre, cl’un poisson émergeant des Ilots. Cette couverte peau d’orange est le Tsong-yen des Chinois.

Les porcelaines F en-tin g de l’époque Ming sont des imitations des porcelaines blanches de Ting-yao avec décor en bleu de cobalt. Le fond blanc craquelé est dans la tonalité de la crème ou de la farine [Feu); le bleu est de qualité supérieure et le travail est remarquable par sa finesse et sa perfection. Elles sont très appréciées en Chine aussi bien qu’en Europe et en Amérique, il n’est donc pas étonnant que leur valeur vénale soit élevée partout où on les rencontre. Boîtes avec fong-hoangs ou avec paysages, etc. Il y a aussi des vases de ce genre ; j’ai également un llacon à tabac avec paysage d une délicatesse excessive.

A ce règne appartient un cornet en forme de losange, fond bleu gris ardoise, portant une ornementation archaïque en pâte brune.

Les livres chinois mentionnent des porcelaines du genre appelé Tsi-hong : les unes d’un rouge vif, Sien-h on g, dont la couverte est en rouge de cuivre uni; les autres d’un rouge de pierre précieuse, Pao-chi-hong. Salvétat pense à tort que ces dernières empruntent leur coloration au fer. Le Pao-chi-hong est un sang de bœuf de la qualité ronge rubis, et les Orientaux avouent qu’il entre une certaine dose de cornaline ou de rubis en poudre dans la composition de l’émail.

La belle matière d’azur qui assura le succès des produits céramiques de la période Siouen-te étant épuisée, les pièces en bleu et blanc du règne de Tehing-hoa sont incapables de rivaliser avec celles de l’époque Siouen-te; mais cette légère infériorité est largement rachetée par la supériorité des décors polychromes qui l’emportent par le ton et par le dessin.

Nous inscrirons, à cette date, la découverte de l’application des émaux de couleur sur la couverte et les perfectionnements considérables apportés dans la fabrication des porcelaines à décor polychrome sur biscuit. Ces innovations importantes eurent pour conséquence d’ouvrir des horizons nouveaux, de tracer un sillon plus profond dans le champ de la céramique et de récolter une moisson plus abondante; aussi la période Tching-hoa (1405-1487) est-elle comptée avec raison parmi celles qui ont brillé du plus vif éclat.

Les auteurs chinois louent avec enthousiasme les céramistes d’alors ; ils dé-

ploient avec emphase toute leur éloquence pour célébrer dignement, à leur gré, la correction du dessin et l’excellence des matières colorantes; les vases ornés de « pivoines mou-tcin ou de poules et de poussins pleins de vie et de mouvement » surpassaient tous les produits antérieurs.

L’époque Tching-hoa nous a légué une série de grands vases qui trouveront toujours des admirateurs frénétiques et qui sont dignes de cette réputation séculaire par l’ampleur du décor et l’intensité du coloris. Les uns dits lan celle se composent d’une potiche et d’un cornet superposés; les autres sont quadrangulaires ou ovoïdes; quelques-uns ont la forme d’un cornet droit, d’un balustre carré ou d’un bal astre arrondi; ce groupe englobe, en outre, des statuettes de divinités. Les fonds accusent trois nuances principales : jaune, gros vert noirâtre, vert clair limpide (vert d’huile). Les décors comprennent des rochers verts de plusieurs tons, des troncs et des rameaux en violet de manganèse, des plantes, fleurs ou animaux en blanc, bleu, jaune, vert ou violet. Les personnages sont plus rares à cette époque et occupent dans l’ensemble un poste accessoire. Cette fabrication n’a pas cessé avec la chute des Ming, et beaucoup de pièces attribuées à la période Ming sont sorties des ateliers chinois pendant les premières années Khang-hi.

La collection Salting à Londres contient des vases, hauts de 70 centimètres, à fond vert noirâtre, vert d’huile ou jaune, qui sont ornés de rochers verts, de branches de pêcher chargées de fleurs blanches, de tiges fleuries de pivoines, de magnolias, de nélumbos, de boules de neige, etc.; ils sont marqués Tching-hoa.

Le magnifique vase quadrangulaire, fond jaune, de la collection Loiret à Paris, porte la date de Tching-hoa en bleu sous couverte.

Les types analogues de mon musée sont : un grand vase lancelle ayant 70 centimètres de haut, un grand vase balustre carré PI. NY , 42), un vase quadrangulaire (PL NIX, 51) et un cornet cylindroïde, fond gros vert tirant sur le noir, avec rochers verts desquels émergent des tiges violacées à fleurs polychromes. Je citerai, en plus, un vase balustre rond et un vase ovoïde (PL XVI, 44), fond jaune, sur lesquels se détachent, en couleur, des rochers, des personnages de petite taille, des oiseaux et des plantes. Une Kouan-inn debout porte une robe jaune décorée en émaux polychromes.

J’oublie un vase à panse ovoïde, long col évasé, et piédouche saillant, fond jaune, décor gravé et émaux polychromes; au col et au piédouche, palmettes

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dressées; sur la panse, rochers, tiges fleuries et oiseau perché (PI. XV, 43).

J’ajouterai un vase à vin ayant la forme du caractère chinois cheou (longévité), PI. XVII, 47, un second vase ayant la forme du caractère chinois foii (bonheur), PI. XVIII, 48, et une buire , fond jaune, avec feuillages , animaux et personnages en couleur, PL XVI, 45.

Quelques-unes de ces pièces ont été fabriquées sous Tching-hoa, la plupart ne sont que de superbes reproductions exécutées pendant les premières années Kh ang-lii. Leurs marques, même apocryphes, sont encore un enseignement précieux puisqu’elles nous donnent la date du type primitif.

Lin bol et un compotier, timbrés du nien-hao de Tchingdioa , sont incontestablement de l’époque indiquée.

Bol évasé jaune avec mobilier en couleur. Compotier jaune orné, en vert et en violet de manganèse, d’une rosace centrale, et, au pourtour, de chiens de Fô évoluant au milieu de fleurs arabesques.

Un vase balustre aplati, fond vert, portant des tiges blanches et des fleurs en violet, est une copie faite sous Khang-hi malgré la date de Tching-hoa peinte à la partie inférieure.

Je termine par trois pièces de grand feu : jarre à vin turbinée, fond gros bleu, présentant, enroulé autour de la panse, un dragon gaufré réservé en blanc.

Bol évasé, fond bleu intense, avec dragons gravés.

Vase ovoïde, fond chamois foncé, craquelé, avec anses, arabesques et bordures archaïques en pâte brune ferrugineuse (marqué Tching-hoa).

Les porcelaines bleues sur fond blanc ne sont pas, à cette époque, de première qualité à cause de l infériorité du cobalt; beaucoup, du reste, ont été fabriquées sous Khang-hi bien qu’elles portent un nien-hao ming, celles-là sont plus soignées et plus belles.

Les produits céramiques du règne de Iloung-tchi (1488-1506) sont représentés dans mes vitrines par un compotier et un bol à fond jaune avec décor bleu. Le compotier est orné de tiges fleuries; le bol, de dragons; le bleu de cobalt frappe par une intensité extraordinaire. Ces pièces sont sorties des fours chinois au commencement de Khang-hi; leur marque chronologique est apocryphe, le doute n’est pas possible.

Le bleu de cobalt de qualité supérieure, dit bien des Musulmans, fut importé en Chine par des Arabes d’Occident pendant la période Tching-te (1506-1522); alors, les potiers purent refaire des porcelaines dont le bleu rappelait celui

des pièces de Siouen-te (1426) sans toutefois les égaler complètement.

Je Iis le nien-hao de Tching-te entre les deux renflements d’une gourde à fond bleu de plusieurs tons sur lequel se détachent des fleurs arabesques blanches; cette gourde cependant n’est pas antérieure à Kien-long.

Les deux vases suivants, marqués du cachet de Tching-te, doivent être attribués au règne de Khang-hi : Vase balustre aplati, quadrangulaire ; fond violet de manganèse, avec tiges vertes et fleurs blanches. Autre vase, même forme, orné de tiges blanches et de fleurs en violet de manganèse sur fond vert; seconde édition, avec date différente, du vase décrit sous Tching-hoa.

La période Kia-tsing (1522-1567) est célèbre par le bleu franc et intense de ses pièces non moins que par un rouge brunâtre, fan /rang dit ronge d'alun. Ce rouge, tiré de l’oxyde de fer, fut substitué alors au rouge de cuivre qui avait fait défaut tout à coup.

Les périodes Kia-tsing (1522-1567) et Ouan-li (1573-1620) seront étudiées avec soin grâce aux nombreux échantillons timbrés de nien-hao authentiques qui abondent entre nies mains.

Les monochromes unis ou gravés jouissent déjà d’une grande vogue.

Les fonds blancs de cette époque sont décorés en bleu de cobalt, en rouge de cuivre ou en couleur. Le rouge de fer, le jaune, le bleu, le vert, le violet de manganèse sont les autres nuances ordinaires des fonds; toutes ces couleurs s’accouplent ou s’unissent pour varier le décor sans jeter aucune note discordante et sans troubler l’harmonie de l’ensemble. On est étonné, maintes fois, de réunions inattendues qui semblent d’abord audacieuses, mais la surprise se dissipe après un examen judicieux en laissant une impression agréable.

