CHAPITRE YII. — SÉCHAGE ET ENCASTAGE DES POTERIES
On a pensé à utiliser la chaleur perdue des fours. Aussi, dans certaines fabriques de terres cuites, trouve-t-on des séchoirs échafaudés au-dessus des fours. La figure que nous donnons du four Bock (1) montre un de ces séchoirs édifié au-dessus d'un four continu. Cette disposition oblige à une dépense de maind'œuvre assez importante pour la manutention des produits. On peut aussi aspirer les gaz chauds qui sortent des fours et les lancer sur les produits.
La nécessité d'aller vite et le désir de ne pas être entouré d'ime quantité de produits en voie de sécher ont amené la création des séchoirs chauffés directement par des moyens indépendants. Nous en parlerons à propos des briques.
Les faïenceries qui doivent livrer beaucoup d'articles ont intérêt aussi à ne pas s'encombrer, aussi emploient-elles des séchoirs à air chaud pour la dessiccation de leurs produits. Le chauffage de l'air est généralement produit par de la vapeur circulant dans les tubes. Derrière les ouvriers sont disposées des étagères sur lesquelles commence la dessiccation, puis de là les pièces sont portées dans un séchoir oi^i le séchage se termine.
Dans ces dernières années on a imaginé de donner aux séchoirs la forme d'un tunnel que les produits, chargés sur des wagonnets, traversent; les matières rencontrent dans leur parcours un courant d'air dirigé en sens inverse de leur marche. Ces appareils seront décrits dans le Chapitre consacré aux fabrications qui les utilisent.
IL — ENFOURNEMENT ET ENCASTAGE.
Les pièces suffisamment séchées subissent la cuisson dans les fours. Leur placement dans ce dernier appareil exige des précautions qui varient avec la nature de la poterie et la forme des objets.
Les terres cuites, les poteries ordinaires s'enfournent souvent en charge. On les dispose les unes au-dessus des autres, en
( ' ) Foir plus loin à la cuisson des briques.
ENFOURNIÎMENT ET E.XCASTAGE. 2o3
ayant soin de ne pas faire supporter aux pièces inférieures une pression trop forle. Cette manière d'opérer utilise de la manière la plus avantageuse le volume du four.
Si la forme des objets ne se prête pas à ce genre d'enfournement, on établit des planchers avec des plaques de terre cuite et des supports.
Les plaques de terre cuite employées portent le nom de tuiles; elles ont une forme carrée, souvent avec des coins coupés en ligne courbe, rentrant vers le centre de la tuile, leur surface est ordinairement voisine de 60'''^'. Ces tuiles sont maintenues par des piLleLs, qui ont la forme de petites colonnes en
Fi g. 58.
terre cuite avec une base et une tête larges, afin de leur donner de l'assise. La hauteur des pillets varie de i5'=™ à Se"".
Cette sorte d'enfournement s'appelle enfournement en échappade. On a recours à ce dispositif pour la cuisson des produits recevant une glaçure.
Pendant la cuisson de cette dernière il y a fusion de la masse vitrifiable; s'il y avait des points de contact entre les objets, après refroidissement on trouverait des pièces collées. On n'arriverait à les séparer que difficilement et la surface d'arrachement laisserait des marques tout à fait préjudiciables à la vente. Dans l'enfournement en échappade on n'a pas à redouter cet inconvénient puisque les pièces reposent les unes à côté des autres, et non les unes sur les autres.
Si les pièces ne sont pas dégarnies de glaçure sur la surface qui les supporte, on évite l'adhérence au moyen de supports spéciaux dont nous dirons quelques mots plus loin.
Toutes les fois qu'il s'agit de poteries soignées, on a à redouter
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l'apport de débris de combustible sur les pièces. Cet inconvénient, qui n'influe pas sur la poterie grossière, déprécierait fortement certains produits. Dans ce cas, on enferme les pièces dans des étuis de terre cuite, que l'on appelle cazetles ou gazettes. La mise en gazettes constitue V encastage,
L'encastage met à contribution tout un matériel spécial. Les gazettes proprement dites doivent pouvoir s'empiler les unes sur les autres; elles ont la forme, soit de cylindres creux, soit de prismes rectangulaires creux. Parfois les gazettes sont de simples cylindres sans fond, ce sont les cerces; d'autres fois elles ont un fond. Nous verrons dans le cours de cet Ouvrage l'utilité des formes variées que l'on donne au matériel d'encaslage.
