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Rapport de M. du Sai’tel

FABRICATION

(lr;md vaso en i)()i'C(îlaiii(!, ral)ri(|ii('! ini conmu'moraliou (In l’ussHj'c de Venus devant le Soleil.

Cette mémorable erreur doit être pour nous pleine d’enseignements. Elle nous apprendra notamment que la matière dans laquelle on confectionne une pièce céramique n’est pas sans influence sur son effet final. Elle nous fera souvenir que , tout en respectant l’accord indispensable entre la forme et la décoration, lorsqu’une pièce est appelée à être vue de loin, son architecture prime le reste; qu’à une distance moindre, la sculpture réclame ses droits, et qu’enfin si la pièce doit être considérée de très près, le premier rôle appartient de droit à la peinture.

On entrevoit par ces remarques avec quelles complications , avec quelles difficultés est tenu de compter l’artiste auquel on demande de composer le modèle d’une })ièce céramique. Il en est d’autres encore dont nous aurons lieu de nous occuper au cours des chapitres qui suivent. Mais, bien loin de nous rebuter, ces complications, ces difficultés éveilleront notre curiosité, piqueront notre amour-propre; car ce sont elles qui donnent aux études céramiques leur charme si pénétrant, leur passionnant intérêt.

Pour arriver plus facilement à la solution de ces multiples problèmes, il importe toutefois de procéder avec ordre et avec méthode. Pour ne point s’égarer dans un aussi vaste sujet, il convient d’établir une série de grandes divisions, et de groujier — au point de vue plastique — les différentes spécialités et les principaux emplois auxquels la céramique doit pourvoir. C’est, croyons-nous, le meilleur moyen de déduire des règles générales nous permettant de résoudre un foule de cas particuliers.

Ces principales divisions seront, si l’on veut bien, les suivantes :

1° La Céramique architecturale;

2® La Composition des vases;

3° Leur Décoration;

4° La Céramique d’usage.

La céramique architecturale, bien que dans nos divisions elle ne forme qu’une classe, peut cependant se diviser en deux sections particulières. Dans la première, l’argile cuite, monochrome ou revêtue de couleurs variées, émaillée ou non émaillée, fournit la matière même de la construction. Dans la seconde, l’argile, émaillée ou non émaillée, polychrome ou monochrome, est employée uniquement sous forme de parement et remplit le rôle de pavement ou de revêtement.

Dans ces deux cas, la céramique fait partie d’un ensemble. Elle se trouve, ]>ar conséquent, en tant que dimensions et que formes, strictement subordonnée aux nécessités de la construction; et comme sa décoration doit, à son tour, procéder de sa forme, il paraît assez difficile de fixer à priori des règles à peu près certaines, sur la façon dont elle doit être mise en œuvre et employée. Chaque emploi spécial qu’on en fait, se trouve, en eiïet, régi par des exigences particulières qu’il est impossible de déterminer. Aussi estce à peine si l’on peut citer un petit nombre de prescriptions générales, dictées par le bon sens et consacrées par l’observation, (ju’il soit permis, sinon de codiiîer, du moins de recomiriander à l’attention des intéressés, à cause du danger ([u’on coui’t toujours à les enfreindre.

lAivisageons d’abord la première de nos deux sections, celle où la cérami(pie fait [lai'tie intégrante de la construction même. Dans ce j)remier cas, l’édince sort pr('S(]ue comj)Iet de la main du potier, mais celui-ci n’en ('sl (pu^ l’auteur aj)pareut. (Ai ne j>eut lui j*efus('r d’avoir été l’exécuteur de l’œuvre; il ne saurait jirétendre en être « le niaî-

ire au sens ancien Je ce mot. C’est à l’architecte que revient ce titre; c’est lui qui, en fournissant le plan et l’élévation de chacune des parties de l’édilice , a été le véritable inventeur de la forme, que, sur ses indications, le modeleur d’abord et le potier ensuite se sont chargés de réaliser.

