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CHAPITRE V

LA TEMPÉRATURE NORMALE DE l'hOMME [suite)

Nous continuerons à examiner la température humaine normale, en déterminant Tinfluence de diverses conditions, Tâge, la nutrition, le travail, le climat.

Examinons d'abord Tinfluence de Tâge. La température du fœtus n'est pas tout à fait la même que celle de la mère, elle est un peu plus élevée, de 2 ou 3 dixièmes de plus, que celle de l'utérus . Les expériences sur les animaux ont permis de le constater. C'est ce que M. H. Roger (qui, vers 1843, un des premiers, a eu l'idée de mesurer, au point de vue médical,la température du corps normal et fébrile) avait pensé en constatant que la température de l'enfant, au moment de la naissance, est un peu plus élevée que celle de la mère. Ràrensprung a effectivement établi que la température du fœtus, et par conséquent celle de l'enfant immédiatement nouveau-né, est supérieure à celle de la mère, en moyenne de 0**,04. Sur 37 nouveau-nés, la température rectale était de 37%81. M. Schâffer, M. Wurster, M. Lépine ont confirmé l'opinion de H. Roger et de Bârensprung. Le fait n'est point surprenant. Tous les tissus vivants, par suite des combustions oi^aniques interstitielles dont ils sont la siège, produisent de la chaleur ; s'il n'y a pas de cause de refroidissement, ils ont une température supérieure à celle du milieu environnant. Ainsi le fœtus, indus dans les membranes, dans les liquides de l'utérus, dont la température, à l'état normal, est d'environ 37°,5, peut parfaitement avoir 2 dixièmes de degré en plus, légère augmentation due à sa combustion interstitielle propre. 11 y a là un phénomène analogue à ce qui se passe chez des tortues placées dans une étuve à 37*; la tortue arrive d'abord à prendre la température de l'étuve, puis elle élève sa température de quelques dixièmes, ajoutant à la chaleur du milieu dans lequel elle se trouve un peu de sa chaleur propre. De môme le fœtus est

enfermé dans Tutérus, enceinte à chaleur constante, dont il prend la température, mais à laquelle il ajoute quelque peu de sa chaleur propre.

La température de Fenfant a été prise au moment même de la naissance, et suivie à partir de ce moment. C'est à M. H. Roger qu'on doit les plus intéressantes observations sur cette question. Au moment de la naissance, la température axillaire de Fenfant est plus élevée que celle de la mère. Ainsi M. Roger a constaté :

Température axillaire.

de l'enfant. de la mère.

M. Andral a confirmé ce fait. Il a trouvé, au moment de lai naissance, à la première minute, 38'' (moyenne de 6 obseryatioas) ; 1/2 heure après, 37% 6 (moyenne de 6 observations) ; environ 10 heures après, 37%0d (moyenne de 5 observations).

Conformément à ce qu'avait pensé M. Roger, H. Ândral a prouvé que la cause de cette élévation de la température du nouveau-né tient à ce que la température du foetus, nécessairement en équilibre avec celle de Futérus maternel, s'augmente de la chaleur résultant des combustions propres à ïorganisme fœtal même. C*est ce que Fexpérience a d'aiUears démontré.

Tem pérat ure de l'utérus, de l'enfant.

l'^^ cas .... 38^,7 38",3

ïi*- — . . . . 38»,5 37*5

Gomme le refroidissement très rapide de Feniant tend à diminuer la température constatée, il faut en effet tenir pour un peu faibles les mesures de sa température axillaire ; au eontraire, ee sont des chiffres forts qu'on trouve pour la température naturelle, car, pendant le travail de Faccouchement, les violentes contractions musculaires doivent élever beaucoup cette température.

On arriverait donc aux chiffires suivants pour la tempAratnre du nouveau-né :

LA TEMPÉIATVRE NORMALE DE l'hOMME 87

D*^après Roger 37»,75 (aisselle)

— Andral 38»,0

-^ B'ârenspnmg ZT'M

— Wûnter 37»^1

Moyenne : 37^,41

QiuMt à la tempérÂtiird réelle da fœtus, si Ton tient compte de Faugmentation légère résultant de la contraction utérine, elle pourra être éraluée (il ne s'agit plus du moment de raccottchement, mais de la grossesse!) à 37'',6, c'est-à-dire considérée comme de 0*,4 plus éloTée que la température maternelle (utérine, vaginale ou rectale).

La température du fœtus et celle du nouveau-né, immédiatement après Faccouchement, sont donc à peu près identiques.

Mais, après la naissance, il se produit tout de suite un phénomène très remarquable, et dont la médecine doit tenir le p4us grand «ample : la température du nouveau-né baisse très vite. An bout de 3 à4 minutes, elle descend à 36% à 35"*, 5, et même à 3S",25. Après 3 ou 4 heures, même quand on enveloppe bien Fenfaoft, ponrFempêcher, autant que possible, de se refroidir, elle se maintient à ce chiffre de 35° environ ; quelquefois, malgré toutes les précautions, on trouve 34''. Ainsi, pendant les vingts quafkre premières heures qui suivent la naissance, la température baisse très rapidement. Cette descente brusque a pour causes, selon tonte vraisemblance, non seulement le refroi<)issement périphérique, mais encore Timpuissance du système nerveux à provoquer des édianges chimiques interstitiels très actifs.

