Le Premier Livre d’ architecture de Sébastien Serlio
FABRICATION
«OU deux courbes concaves juxtaposées et se faisant suite, produisent, en effet, une impression généralement désagréable. Cette constante opposition, en outre, est d’autant plus nécessaire c|u’elle permet de mieux accuser les principales divisions, précaution indispensable, car les courbes, par suite de leur souplesse, manquent toujours un peu de précision iv. fîg. 54b
Pour cette meme raison, c’est-à-dire dans le but de bien j^réciser les divisions et de prévenir toute confusion, nous aurons soin qu’aucun des ornements dont les divers membres de notre vase doivent être décorés, ne clievauclie d’une partie sur l’autre.
Nous prendrons bien garde, par exemple, que la décoration du col enserre la base de celui-ci, comme pourrait faire une cravate ou un collier; que la partie inférieure de la ])anse soit, autant (pie possible, couverte d’ornements verticaux qui, s’arrêtant brusquement à la naissance du jiied, renveloppent comme un réseau et semblent la soutimir. Imilin l’attache du pied sera tenue seiisiblcrncut jilus étroili' (pie celle du col. Cette diderence, (pii fait sentir b' point d’ari'êt du liipiide dans le vase, s(î justilie du reste par co fait (pie le goulot est creux, alors (pie la tige du pied est forcément pleine.
De l’aplomb et de la stabilité. — Dans la déterminalion des proportions du col, du pied et de la panse, l’artiste expérimenté ne ]>erd jamais de vue les exigences de l’aplomb et de la stabilité. L’un et l’autre, en effet, doivent le préoccuper d’autant plus, que les pièces céramiques étant toujours d’une fragilité assez grande, toute chute leur devient fatale. iVussi stabilité et aplomb doivent être non seulement réels, mais encore suffisamment apparents pour rassurer l’œil et donner tout repos à l’esprit. Nous avons indiqué dans notre volume consacré à V Orfèvrerie quels rapports doivent exister, dans un vase, entre l’assiette du pied et les dimensions de la panse. Nous avons établi que cette relation se chiffrait par 2/3, c’est-à-dire que « la base d’un vase, pour satisfaire aux lois de l’aplomb et de la solidité, doit compter comme largeur les deux tiers au moins du plus grand diamètre de ce vase^ ».
Cette proportion, qui convient bien au métal (voir fig. 55 à 57), répond également aux exigences de la céramique, surtout quand les vases n’excèdent pas en hauteur certaines proportions. Mais si l’élévation dépasse deux diamètres, cette assiette n’est plus suffisante. Alors, et à mesure que la forme s’élève, il faut progressivement développer l’embase jusqu’à ce qu’elle égale la largeur du grand diamètre. Un autre point qu’il ne faut pas perdre de vue, c’est que, s’il est permis, une fois l’assiette du pied fixée, de monter les vases d’argent ou de vermeil sur une tige aussi mince qu’on le juge convenable, il n’en saurait être de même pour les vases de faïence ou de porcelaine, qui réclament toujours dans leurs parties portantes et dans leurs points d’attache, une robustesse spéciale. La grâce des vases céramiques, leur élégance, leur sveltesse, doivent, en effet, être cherchées bien plus dans la juste proportion des diverses parties, dans l’harmonie des contours, qu’obtenues par l’amincissement exagéré des supports.