Les gris et les bruns craquelés sont chargés d’arabesques bleues ou de motifs en pâte brune.

Vase, fond vert feuille decamellia, avec tige de bambou et branche de pêcher fleuri gravées sous couverte.

Vase fond gris jaunâtre, décoré en bleu de cobalt : bordure fleuronnée, rinceaux arabesques, faux godrons Kia-tsing).

Bouteille sphéroïdale à large col, fond céladon gris, craquelé : mufles et ornements en pâte brune.

Bouteille piriforme à col court terminé en entonnoir, fond feuille morte, craquelé; émaux en bleu de cobalt avec pâtes blanches rapportées : rochers et [lécher fleuri en relief.

Boîte carrée à angles rentrants, fond blanc, décor bien : sur les faces latérales, deux groupes de trois pêches séparés par des rinceaux superposés ; sur le couvercle, branche de pêcher formant le caractère chinois cheou longévité) avec rameaux chargés de fruits (Kia-tsing).

Vase blanc, décor bleu : jeux d’enfants et arbustes alternant; à l’orifice et à la base, bordure festonnée (Ouan-li).

Grand cornet balustre arrondi avec renflement central sphérique, fond blanc, décor bleu; à l’orifice, bordure de rinceaux; au col, palmettes dressées et guirlande de feuillage ; au renflement, quatre corbeilles de fleurs ; à la base, rochers fleuris et bordure ornementale (Ouan-li).

Bol hémisphéroïdal blanc portant un paysage en bleu de cobalt sur lequel se détachent, en biscuit de haut relief non émaillé, quatre groupes de deux Sien ou Génies accouplés; couvercle bombé décoré de personnages en bleu et surmonté d’un chien de Fô en biscuit.

Bol blanc décoré en rouge d’alun : quatre dragons disposés en médaillons circulaires alternant avec des nuages (Kia-tsing).

Vase quadrangulaire avec renflement médian et arêtes saillantes, fond rouge de fer, orné de tiges fleuries en bleu et vert; grecques en bordure de chaque côté du renflement.

Vase turbiné à base élargie avec couvercle bombé à bouton; décor jaune sur fond rouge d’alun : dragons dans les nuages au milieu de Heurs arabesques (Kia-tsing).

Bol jaune portant deux dragons en ronge d’alun (Kia-tsing).

Jarre à vin turbinée à base élargie avec petit col fermé par uu couvercle à long tube intérieur; fond jaune, décor bleu : fong-hoangs au milieu de pivoines arabesques (marquée Kia-tsing); copie Khang-hi.

Plat jaune, décor bleu : au pourtour, quatre branches chargées de fruits; au centre, bouquet; au revers, rosaces et rinceaux (Kia-tsing).

Bol, fond loutre, avec dragons jaunes gravés au milieu de nuages; à l’intérieur, bordure de dents de loup et arabesques bleues sur fond loutre foncé dans le style persan (Kia-tsing).

Cornet à renflement médian, col évasé et piédouche saillant; arêtes en relief sur les flancs; fond jaune, décor violet : Heurs au col et à la base, personnages sur le rendement (Ouan-li). Un second cornet analogue est orné de rinceaux symétriques.

Roi jaune, décor vert, : au pourtour, dragons au-dessus des flots; à l’intérieur, pêcher ayant la forme du caractère cheou (Kia-tsing). Un autre bol, mêmes fond, décor et date, est orné de groupes de personnages.

Boîte lenticulaire, fond vert, avec arabesques noires (Kia-tsing).

Gourde verte avec arabesques en rouge de fer (Kia-tsing).

Vase turbiné à base élargie, fond vert : au col, bordure violette gravée; sur la panse, rochers et tiges fleuries polychromes; à la base, compartiments à pendeloques (Ouan-li).

Coupe, fond violet de manganèse, décor vert gravé : dragon au milieu de nuages symétriques (Ouan-li).

Un bol de l’époque Tao-kouang (1820-1850), offre la même disposition de couleurs et le même travail. Le soin apporté à la fabrication de ce bol, fait pour le palais du souverain, est visible, cependant il est facile de vérifier combien, dans la coupe, la gravure est plus ferme, la touche plus vigoureuse, la coloration plus soutenue. Pour juger deux époques judicieusement, le plus sûr moyen est de procéder par comparaison.

Les ateliers chinois ont produit sous les Ming une série de bols évasés ou campanulés décorés sur biscuit de trois tiges fleuries. Les principales nuances associées ici sont : le blanc, le jaune, le vert olive ou le vert pré, le brun violacé de manganèse ; l’une forme-t-elle le fond, les autres sont employées dans le décor.

La porcelaine fond blanc de la période Ouan-li se distingue par un aspect tout spécial. La couverte d’un ton légèrement bleuâtre repose agréablement la vue, mais la pâte n’a pas encore revêtu cette tunique d’une blancheur immaculée si séduisante sous Khang-hi et ses deux successeurs.

Les pièces de cette catégorie sont principalement des potiches trapues avec couvercles débordant, des bouteilles piriforines, des cornets droits ou à renflement central, des bols et des plats; elles portent des personnages, des animaux et des plantes.

Le décor en bleu de cobalt très intense est complété par des couleurs posées après coup et cuites à un feu mitigé. Parmi ces couleurs le rouge et le vert ont une nuance très particulière; tons un peu heurtés, ils surprennent sans déplaire; si l’accent est sauvage, l’allure est lière et l’ensemble digne de nos suffrages.

Vase à panse sphérique et long col large et évasé, fond blanc, décor poly-

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chrome; sur lu col, les Pa-Sien offrant leurs hommages au Chang-Ti représenté par Cheou-lao sur une grue dans les nuages; sur la panse, l’empereur, assis derrière une table, donnant audience à un général.

Potiche couverte; sur le col, bouquets; fond mosaïque orné de huit réserves blanches fleuries, quatre en haut, quatre en bas, alternant avec quatre médaillons circulaires à paysages et animaux; à la base, faux godrons; émaux polychromes.

Bouteille piriforme à long col, fond blanc, décor polychrome : rochers, tiges en fleurs et oiseaux.

Je mentionnerai encore les cornets cylindriques avec ou sans renflement central ainsi que les bouteilles à long col, fond blanc, revêtus d’imbrications rouges comme d’une armure sur lesquelles s’enlèvent, en couleur, des plantes, des fruits et des animaux.

Vase cylindrique blanc à imbrications en rouge de fer portant des oiseaux et des tiges fleuries; sur le col, fond à œil de perdrix rouge avec bouquets; décor polychrome (Ouan-li).

Porte-bouquet, formé de cinq vases ovoïdes engagés, au centre desquels s’élève un lono- col évasé; au sommet de chacun de ces vases ouverture circulaire; fond blanc, décoré d’imbrications en rouge de fer, sur lequel se détachent, en couleur, des branches chargées de pêches, de grenades et de cédrats; au col, bordures variées et bambous (Ouan-li).

Porcelaine polychrome imitée au Japon . Ce genre est le type le plus répandu et le plus populaire de la porcelaine du Japon à décor polychrome ; il se distingue par une physionomie spéciale. Les amateurs connaissent bien ces potiches turbinées à base élargie soit à panse ovoïde soit à six ou à huit pans, dont les couvercles débordant et bombés sont surmontés d’un bouton ou d’une chimère; Jacquemart les a cataloguées dans la famille chrysanthcmo-pæomenne. Ces potiches sont accompagnées de cornets droits élancés ou renflés au centre. Le bleu de cobalt, le rouge de fer et l’or sont les couleurs principales employées par le potier pour orner un fond bis ou blanc légèrement azuré. Ajoutons à la palette le vert, le noir et quelques nuances accessoires d’un usage moins fréquent.

De riches bordures, de somptueux lambrequins, des corbeilles de fleurs, des tiges fleuries, parfois des personnages ou des poissons, surtout des branches de pivoines ou de chrysanthèmes se détachent sur les parois du vase et sont

les éléments habituels du décor. Des plats, des compotiers, des assiettes et des bols complètent la série.

Ces pièces céramiques, destinées à l’ameublement, sont très recherchées en Belgique et en Hollande et on y rencontre sur les dressoirs des garnitures de trois potiches et de deux cornets. La plupart de ces porcelaines, décorées parfois avec un luxe inouï, sont originaires du Japon et échapperaient à notre examen, s’il n’existait pas des spécimens chinois de cette espèce. Les pièces chinoises, il est vrai, sont relativement peu nombreuses ; elles ne sont pas antérieures à Ouan-li et ont été presque toutes fabriquées dans le Kiang-si; elles l’emportent par la finesse du décor et la qualité de la glaçure sur celles cl’Arita, province de Fizen, au Japon. Ici, comme dans bien d’autres cas, le Japon a puisé ses inspirations en Chine, et c’est le potier chinois qui a fourni les premiers modèles. Si le Japon a produit de belles porcelaines de ce genre aux nobles allures, il a fabriqué un grand nombre de pièces sans valeur d’art pour l’exportation et pour les besoins journaliers de ses habitants.

