‹ La céramique italienne au XVe siècleChapitre 2 sur 5 · IIII IIII · texte numérisé non relu

IIII IIII

Cette inscription a été lue : 48 ; et de là à lire 1448, en se basant sur le style du dessin et le costume du personnage, il n'y a qu'un pas^. Cette lecture me semble néan-

* N° 4766 de l'inventaire du Musée céramique. °^ Fortnum, Descriptive catalogue of the Majolica in the South Kensington Muséum, p. 473.

moins rien moins que certaine. A la vérité ce monument peut parfaitement dater du milieu du xv® siècle et l'on pourrait assurément en rapprocher d'autres pièces, celles-là sans indications de date, qui pourraient se rapporter à la même période de la céramique italienne. Je citerai notamment un beau plat du même genre faisant partie de la collection de M. Leroux, à Paris % et un plat ou plutôt un bassin de dimensions tout à feit inusitées appartenant au Musée d'art industriel de Berlin. Ce bassin, à bords étroits et à revers non émaillé, est orné d'un buste d'homme, de profil à gauche, imberbe, les cheveux longs, vêtu d'un pourpoint à collet montant et coiffé d'un haut bonnet ; le champ et le bord sont recouverts de feuillages.- Tout le dessin est exécuté en manganèse ; les vêtements et les feuillages sont lavés de vert clair. C'est là une pièce extrêmement intéressante qui peut parfaitement remonter au

* Un autre plat tout à fait analogue a été publié par Darcel et Delange, Recueil de faïences italiennes, planche II.

milieu du xv® siècle. Mais il n'en faut pas moins, je crois, attendre pour faire un classement définitif de ces pièces, que de nouveaux documents soient mis au jour et les placer, en attendant, dans la classe des indéterminées. Le chiffre XXXX IIII IIII tracé sur le plat du Musée de Sèvres peut parfaitement être un numéro d'ordre ou avoir tel autre sens qui nous échappe. Il est donc plus sage de réserver son jugement.

Vincenzo Lazari dans son catalogue du Musée Correr* a signalé, en en déplorant la destruction, un pavage de faïence qui décorait autrefois la sacristie de l'église Sant' Elena, à Venise. Cette sacristie fut décorée aux frais de Giovanni Giustiniani et de son fils Francesto ; le premier mourut en 1450, le second en 1480. C'est donc antérieurement à cette dernière date qu'il faut fixer l'exécution du pavage qui nous occupe. On y voyait figurées, au dire Lazari, les armoiries des Giustiniani,

^ Notifia délia raccoltà Correr, p. 77.

des aigles d'azur sur champ d'émail blanc, accompagnées du nom IVSTINIANI.

( Lazari suppose qu'il fut peint par les artistes de Faenza antérieurement à la mort de Giovanni, c^est-à-dire avant 1450. Mais c'est là une simple hypothèse. Nous allons voir si l'examen des monuments la confirme. Nous savons maintenant que la décoration de ce pavage comportait d'autres motifs d'ornements que les armoiries de la famille Giustiniani. Un fragment qui en a été retrouvé il y a quelques années en opérant des fouilles et qui se trouve maintenant entre les mains de M. Urbani de Gheltof, à Venise, nous montre une main ouverte recouverte d'un

gantelet, entourée Fragment du pavage de d'une banderole sur Sant'Elena^ à Venise.

laquelle on lit une ins- ^- ^^^««^'^^ GbeUof.)

cription incomplète BON A FE NON EST M. . .

24 LA CÉRAMiaUE ITALIENNE

Je montrerai tout à l'heure qu'il est facile de compléter cette devise ; pour le moment je ne veux que m'occuper du pavagee luimême.

(( Le fond de ce fragment, dit M. Urbani, qui l'a publié^ est légèrement teint en vert ; les lettres et les contours de la main sont de ce bleu brillant et uniforme qu'on trouve dans les produits d'Urbino du xv^ siècle. » Sans m' arrêter à discuter la question de savoir si c'est là un produit des fabriques d'Urbino — la comparaison serait difficile, car je ne connais aucune pièce authentique sortie d'Urbino au xv® siècle, — je remarquerai seulement la pauvreté de la palette du peintre céramiste : du bleu et du vert et c'est tout ; ce serait là une forte présomption pour faire remonter ce monument avant 1450. On posséderait donc là le plus ancien monument connu de l'art céramique à Venise, et cette date ne doit pas nous surprendre :

* Les Arts industriels à Venise, au moyen âge et à la Renaissance, p. 186.

nous savons, en effet, que dés 1426 on insérait dans les statuts de la corporation des bocaleri de Venise une disposition très sévère prohibant tous les ouvrages de terre fabriqués hors de la ville, à l'exception toutefois de la faïence che vien da Magiorica, qui vient de Majorque, c'est-à-dire des faïences hispanomoresques à reflets métalliques^ Ce petit texte prouve surabondamment que Venise possédait déjà de nombreuses fabriques puisque ses ateliers pouvaient suffire aux besoins d'une grande ville.