La gazetterie est faite avec des argiles réfractaires; elle appartient, comme type de poterie, au groupe des terres cuites réfractaires.
La gazetterie doit être poreuse afin de pouvoir résister aux brusques changements de température que détermine l'arrivée des flammes sur les piles. Le grain du ciment et sa forme ont une influence considérable.
La pâte de gazetterie se façonne par les procédés généraux que nous avons indiqués, mais il y a lieu d'apporter beaucoup d'attention à ce travail; une mauvaise gazetterie cause des accidents très graves compromettant le succès de la fabrication.
S'il s'agit de matières ne subissant pas de ramollissement au feu et ne recevant pas de glaçures, l'encastage est facile. On pose les pièces les unes dans les autres pour perdre le moins de place possible, ou bien on les empile dans les gazettes.
Les poteries mises en couverte, c'est-à-dire enduites de la composition qui doit donner naissance à la glaçure, ne peuvent plus être ni empilées, ni juxtaposées. On les fait reposer sur des supports spéciaux qui ne les louchent que par un très petit nombre de points indispensables pour leur permettre de reposer sans crainte de chute.
Les pernettes sont des prismes triangulaires, à arêtes aiguës, en terre cuite. Sur l'une de leurs arêtes on fait reposer les pièces; s'il y a adhérence, le contact n'a lieu que sur une si petite surface que l'on ne s'en aperçoit, pour ainsi dire, pas.
ENFOUUNE.MENT ET ENCASÏAGE.
Les colifichets sont des étoiles à trois branches, dont les branches sont des pernettes.
Les clés sont des pièces en forme de dés, mais portant un petit appendice à arête vive, lis peuvent s'enfiler les uns dans les autres et servent à séparer les pièces plates.
Les pâtes de coq sont des tétraèdres à faces incurvées et à pointes très décidées. Ils reposent sur trois pointes et présentent toujours une poinle en l'air.
Les figures (58 et 09) que nous présentons suffisent pour donner une idée des dispositifs adoptés. Dans la figure ci-contre
on a représenté une gazette renfermant des plats A. Ces derniers sont cuits en émail, renversés sur des pernettes B.
Quand la poterie se ramollit au feu de cuisson, comme c'est le cas de la porcelaine, le problème est plus difficile. Il faut supporter les pièces pour éviter leur affaissement et les maintenir de telle sorte que les contacts des supports ne laissent pas de marques.
Les pièces peu sujettes à gauchir se cuisent sur leur pied, sans supports. Dès que le support devient nécessaire, il faut pratiquer Vengommage. L'engommage a pour but d'isoler et d'empêcher les pièces de se souder ensemble. On applique alors sur les surfaces du sable calciné, mélangé d'un peu de kaolin et délayé dans la gomme. L'alumine calcinée donne un meilleur engommage, par suite de son infusibilité.
Dans tous les enfournements, les piles sont montées bien verticalement. Le sol du four doit donc être maintenu plan et horizontal. En disposant une couche de sable sur la sole, on peut poser solidement les piles sans leur faire contracter d'adhérence.
2o6 CHAPITRE VII. — SÉCHAGE ET ENCASTAGE DES POTERIES.
Dans les fours qui ont des carneaux débouchant dans la sole, on doit naturellement éviter de boucher ces carneaux avec les pieds des piles. On dispose alors les piles sur des briques de terre réfractaire, solides et permettant aux flammes de passer sous la pile.
Pour diminuer la charge, dans le sommet des piles, on placera des gazettes légères. Dans les régions qui reçoivent directement la flamme, on place des gazettes épaisses afin de mieux supporter l'action des gaz incandescents.
On lute les gazettes avec un mélange d'argile et de sable. Ce lut est très sableux. On le place sous forme de colombins sur le bord de chaque gazette. Le poids delà gazette supérieure aplatit le colombin et donne une jointure complète, suffisamment solide.