Mais, dès le lendemain, la température revient à la normale, et, à partir de ce moment, elle ne se modifiera plus guère jusqu'à la mort. M. Roger donne à cet égard des chiffres qu'il est intéressanA de connaître :

l«jouF 36'»,9 (5 observations).

M. Schnetz (1) est arrivé aux mêmes conclusions à la suite de très nombreuses mensurations thermométriques (4470 sur 2B2 sujets) ; ce qui donne à ses chiffres une grande valeur. Dans

(1) Analysé dans la Revue des Sciences Médicales, t. XXIV, p. 534.

le premier quart d'heure de la vie, la chute thermométrique est rapide, et on observe un minimum de température dans les deux premières heures. Au bout de 24 heures, la température revient à son état normal et reprend la courbe régulière diurne des adultes.

M. A. Raudnitz a donné tout récemment un travail très étendu, et très complet au point de vue bibliographique, sur la température chez les enfants (1) : il a constaté qu'immédiatement après la naissance la température s'abaisse beaucoup, (à 34'*,7 dans un cas) ; mais qu'au bout de quelques heures elle revient à la température normale, bien avant 24 heures, contrairement à ce que nous venons dire plus haut, d'après M. Roger.

M. Raudnitz a essayé de déterminer la cause qui empêche les enfants de conserver leur température normale sans le secours d'une chaleur extérieure adjuvante, et, après une intéressante discussion, il admet que ce n'est ni la plus grande conductibilité de la peau, ni la minime étendue de la surface qui peuvent être invoquées. Il faudrait attribuer cette instabilité de la chaleur normale aune insuffisance du pouvoir régulateur de la chaleur.

M. Raudnitz a pris surtout des températures axillaires, ce qui rend les comparaisons difficiles, et ce qui permet mal des conclusions générales. Il a cru devoir faire cette mesure axillaire pour mieux juger de la régulation de la chaleur par la peau. 11 a ainsi observé qu'après le bain, à 19°, à 25°, à 35°, il n'y avait pas de diminution sensible dans la température axillaire, ce qui indique par conséquent qu'il n'y a pas de régulation de la chaleur. Mais c'est lài une conclusion qui ne laisse pas que d'être hypothétique ; et elle appelle évidemment de nouvelles recherches.

Sur des nouveau-nés, âgés de plus de 3 et de moinsde8jourSr M. Mignota trouvé 37°,6 (décembre 1848). D'après M. Bàrensprung, la température moyenne est de 36°,95, peu après la naissance, et de 37°,55 pendant les 10 premiers jours de la vie. Ce chiffre se rapproche singulièrement de celui que M. Mignot a obtenu. D'après M. Guéniot la température du nouveau-né serait de 37°,5 au moment de la naissance, pour descendre à 34% et même à 33°, très rapidement. D'après M. Finlayson, chez le& enfants de 18 mois à 10 ans, la température rectale serait en moyenne de 36°,9. C'est là un chiffre évidemment faible ; mais il faut noter qu'il résulte de mesures prises en Ecosse, dans un climat froid.

(1) Die W'drmeregelung bei den Neugeborenen ; (Zeitschrift fur Biologie, 1887, p. 423-552).

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Ainsi, à partir de la première année, la température de Tenfant est à peu près la même que celle de Tadulte, après avoir été pilmitivement un peu plus élevée. La température des vieillards i^B diffère pas sensiblement de celle de Tadulte. M. Charcot ^dinet qu'elle est de 37^,2 à 37^5 dans le rectum. Chez une centenaire, bien portante, il a trouvé 37% 1 . dans Faisselle et 38%0 ^^ns le rectum.

Xn résumant ces données diverses et en les rapprochant, on ^oit que la température axillaire est :

Au moment de la naissance 38^,8

Une demi-heure après 36°,6

Pendant les dix jours qui suivent 37o,6

Durant l'enfance et radolescence 37°,6 à 37<»

Dans Tàge adulte 37^0

Dans la vieillesse 37<*,1

Il ne faut évidemment considérer ce tableau que comme schématique ; mais ces chiffres simples sont faciles à retenir.

L^influence du sexe sur la température paraît être à peu près nulle, M. Roger a trouvé sur 10 garçons une température moyenne de 37*^,107, tandis qu'il a trouvé sur 14 filles une moyenne de 37%19i ; la différence serait donc de 0°,084. On peut objecter qu'à cet âge les caractéristiques sexuelles sont encore peu marquées. Mais chezFadulte il ne semble pas qu'on ait constaté plus de différences bien nettes à cet égard.

D'après Wunderlich, la menstruation élève de quelques dixièmes de degré (0%3) la température, et amsi paraît déterminer une sorte d*état fébrile.