11 est facile de compléter la devise tracée sur le fragment de pavage émaillé de la sacristie de Sant^ Elena ; et pour cela je re-

* Matricola dei Bocaleri; 1426, 20 juin : sur la demande de Girardoj Saideler, de S. Tomaso, gastaldo de Varie dei Scudeleri, les Guistiiieri Vecchi prohibent les ouvrages étrangers non 'intendendo in questo lavorier forestier tuto que lavorier che vien da Magiorica el quai ognun possa vendere et vender a suo heneplacito. Ces prohibitions furent renouvelées en 1437, ^43^ ^4$S- (Urbani de Gheltof, Les Arts industriels à Venise , p. 185, note I.)

courrai à une autre faïence qui date très probablement de la fin du xv^ siècle ou du commencement du xvi*^ siècle. Au musée archéologique de Brera, à Milan, se trouvent trois grands carreaux de faïence peinte, trois briques, provenant d'un même ensemble :

sur Tune sont peintes les armes de la famille de Gonzague; sur une autre une banderole sur laquelle on lit la devise : VRAI AMOVR NE SE CHANGE; sur la troisième on voit une main recouverte d'un gantelet, dessinée en bleu sur fond d'émail blanc, accompagnée de la devise : BVENA FE NON ES MVDABLE. C'est donc la même devise que sur le pavage Giustiniani. On pourrait citer de très nombreux exemples de ces devises françaises ^en Italie, et, au palais de Mantoue particulièrement, elles sont très nombreuses.

En franchissant quelques années, on trouve enfin des monuments qui offrent des dates certaines et dont l'étude peut par conséquent être plus fructueuse.

Le Musée de Cluny possède une plaque

d'ornements en forme d'écusson*, qui, sans doute, a été arraché à quelque mur. Elle représente sur un fond d'émail blanc un coq noir, dressé sur ses pieds, tourné vers la gauche, tenant dans son bec une fleur de lys. Au bas de la plaque, que borde un listel noir, est tracée la date 1466. Le dessin est sommaire, la fabrication assez négligée, rémail du fond d'un blanc un peu sale. Cette pièce a fait partie de la collection A. Castellani, vendue à Paris en 1878'^ Elle est attribuée à Tatelier de Caffagiolo, attribution à laquelle je ne m'arrêterai pas, vu qu'elle ne repose sur aucun fondement sérieux. Il est plus que douteux qu'il existât dés 1466 un atelier à Caffagiolo. D'ailleurs, les produits de cet atelier ne présentent avec les poteries de Faenza que si peu de différences, qu'en l'absence de signature, il faut être très prudent, plus prudent qu'on ne l'a été généralement, quand on attribue une pièce à la fa-

* Catalogue^ n° 2805. — Hauteur : o"',320. ^ N** 13 du Catalogue de la vente.

brique fondée par les Médicis. Je me bornerai donc à signaler la plaque du Musée

Plaque de revêtement, datée de 1466.

(Musée de Cluny.)

de Cluny comme un jalon dans la fabrication du xv^ siècle ; son intérêt réside dans sa date de 1466 et il ne faut pas songer à l'attribuer à un atelier déterminé.

De quelques années postérieures, de 1480, étaient deux plats signalés par M. Malagola dans son livre sur les majoliques de Faenza* . Ces plats, qui se trouvaient au xviii^ siècle à Faenza , dans la casa Nicoluzzi et dont on ne connaît malheureusement plus que des dessins, représentaient les armoiries des Manfredi, seigneurs de Faenza. Tout autour, sur le marli, étaient peintes les armes de vingt familles nobles de Faenza, accompagnées de cette inscription : Familiae nobiles tempore Manfredorum, anno 1470. Il ne nous reste, comme je viens de le dire, que des dessins de ces monuments, et j'avoue qu'ils font naître plus d'un doute dans mon esprit. Je ne saurais d'ailleurs contester l'existence de fabriques de faïence à Faenza, en 1470, et d'ailleurs quelques années plus tard Pévêque Federico Manfredi décorait son église cathédrale de terres cuites émaillées dans le genre des travaux des délia Robbia. Mais

* Carlo Malagola^ Memorie storiche desuUe maioliche di Faenia, p. 463, n°' 4 et 5.

30 LA CÉRAMiaUE ITALIENNE

toutefois le style des inscriptions de ces plats ne me semble pas absolument irréprochable. Je suis porté à croire que c'était là quelque falsification faite dans un but de recherches généalogiques ; on pourrait citer au xvii® et au XVIII® siècle de nombreux exemples de monuments arrangés ou fabriqués de toutes pièces pour légitimer des prétentions plus ou moins fondées. Authentiquer au moyen de deux plats de faïence les prétentions de quarante familles faentines, n'eut pas été à tout prendre une idée dépourvue de sens : un plat de faïence peut à la rigueur valoir une charte fausse et la chose prend une tournure piquante quand elle se passe à Faenza. C'est là du reste une simple hypothèse. C'est aux savants italiens et surtout à l'érudit auteur des Mémoires sur les maj cliques de Faenza de poursuivre une enquête dont beaucoup d'éléments me manquent; et je ne puis que souhaiter que les plats de la collection Nicoluzzi puissent à leur tour établir leur état civil d'une façon inattaquable.