Les imitations japonaises datent du milieu du dix-septième siècle, elles ont pris un tel développement que les pièces chinoises disparaissent et se distinguent à peine au milieu de cette invasion formidable de copies rapportées en Europe par la Compagnie des Indes néerlandaise.

Porcelaine de Long-tsiouen . — Les céladons vert d’eau, sous cette dynastie, n’ont rien perdu de leur qualité. Je citerai une coupe à sacrifice en forme de cloche renversée se terminant par un culot pointu; elle est craquelée et porte, en relief, les Pa-Sien par groupes de deux personnages (Siouen-te). J’ai, de plus, un buffle debout servant de brûle-parfums, et un bol qui est une copie japonaise d’un bol chinois intéressant par son décor : au pourtour extérieur, bordure de grecques et guirlande d’arabesques ; à l’intérieur, quatre hauts dignitaires du temps des Thang gravés en creux. .J’ai les noms de ces ministres inscrits sur mes tablettes, ce sont d’illustres inconnus au moins pour les Européens, je crains que nos grands hommes modernes ne soient encore plus obscurs pour la postérité.

Lang-yao . — Les rouges sang de bœuf les plus renommés sont sortis des fours de Lang qui vivait sous Ouan-li.

Vase turbiné; couverte craquelée etpointillée rouge sang de bœuf avec taches rouges plus foncées

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Grand bol, même fond, imitant une fleur de nélnmbo formée de quatre rangs superposés de pétales imbriqués et aiguière à large col.

Vase balustre rond, fond gris bleuté craquelé, portant de larges coulées rouge sang de bœuf; anses en têtes d’éléphant.

Vase balustre lobé dont la couverte rouo-e cerise se rattache à la série des

sang de bœuf ; le fond est un céladon vert d’eau sur lequel le potier a promené son pinceau légèrement chargé de rouge de cuivre. Ce vase a subi postérieurement une seconde cuisson.

Vase ovoïde, fond rouge tirant sur le grenat, craquelé mais non pointillé; couverte sang de poulet, Ki-hong.

Bouteille, fond céladon vert d’eau, craquelé, poudré de rouge de cuivre tournant, au rose ; couverte fraise écrasée.

Bouteille, à panse sphéroïdale et long col, fond rouge moucheté de macules verdâtres; couverte peau de pèche.

La valeur des pièces de cette espèce est très élevée aujourd’hui quand elles sont sans défaut et en bon état. Grâce à la vapeur et à l électricité , les déplacements sont fréquents et les nouvelles sont importées dans les diverses parties du globe, même les plus éloignées, avec une rapidité incroyable; le voyage autour du monde en quatre-vingts jours serait taxé de lenteur. Aussi dès qu’un objet est vendu à Paris, Londres oa New- York pour une somme supérieure au taux ordinaire, aussitôt le même prix est coté sur le marché chinois.

•Je n’insisterai pas davantage sur la fabrication des Ming, cette description a permis de saisir le caractère propre des porcelaines fabriquées de 1368 à 1620. C’est principalement sous Ouan-li que les céramistes chinois exécutèrent sur la porcelaine, en peinture et en pâte de relief, des sujets licencieux appelés en Chine des jeux secrets. Ces figurations obscènes se dissimulent ordinairement à l’intérieur de boîtes parallélipipédiques ou lenticulaires; elles semblent comprendre qu’elles ne doivent pas affronter ouvertement le grand jour. Elles sont rares maintenant parce que la plupart ont été mutilées, oblitérées ou brisées par respect pour les bonnes mœurs. Nous ne nous attarderons pas plus longtemps sur un genre qui a sa place marquée dans 1 histoire de l’art, mais qui est blâmable et doit être relégué à l’écart, alors même que les œuvres émanent de mains habiles et attirent par leur mérite.

La porcelaine des Ming a un cachet tout particulier et porte une livrée spéciale ; si elle accuse une certaine rudesse d’exécution, ce faible défaut est corn-

CERAMIQUE CHINOISE.

pensé par la vigueur de la facture et la largeur de la conception. Aussi de nombreux amateurs placent cette époque au premier rang et concentrent sur ses produits leurs plus chères affections.

Le décor se distingue et s’affirme par une exubérance de force et une solidité de ton remarquables; il dénote une sève puissante et une imagination impétueuse; il décèle une ampleur et une virilité poussées parfois jusqu’à la hardiesse et à la témérité; il se formule en nuances d’une telle intensité qu’elles confinent presque à la violence. Le pinceau cependant est assez habile pour côtoyer l’écueil sans sombrer, et cette légère brutalité disparaît tempérée par une virtuosité incroyable qui réussit à effacer toute apparence d’excès. Ces accents mâles et puisssants saisissent, transportent et persuadent. Cinq couleurs principales, en dehors du blanc, caractérisent cette période : le ronge, le jaune, le bien, le vert et le violet; ajoutons par exception le brun et le noir. Ces couleurs ont une tonalité intense qui frappe, pénètre et ne s’oublie plus; aucune confusion ne se produit avec les nuances analogues employées plus tard. Cette palette restreinte suffit au potier chinois pour traduire ses impressions, exprimer sa pensée et élever l’art du décor à des hauteurs inaccessibles.

Après l’avènement de Khang-hi, la vigueur des tons baisse déjà et fléchit; le vert seul conserve sa merveilleuse limpidité et brille avec plus d’éclat encore; la supériorité et la correction du dessin compensent à peine une énergie moins puissante et un élan affaibli, toutefois la distance qui sépare les deux époques est peu sensible; au moment surtout où l’une finit et où l’autre commence, les analogies sont fréquentes et les confusions sont possibles. Aussi, croyonsnous utile de placer ici une observation importante : sons les Ming tout dessin sur la porcelaine est indiqué par un trait bleu, et cette méthode s’applique même aux personnages. Sous Khang-hi, au contraire, les linéaments du visage, le modelé et les contours du corps humain sont tracés par un trait rouge, les vêtements et autres figurations quelconques par un trait noir. Ces procédés avaient besoin d’être précisés pour notre instruction.

Dès les règnes de Yung-tching et de Kien-long le tableau change, les modifications sont bientôt profondes, la nuance des émaux n’est plus la même. La grâce remplace la force et dégénère promptement en produits un peu précieux, presque efféminés ; le charme nous subjugue encore, c’est certain, mais on seul que les allures sont moins mâles , que le pinceau s’affadit; l’harmonie subsiste, survit, domine toujours, mais le danger est imminent, tout annonce la dé-

ÉPOQUES DE FABRICATION. 163

cadence prochaine; le déclin commence, l’astre pâlit et va disparaître à l’horizon.

Certains amateurs préfèrent les délicatesses de l’époque Kien-long, je ne saurais les blâmer ; d’autres restent froids, mornes, indifférents en présence de ces merveilles capiteuses et n’éprouvent un entraînement irrésistible que pour la porcelaine des Ming si majestueuse dans son allure sauvage, ces derniers n’ont pas tort et je les approuve. Quelques-uns enfin mettent au premier rang la production du temps de Khang-hi et ils ont raison. Je n’exclus aucune- de ces périodes, chacune a des qualités spéciales d’un ordre différent, et je les admire sincèrement sans même admettre la supériorité de l’une sur l’autre. La beauté a le don de me captiver toujours et sous toutes ses formes ; reine du monde, elle règne dans le royaume de l’art en souveraine absolue.

N’allez pas croire, au moins, qu’une ligne de démarcation géométrique, inflexible, inexorable sépare brutalement la dynastie chinoise des Ming de la dynastie Tartare qui lui a succédé ou la période Khang-hi de celles Yung-tching et Kien-long; deux fleuves, après leur jonction, continuent à couler, de concert, sans se confondre et ne perdent la couleur respective de leurs eaux qu’après un assez long parcours.

A la suite d’un changement de dynastie ou de règne, il n’est pas douteux que souvent des modifications surviennent, des progrès s’accomplissent et qu’un style nouveau se substitue à l’ancien; mais le résultat des efforts communs et des tentatives individuelles n’est pas immédiat, ces remaniements, ces transfigurations, ces mutations s’opèrent graduellement, sans secousse, comme par des infiltrations invisibles. Ainsi la livrée des Ming a survécu incontestablement à la chute de la dynastie chinoise et elle a maintenu son cachet d’originalité durant les premières années du règne de Khang-hi; toute innovation sérieuse demande en ce monde un enfantement laborieux.

Le même fait s’est produit aux divers avènements de nos rois sur le trône de France pendant les deux derniers siècles, et, dans notre vocabulaire quotidien, les styles Louis XIV-Louis XV ou Louis XV-Louis XVI qualifient un style de transition (pii n’est pas encore pur de tout alliage, qui n’a pas encore conquis un titre personnel par des inventions radicales bien définies et par des qualités essentielles nettement tranchées. L’art, comme la nature, procède lentement; il n avance pas par bonds, mais par étapes; naturel non far U sait us.

