NASSAGE, LE MOULAGE, LE COULAGE
Les diverses sortes d’argile ayant été bien choisies, mélangées avec soin, lavées, épurées, décantées, malaxées, pétries, battues, puis convenablement humectées pour former une masse suffisamment homogène et plastique, le potier a quatre manières de donner à sa pâte la forme qu’elle doit revêtir. Ces quatre manières sont le modelage, le façonnage AU TOUR, le MOULAGE et le COULAGE.
Le modelage. — De ces divers procédés, le plus ancien est le modelage. C’est aussi le plus artistique, puisque l’opérateur, dans ce cas, doit tout tirer de lui-même, et n’a pour s’aider et pour se guider dans sa besogne, que quelques menus outils de bois comme les ébauclioirs, et quelques calibres. De nos jours, c’est à l’aide du modelage que les statuaires exécutent — le nom l’indique, du reste, — les modèles en terre de leurs bustes, bas-reliefs et statues. Dans les arts décoratifs on façonne également à la main tous les ornements en relief destinés à être par la suite moulés et reproduits à de nombreux exemplaires.
Jadis les potiers confectionnaient de même les vases d’usage courant. Les pièces rondes provenant des Etrusques primitifs, des Germains, des peuples Scandinaves, nos premières poteries gauloises, toutes celles des indigènes des deux Amériques, n’ont pas été fabriquées autrement. Enfin, ces jarres énormes, respectées par les siècles, et que l’on conserve à titre de curiosités dans nos musées spéciaux, ont été également montées à la main, par le procédé
FABRICATION
du colomhin et sans le secours d’aucun appareil. On peut dire de ces derniers ouvrages, que ce n’est pas la pièce qui a tourné devant le potier, mais le potier qui a tourné autour de son œuvre.
Actuellement il n’y a plus guère que les creusets destinés à la vitrification qui soient ainsi façonnés. Nous expliquons dans notre volume relatif à la Verrerie comment on procède à leur confection. On y verra que l’ouvrier conduit
Fig. 7. — Ouvriers moutaut uii creuset à la main.
(Gravure tirée de la Verrerie.)
son travail en appliquant l’un sur l’autre des colondDins de terre, dont il forme d’abord le fond du creuset et ensuite les ])arois latérales. Cette façon de faire, (pioi([u’elle j>araisse un peu rudimentaire, ne laisse pas ([ue d’olfrir, au dire meme des gens les plus conq)étents C t^lti grands avantages. Au cours du travail, la luain exercée de l’ouvrier j)eut, en ellel, lanuédier à tous brs défauls de fabrication. Aussi les vases fabri([ués de la sort(ï [)rés(Mvleut-ils toujours une j)âle |dus coiupacte, plus serré(q et comme cousé([ucnc(‘
1. Voir Bastcimire-Üaudcnart, l'Art de la vitrification.^ p. 33.
offrant moins de pores et de parties d’air interposées dans la masse, qualité très importante et qui les rend plus durables. Peut-être même est-ce à cette particularité qu’il faut attribuer le surprenant état de conservation de ces jarres monumentales que nous citions à l’instant.
Le façonnage au tour. — Une fois achevés à la main, ces vastes morceaux étaient, dans le principe, lustrés au
Fig. 8. — Frise d’une hydrie représentant un atelier de potier. (musée de mumcii.)
polissoir. Plus tard, pour que ce travail offrît plus de régularité, on eut recours au tour, et finalement on se servit de cet ingénieux appareil pour monter avec plus de facilité les parois des vases. A quelle époque le tour fit-il son apparition dans le domaine de la céramique? Les Grecs en attribuent l’invention à Talés, neveu de Dédale, qui vivait environ 1200 ans avant Jésus-Christ. Mais les peintres des hypogées égyptiens lui assignent une origine beaucoup plus lointaine. Ce qu’on peut affirmer, c’est qu’en Grèce il était depuis longtemps en usage au temps d’Homère, puisqu’un passage de X Iliade — nous l’avons constaté dans notre premier chapitre — fait allusion à la rapidité de ses évolutions.