C'est encore aux riches collections du

Musée de Cluny que j'aurai recours pour quitter le domaine des hypothèses et rentrer

Plaque de faïence de Faenza, datée de 1475. {Musée de Cluny.)

dans celui de la réalité. La date de 1475 inscrite sur une grande plaque votive présente un réel intérêt, qui est encore considérablement accru par ce fait que la provenance de

32 LA CÉRAMiaUE ITALIENNE

ce monument peut être établie aujourd'hui d'une façon certaine.

Cette plaque circulaire* porte en son centre le monogramme YHS (Jésus), tracé en caractères gothiques. Trois bandeaux concentriques entourent ce médaillon central : le premier, en partant du bord est orné de feuillages symétriques s'enroulant autour d'un branchage ; le second est décoré de ces rayons en forme de vrilles que l'on rencontre si fréquemment sur les faïences de Faenza ; ils alternent avec des marguerites; enfin, sur le troisième est tracée en capitales de la Renaissance l'inscription :

+ NICOLAVS-DE-RAGNOLIS-AD-HO- NOREM - DEI - ET - SANTI - MICHAELIS- FECIT-FIERI [ANO] 1475'.

Attribuée à la fabrique de Caffagiolo par le Catalogue du Musée de Cluny et par Fort-

* N° 2807 du Catalogue du Musée de Cluny, — Diamètre : o«',440.

- Le mot ANO a été restauré. -

num*, elle a été rendue depuis peu et avec justice à Faenza. Cette revendication est absolument légitime, car cette plaque était fixée au-dessus de Tune des portes de l'église San Michèle de Faenza^. C'est de là qu'elle passa dans la collection Pasolini de Faenza^, puis dans celle de l'hôtel de Cluny. D'ailleurs ne connaitrait-on pas cette origine d'une façon certaine, la plaque de 1475 offre des caractères assez tranchés pour pouvoir être sans discussion attribuée à un ateUer de Faenza; elle présente, en effet, avec un autre

* Ouvr. cité, p. lx et 473.

"Malagola, ouvr. cité, p. 465, 10.

^L. Frati, Del museo Pasolini in Faenxçi. Bologne, i8$2, iii-8°, p. II, no 2. — Le texte de l'inscription donnée par M. Frati présente des différences : Sancti ^om santi; Anno (D)omini) pour Ano. — Le même auteur ne connaissait pas d'une façon certaine la provenance de cette pièce, car il ajoute après sa description : « Qiiesta specie di medaglione doveva probabilmente decorare il mezzo del frontispizio délia porta od altro simile luogo délia facciata di una chiesa o cappella dedicata a S. Michèle. » Je me range pour ma part tout à fait à l'opinion de M. Carlo Malagola, qui connaît admirablement rhistoire de Faenza.

monument daté de 1487, le pavage delà chapelle Marsili à San Petronio de Bologne, œuvre authentique de Faenza, tant de ressemblance de style et de facture que le doute n'est pas permis. Les tons employés sont le bleu, le violet, le vert et le bistre roux sur un fond d'émail blanc assez pur.

Au musée céramique de Sèvres se trouve une plaque en forme d^écusson, offrant les armes de Niccolô Orsini^ . Cette plaque est attribuée, mais sans fondement sérieux, à une fabrique de Faenza. Elle est d'exécution très grossière. Au centre sont peintes les armes de la famille Orsini, soutenue par trois génies d'un dessin des plus incorrects; audessus on lit : NICOLAVS VRSINI et audessous la date ainsi exprimée : -\ — [-++ 77 a di 14 di genaio : le tout sur deux lignes. En tenant compte de Tancien style, cette plaque date donc du 14 janvier 1478. Les émaux employés sont le violet, le bleu foncé lavé de bleu, le jaune et le vert. Je ne pro-

* N° 5304 de l'Inventaire du Musée.

pose rattribution de ce monument à aucune fabrique déterminée ; je crois cependant qu'il faut écarter le nom de Faenza, dont les produits sont d'un style tout à fait différent.

C'est à l'année 1482 ou environ que l'on doit faire remonter un pavage en faïence qui se trouve maintenant au musée de Parme et qui ornait autrefois une salle du couvent de San Paolo dans la même ville. Ce mohument a été particulièrement étudié par le marquis Campori dans son livre sur l'industrie céramique à Parme^ Je n'aurai donc que peu de choses nouvelles à dire de ce pavage qui malheureusement n'est pas assez connu et dont le mérite artistique est considérable.