L’Antiquité grecque nous a laissé un certain nombre de fragments d’architecture céramique extrêmement remarquaJdes. On peut citer, entre autres, le chéneau du temple d’Apollon Lycéios de Métaponte, conservé à Paris au Cabinet des Médailles ; la belle corniche ajourée du temple de Sélinonte, les antélîxes découvertes à Gervetri, etc., etc. Tous ces morceaux superbes, d’une belle allure, d’une exécution magistrale , sont bien sortis du four d’un potier; mais, ne craignons pas de le redire, ils sont l’œuvre très étudiée d’architectes éminents et de sculpteurs hors ligne. Le céramiste a prêté ses moyens, ses procédés, sa matière. La pensée, l’invention de la forme, son adaptation, l’application même du décor, appartiennent à d’autres artistes.

Ces artistes, toutefois, doivent exiger que l’œuvre du potier qu’ils inspirent et qu’ils dirigent, réponde à un certain nombre de conditions spéciales. Soit qu’elle constitue un faîtage, soit qu’elle joue le rôle de gargouille, de corniche, de chéneau; soit qu’elle serve d’amortissement à un toit ou aune lucarne; soit qu’elle s’infléchisse pour accompagner une baie, ou qu’employée à l’intérieur de l’habitation elle forme un chambranle, encadre une porte ou limite une cheminée, la céramique, dans ces divers cas, remplit une mission parfaitement définie. Elle poursuit un but d’utilité immédiate. Or cette utilité, qui est sa raison d’être, doit apparaître avec certitude, avec évidence. Toute disposition ornementale, toute combinaison décorative tendant à dissimuler ou simplement à déguiser ce rôle utile, doivent être tenues pour fâcheuses, pour condamnables, car elles em-

pêchent de comprendre de suite l’importance du service rendu.

Gomme conséquence, il importe que toujours la forme reste clairement écrite. Les reliefs, si la pièce en comporte, seront puissants et fièrement indiqués. La céramique, ne l’oublions pas, jouit, au point de vue de la solidité, d’une

Fig. 40. — Antéfixe antique trouvée à Cervelri.

réputation douteuse. C’est pourquoi le sculpteur doit conserver à toutes ses saillies, tpielle que soit leur importance, un asjtect mâle, robuste, énergique. Il évitera donc avec soin tous les ornements maigres, délicats, aigus et par conséquent fragiles, ainsi que les détails com|)liqués, fouillés ou feuilliLs qui, rendant les lignes princi[)ales moins lisibles, enq)êcbent de saisir la structtire de l’ensemble. Kn un mot, il synthétisera son ornementalion, c’(ist-à-dire ([u’il la simplifiera et la ramènera à ses traits ex|)ressifs.

Enfin, pour ces ouvrages appelés à être contemplés à de grandes distances, la finesse, la beauté de la matière étant sans grande importance, puisqu’elles ne sauraient être perçues par le spectateur, l’argile à employer, pourvu qu’elle ait la plasticité nécessaire, pourra être assez commune. Les contours un peu gras qu’elle laissera aux pièces exécutées n’en montreront que plus de robustesse et de vaillance.

Comme élément de décoration intérieure, nous voyons également, dès la plus haute antiquité, la céramique orner d’une façon magistrale les surfaces les plus vastes. La frise magnifique des Archers de Darius, les superbes lions qui complètent cette décoration incomparable, montrent le parti que, bien longtemps avant notre ère, on a su tirer de ses étonnantes ressources. Si nous passons de ces frises, où la céramique joue encore le rôle de matériau de construction, à d’autres édifices moins anciens où elle est appliquée soit sous forme de mosaïque, comme dans la porte de Sidi-bou-Médine, près de Tlemcen, soit sous forme de parements, comme les belles frises exécutées à Florence par Lucca délia Ptobbia, ou chez nous au château de Madrid, on peut se convaincre qu’à presque toutes les époques les constructeurs sont parvenus à égayer la monochromie de leurs façades , en mettant à contribution cette richesse de tons, cette variété d’aspect, que seule la céramique peut fournir.

