LA DÉCORATION DES VASES
La décoration, dans les arts céramiques, est si intimement liée à la conception même de la forme, qu’il nous a été impossilile de résumer les règdes qui gouvernent celleci, sans dire quelques mots de rornementation des vases. On n’a pas eu le temps d’oublier les recommandations f[ue nous venons de faire relativement à l’importance limilée <{u’il faut accorder aux ornements en relief, dont la saillie ne doit jamais altérer le galbe de la pièce. Nous avons également signalé la mission qui incombe à la décoration, de bien souligner, d’accentuer d’une façon spéciale les principales divisions de chaque vase. A propos des parties disposées en hors-d’œuvre et dont le rôle, dans certains cas, est encore plus décoratif que foncièrement utile, nous avons indiqué les conditions d’aplomb et de simplicité relative dont elles ne doivent jamais s’écarter. Nous aurons de nouveau, au cours de ce chapitre, à reparler de quel- <pies-unes de ces prescri[)tions, dictées par la ixaison en même temps qu’imposées par le goût, parce qu elles sont pour le sujet (pie nous traitons d’une inqiortance capitab'.
Un fait très curieux (pi’il nous faut d’abord conslalei', c’est (pu; presipie lous les vases céramirpies pai'venus jus- <|u à nous, même les jilus anciens, même C(mx (pii remonl(mt à la période dile |)i‘éliislori([ue, [lorlent au moins un rudiment de décoi'alion. Il s(mible (puî le vas(* mal formé, sortant d(“S mains (“ncor(‘ iuliabib'S d(î c('s poli(‘rs primilifs, ait teiilé par S(“S surfac(‘s à la fois liss('s (T molles bmi’ verve oriKuneiitale. S(î s(M‘vant comme d (‘bauchoirs on d(“ biin’ns, d’un os d(‘ l'eiine, d’un silex (aillé, d’nn(‘ é[)iii(' d(‘ bois (lui', l’artiste de ces Agass ignorés a (racé, à l’aid(' (b;
ITt LA CERAMIQUE
raies ou de lignes pointées, des méandres, des ondes, des vagues, des dents, des étoiles même. Et, particularité remarquable, non seulement ces ornements constituent des dessins suinsamment variés, souvent ingénieux, ]>arfois agréaldes à l'œil; mais, presque toujours, ils sont disposés avec goût et môme avec une certaine science, car ils accentuent les divisions essentielles du vase et en font valoir les parties principales.
Autre fait non moins surprenant, et ([ui vient confirmer ce (pie nous disions plus haut de l’individualité assez étrange accordée par les anciens à ces sortes de productions , cette décoration primitive n’est pas, comme pour les armes, comme pour les bijoux , exclusivement géométrique. Même aux époques les plus reculées , elle se préoccupe déjà de la forme humaine, et certains vases découverts sous les cendres de volcans éteints depuis des milliers d’années, ont leur col terminé par des embryons de visages, que les archéologues ont qualifiés, nous ne savons pourfjuoi, de (( têtes de chouette », alors que leur panse a été gratifiée de seins et autres organes (voir fig. 46).
Cette double constatation méritait d’être notée, parce qu’elle laisse prévoir l’usage que les potiers grecs feront plus tard de leurs incomparables talents , non seulement ])our représenter en terre cuite d’exquises et charmantes figurines, des scènes de joie ou de désolation, mais pour retracer sur la panse de leurs vases les fastes d’une épopée fabuleuse qui met en contact les dieux et les hommes, et
l'’ig. 03. — Vase préhistorique, décoré de traits gravés, trouvé dans File de Théra.
dont l’étude présente pour nous un intérêt d’autant plus vif, qu’elle nous montre comment l’observation de certaines l’èg’les ])eut conduire du premier coup à la production de chefs-d’œuvre irréprochables.
Non contents de construire leurs formes avec un soin, une science, une précision remarquables, les Grecs s’eflorcèrent, en effet, d’établir la décoration de leurs vases de façon à en accentuer le galbe, à en faire valoir les lignes harmonieuses. Bien mieux, pour éviter tout ce qui aurait pu dénaturer cette harmonie, non seulement ils subordonnèrent le travail du peintre à celui du coroplaste ; non seulement les ornements de toutes sortes et meme les scènes souvent très conq^liquées furent tracés sans aucun relief, capable de dénaturei' la concavilé ou la convexité des principaux contours, mais ils supprimèrent absolumeut le modelé de leurs figures, de telle laçon que, se détachant en silhouettes sur la paroi du vase, c('s figunis n’exhaussent ou n’entament en aucune manière la surl’aea; <(ui b's jiortœ
« On dirait, écrit poét i([uem(Mit M. Gharb'S Blanc, (mi jiarlant d(î ces Inuaiix ouvrages, <[ue des héros, des dicmx, des lamies, des baecbaiites, se sont proimmés dans h's airs autour des vas(“s gnu's, et (|in; l(‘iii“ oinbri' portée est alhh* sefixm* sur la panse d’iim; amplioriî ou sur la surlaei' inl(‘rieuJ’e d’un eylix'. » Soit (pu* les jiersonnages s(‘ déta-
P^ig. 6-4. — Guerrier grec, peinture décorant un vase anticpic. (MU.sici!; nu louvue.)