Les carreaux qui le composent sont de grande dimension^; les briques sont très épaisses. Le musée archéologique de Parme en a recueilli 154; mais j'ai Heu de croire qu'il y en avait autrefois un nombre beau-

* Notifie storiche e artistiche délia maiolica e délia porcellana di Ferrara, nei secoli xv e xvi^ p. 125-130. ^ Ils ont 20 centimètres de côté.

coup plus considérable : il y en a une au musée d'art industriel de Berlin, et il m'est arrivé parfois d^en trouver en Italie chez des' marchands de curiosités. La décoration en est très variée : bustes d'homme et de femme, de profilou de trois quarts; sujets mj^thologiques, sujets de genre ou caricatures ; personnages isolés, rinceaux et feuillages, symboles.

1 armoiries. Toute cette décoration, d'un dessin en général très ferme, est traitée en bleu sur fond blanc avec larges teintes de jaune , de bistre.

- devioletoudevert

Pavage du musée de Parme, ^j^j^,^ Quelques-

uns de ces bustes d'hommes ou de femmes sont évidemment des portraits. C'est du moins ce que semblent indiquer certaines inscriptions qui les accompagnent : par exemple celle-ci : LUCRECIA BREGOZA qui entoure un profil de femme très caractéristique. D'au-

très légendes n'ont plus pour nous aucune signification, témoin celle-ci plusieurs fois répétée sur un papier plié figurant une lettre Sia data in ma(n) a Nicodemo. Le commencement de la même inscription est répété sur une lettre passée dans le revers du bonnet qui coifTe un profil d'homme peint sur l'un des carreaux. Des devises telles que celles-ci :

SOLO IN TE SPERO ROSA, — ASPETTO EL TEMPO,— CARO EL MI TEXOR, et beaucoup d'autres qui ont été relevées ^ , » j r>

" ^ Pavage du musée de Parme.

par Campori, ne

nous fournissent aucune indication sur l'âge du monument ou la patrie de l'artiste qui l'a exécuté. Les éléments que nous possédons pour établir la date de ces faïences sont peu nombreux : les costumes sont ceux de la seconde moitié du xv^ siècle et ne peuvent four-

38 LA CÉRAMiaUE ITALIENNE

nir que des indications très vagues. Camporia remarqué sur l'un des carreaux un buste de pape accompagné de branches de chêne ; il y a donc

Pavage du musée de Parme.

là de fortes présomptions pour que l'on ait voulu représenter un pape de la famille des délia Rovere dont les armoiries portent un chêne. Je n'insisterai pas sur la date de 1502

que l'on a cru lire sur un carreau : pour ma part, je ne saurais interpréter ainsi les caractères que Ton a pris pour une date ; et ce millésime d'ailleurs, ne saurait convenir à un monument qui remonte bien au xv^ siècle. Un écusson d'armoiries, bandé d'or et d'azur, accompagné d'une crosse et des initiales MA — BN, nettement tracées, doit donner des indications plus précises : Campori a émis l'opinion, avec quelques restrictions du reste, que ce pourrait bien être là les armoiries et les initiales de l'abbesse Maria de Benedictis qui gouverna le couvent de 1471 à 1482. Cest, je crois, à cette opinion qu'il faut s'arrêter ; d'hantant que ces armoiries sont répétées plusieurs fois et semblent bien indiquer l'intention formelle de rappeler le souvenir d'un donateur. Si l'on admet que ce monument est antérieur à 1482, il n'y a du reste plus aucune difficulté pour expliquer la présence sur ce pavage du portrait d'un pape de la famille délia Rovere : ce pape serait Sixte IV (1471-1484).

Le marquis Campori penche à croire que

ces faïences ont été fabriquées dans quelques villes du duché d'Urbin parce que certaines devises, certains emblèmes , rappellent les monnaies ou les médailles des Manfredi, des Sforza ou des Montefeltro ; il reconnaît même dans

Pavage du musée de Parme.

l'un des profils de femme une réminiscence des portraits de la fameuse Isotta de Rimini. Ces rapprochements sont certainement ingénieux, mais ils ne me paraissent pas absolument probants. Les céramistes du xv^ siècle, pas plus que ceux duxvi°, ne se faisaient faute de prendre leur bien où ils le trouvaient et

tous les modèles leur étaient bons; il ne faut donc pas s'étonner de retrouver à Parme le reflet d'œuvres d'art exécutées pour des personnages qui avaient cessé d'exister au moment où furent peintes ces faïences 11 n est pas aisé de se prononcer sur l'ori-

Pavage du musée de Parme, gine de ce pavage et il semble bien qu'à Parme, au xv= siècle, on a fait beaucoup de céramique et même des sculptures émaillées dans le style des délia Robbia : le musée archéologique de cette ville en conserve divers fragments dont l'un est très caractéris-

42 LA CÉRAMiaUE ITALIENNE

tique ; c'est une tête d^évêque de haut relief, de grandeur naturelle, émaillée et peinte absolument des mêmes tons que le pavage du couvent de San Paolo. D'autre part, nous voyons par un document, publié par le marquis Campori, qu'en 1493, Isabelle d^Este fit venir des ouvriers de Pesaro pour faire un pavage de ce genre^ . La famille d'Esté fit, en effet, plusieurs fois exécuter des travaux de céramique à Pesaro et dans un inventaire de 149 1, nous trouvons encore mentionnées des faïences de cette ville^. Les textes semblent donc faire pencher la balance en faveur de cette ville ; mais ce n'est cependant pas là une solution que l'on puisse présenter comme certaine.