11 ne paraît pas, toutefois, que la roue du potier, comme
FABRICATION
on disait jadis, ait revêtu, tout d’abord, la meme forme que de nos jours. Les peintures si instructives et si précieuses de Béni Hassan nous montrent des céramistes égyptiens accroupis devant un tour que leur main actionne. On conserve à la Pinacothèque de Munich une hydrie, ornée d’une frise peinte de figures noires, où se trouve représenté un atelier de céramistes grecs. Dans cet atelier (fig. 7) on aperçoit clairement un artisan d’un certain âge plongeant son bras gauche dans l’intérieur d’une amphore de grandes dimensions, afin d’égaliser les parois intérieures, pendant qu’un apprenti assis sur une marche très basse communique avec ses bras une vigoureuse impulsion au tour sur lequel le vase est posé.
Ainsi, dans le tour primitif, le mouvement était donné
avec la main, soit par le potier Fig- 9. — Tourneur égyptien, d’après 1 . ^ . les peintures de lieni Hassan.
lui-meme, soit par une autre
personne. C’est, du reste, ce qui résulte du texte d’Homère que nous citons plus haut. Les Grecs et les Egyptiens connurent-ils, en outre, le tour auquel on imprime l’impulsion avec le ])ied, et qui permet ainsi à l’ouvrier de demeurer plus maître de son travail? Aucun texte, aucun monument ne vient nous fixer sur ce point délicat. Pline, il est vrai, rappoiTe que le Scytlie Anacliarsis perfectionna l’instrument de Talés et améliora sa construction. Faut-il faire à Anacliarsis l’honneur de cette innovation si précieuse? La seule conslalalion ([iii soit actuellement jiernnsi', c’est l'étonnanle |)(‘i-fe(dion avec laquelle les poteries d’I^lgiue, d(î Sarnos, de la Grande-Grèce, de l’Ilalie méridionale et th' la Campanie ont é(é (ournées, el leur peu d'épaissmir, cpii laissi; supposer l’mnploi d’appanuls (U d'oulils d iiikî cous-
miction singLilièreinent raffinée. Mais les poteries chinoises sont encore plus parfaites, et la vignette (n° 10) que nous reproduisons d’a[>rès ralbuin de Brongniart montre que les potiers du Céleste Empire ont continué jusqu’à une époque relativement très récente de se servir du tour à main.
Nous ne connaissons pas exactement la forme du tour employé par les potiers du Moyen Age. Celui que nous montre Jost Amman, dans sa curieuse vignette, est encore assez primitif (voirfig. 2). L’ouvrier, placé sur un escabeau mobile, manque de point d’appui pour imprimer à sa roue une impulsion vigoureuse. En outre, le disque inférieur est de dimension réduite. Il ne fait donc pas, comme dans le tour actuel, office de volant; et nous voyons que pour le mettre en mouvement l’ouvrier est obligé de le saisir entre l’orteil et le second doigt de son pied nu, ce qui ne laisse pas que d’exiger une dextérité spéciale. Il nous faut attendre V Encyclopédie et l’ouvrage de Gerrit PaapeC c’està-dire le XVIII® siècle, pour trouver la représentation d’un banc de tourneur complet avec sa roue de volée, sa ti^e , ses coussinets, sa gireile et sa careasse munie de la table et du inarchepied.
La roue de volée, organe principal de l’appareil, consiste en un disque de bois mesurant généralement de 0“fi90 à 1 mètre de diamètre. Elle est faite de planches épaisses. Il importe, en ellet, qu elle soit d’un certain poids, afin qu’elle ait plus de chasse et fasse mieux l’office de volant. Ce disque est monté sur une tige de fer, qui se termine à sa partie inférieure par une pointe pouvant facilement tourner dans une encoche de même métal. A l’autre bout de cette tige, se trouve une jietite plate-forme qui porte, suivant les pays, le nom de girelle ou de tête de tour. Au-dessous de cette plate-forme, un collier de cuivre formé par deux coussinets sert à fixer l’appareil. Ces deux coussinets doivent s’emboîter très