Le s céramistes, qui ont travaillé sous Ouan-li, n’ont pas tous, en mourant, cm-

porté leurs secrets, leurs méthodes avec eux dans la tombe ; la plupart ont transmis à leurs collaborateurs des procédés, des modèles qui n’ont été abandonnés que successivement et plusieurs années après E avènement de Khang-hi. C’est pourquoi entre les œuvres émanées des ateliers de ce dernier règne et celles des manufactures des Ming, l’air de famille est si frappant, la parenté est si notable que beaucoup de personnes attribuent aux Ming un grand nombre de pièces sorties des fours chinois de 1662 à 1700. Une longue expérience n’est pas superflue pour établir la distinction entre les deux périodes ; l’époque Khang-hi se reconnaît à une facture moins virile compensée par une exécution plus correcte et plus soignée.

Les renseignements sont muets sur la porcelaine fabriquée de 1620 à 1662, entre la fin de Ouandi et L avènement de Khang-hi. Pendant quarante ans environ la Chine fut le théâtre de luttes sanglantes et de discordes intes-

tines qui ne cessèrent qu’avec le triomphe définitif des Tartares Mandchoux; ce fut une période de marasme et de décadence qui, arrêtant l’art dans son essor, nuisit considérablement au développement de la production céramique. En aucun pays et en aucun temps, les époques troublées n’ont été profitables aux manifestations de l’art; la Chine apporte ici un nouveau témoignage de cette vérité et vient confirmer pleinement les enseignements de 1 histoire .

ÉPOQUE KHAN G- III (1662-1723)

L’empereur Khang-hi gouverna la Chine avec sagesse penchant soixante ans; il fut le premier souverain de la dynastie des Thsing (très pure) qui ait été maître incontesté de tout l’empire; son règne fut, sans contredit, un des plus illustres de la monarchie et un des plus glorieux pour son pays. Les progrès accomplis dans Part céramique durant cette période sont importants, et, à ce titre, cette époque nous intéresse tout particulièrement.

Nous pouvons, désormais, voguer à pleines voiles, nous avons une boussole pour nous diriger. En tenant ce langage, je n’entends pas dire que nous soyons à l’abri de tous les écueils et que nous puissions naviguer en toute sécurité ; il n’est pas de mer sans tempête; il n’est pas d’océan qui ne recèle des rochers dangereux sous la transparence fallacieuse de ses Ilots. Ne bannissons donc pas toute prudence, afin de ne pas nous exposer à un naufrage et d’entrer plus sûrement clans le port; mais lions n’avançons plus à l’aventure, nous voyons s’allumer des phares capables de nous guider et de nous empêcher de sombrer sans secours.

Toute incertitude a disparu, du moins pour l’œil exercé, surtout quand il s’agit de porcelaines à décor polychrome ; le blanc et la qualité «le la pâte, la nature des émaux, leur couleur, la correction d’un dessin plus châtié sont des pierres de touche presque infaillibles. Le monochrome nous inspire moins de confiance sous sa robe uniforme, quand aucune glaçure blanche sons la pièce ne vient dissiper nos hésitations en apportant sa note spéciale, alors une méprise est possible et on peut attribuer aux premières années Yung-tching une pièce fabriquée fin Khang-hi ou réciproquement; l’erreur, d’ailleurs, n’a pas grande conséquence.

La porcelaine décorée, au contraire, trahit difficilement son origine aux yeux du connaisseur, elle porte sur elle sa marque de fabrique et proclame ellemême sa date avec assurance. Sous les Ming déjà l’époque de production peut, en général, être fixée très approximativement; cependant on se trompe et, dans les cas embarrassants, à peu d’exceptions près, il faut reporter aux premières années Khang-hi la plupart des pièces, marquées ou non d’un cachet dynastique, assignées aux manufactures des Ming. Le costume Ming des porcelaines polychromes est souvent un travestissement fidèle opéré par des potiers du temps de Khang-hi.

Il est utile de dire que le blanc de la période Khang-hi est plus franc que celui des autres règnes; le blanc Ming est plus bleuté et le blanc Kien-long est couleur crème.

L’époque Khang-hi est remarquable par l’emploi d’un vert lumineux et profond, tiré du cuivre, dont la transparence et l’éclat sont inimitables; sous aucun autre règne, on n’a réussi à reproduire la translucidité de cet émail vert irriséquiest la caractéristique la plus saillante des porcelaines de cette date.

Sous les successeurs de cet empereur, le vert Khang-hi disparaît de la décoration pour céder la place à un vert d’une nature différente, vert plus superficiel, plus terne, ayant perdu cette limpidité si particulière qui enveloppait les compositions d’alors d’une auréole magique.

Nous sommes parvenus à une époque de transition; les traditions de la vieille dynastie chinoise sont encore en honneur. Un peuple 11e déchire pas brusquement les pages glorieuses de son histoire quand la fortune adverse favorise un conquérant étranger, et, avant que le vainqueur n’ait assis sa domination et consolidé son trône, plusieurs années s’écoulent pendant lesquelles le vaincu conserve pieusement les traces et le souvenir des jours meilleurs. Les antiques principes et les vieilles méthodes, préservés à grand’peine pendant les quarante années de troubles civils, se sont perpétués en céramique et ont fourni une dernière floraison durant les dix ou quinze premières années du gouvernement réparateur de Khang-hi. Aussi, les pièces suivantes, fabriquées à cette époque transitoire, n’ont pas encore quitté la livrée des Miag, livrée brillante de cette brillante dynastie, et proclament fièrement par leur beauté les progrès accomplis sous les règnes antérieurs; elles portent le décor ming, qu’elles soient de simples copies ou qu elles soient des originaux véritables, inspirés par des œuvres anciennes.

ÉPOQUES DE FABRICATION

Vase quadrangulaire avec col court évasé, fond gros vert tirant sur le noir, décoré de rochers et de branches fleuries polychromes variées. PI. XIX, 51.

Vase ovoïde à col droit, fond jaune pâle, émaux polychromes; sur le col, plantes et insectes; sur la panse, rocher, pivoines blanches ou violacées et deux fong-hoangs, l’un perché, l’autre volant. PI. XVI, 44.

Vase en forme de balustre arrondi; col, accosté de deux anses en têtes d’éléphant, fond vert pré avec inscriptions noires; panse vert bleuté ornée d’arabesques en blanc et violet de manganèse; fleurons verts entrelacés sur fond blanc à la base; décor dans le goût persan.

Vase à vin, ayant la forme du caractère chinois chenu (longévité) avec anse et goulot imitant la vannerie; fond vert chargé de pivoines multicolores à feuillage noir; au centre des deux faces principales, paysage avec personnages et animaux dans une réserve jaune cernée d’un filet vert. PI. XVII, 47.

Vase à vin, ayant la forme du caractère chinois foü [bonheur,-, anse et goulot simulant la vannerie; fond vert décoré de Ilots noirs ourlés d’écume blanche; sur les deux faces principales, cartouche central blanc orné de personnages polychromes. PL XVI II, 48.

Buire hexagone pour le vin avec panse piriforine et long col évasé, fond jaune, émaux polychromes : sur le col, bordure fleurie et fongdioangs; sur la panse, médaillons blancs à personnages au milieu d’arabesques; sur le piédouche, rinceaux fleuris; anse imitant la vannerie et goulot orné de fleurs émergeant de têtes de monstres; couvercle surmonté d’un chien de Fô vert. PL XVI. , 45.

Drageoir composé de treize compartiments mobiles qui, juxtaposés, figurent une fleur de nélumbo épanouie, fond vert, décoré de tiges fleuries et d’oiseaux en couleur. PL XXII, 58.

Oreiller parallélépipédique blanc, émaux polychromes : sur quatre faces rectangulaires fong-hoangs au milieu d’arabesques; sur les deux faces carrées, rinceaux en bordure et parois jaunes à bâtons rompus verts offrant un médaillon central ajouré.

Jardinière, formée de deux vasques engagées, ornée de tiges fleuries polychromes sur fond mosaïque jaune et vert.

Petite table rectangulaire sur quatre pieds en têtes de monstres; au centre, carré violet chargé d’arabesques portant un médaillon circulaire vert piqué de noir sur lequel une salamandre jaune évolue autour d’un chrysanthème violet ; à chaque extrémité rectangle vert orné de rinceaux noirs présentant une ré-

serve demi-circulaire occupée par la moitié d’un chrysanthème blanc et des feuillages verts qui s’enlèvent sur un fond gros vert. PL XXI , 57.

Paire de chiens de Fô couchés, l’un jaune et vert, l’autre jaune, vert et violet de manganèse, portant sur le dos un vase quadrangulaire décoré de fleurs de pêcher blanches sur fond vert caillouté. PL IV, 13 et 14.

Coupe de mariage campanulée ; anse formée d’une salamandre jaune ; fond vert piqué de noir chargé de fleurs ornementales en couleur. A l’intérieur, bordure mosaïque en vert et violet à quatre réserves d’attributs. PL III,

Petite tasse à vin à huit lobes, fond jaune, avec bordures verte à l’orifice et jaune à la base, portant huit compartiments ornés de tiges fleuries eu couleur; anse formée d’un papillon à ailes jaunes et noires (PL XXIV, 67 et 68). La seconde tasse diffère de la première par le décor, ainsi qu’on peut en juger par l’héliogravure.