De la même flibrique et de même époque

*Ouvr. cité. p. 129.

^ Inventario di guardaroha Estense (Campori^ Raccoltà di cataloghi ed inventari inediti. Modène, 1870, p. 34) : uno piatello di terra lavorato et depincto di quelli se fanno a Pesaro ; — dui altri piatelliti simili et lavorati a dicto modo ; — tace septe di simile lavoro di terra.

que le pavage du musée de Parme me semble être une plaque très connue, et maintes fois publiée ^ qui, avant d'entrer au musée du Louvre % faisait partie de la collection Campana. Elle repré-

sente les patrons des cordonniers , saint Crépin et saint Crépinien. Le dessin est médiocre , l'émail peu réussi , les tons employés le bleu,

le violet et le bistre

roux. La brique, p^^age du musée de Parme.

par son épaisseur

même, rappelle le pavage de Parme. On a voulu y voir un produit de la céramique italienne du commencement du xv^ ou même du

* Notamment dans Darcel et Delange, Recueil de faïences italiennes, planche X.

^ Darcel, Catalogue des faïences italiennes du Louvre , n° G. 39.

44 LA CÉRAMiaUE ITALIENNE

xiv'' siècle*; une telle opinion me paraît absolument impossible à admettre et la plaque du Louvre ne saurait être antérieure au dernier quart du xv® siècle; je la crois contemporaine des carreaux de faïence que je viens de signaler; je n'ose aller jusqu'à dire qu'elle sort du même atelier. Cette hypothèse ne manquerait pas toutefois de fondement.

L'ordre chronologique me force à parler, à la date de 1485, d'une pièce qui se trouve au musée de Sèvres^ et que, grâce aune faute de lecture, on a attribué souvent à l'année 1489. Cette faïence qui a été publiée ^ passe généralement pour être l'œuvre du fameux Giorgio AndreoH, célèbre surtout par les faïences à reflets métalliques qu'il a fabriquées à Gubbio. C'est un plat de facture assez grossière qui

* Jacquemart^ Histoire de la Céramique, p. 274. -N° 2477 de rinventaire. Diamètre : o"',2'j. 3 Brongniart et Riocreux, Description méthodique du Musée de la manufacture de Sèvres, pl. XXXIV, 11° 3.

représente le Christ à mi-corps, debout dans le tombeau et entouré des instruments de la Passion. Sur le bord du plat on lit l'inscription DON GIORGIO et la date 1485. Les tons employés sont le bleu foncé, le violet et le jaune sur fond d'émail blanc. La date est dessinée par enlevage sur fond d'émail bleu. Ce plat attribué maintenant au musée de Sèvres, à Pesaro, a été considéré longtemps comme l'un des premiers travaux exécutés à Gubbio par Giorgio Andreoli. Ce système n'était pas admissible : les premiers travaux authentiques et signés de Giorgio Andreoli datent de 15 19 seulement, bien qu'il habitât depuis longtemps déjà Gubbio; de plus, l'inscription Don Giorgio n'est pas une signature, mais un nom de possesseur. Quant aux reflets métaUiques qui, dit-on, décorent ce plat, j'avoue ne pas les avoir aperçus ; tout au plus peut-on reconnaître à sa surface une légère irisation, modification purement accidentelle de l'émail que j'ai pu observer sur quelques pièces qui n'ont jamais reçu une décoration de reflets métalliques. J'ai

tout lieu de croire que c'est cette légère irisation qui a valu à ce monument l'honneur d'être rangée à Fatelier de Pesaro après avoir longtemps encombré de sa présence, accompagnée d'une date inexacte, l'histoire de la fabrique de Gubbio. Or, il est aujourd'hui démontré, pour tous ceux qui se sont occupés sérieusement de la question, que jamais à Pesaro on n'a fabriqué de faïences à reflets métalliques. C'est donc encore un monument dont l'attribution ne peut être qu^indécise ; et dans l'état actuel de nos connaissances, il faut se contenter d'enregistrer une date sans chercher plus longtemps une origine que nous ne pouvons pas découvrir.