Après Taccouchement, quand il n'y a pas d'infection, la température n'augmente pas. Pendant l'accouchement, les contractions utérines, au moment des douleurs, élèveraient notablement la température locale de l'utérus et un peu la température générale. Mais ce n'est là qu'un cas particulier de l'influence des mouvements musculaires sur la température.

L'observation des animaux, relativement à cette influence supposée du sexe, donne des résultats négatifs. Chez les chiens et les lapins, autant que nous pouvons en juger d'après le relevé des températures que nous avons prises, et, quoique nous n'ayons pas fait de recherches spéciales sur ce point, le sexe n'influe pas sur la température. — Toutefois M. Martins a trouvé pour 50 canards une température moyenne de 41 '',95, et pour 60 canes-

tine moyemie de 4&<*,264, rapérieare par canié<|M»t à celle les mâles de 0*^36^. La diff^enee est aseei noteUe. -~ Peai-éini «conyiendraiMl de reprendre la questkm et de faire des eipé* rieoces suivies et suffisamment nombreuees.

M. Riehl, ayant observé avec sein douze feimnee en bonne •santé, distingue une période prémenstrueUe de cinq jours pendant laquelle la température s'élève ; le maximum est atteint à «e moment, tandis que, durant la menstruation mème^la temf^érature commence lentement à s'abaisser, pont r&venirgradnd* lement à la normale.

A côté de ces deux influences de Fâge et du sexe, 11 faut examiner celle de la race. La question est d'autant plus intéressante qu'elle a été plus discutée. J. Davy fut un des premiers à s'en occuper, dans deux voyages qu'il fit à la Barbade et k Geylan. Il •conclut de ses recherches que la température varie avec la race de quelques dixièmes de degré, au fur et à mesure que Ton se rapproche des tropiques. Mais, presque à la même époque, Chrisliolm et Chalmers émettaient une opinion différente, soutenant que la température des hommes des pays chauds était à peu près celle des Anglais qu'ils examinaient. Depuis, d'autres observateurs, Pruner-Bey, Rethey, ont confirmé les chiffres de Davy, tandis que Livingstone, Thornley et Fumell, médecin de Fhfôpital général de Madras, partagent l'opinion de Ghrisholm et de Chalmers.

Davy a trouvé que la température buccale prise, soit à THe-dc- Trance, soit à Geylan, sur des nègres, des Hindous et des Malais, était en moyenne, pour les nègres, entre 36'*,52et37%22; pourles Hindous et les Malais, entre 36°, 76 et 38^,5; la température exté^ rieure oscillant entre 25® et 27',2. Des Anglais examinés presque en même temps ne présentaient qu'une température de 36*,S à 37^4.

M. Jousset a fait de nombreuses observations, qui paraissent très précises et qui concordent absolument avec celles de Davy. Il a vu que, dans les races africaines (15 nègres sénégambiens, 10 nègres du Gongo, 14 nègres et mulâtres de la Martinique), la température axillaire moyenne oscille entre 37*»,70 et 37*,8è, pouvant aller au delà de 38* et descendre à 37^,4. Dans les races asiatiques (52 Hindous, 15 Gochincbinois, 10 Ghinois), il a trouvé une moyenne oscillant entre 37% 60 et 37*», 90, pouvant aller jusqu'à 38*,50 et descendre à 37*,20. Ils semblent donc se comporter à peu près comme les Africains. Bien entendu, M. Jousset

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a fût ses observalimis. à divers Hioinents de la journée et à dirersas saisons ; de sorte qu'il est en droit de conclure^ ce sem- Ue, qoe la température des hommes des races tropicales» à quelque momest du jour et de Tannée qu'on la prenne, est un peu plus élevée que celle de Thomme des régions tempérées. Voici «Tailleurs en un tableau le résumé de ces mensurations :

L'Hindou de. . . .

Le Gochindiinois .

Le Chinois. ....

Le Sénégambien. .

Le nègre du Congo Le noir des Aatillea

24 à 30 ans a une chaleur de 37^,85 dans Taisselle.

Gomme on le voit, cette moyenne est supérieure, de 6 ou 8 dixièmes de degré, à celle que Ton observe dans les pays tempérés, la température aiillaire étant en effet, comme nous Tavons dit plus haut, de 3V^

Toutefois cette conclusion ne serait pas légitin^ ; car la différence pourrait tenir beaucoup moins à la race qu'au climat. II faudrait, pour que Tinterprétation fût exacte, comparer au point de vue de la température des Européens, des Asiatiques et des noirs, qui fussent, les uns et les autres, vivant dans le même climat. Si alors on trouvait encore la même différence en faveur des derniers, on serait vraiment en droit de tirer la conclusion que nous avons donnée.

Eh bien l cette comparaison a justement été faite. Nous avons déjà signalé le résulat auquel Davy était arrivé sur ce point. M. Jousset donne aussi dans son excellent ouvrage quelques chiffi*es intéressants.

HOMMES DB mACB TROPICALE

Hindous 37°,85

Cocbinchinois 37»,60

Chinois 37%85

Nègres du Sénégal 37%70

— du Congo 37°,80

— des Antilles 37»,80

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