Vase à vin cylindroïde à cotes formées de tiges de bambou assemblées; décor de branches de pêcher fleuries et d’oiseaux polychromes sur fond vert; anse et goulot en S imitant des rameaux verts; couvercle plat dont la poignée figure un segment de tige de bambou. PL XXI, 56.

Grand vase cylindrique pour décoction de prunelles glacée en trois compartiments superposés séparés par une bordure violette à filigranes noirs; sur chaque compartiment, encadrées d’une bande verte avec chrysanthèmes, deux réserves blanches portant des fleurs et des oiseaux en couleur; sommet découpé en diadème avec plantes polychromes dans une bordure verte fleurie. PL XX, 54.

Vase cylindrique, décor polychrome : au col, fond vert piqué de noir avec fleurettes et tings coupé par deux réserves blanches à paysage; à l’épaulement, mosaïque à quatre réserves d’attributs; sur la panse, fond vert à étoiles noires chargé de fleurs et de papillons, huit réserves contenant des animaux ou des oiseaux, quatre en forme de feuilles et quatre rectangulaires ; à la base, feuilles dressées multicolores. PL V, 16.

Vase cylindrique, décor polychrome : sur le col, cachets ronds de longévité entre bordures fleuronnées , filet saillant, le caractère ch cou et le svastika alternant au milieu de bordures de grecques et de fleurons; sur l’épaulement, arabesques sur fond jaune et bande mosaïque; sur la panse, fond vert chargé de rinceaux jaunes et de chrysanthèmes, deux réserves à paysage alternant

ÉPOQUES DE FABRICATION. 469

avec deux médaillons superposés décorés d’un poisson, d’un animal ou d’inscriptions; à la base, faux godrons.

Perroquet sur rocher; tête et bout des ailes fond vert strié de noir, plumage violet de manganèse avec imbrications noires, poitrine vert pâle. PI. XIV, 41.

Coupe formée d’un calice vert et d’une corolle de pétales jaunes soudés, reposant sur une branche violette dont les rameaux, chargés de feuilles et de fruits en relief, ornent la panse et dont un fragment se contourne en anse. PI. XXVIII, 81.

Carpe dressée sur la queue émergeant des flots (théière).

Poule avec poussin sur le dos en guise de couvercle; émaux brun, violet, vert et jaune (théière).

Cage à grillons sphérique; parois ajourées fond vert portant cinq réserves circulaires ornées de chrysanthèmes rouges et jaunes et une réserve au sommet avec chrysanthème central dans une bordure verte à fleurettes blanches. PI. XXIII, 60. Une autre cage analogue est à fond jaune.

Toutes ces pièces sont à décor polychrome sur biscuit .

Le vert Khang-hi, déjà si éclatant dans le décor sur biscuit, acquiert une vigueur et une intensité incomparables dans le décor sur couverte; c’est là qu’il se montre dans toute sa splendeur.

A mesure que nous nous rapprochons du dix-huitième siècle, nous parcourons une région mieux explorée et nous voyons surgir çà et là ces magnifiques spécimens sur lesquels le vert joue le rôle prépondérant et nous éblouit tant par le nombre de ses nuances diverses que par la profondeur de ses émaux limpides et par les feux irrisés de ses lustres métalliques. Le vert Khang-hi ne redoute ni rivaux ni imitateurs; il étale ses reflets rubis avec orgueil et éteint par son éclat les verts des autres époques.

Voici quelques échantillons de choix qui permettront de les juger en conscience :

Vase lan celle, fond blanc craquelé, décor polychrome : rochers, plantes fleuries, papillons, oiseaux.

Gourde blanche, émaux polychromes; sur le renflement du col, deux médail Ions circulaires inscrits dans les caractères fou et cheou (bonheur, longévité et ornés des Dieux du bonheur et de la longévité alternant avec deux grues au vol et des branches chargées de pêches; riches bordures aux extrémités du col; sur la panse, bande mosaïque et contrebordure à lambrequins cernés de li-

lets noirs; sur les lambrequins, fond vert piqué de noir, enfants se jouant au milieu de nélumbos fleuris; à la base, guirlande symétrique de nélumbos, large filet jaune et faux godrons verts. PL XXVII , 76.

Vase balustre, fond blanc, décor polychrome; au col, bordure mosaïque, palmettes dressées et bande mosaïque ornée de quatre réserves blanches avec enfants; sur la panse sphéroïdale, fond vert piqué de noir et chargé de fleurs, quatre médaillons rectangulaires blancs avec paysages, oiseaux et mobilier; à la base, lambrequins et pendeloques. PL XXVII , 77.

Cornet à renflement médian, fond blânc, émaux polychromes : sur le col, deux réserves avec branches fleuries et riches bordures; au centre, deux réserves à bouquets entre bordures variées et palmettes dressées au sommet et à la base des bordures.

Bouteille à panse sphérique et long col, fond blanc, décor en couleur : à l’orifice, bordure verte mosaïque et filet fleuronné à pendeloques; à la naissance du col, palmettes et tiges pointues avec riches ornements; sur la panse, bande verte à œil de perdrix noir rompue par quatre rosaces et quatre réserves de papillons alternant; au dessous, lambrequin cerné de noir portant des rinceaux verts et des arabesques, puis large zone blanche à quatre bouquets; à la base, faux godrons.

Vases sphériques avec couvercles en capsule, fond blanc, décor polychrome : riches lambrequins cernés d’un double filet noir et vert et chargés de bouquets sur fond vert pâle piqué de noir; sur la panse, branches fleuries et papillons; sur le couvercle, rosace avec ornementation identique à celle du lambrequin. PL XXVIII, 80.

Bouteille à panse piriforme, large col évasé et piédouche saillant, fond blanc, émaux polychromes : sur le col, palmettes dressées entre bordures mosaïques; sur l’épaulement, fleurs ornementales gravées réservées en blanc sur fond vert piqué de noir au milieu de deux bandes mosaïques; à la panse, bordure rouge chargée d’arabesques blanches, chrysanthèmes de nuances variées se détachant sur rinceaux verts en relief et couronne de feuilles lancéolées; à la base, faux godrons à pendeloques.

Bouteille blanche, décor polychrome : col renflé portant une bordure de dents de loup, des pendeloques, une bande mosaïque et des fleurettes; panse sphéroïdale avec bordure verte piquée de noir sur laquelle se détachent deux salamandres; plus bas, six bouquets.

EPOQUES DE FABRICATION

Vase turbiné, fond blanc avec fleurs ornementales gravées, portant des émaux polychromes; à l’épaulement bande verte à fleurons cernée de rouge; sur la panse : rocher, bambou, pêcher fleuri et oiseaux. PI. XX\ 1, 71.

Plat, fond vert piqué de noir, émaux polychromes : lépidoptères variés au milieu de tis’es fleuries.

Flacon à parfums, forme amande, fond vert piqué de noir chargé de fleurettes et de papillons en couleur. PI. XXVI, 74.

Bol blanc, décor polychrome : bordure de plantes et de papillons; au pourtour, réserves limitées par des fdets bleus avec oiseaux symétriquement disposés; à l’intérieur, bordure verte mosaïque à quatre réserves d’animaux ou de paysages; sur la chute, quatre réserves encadrées de noir avec animaux ou mobilier; au fond, le Ki-lin.

Vase quadrangulaire, à col carré évasé et piédouche saillant, fond blanc, décor polychrome : à l’épaulement, salamandres rouges sur fond vert piqué de noir ou à filigranes bruns; sur le col et la panse, mobilier en relief; sur le piédouche, fond vert à œil de perdrix noir, rosaces et réserves d’attributs.

Cette période est remarquable par des fonds verts chargés de points ou de filigranes noirs aussi bien que par des fonds blancs piqués de rose; sur ces fonds s’enlèvent des arabesques, des papillons, des insectes et autres motifs polychromes avec des rosaces et des réserves blanches ornées de sujets en couleur. Cet ensemble constitue un décor dont l’harmonie et la richesse défient In contradiction et désarment la critique la plus sévère.

Vase cylindrique surmonté d’un col droit, décor polychrome : sur le col blanc, quatre tings; sur la panse, fond vert piqué de noir et rehaussé de fleurs et de papillons, réserves blanches, de formes variées, avec personnage, animaux, plantes, mobilier et attributs.

Vase analogue au précédent avec ornementation différente des réserves; on y voit figurer un éléphant blanc.

Bol campanulé, fond blanc pointillé de rose avec fleurettes et nélumbos, portant quatre réserves, en forme de feuilles, occupées par des plantes en couleur; à l’intérieur, bordure mosaïque coupée par quatre médaillons à paysage.

Vase cylindrique, décor polychrome; sur le col, fond blanc piqué de rose et chargé de dessins symétriques, deux réserves à mobilier; sur l’épaulement, fond vert filigrane, quatre rosaces alternant avec quatre réserves fleuries; sur la panse, fond vert avec filigranes noirs portant des salamandres et des

fleurs arabesques, réserves blanches occupées par des animaux et des plantes.

J’ai déjà signalé le fond rouge de fer avec arabesques blanches, je citerai deux beaux échantillons de ce genre.

Vase Icuicelle , fond rouge de fer à rinceaux blancs sur lequel se détachent des pivoines ornementales multicolores.

