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CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LA PORCELAINE

la Chine; on n’y voit point de ces merveilles soustraites au Palais d’Été pendant le pillage ou vendues par un mandarin en détresse, de ces spécimens de choix sortis des mains d’un artiste éminent.

Les collections publiques ou privées présentent les mêmes vides; il y a de nombreuses solutions de continuité dans les séries de fabrication depuis les Song jusqu’à nos jours. Les cabinets anglais et américains sont plus riches en produits façonnés pour les habitants du Céleste Empire, ils en sont même presque exclusivement composés. Si on réunissait dans un même local les échantillons les plus précieux et les plus beaux des collections de l’Angleterre et des États-Unis, nous aurions un ensemble assez complet; les éléments de discussion et d’étude seraient ainsi rassemblés à profusion. Le goût de ces deux nations est très distinct. L’amateur anglais préfère les vieilles qualités du temps des Ming et les porcelaines de Khang-hi; il récolte les représentants des autres périodes à regret, avec parcimonie et sans enthousiasme. L’Américain ne cache pas sa prédilection pour les époques Song et Youen; il aime la fabrication raffinée du dix-huitième siècle; sa passion dominante le pousse vers le monochrome qu’il voudrait accaparer et drainer à son profit exclusif.

En Europe, nous sommes plus modérés dans notre engouement pour les monochromes et nous réservons nos plus chères affections pour la porce laine décorée d’émaux multicolores. Quant à moi, je suis éclectique; pour écrire utilement l’histoire de l’art céramique, il faut être impartial, renoncer à tout parti pris, agir dans la plénitude de sa liberté; il faut rechercher ce qui est beau ou intéressant sans repousser ni mépriser aucune époque de manière à élargir l’horizon le plus possible. En conséquence, j’ai rassemblé toutes les pièces pouvant concourir directement ou indirectement à mon but afin de comparer tous les produits entre eux, de juxtaposer toutes les périodes de fabrication et de les étudier avec profit. On ne s’instruit sérieusement que par de judicieux rapprochements. Telle a été la méthode adoptée pour former ma collection.

Un musée composé de spécimens de choix en tout genre, de types parfaits de chaque époque, serait une création précieuse; il ménagerait plus d’une surprise, dissiperait plus d’un préjugé; il serait favorablement accueilli par le public dont l’éducation sous ce rapport est trop négligée; il serait une école de goût et fournirait à nos céramistes des modèles nouveaux. Cette

dernière considération est plus importante qu’on ne croit dans un siècle où la concurrence étrangère est si redoutable et où le succès dépend de la supériorité des produits d’une nation sur ceux des contrées rivales.

On oublie trop souvent qu’une collection n’est pas uniquement une distraction, mais doit être, avant tout, un enseignement pratique.

On rencontre des porcelaines chinoises dans tous les pays du globe. Les ateliers de la Chine ont travaillé pour la Perse sur des modèles persans comme pour les autres nations. L’Iran a produit des faïences inimitables; mais, malgré l’opinion de Jacquemart, elle n’a pas fabriqué de porcelaine, et il serait injuste de l’enrichir sans raison aux dépens d’un empire voisin.

Les potiers chinois ont su se plier, avec une facilité et une adresse incroyables, aux exigences, au goût des acheteurs du monde entier. Vers la fin du dix-septième et pendant le cours du dix-huitième siècle, ils ont exécuté des services de table complets et des vases d’ameublement pour nos grands seigneurs et nos financiers opulents; leur talent si souple a toujours satisfait leur nombreuse clientèle.

Ces porcelaines, assurément, sont intéressantes, charmantes; mais, en toute franchise, combien sont plus sincères, plus instructives, plus belles les pièces fabriquées pour la Chine elle-même. Il y a là toute une étude inédite de documents précieux pour celui qui aspire à connaître la vie intime ou publique des habitants du Céleste Empire; ce sont des horizons nouveaux qui vont se découvrir dans un pays encore mal exploré.

Déchiffrer ces hiéroglyphes d’une nouvelle espèce, telle est la tâche que j’entreprends aujourd’hui .

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