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I. — GRÈS NATURELS

Les grès naturels sont produits par de petits potiers encore très nombreux. Quelques grandes usines fabriquent aussi du grès, mais les centres où se sont groupées les petites installations ont une importance très réelle. Ce sont les ustensiles de ménage et quelques vases spéciaux qui alimentent leur fabrication.

Les grandes usines s'occupent plutôt des pièces nécessitant un outillage perfectionné; les grands vases de l'industrie chimique sont aussi dans leurs attributions.

L'existence des fabriques de peu d'importance est facilitée par le travail du grès. Le grès est en somme d'une production facile pour les usages courants. L'Exposition universelle de 1900 a pu montrer que la fabrication du grès ne présentait pas de difficultés très grandes, puisque le nombre des pièces de cette matière que l'on présentait était relativement élevé. Dans certains centres la fabrication est entre les mains des paysans. Les propriétaires de ces fabriques rustiques, et leurs ouvriers, ne font que suivre les traditions de leurs prédécesseurs.

On trouve dans les grès une série de teintes variant avec la composition de la terre. Entre les grès blancs provenant d'argiles, exemptes de fer en quantité notable, et les grès rouges, à pâte fortement teintée, faits avec des terres notablement ferrugineuses, on rencontre toute une gamme de teintes.

La manière de cuire le grès a son influence sur la coloration, car le colorant étant de l'oxyde de fer, c'est-à-dire un oxyde qu'un feu réducteur pourra ramener à un état inférieur d'oxydation, on aura les teintes dues au fer au maximum ou au minimum d'oxydation suivant que l'atmosphère du four aura été oxydante ou réductrice.

Les potiers du xvi« siècle ont fait des grès blancs, avec une légère pointe de jaune. Ces grès ont eu une légitime réputation, ils ont conservé leur allrail pour les collectionneurs. On fait actuellement des grès blancs tout à fait comparables aux anciens; il suffît de ne pas chercher la solution du problème

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âvec des matériaux incompatibles avec ce genre de fabrication.

Ces grès étaient obtenus en cuisson réductrice. Les terres qui permettent d'obtenir de semblables produits sont moins répandues que les terres à grès ordinaires, toujours plus ou moins ferrugineuses. Certaines localités voisines du Rhin ont été particulièrement favorisées par des gisements de ce genre de terres.

Sous une de ses formes les plus répandues, le grès est gris par suite de sa cuisson réductrice. On le trouve aussi avec des tons plus ou moins jaunâtres. Une grande partie des grès usuels se présentent avec cet aspect.

Les terres très ferrugineuses donnent des grès colorés. On rencontre, surtout dans la poterie de grès industriel, des pâtes à grès fortement colorées par du fer. L'oxyde de fer joue dans cette pâte le rôle de fondant conjointement avec les autres matériaux fusibles qui peuvent s'y rencontrer.

Les grès ferrugineux vont du brun au rouge suivant leur teneur en fer et la manière dont on les a cuits.

On a parfois coloré les pâtes à grès par addition de manganèse et d'un peu de cobalt. La pâte est alors noire. Par des additions convenables on conçoit que l'on peut créer toute une série de pâtes de grès colorés.

Une pâte à grès contient de 2 à 2,5 pour 100 d'oxydes basiques alcalins ou alcalino-terreux. C'est à la combinaison de ces oxydes avec la silice, combinaison amenant la production de silicates polybasiques, qu'est due la vitrification. La pâle étant vitrifiée, l'analyse d'une pâte à grès a un sens précis; elle exprime la composition d'un tout, ce qui n'a pas lieu quand on donne la composition d'une terre cuite. L'analyse d'une terre cuite est le résultat de recherches effectuées sur un agrégat de matériaux différents; elle n'apporte pas les mêmes notions. On peut copier une pâle vitrifiée plus facilement qu'une terre cuite ; une pâle vitrifiée a été le siège de phénomènes chimiques qui n'ont pas eu lieu dans une terre simplement cuite.

Les grès sont faits avec des argiles capables de cuire en grès sans addition. A l'aide de mélanges convenables on amène la masse à avoir la plasticité voulue.

Quand on ajoute un dégraissant, on le prend sous forme de

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ciineiil de grès; cette manière de composer lapàle ne s'emploie que pour de grosses pièces. L'addition de sable est exceptionnelle, elle change la composition de la pâte naturelle.