Vase à eau; panse sphéroïdale avec col droit et court; anse en forme de dragon blanc à tête jaune; émaux polychromes : au col, salamandres au milieu de rinceaux blancs sur fond rouge de fer; sur la panse, fond violet filigrané, tête de monstre et deux réserves blanches à bouquets entre bordures ornementales. RI. XXVI, 72.

Toutes les pièces décrites sont des exemples irréprochables; leur beauté frappe et persuade les plus intransigeants, la cohviction est infaillible.

On aura remarqué que j'ai été entraîné à bouleverser, dès le début, l’ordre normal de classification; on cessera d’être étonné de cette infraction à la règle quand j’aurai expliqué les raisons qui m’ont guidé en cette circonstance. Le- vert Khang-hi a droit à cette préséance et à cette primauté puisqu’il domine toute cette époque et rejette au second plan tous les autres éléments de décor. Je répète donc, pour éviter tout reproche ultérieur, que je serai obligé, maintes fois, de m’écarter de la nomenclature sèche et de la règle stricte d’un catalogue. Notre excursion ne sera que plus pittoresque et plus agréable en rompant la monotonie d’un classement méthodique, tel que l’exigerait la hiérarchie inflexible.

Les monochromes nous retiendraient longtemps et sans profit appréciable s’il fallait repasser en revue toutes les nuances définies avec précision dans un chapitre précédent. Bien que la gamme entière soit représentée ici, je me bornerai à quelques exemples de choix.

Blanc. Vase quadrangulaire ; au col, feuilles dressées; sur la panse, dragon dans les nuages au-dessus des flots; décor en relief.

Théière, en forme de fruit, avec tiges feuillues en relief; Kien-yao.

Vase à eau formé de deux litchis accolés attachés au rameau servant de pied. Le litchi est un fruit des tropiques.

Céladons . Le céladon vert d’eau mérite une prime d honneur. Les céladons sans décor polychrome devraient strictement figurer seuls ici, je préfère épuiser la matière plutôt que d’être obligé d’ouvrir plus loin un nouveau paragraphe pour la série des céladons ornés de motifs en couleur.

Vase piriforme, fond céladon vert d’eau gaufré; bordure fdigranée, bande de dents de loup surmontée de fleurons et dragon dans les flammes; Longtsiouen-yao.

Bouteille, fond céladon vert, avec personnages en bleu et en relief.

Gourde, même fond, ornée de fruits en rouge de cuivre et de feuillage en bleu de cobalt.

Vase turbiné, même fond, avec quatre réserves blanches à décor bleu.

Pitong cylindrique, même fond chargé d’arabesques gaufrées, portant quatre médaillons blancs circulaires avec Génies sur des monstres marins au milieu de nuages; décor en bleu et rougfe.

Le vase suivant est une vraie curiosité : sur un fond céladon vert d’eau se détache, en bleu de cobalt, le tronc noueux cl’un saule séculaire au milieu de vapeurs rouges tirées du cuivre; cette brume rouge frappe par son étrangeté et laisse niie impression favorable. Une fée bienfaisante semble avoir présidé à la fabrication magique de cette pièce ; en tout cas, la part du hasard dans sa réussite est considérable. M. Lauth nous fournit l’explication du phénomène par ses observations personnelles. Lorsque, pendant la cuisson, un vase à fond céladon vert d’eau, qui est à base de fer, est placé dans le four à proximité d’un vase émaillé en rouge de cuivre, il est fréquemment coloré par le cuivre qui se volatilise et se lixe sur la couverte ferrugineuse en raison d’une tendance naturelle.

Mentionnons encore un vase piriforme d’un aspect bizarre ; on croirait avoir sous les yeux la palette d’un peintre. La panse fond céladon vert est parsemée de larges taches accolées et comme jetées au hasard soit blanches, soit rouges ou bleues en deux nuances; l’ensemble étonne, mais la surprise ne déplaît pas; en Chine, l’imprévu est la règle.

Le bleu d’empois occupe partout un rang honorable et envié, il n’est pas inférieur au vert d’eau et ne craint aucun voisinage; cette nuance aimable n’est déplacée nulle part.

Théière sphéroïdale, fond bleu d’empois, avec oiseaux perchés sur une branche en bleu foncé.

Vase turbiné, même fond, avec dragons dans les flammes en bleu foncé.

Vase ovoïde, même fond, décoré en bleu de cobalt et rouge de cuivre : chrysanthèmes à pétales blancs cernés de rouge, bambou, champignons et oiseau

Vase balustre arrondi, fond bleu d’empois, décor polychrome en léger relief : grue et papillons au milieu de nélumbos fleuris. PL XXIV, 65.

Bouteille à panse turbinée et long col, fond bleu d’empois, avec gravures sous couverte à l’épaulement et à la base; autour du col, resté blanc, s’enroule un dragon bleu et rouge.

Nous ferons connaissance avec les céladons de fer, poussière de thé, sous les règnes suivants.

Rouge. Cette série se recommande par la variété des nuances et la beauté des pièces. Nous parlerons en premier lieu des rouges de cuivre.

Vase bursaire à panse sphéroïdale et col court, fond rouge de cuivre en deux tons superposés; à l’épaulement, en relief, quatre lépidoptères blancs avec anneaux.

Vase cylindrique, fond rouge brunâtre maculé de vert portant sur deux rangs superposés, quatre par quatre, huit médaillons circulaires blancs occupés par des personnages bleus qui alternent avec des dragons de même couleur ; sur le col, palmettes blanches dressées; sur l’épaulement, trois dragons bleus.

Les sang de bœuf de la période Khang-hi ont une valeur incontestable, cependant leur qualité est inférieure à celle des Lang-yao de l’époque Ouan-li.

Le sang de poulet , les foies de cheval ou de mouton , les couvertes fraise écrasée et peau de pèche sont également estimés à cette date ; c’est même sous ce règne que la peau de pèche obtient ses meilleurs succès.

Gourde rouge fraise écrasée.

Boîte lenticulaire ; couverte peau de pèche (marquée Khang-hi).

Vase hémisphérique en forme de dôme; couverte peau de pèche avec trois médaillons ronds gravés, figurant deux salamandres hiératiques enroulées (marqué Khang-hi).

Vase ovoïde blanc décoré de deux dragons dans les flammes en rouge de cuivre maculé de vert (couverte peau de pèche).

Le rouge de fer s’offre à nos regards sous des auspices favorables soit uni, soit enrichi d’une parure d’or ou d’émaux polychromes.

Bouteille sphérique à long col, fond rouge de fer agatisé avec arabesques en or.

Compotier rouge brique avec fleurs ornementales bleues; marqué Siouen-te, copié sous Khang-hi.

ÉPOQUES DE FABRICATION

Bol hémisphérique, fond rouge orangé, décor en couleur et en or : jeux d’enfants dans un paysage (Palais d’Eté).

Un bol identique existe dans la collection avec le nien-hao de Tao-kouang (1820-1850). La copie 11e peut pas supporter le voisinage du modèle; le dessin est correct, mais les émaux n’ont plus ni la même vigueur, ni le même coloris chaud et profond; elle a cependant été exécutée pour le Palais, ce qui implique que l’artiste y a mis toute sa science.

Le rouge corail est une des merveilles de cette série; tout éloge est superflu pour célébrer sa royale beauté et les amateurs se disputent les belles pièces avec acharnement. Je partage trop complètement leur enthousiasme pour critiquer les hauts prix que les spécimens d’élite atteignent dans les transactions.

Décor polychrome direct . Vase cylindrique, fond rouge corail, décor polychrome; sur la panse, les trois Personnages de la Trinité inférieure Taoïque : Yu-Wang-Chang-Ti, chef du ciel ; à droite, Nan-Kieu-Lao-Dziu , appelé aussi Cheou-Lao, dieu de l’étoile du Sud et de la longévité ; à gauche, Limpao , dieu de la providence, ayant un enfant dans les bras et un autre près de lui. PI. VI, 17 et 18.

Grand plat, mêmes fond et décor : deux axis au pied d’un pin sur lequel est perchée une guenon; bordure fleuronnée.

Décor polychrome en réserves. Bouteille subconique à piédouche saillant et long col évasé, fond corail, offrant, sur la panse, deux grandes réserves blanches occupées par des personnages en couleur.

Décor bleu direct. Vase piriforme à large col évasé et piédouche saillant, fond corail, portant réservés en blanc et décorés en bleu : sur le col, deux philosophes; sur la panse, personnages ; sur le piédouche, nuages.

Bol cylindro-ovoïde , même fond, avec grues dans un paysage en bleu de cobalt (marqué Khang-hi).

Le rouge de fer est employé comme seul décor sur des fonds blancs avec addition parfois de quelques touches d’or et de vert.

Vase cylindrique avec mobilier.

Vase à long col avec dragons-.

Bouteille à panse sphérique et long col, fond blanc, décor en rouge de fer et en vert : deux poissons émergeant des Ilots et dévorant des fleurs qui tombent d’un pêcher; c’est une pièce de cadeau. Le décor est un souhait de hautes dignités pour le destinataire.

Compotier orné d’un poisson rouge.

Fond abricot. Compotier divisé en huit compartiments portant, chacun, un enfant sur une feuille verte de nélumbo ; double bordure rouge avec arabesques blanches; au centre, rosace dans un médaillon blanc.

