‹ La chaîne d'or [microforme]Chapitre 2 sur 4 · CR + SR · texte numérisé non relu

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10 LA OHAINE D'OR

Gétait l'espoir, sans doute. Ells ne fut pas lente A me faire admirer le précieux bijou.

—Ma mère ne veut r'us la porter à son cou, Difelle en soupirant.

Cette chaîne était belle.

—Ta mère veut la vendre ? Et qu’en demande:t-elle ? —Rien, monsieur. |

Un sanglot vint étrangler sa voix. | —C'est pour avoir du pain, c’est pour avoir du bois! Ajouta-t-elle ensuite en joignant ses doigts maigres. Et cela me fit mal. Je cachai mon émoi.

J'entendis rire alors des enfants tout allègres,

—As-tu diné ? repris-je.

RE Toner De canette 200 hé niamna nca route

—Aujourd’hui ? non, pas moi...

Ni les autres non plus, excepté la petite. |

LA CHAINE D'OR si — La petite ?

—Oui, Monsieur; son nom est Marguerite, ‘ Elle a quatorze mois et commence à Marcher,

‘ | —Et ta mère ? et ton père ?

—Eux, il n'ont Jamais faim.

Ils le disent, toujours, en nous donnant le pain.

ie

—C'est le premier objet que tu cherches à vendre ?

—C'est le dernier, Monsieur ; si vous Voulez le prendre.

—Non, garde-le. Voi

tu ? c’est encore un espoir. .

Mis reçois cette obo

le et dinez tous ce soir.

—Merci | Merci, monsieur | dit-elle.

Et sa paupière umière ; |

jee S'emplit à ce Moment d'une ardente 1

EEE

Et sur sa pâle joue, et sur son front pensif Parut, dans un rayon, un bonheur fugitif.

Elle s’en retournait. Il me vint une idée :

La coupe des chagrins n’est pas encor vidée

Pour cette pauvre enfant et ses parents honteux, Si j'allais voir quelqu'un et demander pour eux ?

—Donne ta chaîne d'or, dis-je à la jeune fille.

—Oui, la voici, monsieur.

—Elle est lourde, elle brille, Pensais-je en la faisant rebondir dans ma main. |

Mon ami Jean lisait je ne sais quel bouquin ; | il Je m’approche de lui, le touche sur l'épaule : |

—Veux-tu faire une aumûne ? à

Je

—Une aumône? Mon rôle, 1 M:

Me répond-:il, hélas ! serait d’en recevoir.

Je crus qu’il plaisantait. Je ne pouvais le voir, Incliné sur son livre et tout à sa lecture, Ce

! Il n'avait pas vers moi retourné sa figure.

— Achète pour ta femme un bijou précieux, Repris-je, lui mettant la chaîne sous les yeux

—D'où vient cela ? fit-il, bondissant sur sa chaise.

—On garde le secret, mon cher, ne t’en déplaise.

— Voilà, quand on est pauvre, à quoi l’on est réduit, Et, quand tout est vendu, l’on meurt dans un réduit !

ille, | { [[ —Tu connais cette chaîne, et tn sais quelle dame? 1l m'arrête soudain, se reprend :

—Sur mon âme, Ajoute-t-il alors, je ne sais rien du tout.

Je ne sais que cela : la misère est partout... rôle, 1 Mais cette chaîne, toi, combien l’a-tu payée ?

Cette dernière phrase elle fut bégayée. ù

—Elle n’est pas à moi, mon brave Dumanoir.

14 LA CHAINE D'OR —Non? A qui donc alors ? Il faudrait le savoir.

—A quelques nobles gens, honteux de leurs misères, Qui vont mourir de faim au milieu-de leurs frères, Plutôt que mendier.

Jean dit: C’est vrai cela...

Mais qui donc t'a remis cette chaine ?

—Voilà, C'est une pauvre enfant qui m'attend à ma porte... Moi je n’achète point d'objets de cette sorte, Du moins en pareil cas. Je n'ai jamais goûté Ce commode moyen de faire charité.

—Si j'avais, repart-il, quelques sous dans ma bourse, Je les donnerais bien à l'enfant sans ressource...

I] fouillait son gousset. D'un ton rauque et fiévreux Il ajoute :

—kRien! rien ! que je suis malheureux!

Or, comme ii pronongçait cette triste parole, La petite suyvint. Une crainte frivole

rse,

ux!

LA OHAINE D'OR 15

De ses jeunes esprits, je le crois, s'emparait. Je tardais à venir et le temps lui durait. Elle ne savait pas si j'étais bien honnête,

Et de sa chaîne d’or pouvait être inquiète.

" Que je suis malheureux! disait Jean, se levant.

Et son regard tomba sur la naïve enfant

Qui venait de sourire en me voyant près d'elle. L'enfant s'arrête alors comme un oiseau dont l’aile Se brise tout à coup en volant dans les cieux.

Elle porte sur nous un regard anxieux

Et puis courbe la tête. On voit frémir sa lèvre :

—O mon père! dit-elle.

Et lui, l'œil plein dafièvre,

La bouche frémissante ct le front en sueurs, Il la prend dans ses bras et l’inonde de pleurs.

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