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DE LA COMPOSITIOX DES VASES

Il ne faut pas s’y tromper, la création d’un vase de forme irréprochable et sa décoration constituent un des problèmes les plus complexes avec lesquels un artiste, même éminent, puisse se mesurer.

Malgré qu’il soit de règle, dans le monde académique, de paraître persuadé que la représentation de la forme humaine est l’expression la plus haute des arts plastiques ; quoiqu’on risque de faire sourire un architecte en comparant le galbe d’un vase à l’ordonnance d’un temple ou d’un palais: bien qu’on s’expose à scandaliser peintres et sculpteurs en égalant une coupe à un tableau ou une amphore à une statue, encore faut-il reconnaître que la réussite d’une œuvre de ce genre présente des difficultés singulières; car, depuis l’antiquité la plus reculée, il n’est presque pas d’artistes considérables qui n’aient essayé de résoudre ce laborieux problème, et par le nombre relativement restreint de vases absolument dignes d’être pris pour modèles, cjui sont parvenus jusqu’à nous, on peut se rendre compte combien cette tache était ardue.

Cette constatation prend un redoublement d’intérêt et d’importance dans la connaissance de ce fait que, dès les temps les plus anciens, en Grèce et en Etrurie, les beaux vases furent non seulement très recherchés et fort estimés, mais tenus pour des œuvres de grande décoration. Gomme tels, ils eurent place dans les demeures les plus somptueuses, en même temps que, mêlés à la vie courante, ils se voyaient traités avec une familiarité bienveillante, et douée en quelque sorte d’une espèce de personnalité.

Chez ces peuples encore jeunes, à rimagination débor-

dante, où le besoin d’animer toutes choses se faisait surtout sentir, les vases céramiques furent, en ellet, élevés au rang d’individualité. On leur prêta sinon un esprit et un cœur, du moins un corps avec des membres correspondant aux nôtres. Toutes leurs formes — et Clément d’Alexandrie déclare que, de son temps, elles étaient déjà innombrables — se virent ainsi régies par cette pensée singulière de personnification. La corne à boire eut un buste, la lampe un nez (nous dirions aujourd’hui un bec). On appela l’intérieur d’une coupe son visage, et le nom de front fut donné à la partie supérieure du goulot; si bien qu’un poète disait d’un flacon dont le goulot était à rebord « qu’il cachait son front », comme si le rebord surplombant eût fait l’office d’une chevelure.

Les anses doubles furent tour à tour qualifiées oreilles ou bras. L’orifice du vase constitua sa bouche, et les bords de l’orifice ses lèvres. Le col de la bouteille a conservé sa dénomination primitive, mais il n’est plus question de sa nuque ni de sa gorge. Par contre, les pots et leurs dérivés ont continué d’avoir des panses, les aiguières des pieds, et les coupes et les plats des ombilics.

Pour compléter l’analogie, le corps du vase type fut, à l’imitation du corps humain, divisé dans sa hauteur en trois parties distinctes. Celui-ci comportant une tête, un torse, des jambes, le vase se composa d’un pied, d’une panse, d’un col ou goulot. Le rapprochement est curieux, amusant, instructif, mais on aurait tort, comme l'a prétendu M. Cliarles ]31aiic^, de vouloir faire dérivei* absolument les formes céramiques des formes humaines; car alors ipie le corps liumain ne saurait être impunément j)i‘ivé d’une de ses trois parlies essentielles, avec le vase il (mi est autrement. Un llacon, en efl'et, j)cut êire apode, c’('Sl-à-dir(i sans pied; un bol, une lasse, une jatte, dépourvus de col; un

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