L & jaune est remarquable par sa pureté et la variété de ses nuances.

Bouteille turbinée à long col accosté d’anses tubulaires, décor vert : sur le col, palmettes dressées, bordure de grecques gravées et lambrequins avec têtes de monstres archaïques; sur la panse, guirlande arabesque; à la base, bordure fleuronnée.

Bol jaune paille, décoré, à la base, de flots verts gravés (pièce très fine).

Vase turbiné à col cylindrique accosté d’anses tubulaires, fond jaune craquelé à reflets métalliques, portant des dragons et des fleurs ornementales gravés dans la pâte et décorés en brun et vert.

Vase formé de deux fruits engagés, fond jaune à surface granulée; anse supérieure violette figurant une branche chargée de rameaux feuillus adhérents aux fruits; au sommet, sur l’un, couvercle plat avec salamandre verte; sur l’autre, chrysanthème vert ajouré dont le centre est occupé par un caractère chinois. PL XXIII, 61.

Bol, fond jaune pâle, sur lequel se détachent des bâtons rompus blancs en relief et quatre réserves blanches à plantes polychromes ; intérieurement, quatre bouquets.

Bouteille côtelée jaune; autour du col, salamandre verte en relief tenant une tige en fleurs.

Nacelle, formée d’un pétale jaune de nélumbo, portant un philosophe, vêtu de jaune, étendu sur une feuille verte de lotus (PL XVIII, 49). Un second exemplaire analogue diffère par la couleur blanche du pétale.

Le jaune d’anguille, chen-yu-hoan g , ^ yKy est une innovation de cette

période. Cette nuance, voisine de la couleur jaunâtre du dos de l’anguille ou de la murène, est un jaune plutôt clair sillonné de veines brunes.

•J’ai deux jolis spécimens du genre, l’un pâle, l’autre foncé. Un troisième d’une régularité parfaite rappelle, par le fond, le ton de la châtaigne mûre chargée de stries noirâtres.

Fond café au lait. Les fonds café au lait et feuille morte sont des teintes intermédiaires entre le jaune et le brun.

Vase ovoïde, fond café au lait, avec deux lambrequins bruns en saillie.

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Vase cylindrique, même fond, décor bleu : deux réserves rectangulaires avec poisson émergeant des Ilots inscrites dans le caractère cheou (longévité).

Bouteille en biscuit émaillé; long col, renflé à l’orifice avec déversoir en liée, orné de tiges fleuries en bleu; panse sphérique, fond café au lait, portant des raies creusées en spirales.

Plat, fond café au lait, décor polychrome : au pourtour, trois dragons dans les flammes; au centre, dragon vu de face.

Plat analogue avec rochers, pivoines et branche de pêcher en fleurs.

Bol hémisphérique, mêmes fond et décor : au pourtour, mandarin prêt à monter sur une jonque.

Bol évasé portant huit tings variés; à l’intérieur, bordure verte quadrillée à quatre réserves de mobilier, et, au fond, ting sur un socle.

La distinction entre le café au lait et la feuille morte est presque imperceptible dans les tons extrêmes; le degré exact de séparation entre le café au lait foncé et la feuille morte claire est indéterminé et nécessairement un peu arbitraire; mais ici une précision rigoureuse n’est pas indispensable.

Fond feuille morte. Il était déjà connu sous les Ming; ce fait est attesté par un compotier de la collection timbré du nien-hao de Tehing hoa. Notre compotier a été copié à l’époque Khang-hi sur un modèle ancien.

Vase cylindrique, fond feuille morte craquelé, portant une branche de pêcher fleuri et un oiseau en bleu de cobalt et en pâte blanche rapportée.

Une belle assiette de cette série est décorée, en couleur, de bégonias, de graminées et d’un papillon; un bol est orné dans le style persan, un autre porte des objets mobiliers. Des pièces craquelées de cette nuance sont chargées de tiges fleuries ou de motifs en bleu de cobalt. D’autres n’ont pour toute décoration que des grecques ou des fleurons et des anses formées de mufles en pâte brune non vernissée, mais leur costume sombre est rehaussé par les feux chatoyants de leurs reflets irrisés ; ce costume serait agréé par les Jansénistes.

Brun. Les fonds capucin et chaudron, les couvertes brune à pointes métalliques ou marron à paillettes étincelantes imitant l’aventurine se rattachent à cette tonalité; les variétés sont nombreuses. Ce genre a été cultivé avec succès pendant cette période et sous les deux empereurs subséquents.

Les vases suivants sont rares et précieux : l’un, fond brun, est orné d’animaux fantastiques couleur marron au milieu de feuillage vert.

CERAMIQUE CHINOISE.

L’autre sphérique à long col, fond jaune d’ocre foncé, porte un dragon dans les nuages décorés en brun noirâtre.

Bleu. Le bleu de cobalt mérite toutes les sympathies et a contribué, dans une large mesure, à la gloire du céramiste chinois; il se présente avec distinction pendant cette période qui est une des belles époques de fabrication.

Dans un concours sérieux, le bleu de cobalt disputerait chaudement la palme au fameux vert Khang-hi et probablement il obtiendrait le premier prix; en Chine, en Angleterre et en Amérique sa victoire est assurée et je ne contesterai pas cette royauté loyale et juste.

Il est inutile de décrire des pièces en bleu uni ou gravé, j’ai hâte d’arriver au bleu fouetté, si estimé des connaisseurs.

Paire de vases ovoïdes avec couvercles bombés; fond bleu fouetté à quatre réserves blanches, lobées, contenant des paysages ou du mobilier en camaïeu bleu.

Paire de vases cylindriques, fond bleu fouetté, chargé d’arabesques en or, portant quatre réserves blanches rectangulaires décorées de branches fleuries et d’oiseaux polychromes. PL XXV, 70.

Une paire semblable a été vendue à Londres, l’an dernier, plus de 20,000 francs aux enchères publiques.

Vase ovoïde, à col évasé, même fond, portant trois poissons rouges à écailles noires au milieu de poissons et de plantes marines en or.

Vase analogue avec poissons blancs à écailles rouges.

Bouteille piriforme, même fond, avec trois chiens de Fô en rouge de cuivre maculé de vert (couverte peau de pêche).

Bol bleu fouetté portant deux tiges de pêcher réservées en blanc avec touches en rouge de cuivre; à l’intérieur, bordure et médaillon central ornés de fleurs de pêcher blanches sur fond bleu.

Bol bleu fouetté, décor en gros vert et en violet; bordure ornementale, quatre fong-hoangs au vol et faux godrons.

Vase ovoïde, même fond, avec arabesques gravées réservées en blanc ; échantillon d’un goût exquis. PL XXVIII, 78.

Bleu d’empois. Il en a été question sous la rubrique des céladons.

Je continuerai cette revue de l’époque Khang-hi en m’occupant des porcelaines blanches décorées en bleu de cobalt et en rouge de cuivre; particulièrement renommées durant cette période, elles ne sont pas indignes de leur ancienne

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réputation. Les spécimens de ce genre sont nombreux, néanmoins je restreindrai mes citations à ceux qui sont indispensables.

Blanc et bleu de cobalt. Vase ovoïde blanc avec personnages en bleu.

Bouteille piriforme à long col, fond blanc, décor bleu : sur le col, plantes et mobilier; sur la panse, paysage avec personnages dans une bordure de feuillage fleuri.

Le décor à fleurs de pécher improprement appelé, en Angleterre, haw-thorn , may-flower, fleur d' aubépine , est, en première qualité, un des types les plus séduisants; malheureusement les belles pièces bien agatisées, revêtues de ce manteau royal, sont rares, aussi sont-elles cotées aujourd’hui, surtout sur les marchés de Londres et de New- York, à un tel prix, que les princes couronnés et les millionnaires seuls ont les ressources pécuniaires suffisantes pour les acquérir. Les fleurs de pêcher, en seconde et troisième qualité, sont abordables pour toutes les bourses, mais les gourmets les délaissent et les délicats les rejettent avec mépris ou indifférence, il leur manque cet arôme capiteux qui grise et amène une obsession sans merci, un désir de possession irrésistible; le peu qui fait défaut à certaines pièces pour atteindre la perfection est justement ce rien presque insaisissable, si difficile à percevoir et «à analyser, qui néanmoins constitue un abîme sans fond; l’amateur véritable me comprendra sans autre explication.

Beau vase ovoïde, fond bleu agatisé et caillouté, portant des branches de pêcher fleuries réservées en blanc; couvercle en capsule bombé. PL NX IV, 64.

Les porcelaines F en-tin g de ce règne sont presque aussi belles que celles des Ming; l’exécution est précieuse et la nuance du bleu est exquise.

Vases à eau ornés de personnages ou de dragons, etc.

Blanc et rouge de cuivre. Vase turbiné à base élargie, fond blanc, décor en rouge de cuivre : à l’épaulement, bordures ornementales à compartiments; sur la panse, trois rameaux chargés de feuilles et de fruits; à la base, patinettes dressées.