11 y a même lieu de s’étonner, en présence de ces tentatives, que l’usage des terres cuites, et surtout des poteries émaillées , n’ait pas été plus considérable dans l’architecture. Mais il semble que ce soit justement cette propriété magique de garder éternellement leur superbe éclat, de conserver, en dépit des siècles, leur franchise de coloris, qui ait empêché leur emploi de devenir encore plus général. Le temps qui ternit tout, qui culotte à peu près également le marbre, la pierre, le bois et les babille de cette douce patine, à laquelle nos monuments un peu anciens doi-

Frise des Lions. Palais de Darius, (.musée du louvre.)

vent leur aspect harmonieux et captivant, le temps est, ])Our ainsi dire, sans effet sur la céramique. Il glisse sur son émail sans altérer la vivacité de ses tonalités vibrantes. Et cet éclat, cette fraîcheur persistante, produisent une discordance d’autant plus choquante, que l’action des ans s’exerce non seulement sur la coloration des autres matériaux, mais aussi sur leurs formes. Les contours du bois, les angles de la pierre, les profils du marbre , s’effritent à la longue; leurs arêtes s’émoussent; leurs grandes lignes abdiquent leur rigidité première. Seule la céramique conserve sa jeunesse, sa splendeur, son éclat.

Pour obtenir cet accord sans lequel il n’est pas de beauté en architecture, il fallait se procurer une matière dont la résistance fût égale à celle de la céramique, et dont l’immuable rigidité s’accommodât à son lustre éternel. Ce desideratum a été obtenu par l’emploi du fer. Le métal à la fois ductile et résistant servant désormais à former la carcasse de l’édifice, constitue le cadre souhaité dans lequel vient s’encastrer la décoration céramique. Et cette alliance d’une forme toujours précise et d’une coloration éternellement brillante, permet d’assigner à l’édifice le caractère qui lui convient, en le gratifiant, suivant sa destination et sa nature, d’une ornementation sobre ou chargée, gaie ou triste, simple et modeste, ou magnifique et triomphante.

Mais, quelle que soit la magnificence de cette décoration, il ne faut pas oublier qu’elle doit demeurer sagement subordonnée au caractère de l’édifice. Il lui faut, par conséquent, en respecter les grandes divisions, en accompagner les lignes principales, sans essayer de se substituer à elles. En un mot, elle doit rester strictement dans son rôle de parure, de vêtement, et ne jamais chercher à faire oublier la forme qu’elle est seulement chargée d’embellir. C’est pourquoi, jusque dans les constructions les plus riches et les plus luxueuses, il faut, même en faisant usage de tons fiers, modérer l’éclat et la richesse des émaux, atténuer

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la vivacité des colorations, et arriver ainsi à composer un ensemble cpii soit doux à l’œil. Pour cela, il suffit d’apaiser les vibrations des couleurs par des analogies, au lieu de les exalter par le rapprochement de nuances complémentaires. L’impression défectueuse et le résultat criard produits dans un grand nombre de façades par remploi de décorations céramiques, proviennent, en effet, du peu de respect qu’on a pour cette règle fondamentale.

Fig. 42. — FIa([ue de parement en terre cuite (céramique romaine).

ITalons-nous de constater que pour les décorateurs vraiment habiles, le double problème que nous venons d’indiijuer n’a i‘ien de paidiculièrement ardu. Pour arriver à donner une impression sudisamment décorative, et ])onr créer une belle ordoiiiiance maintenne dans ses tonalités douces, assoupies, barmoniiMises, il n’i'st pas nécessaire de se Iivj*ei‘ à di^s (‘ondiinaisons bien compliipiéirs de formes et de coul(Mii-s. On l’a bimi vu au Cbamp-de-iM ars, lors de l’exposilion dii :I87(S. Toute la décorai ion d(^ la façade [irincipale élait oblenue jiai* l’encadreuK'nl dans une arma-

liire de fer gris-bleu de deux panneaux alternant. Chacun de ces panneaux se composait de six plaques ou carreaux figurant, par leur réunion, des fleurs et des oiseaux en relief. L’ensemble ne comportait que quatre couleurs : vert d’eau, rose de Chine, et bleu turquoise, se détachant sur un fond chamois. Mais ces quatre couleurs, aussi bien que le gris-bleu du fer, étaient rendues harmoniques par la valeur de leur tonalité. Ainsi quatre couleurs, six carreaux, deux panneaux, avaient suffi pour créer une ornementation grandiose et pour décorer avec richesse et sans monotonie un (les plus vastes palais qui aient jamais existé.