Le pavage de la chapelle Marsili, à San Petronio de Bologne, présente beaucoup plus d'intérêt que les pièces que j'ai jusqu'ici passées en revue : il est daté de 1487 et l'on sait d'une façon certaine qu'il a été exécuté par des potiers de Faenza. Cependant comme ce monument a été plusieurs fois* étudié

* L. Frati, Di un pavimento in majolica nella hasilica petroniana alla capelladiSan Sebastiano. Bologne, 1853,

d'une façon à peu prés complète, on me permettra d'être assez bref à son sujet. Il est cependant nécessaire de rappeler ici les traits caractéristiques de cette œuvre.

Ce pavage fut exécuté en 1487 pour le

Date du pavage de San Petronio^ à Bologne.

chanoine Donato Vaseli, ainsi qu'il résulte

in-8" ; 2© édition, 1879^ in-8*. — J'en ai parlé moimême et en ai publié des fragments dans mes Majoliques italiennes en Italie (1883), pages 46-53 qui ont paru d'abord dans le journal VArt qui a bien voulu nous prêter quelques-uns des dessins ci-joints. — Un certain nombre de carreaux sont reproduits dans Meurer, ItalienischeMajolika-Fliesen, Berlin, 1881, in-folio, planches I, IV, VII, VIII, XII, XIV, XVIII, XX, XXII.

48 LA CÉRAMIdUE ITALIENNE

d'un acte publié par M. Frati. La chapelle passa ensuite entre les mains de plusieurs familles : les Baglioni, les Marsili, les Rusconi, puis les Bevilacqua. C'est cette dernière famille qui la

Signature du pavage de San Petronio. à Bologne.

possède aujourd'hui. Les carreaux qui en recouvrent le sol sont de forme hexagone*; ils sont disposés sur trente-deux rangs de trente carreaux chacun^. La date de 1487

^ Largeur : o™,i8.

^ Les carreaux de la marche de l'autel ne sont pas compris dans ce nombre ; ils sont de forme barlongue ou triangulaire.

est tracée sur un cartouche en forme de trapèze, à Pextrémité de l'une des files. M. Frati a relevé des signatures sur plusieurs des carreaux et j'en ai moi-même publié un certain nombre en fac-similé ; toutes tendent à prouver que cet ouvrage a été fabriqué par des

BOIOGHI ESVSFCT

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Signatures du pavage de San Petronio, à Bologne.

ouvriers de Faenza dans une fabrique de cette ville, dirigée par un nommé Betini ; il suffira de rappeler ici quelques-uns de ces noms : Bologniesus f(e)cit ; Petrus Andrea(s) de Fave(ntia) ; Chornelia BeQitii) Faventicie;

50 LA CÉRAMiaUE ITALIENNE

Xaheta Be (Uni) Faventicie ; Ze(n)tila (Betini) Fave(n)ticie ; Bologni(esus) . Betini Feci(t), M. Frati a proposé de rétablir ainsi cette dernière inscription : Bologniesus in casa

Betini fecit et j'ai adopté son avis. Des symboles tels que la lancette, emi E \ RV S blême de la famille des A hî3R FA M^^fr^^i 5 seigneurs de — Faenza, complètent fort Db I /W t», heureusement l'ensemble ' des preuves à Fappui d'une

Signature du pavage Origine faentine fournies de San Petronio, à p^j. j^g signatures ; les ar- ^ ' moiriesdesVaselli,deBolo gne, confirment en même temps les renseignements fournis parles documents écrits. Nous sommes donc là en présence d'une œuvre in-

AU X^e SIÈCLE 5I

discutablement sortie d'une fabrique de Faenzà et l'étude de ce pavage, d'une exécution excessivement fine , aussi soignée que n'importe

Emblème des Manfredi, sur le pavage de San Petronio, à Bologne.

quelles pièces de vaisselle, doit être particulièrement recommandée à ceux qui voudront se faire une idée juste des produits faentins de la

52 LA CÉRAMiaUE ITALIENNE

fin du XV® OU du commencement du xyi*^ siècle; dans beaucoup de collections ils sont encore méconnus et classés à des fabriques qui n'ont rien de commun avec Faenza. Cette comparaison leur permettra aussi de reconnaître que la plaque datée de 1475 que possède le musée de Cluny et une autre pièce de la même collection* sont bien de Faenz^, car ils offrent avec le pavage de San Petronio de nombreux points de ressemblance. *

Il ne peut être question de faire ici une description complète de ces pièces qui constituent à elles seules la collection la plus belle et la plus variée de faïences italiennes qui existe. Je dois cependant, sans entrer dans des détails que cette étude ne comporte pas, indiquer d'une façon générale la façon dont les potiers ont compris leur tâche de décorateurs.