Vase à eau sphéroïdal blanc avec fleurs rouges à feuillage vert. PL XXÏII, 59. Blanc , bleu de cobalt et rouge de cuivre. Bouteille avec bordure de rinceaux fleuris; sur la panse, trois chiens de Fô jouant avec des balles; à la base, fleurettes et rinceaux.

Bouteille piriforme à long col portant des chiens de Fô au milieu de nuages et de flammes symboliques.

Vase piriforme à large ouverture; sur le col, grecque coupée par quatre anneaux blancs en relief; sur la panse, trois bandes d’ornements archaïques; à la base, bordure de rinceaux.

Le bleu turquoise est très estimé à cette date et ajuste titre; il est souvent légèrement verdâtre.

Vase piriforme à large ouverture circulaire, fond bleu turquoise truité ; anses en têtes d’éléphant; dessous de la pièce émaillé.

Bouteille, même couverte, ornée d’arabesques gravées sous émail.

Coupe formée d’une feuille de nélumbo repliée sur elle-même et présentant des nervures en relief; même glaçure.

Cornet, fond bleu turquoise, décor gaufré; au sommet et à la base, palmettes dressées ; au renflement central , ornements hiératiques entre deux grecques.

Petit vase balustre, même couverte, avec personnages et bananiers en relief; anses en têtes d’éléphant.

Pitong cylindrique, formé de tiges de bambou assemblées, sur lesquelles se détachent, en relief, un pin et un pêcher.

Pitong quadrangulaire, décor ajouré, fond bleu turquoise : bouquet sur chacune des quatre faces.

Le bleu turquoise est, maintes fois, associé au bleu de cobalt et toujours avec succès.

Vase balustre carré aplati , fond bleu turquoise truité , marbré de larges taches en bleu de cobalt.

Voici une jolie variété de ce décor :

Vase, fond blanc truité, portant des coulées en bleu turquoise mélangées de bleu violacé.

Petit vase balustre hexagone aplati , fond bleu turquoise, orné de branches fleuries en bleu de cobalt.

Cette catégorie comprend encore une bouteille, fond bleu turquoise truité, avec mobilier en bleu foncé tirant sur le noir, un flacon tabatière avec dragons dans les nuages d’un noir bleuâtre, et un vase ovoïde avec bordure de grecques noires, portant trois bandes bleu turquoise truité unies qui alternent avec trois bandes gros vert noirâtre sur lesquelles se détachent, en relief, des ornements archaïques bleus.

Ces trois pièces datent de la fin de Khang-hi.

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Violet. On a également sous ce règne fabriqué de beaux spécimens de cette nuance.

Vase à vin, forme théière, simulant un segment de tronc de bambou.

Vase turbiné à base élargie et saillante portant des tiges fleuries gravées sous émail; ton violet pensée très intense.

Bouteille sphérique à long col, fond violet moucheté de violet plus pâle.

Compotier avec dragons gravés qui se montrent plus visibles sous une faible couche d’eau.

Vert. Cette série est importante à cause de ses nombreuses variétés et du rôle considérable joué par le vert à cette époque.

Vert d’huile, y eou-lu-yeou, /féfi $Jj • La collection a réuni plusieurs pièces superbes de cette catégorie; elles sont assez rares.

Réservoir à eau , en forme de pêche de longévité , fond vert d’huile , avec fleurs et papillons polychromes; anse et goulot jaunes , maculés de taches brunes, imitant une tige chargée de rameaux feuillus qui adhèrent au fruit. PI. XXVIII, 79.

Paire de cornets à renflement médian, fond vert d’huile, décor en bleu de cobalt avec touches de jaune et de violet : trois paysages superposés séparés par des grecques. PI. XIX, 52.

Ce fond est parfois décoré uniquement en bleu de cobalt : assiette ornée de deux drag'ons dans les flammes en bleu sur fond vert d’huile.

Vert feuille de camellia. Mes vitrines contiennent des bouteilles, des compotiers, dos bols, etc. de cette qualité. Ces pièces, à couverte traitée unie ou gravée, ne demandent aucune description. Les spécimens suivants sont curieux en raison des sujets peints sous couverte en noir ou plutôt en bleu foncé; ils ont été exécutés au commencement du dix-huitième siècle.

Vase ovoïde, fond vert camellia, décor noir : barque abritée par une tente et chargée de personnages attablés qui naviguent à l’ombre d’un saule.

Vase analogue plus petit représentant un paysage accidenté et aquatique.

Email vert pâle. Voici deux exemples de ton différent.

Godet à eau lenticulaire, fond vert pâle, avec salamandres brunes.

Compotier orné d’arabesques et de fong-hoangs au trait rouge sur fond vert bleuté pâle.

J’ajouterai un petit vase en forme de fleur de magnolia verte dressée sur une tige violette qui sert de pied. PL XXVI, 73.

Email gros vert. Cette couverte est représentée dans mon musée par une superbe gourde orbiculaire aplatie; des salamandres hiératiques au milieu de rinceaux arabesques se détachent en vert pâle sur un fond noir qui n’est autre que le gros vert tirant sur le noir de la période Tching-hoa.

Cet émail gros vert est parfois moucheté de vert pâle. Je citerai, en ce genre, une bouteille ovoïde à long col sans décor, et un bol rare dont le fond identique est coupé par quatre réserves blanches circulaires contenant des personnages polychromes.

Vert bouteille. Les pièces de cette nuance ne sont pas communes, leur fabrication est spéciale à ce règne.

Vase quadrangulaire à pans coupés avec large col droit; fond vert bouteille chargé d’arabesques violettes; sur le col, quatre réserves blanches avec fleurs en couleur; sur la panse, huit réserves rectangulaires, superposées deux par deux, avec paysages et personnages polychromes; sur chaque pan, trois réserves blanches à salamandres rouges; sur l’épaulement, quatre papillons. PL NX, 53.

Vase cylindrique , fond vert bouteille chargé de fleurs ornementales violettes et portant quatre réserves rectangulaires en bleu fouetté à inscriptions d’or; sur le col, caractères cheou entre bordures fleuronnées; sur l’épaulement, quadrillé à quatre réserves avec chrysanthèmes dorés ; à la base, pétales dressés.

Vase lancelle, fond vert bouteille, décor en bleu et violet : rochers, arbustes fleuris, oiseaux.

Vert oseille. Vase turbiné remarquable par l’intensité de la coloration due à une couche subjacente de rouge.

Vert olive. Bouteille monochrome et vase à eau maculé de brun.

Vert de peau de serpent , che-pi-lu. Il est représenté par plusieurs pièces de la série des soufflés, fond vert pâle à taches bleuâtres simulant la peau mouchetée du ventre de la couleuvre.

Vase à panse cylindrique avec long col évasé et piédouche en saillie, etc.

Ce genre nouveau prend des développements sous Kien-long et offre dès lors des variétés multiples.

Fond noir mat. Flacon tabatière avec pampres et loirs réservés en blanc et modelés par des hâchures brunes.

Fond noir à macules brunes. Bouteille avec personnages en pâte jaune rapportée.

Flambés. Je décrirai de nombreux échantillons de cette espèce sous Yungtching et Kien-long, nous serons arrivés à une des plus belles époques de ce genre de production et notre arrêt sera prolongé avec raison. Néanmoins les porcelaines flambées de la période Khang-hi ne doivent pas être rejetées à l’écart, elles peuvent même être signalées avec justice, elles occupent déjà une place importante, et les progrès réalisés durant ce règne ont préparé les voies aux succès obtenus sous les deux empereurs qui ont gouverné la Chine de 1723 à 1796. Nous étudierons donc avec soin les flambés de cette date, ayant de nombreux spécimens sous les yeux et dans nos vitrines.

Le rouge haricot est uni ou sillonné soit de veines soit de coulées bleues, violacées ou prises.

Gourde orbiculaire aplatie avec long col et piédouche saillant; sur l’épaulement, deux oiseaux en relief formant les anses ; couverte flambée rouge de cuivre; sur le couvercle, chien de Fô.

Vase quadrilatéral à pans coupés sur les arêtes; émaux rouge, violet et gris jaunâtre.

Vase en forme de lirig-tchi chargé de petits champignons sur les flancs; rouge flambé avec veines bleues et taches jaunes; intérieur bleu.

Bouteille piriforme, fond gris mastic, sillonné de coulées bleues et rouges.

Bouteille piriforme côtelée , fond gris craquelé ; couverte dans la tonalité du violet de la peau d’aubergine (rare).

Vase quadrilatéral à reliefs, fond gris verdâtre, avec coulées brunes.

Ting sphéroïdal orné d’une salamandre en relief; émaux craquelés rouge haricot et vert olive.

Vase piriforme à large col évasé ; anses en têtes d’éléphant ; couverte flambée verdâtre, craquelée, sillonnée de traînées irrégulières rouge haricot et vert olive.

Gourde vert olive veiné de bleu.

Bouteille rouge flambée sur fond céladon vert d’eau qui porte trois groupes de feuilles en bleu de cobalt; le rouge de cuivre a été appliqué sur une pièce déjà cuite et a nécessité une cuisson supplémentaire; ! essai a réussi à souhait,

I inspiration a été heureuse, ces tentatives ne sauraient trop être encouragées.

EPOQUES YUNG-TCHING fl 723-

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