Nous examinerons la fabrication sous ses deux aspects : dans les campagnes et dans les usines.

§ 1. — Fabrication du Beauvaisis et du Westeuwald.

I. En France un des centres importants se trouve dans le Beauvaisis, les fabriques sont disséminées aux environs de Beauvais; un grand nombre sont voisines des lignes de Beauvais à Gournay et de Beauvais à Gisors : Saveignies, La Chapelle-aux-Pots, Auneuil appartiennent à cette région. On rencontre également d'autres fabrications dans l'Eure, la Nièvre, la Normandie, etc. Nous nous bornerons à examiner le Beauvaisis.

Les terres se trouvent dans le pays même. A défaut d'analyses sûres nous donnerons comme types de terre à grès les argiles que nous avons citées plus haut.

Autrefois on marchait les terres, maintenant on a introduit l'usage du malaxeur.

Le façonnage se fait au tour. Les tourneurs du Beauvaisis se servent de tours actionnés par un aide. Le gamin qui les sert fait tourner le tour au moyen d'une manivelle entraînant une roue dentée, mordant sur une deuxième roue calée sur l'axe. Les pièces sont ébauchées, sans tournassage, très rapidement. La pâte est très plastique et se travaille aisément. On opère sans grandes précautions; ainsi les becs des terrines sont faits à la main, en appuyant sur la pâle.

La fabrication comprend des pièces d'usage domestique ; terrines, pots à beurre, saloirs, etc., qui ont toutes de grandes dimensions.

La dessiccation n'est pas toujours conduite avec lenteur, j'ai eu l'occasion de voir poser en plein soleil des terrines venant d'être ébauchées. La pâte supporte ce traitement. Pour éviter l'ovalisation, quand la pâte est devenue plus résistante, on empile les terrines les unes dans les autres.

Certaines pièces méritent une mention spéciale. On fait encore

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du tuyau au lour. L'ouvrier tourne deux cylindres qu'il colle pour avoir la longueur désirée. Ces tuyaux sont inférieurs comme régularité aux tuyaux façonnés à la presse.

La lourie est une des pièces les plus demandées aux fabricants de grès. Elle se tourne en deux parties. Quand le morceau qui doit constituer le fond a pris de la consistance on applique dans une rainure, ménagée dans le bord supérieur, le fragment qui va former la partie supérieure. Ce collage est fait par un ouvrier spécial. Après avoir mouillé les bords à coller, il passe l'éponge sur la couture et écrase la terre lout le tour de la soudure, en s'aidant de sa main. Pour faciliter ce travail, le tourneur a laissé une ouverture, suffisante pour le passage du bras, dans le second morceau. Une fois le collage fini, on laisse reposer la tourie qui passe entre les mains du colleur de goulots. Avant de poser le goulot, l'ouvrier spécialement chargé de ce travail se sert de l'excès de terre laissé par le tourneur pour rétrécir l'ouverture supérieure. En s'aidant d'un outil de bois, il bat la terre et la chasse vers l'axe de la tourie. Lorsque l'ouverture est suffisamment rétrécie, il mouille et polit à l'éponge l'endroit qu'il vient de battre. Il applique ensuite un colombin de terre, le colle et, en tournant sa main autour, creuse le pourtour du goulot. La tourie est terminée par des femmes qui collent les anses et polissent la surface.

Quoique ayant nécessité le concours de plusieurs personnes, la tourie n'est pas vendue Sf"" par le fabricant.

Dans le Beauvaisis on fait aussi de grosses pièces, telles que les bacs à galvanoplastie, les colonnes à acides, seulement ces pièces sont l'apanage de quelques maisons. On travaille alors au colombin, sans moule aucun. Ce gem-e de façonnage est délicat à bien réussir et demande des ouvriers spéciaux. Actuellement le recrutement de ces ouvriers est devenu difficile, du moins les fabricants déclarent n'en trouver de satisfaisants qu'avec peine.

Le grès doit être séché complètement avant la cuisson. Chauffé encore humide il se brise facilement. La pâte a été façonnée épaisse, ce qui est une difficulté nouvelle pour la conduite du feu.

Les fours que l'on rencontre dans le Beauvaisis sont d'un type uniforme, mais leurs proportions n'ont pas été arrêtées de la

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