Si nous passons des décorations extérieures aux carrelages et aux revêtements intérieurs, nous verrons que dans ce nouvel emploi de la céramique les mêmes règles sont encore à observer. Le mur, toutefois, étant appelé à se trouver en contact plus direct avec nos personnes et avec les meubles qu’il nous plaît d’appuyer contre lui, il faut, dans la décoration des parois, éviter avec soin non seulement les reliefs réels, mais encore les saillies apparentes ou simulées. En outre, la lumière atténuée par le peu d’étendue des baies, tamisée par les rideaux et par les vitrages, chargée le plus généralement de reflets, exige des colorations plus montées, moins fondues, des tonalités plus vibrantes.

Les Orientaux ont, de tout temps, excellé à produire de ces chaudes harmonies, et souvent avec des moyens singulièrement limités. Deux ou trois teintes bien franches et quelques transitions leur ont suffi pour donner l’impression d’un coloris opulent. Ils peuvent aussi nous servir de modèles pour le choix des motifs, qu’ils font sagement procéder de combinaisons géométriques, se gardant avec soin de toute imitation stricte de la nature. C’est, en effet, commettre une erreur que de ])rétendre représenter sur un revêtement céramique un spectacle naturel ou une scène historique. Les faïenciers de Delft y ont réussi, il est vrai, mais en exécutant leur composition en un camaïeu bleu, qui don-

Frises en bas-relief de terre émaillée, par Giovanni délia Robbia. (Florence.)

liait à leurs tableaux un aspect suffisamment conventionnel j)Our qu’aucune illusion ne puisse se produire. Quant aux revêtements et aux carrelages ])olycliromes, le coloris de la céramique diffère tellement de celui de la peinture ordinaire, que, même si l’on parvenait à éviter le découpage produit par le joint des carreaux, l’imitation des tableaux n’en resterait pas moins chimérique.

« Le peintre, ainsi que le remarque fort bien M. Charles Blanc, choisit sa lumière indépendamment de celle que le soleil lui envoie. Il crée à volonté sur sa toile le clair et l’obscur. De plus, comme il se propose de représenter les objets tels qu’ils paraissent être, il accuse les distances, il exprime vaguement ce qui est lointain, et il précise, au contraire, ses premiers plans. Pour faire tourner les objets, il rabat ses tons, il les reflète; pour ])asser de la lumière à l’ombre, il atténue ses teintes L » Au céramiste rien de tout cela n’est permis. Il n’est maître ni de l’intensité de la lumière ni de sa direction. Il doit accepter le jour tel qu’il lui parvient, avec les atténuations et les reflets imposés par des servitudes variées et indépendantes de sa volonté. Les effets de perspective lui sont, en outre, interdits. Il doit les éviter avec soin, sous peine de crever la muraille qu’il est chargé d’embellir, mais non pas de supprimer. De même pour le modelé, car il simulerait des saillies que nous avons reconnues contraires aux convenances. Il lui faut donc renoncer, à priori, à tout ce qui ferait de son revêtement un tableau, et s’il est sage, le sacrifice lui sera d’autant plus facile que, voulût-il établir dans sa composition une succession rationnelle de plans , il n’y pourrait parvenir. Il n’est pas en son pouvoir, en effet, de rompre ses tons, de dégrader ses nuances, de fondre ses teintes, et surtout d’éviter les reflets de la lumière qui, faisant vibrer et miroiter sa peinture, enlèvent à celle-ci tout aspect de réalité.

1. Lecture faite à C Académie des beaux-arts^ le 25 mai 1873.

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Le plus sage, en présence de difficultés si variées et si nombreuses, est donc de revenir à ces dessins géométriques dont l’Orient a laissé tant de gracieux modèles si heureusement combinés, ou, si l’on tient à s’inspirer de la nature, de ne point s’efforcer de créer une illusion au moins inutile. L’inexorable et sévère vérité n’a que faire dans ces

Fig. 45. — Carrelage en faïence hollandaise représentant le Vainqueur du tir à l'oiseau.

combinaisons décoratives. Elle doit céder le pas à la féconde vraisern])lance. « Les plantes qui croissent dans le jardin de l’imagination — a-t-on dit avec infiniment de justesse et (le raison — ont aussi leurs familles et leur genres... « Leurs formes se prêtent à des combinaisons d’aulant plus beureuses qu’aucune considération ne vient limiter leurs facultés 01‘uemenlales, et que leurs couleurs |)urement arbitraires ])euveiit se Iraiisfoiaucr suivant les nécessités imposées au décorateur par riiarmonle g('méi‘ale de son (cuvre

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