Sauf en ce qui concerne les pièces de faïences qui recouvrent l'emmarchement de l'autel, où nous voyons un dessin de style

* No 2809 du Catalogue. (Ancienne collection Delsette, n° 59.)

encore tré^^oriental répété à l'infini, on peut dire que l'artiste, ou les artistes, n'ont suivi aucun plan : chaque carreau constitue à lui seul un ensemble décoratif, avec son dessin particulier; la similitude des émaux a seule permis de juxtaposer des ornements très différents de forme : en un mot; l'artiste n'a pas cherché à tirer parti de la répétition des motifs comme cela se fait en général ; il n'a pas cherché non plus, comme dans le pavage de la sacristie de San Pietro, à Pérouse, qui date de 1563, à imiter un tapis et à tracer sur chaque fragment une portion d'un grand parti pris décoratif. Il a préféré la variété, système dangereux, dont il n'a pu éviter les écueils qu'en se montrant bon coloriste. S'il eût employé une palette aux tons trop voyants, il eût produit une oeuvre d'un équilibre douteux et dont l'ensemble aurait certainement choqué les yeux. Ici, comme dans un orchestre habilement dirigé, tous les instruments jouent parfaitement juste et concourent à une symphonie où aucune fausse note ne vient choquer l'oreille.

Les motifs d'ornements tracés sur les carreaux du pavage de San Petronio sont excessivement variés : animaux, fleurs, portraits d'hommes et de femmes, devises, entrelacs,

Détail du pavage de San Petronio, à Bologne.

figures géométriques. Tout le dessin est exécuté en bleu, modelé en général de bleu ; les fonds ou les accessoires sont teintés d'ocre, de jaune, de vert clair ou de violet. L'exécution est fine et d'une habileté de main peu

ordinaire. L'ensemble forme, en somme, un monument capital pour l'histoire de la céramique italienne.

J'ai déjà parlé ailleurs d'un autre pavage conservé également à Bologne, dans la cha-

Détail du pavage de San Petronio, à Bologne.

pelle de la famille Bentivoglio, à San Giacomo Maggiore*. Me fondant sur la présence, sur ce monument, des armoiries, parti de Milan et de Bentivoglio, j'avais cru pouvoir en

* Ouvrage cité, p. 54 à 57.

faire remonter la fabrication avant Tannée 1458. Depuis, M. Luigi Frati, dans un compte rendu qu'il a consacré à mon livre*, a démontré qu'il ne pouvait être ni antérieur à 1487, ni postérieur à Tannée 1491. Tout

Détail du pavage de San Petronio, à Bologne, son raisonnement basé sur des raisons histo-

*L. Frati, Osserva^ioni critiche sul Uhro del Sig, E. Molinier ; « les Majoliqiies italiennes en Italie »^ segnalemente sulV articolo concernente Bologna. (Extrait des Atti e Memorie délia R. deputa^ione di storia patria per le provincie di Romagna, 3e série, vol. I, fasc. IV. Modène, 1883, in-8% 13 p.)

riques habilement déduites et qu'il pardonnera certainement à un étranger de n'avoir pas connu, me semble tout à fait probant. Un point sur lequel je m'écarterai cependant de M. Frati, c'est sur la question du style de ce pavage. J'ai dit qu'il me paraissait de style plus ancien que celui de San Petronio et je maintiens mon dire. Le potier s'est absolument écarté ici des données habituelles de l'ornementation des faïences de la fin du xv^ siècle; il a purement et simplement imité des dessins orientaux et ses rosaces sont empruntées soit à des faïences, soit à des tapis persans* . Ses feuilles ou ses rosaces exécutées en bleu turquoise, en jaune clair, vert clair ou violet sur un fond d'émail blanc, s'écartent tout à fait du pavage de San Petronio; et du moment qu'il est démontré que ces

* Voyez notamment le tapis peint dans un tableau par Bernardo Zenale, en 1485, pour l'église de San Martine, à Treviglio d'Adda. — (Casati, Treviglio di Ghiara d'Adda e suo territorio. Milan, 1873, in-8'^, p 250-51.) Ce tissu offre un dessin presque semblable à nos carreaux de faïence.

deux monuments datent à peu prés de la même époque il est impossible d'en faire re-

Armoiries de la famille Bentivoglio. Pavage de San Giacomo Maggiore, à Bologne.

monter Ua paternité au même atelier. Ose-

AU XVC SIÈCLE 59

rais-je nommer les fabriques vénitiennes, qui ont dû s'inspirer plus que tout autres de modèles orientaux ? ce ne serait là qu'une simple

Pavage de San Giacomo Maggiore, à Bologne.

hypothèse. Mais ce qu'il faut constater c'est qu'aucun monument de la céramique ita-

60 LA CÉRAMiaUE ITALIENNE

lienne n'est aussi exactement copié sur un modèle oriental. C'est là un point très intéressant dont on pourra sans doute tirer plus tard des déductions; il convient de le mettre en lumière^ .

