CHAPITRE XIV
PORCELAINES
dit qu'à son arrivée à Vincennes les fournées ne rendaient ordinairement que le quart ou le tiers des pièces entières et sans accidents. Son seul avantage était une couverte plombeuse excellente pour la décoration.
Une fois abandonnée, la porcelaine tendre fut regrettée. Divers essais furent suivis de mécomptes et ce n'est qu'après plusieurs séries de recherches, successivement recommencées el abandonnées, qu'on a rétabli une fabrication. On a pu voir à l'Exposition de 1900 le bon parti que l'on a su tirer de cette porcelaine, en lui épargnant le décor suranné qui a fait sa renommée.
Il a fallu, pour établir à nouveau cette fabrication, tout reprendre dès le début, car les renseignements étaient souvent des plus incomplets Pâte, couverte, couleurs, tout a dû être remanié.
Les publications les plus récentes sur la question sont dues à MM. Lauth et Dutailly {^). Elles aboutissent à employer comme fritte le verre de Stas. Une pâte formée de :
Les procédés, utilisés pour la fabrication des pièces exposées en 1900, n'ont pas été publiés officiellement. Ils sont la suite des essais auxquels nous venons de faire allusion.
( ' ) Gomme exemple, ou trouve dans la formule du bleu de roy : pulve'risez trois parties d'aigue marine en pain acheté chez le sieur Moniac, marchand, rue Quin- ■campoix.
(*) Génie civil, iSS^.
Sable de Fontainebleau
Verre de Stas
Craie
Terre de Dreux
s'est laissée bien travailler. La couverte contenait :
Sable
Minium
Carbonate de soude Salpêtre
POKCELAINE T£M)RE. 553
En résumé, la porcelaine tendre française ne sera probablement plus qu'une curiosité céramique et rien de plus. Coûteuse et délicale à préparer, la pâle exigera toujours des ménagements pendant toute la durée de la fabrication. Elle ne se prête qu'à l'obtention de pièces de moyenne dimension.
§ 3. — Observations sur les porcelaines a fritte.
Dans une Communication faite au Congrès de Chimie appliquée, tenu à Berlin en 1904, le l)"- Heinecke (i) a fait connaître les résultats d'expériences exécutées à la Manufacture royale de porcelaine de Charlottenbourg. Des tentatives faites pour composer des pâtes avec le carbonate de chaux comme seul fondant ne donnèrent aucun résultat satisfaisant; on essaya alors des silicates non alumineux à base de chaux et d'alcalis comme fondants. Ces derniers étaient fondus au grand feu d'un four à porcelaine et se présentaient sous forme de verre plus ou moins clair. Un silicate du type K^O, CaO, 6SiO- ne donna pas de bons résultats, par suite de son altérabilité au contact de l'eau. On n'arriva à des verres capables de supporter convenablement le broyage à l'eau qu'en ajoutant de l'alumine à la masse. Parmi ces verres, les suivants se comportèrent comme les plus utilisables :
K20,2CaO,APO^ iSSiO'-' et K'-O, 3CaO, APO% 2/iSiO^;
ils servirent à composer des pâtes :
R^O, 2,4APO% i6SiO% R-^O, 3A120%i8SiO% R^O, 3APO%2iSiO^
Ces pâtes, obtenues par addition au fondant de matière plastique, sous forme de kaolin de Zettlilz, sont suffisamment plastiques pour le travail.
(') Bericht der V. intcrnadonalen Kongress fur angewandte Chemie, igoS, p. 730, et Revue générale de Chimie pure et appliquée, 1904, p. 2-0.
La pâte I, cuite à la montre de Seger 8, donne une porcelaine transparente, s'appropriant très bien au décor sous couverte tel que le pratiquent les faïenciers.
Les pâtes II et III supportent, sur pâte cuite aux montres 9 Qt 10, des giaçures plombo-alumineuses cuites à la fusion de l'argent, sans tressaillure. Elles sont capables de recevoir une décoration entre deux giaçures, l'une de grand feu, l'autre de moufle. Ces pâtes supportent des coups de feu.
Une dernière pâte R-0, 2 Al'^O^ 24 Si 0^ fut faite avec du kaolin de Zettlitz comme élément plastique (3o pourioo) et un verre. La pâte était courte mais travaillable, elle avait l'avantage sur les autres pâles à porcelaine de supporter des giaçures non alumineuses, boraciques et alcalines en couche épaisse. Ces giaçures, comparées aux giaçures plombeuses employées dans la technique de la faïence, sont d'un grand éclat. Cuite à la montre 12, celte porcelaine est très transparente. Au grand feu d'un four à porcelaine, elle fond en un émail blanc; ceci s'explique en considérant la nature spéciale de sa pâte, constituée par un verre très acide ei peu alumineux, produit de transition entre le verre et la Céramique.
§ 4. — Boutons.
La pâte qui sert à faire les boulons n'a pas toujours la même composition. En Angleterre, M. Prosser, qui créa presque ce genre d'industrie en ce pays, employa un mélange formé d'éléments fusibles tels que le phosphate de chaux et le feldspath. On ajoutait un corps gras pour lier la masse. Le mélange était d'abord réduit en poudre, puis aggloméré et moulé à l'aide de petites machines à balancier. Les boulons façonnés étaient posés sur des rondeaux, puis placés dans un four où l'on cuisait de la porcelaine tendre phosphatique.
M. Bapterosses a perfectionné notablement la méthode indiquée précédemment. La pâte est composée, soit d'un mélange de feldspath et phosphate de chaux comme précédemment, soit de feldspath pur. Cette dernière composition était moins utilisée que la première. Pour donner du liant à la masse on lui incor-
PORCELAINE TENDRE
pore un peu de lait. La presse, au lieu de mouler les boutons un à un comme dans le procédé primitif, en moule 5oo d'un coup. Les boutons au sortir de la presse sont rangés sur une feuille de papier et placés sur un rondeau. Pour les cuire, on se sert de moufles disposés dans un four spécial. (Nous donnons cet appareil comme exemple, n'étant pas à même d'affirmer s'il est encore en usage, toute cette fabrication n'ayant pas fait l'objet de publications récentes.) Le foyer B est central comme
Fi g. i6S.
dans certains fours de verrerie; un nombre déterminé d'arches se partagent l'espace à l'entour du foyer et chacune d'elles reçoit six à sept moufles superposés. La flamme monle du foyer jusqu'à la voûte et redescend ensuite dans chacune des arches F. Elle circule autour des moufles et sort à la partie inférieure de l'arche dans des carneaux G qui l'envoient dans une cheminée centrale. Suivant que les fours de ce type sont ronds ou rectangulaires, ils renferment soixante ou vingt-huit
moufles. Chacun d'eux reçoit une plaque de terre de dimensions convenables. Une fois cette dernière rouge, on applique à la surface la feuille de papier chargée de boulons. Le papier brûle et les boutons se trouvent débarrassés de leur support. On pose le tout dans le moufle et on laisse séjourner lo minutes, temps suffisant pour la cuisson. Au bout de lo minutes, on enlève la plaque et d'un coup de rable on la débarrasse des boutons qui la recouvraient. La plaque est alors prête pour un nouveau chargement
( ' ) Salvktat, Technologie céramique, p. 896.