La fabrique de Forli est surtout connue par des faïences du xvi^ siècle ; le Louvre en possède quelques-unes, mais l'un des plus importants échantillons de cet atelier se trouve au musée de South Kensington : c'est un plat exécuté en bleu sur fond d'émail blanc, signé : I(n) la Botega d(i) m(aestr)o lero {nimo) daForli ^. M. Fortnum a attribué avec toute ressemblance à Forli, et peut-être au même atelier, plusieurs, pièces du musée de Kensington. Ce sont d'abord une plaque portant les armoiries de la famille des seigneurs de Forh, les Ordelafïi^, puis deux plats aux

* Un grand carreau provenant d'un ensemble absolument semblabe au pavage de la chapelle Bentivoglio, se trouve dans la collection du marquis Molza, de Modène.

armes de Mathias Corvin, roi de Hongrie^;- — un autre plat provenant du même service se trouve à Paris, dans la collection de M. Ch. Mannheim; — et enfin une plaque datée de 1489, représentant la Vierge et l'enfant Jésus ^. Cette pièce est l'une des plus belles faïences que possède le musée de South Kensington; M. Fortnum ne serait pas éloigné de croire que le dessin en a été exécuté par Melozzo da Forli lui-même, tant il est de bon style et les tons rappellent un peu les faïences que l'on attribue généralement à l'atelier de Caffagiolo.

Si la plaque du musée de Kensington dont on vient de parler peut être comparée aux peintures des meilleurs artistes du xv^ siècle , je n'en dirai pas autant d'une autre plaque qui se trouve au musée céramique de Sèvres^ et qui porte la date de 1490. Cette faïence de forme rectangulaire offre

* Nos 7410. '60 et 1738, 55.

^ No 490. '64.

^ No 8140 de l'Inventaire du Musée.

les armoiries de la famille Quirini, placées dans un écusson ovale, entouré de cuirs découpés et soutenus par des anges du plus déplorable dessin. Au-dessous des armoiries est tracée l'inscription :

THEOBALDVS-Q.UIRINVS RECTOR. M. CCCC. LXXXX

Les tons bleu, bistre et jaune n'ont aucune harmonie ; quant à l'attribution à Urbino qu'elle porte actuellement à Sèvres, j'ignore sur quels fondements elle repose. L'ensemble me rappelle assez bien certaines productions des plus mauvais jours de la dyiiastie des délia Robbia et je ne serais pas très étonné que ce monument fût originaire de Toscane.

C'est aussi à la Toscane ou du moins à un personnage florentin qu''il me faut revenir avec un disque du musée de South Kensington, daté de 1491^ Cette plaque nous

montre dans un écusson de forme italienne les armes de la famille Boni de Florence : un lion rampant sur un champ mi-parti de violet et d'azur, portant à son cou un écu d'azur chargé d'une fleur de lys. Sur une banderole, on lit l'inscription : MCCCC9I. AN- DREA DI BONO. Ce nom est tracé en écriture gothique et suivi de deux lettres très indistinctes dans lesquelles M. Fortnum croit pouvoir reconnaître un F et un O, ce qui serait l'abréviation de Fiorentino. C'est en somme une bonne pièce, d^un émail très brillant, dont il faut sans doute faire honneur à quelque atelier florentin, peut-être même à Fatelier de Caff'agiolo, bien que, comme tous les produits authentiques de ce dernier atelier, elle présente de nombreux points de ressemblance avec les faïences sorties à la même époque des fabriques de Faenza.

C'est encore la date de 1491 que porte une autre plaque du musée de Kensington^ Cette plaque circulaire, peinte sur émail teinté

de bleu offre en son centre le monogramme de Jésus (IHS) en blanc ; tout autour s'étalent des rayons en zigzag alternativement jaune orangé et blanc. Sur le bord, on lit la date 149 1 5 accompagnée à gauche et à droite de deux groupes de lettres dont on a donné des explications très différentes. Cette inscription est ainsi conçue : M. — G A, le G étant entrelacé d'une croix qui peut permettre de lire aussi un E dans ce dernier monogramme. Les uns ont voulu y retrouver le nom de Giorgio Andreoli ^. Maestri Giorgii Andreoli; d'autres, parmi lesquels M. Fortnum, proposent de le lire MARIA GLORIOSA ^ ; j'avoue que cette lecture offre certaines difficultés, non que je sois disposé à y voir la signature de Giorgio Andreoli, — car la pièce qui ne porte point de reflets métalliques appartient très certainement

* A. Darcel, Catalogue des faïences du Musée du Louvre, p. 265.

^ C'est la lecture également adoptée par Jacquemart^ Histoire de la Céramique, p. 317.

à un atelier de Faenza, — mais il me semble que la lecture de M. Fortnum ne rend pas compte de toutes les lettres; je proposerais, mais sous toutes réserves, de lire cette inscription : MARIiE ou MATRI GLORIOS.E.

Dans le Recueil de Faïences italiennes publié par M. Darcel* est reproduite une plaque qui faisait alors partie de la collection Cajani, à Rome. Cette plaque, exécutée en bleu, avec quelques parties teintées de jaune sur fond blanc, représente la Vierge, à mi-corps, de trois quarts à droite, portant sur ses genoux l'enfant Jésus. Derrière la Vierge on voit deux chérubins et un voile tendu comme une tapisserie. Au bas de la plaque est tracée en caractères gothiques l'inscription suivante :

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