‹ La chaleur animaleChapitre 32 sur 99 · CD X O I ?" T · texte numérisé non relu

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le chloral, le chloroforme, lalcool à dose anostliésique, quand ils ont paralysé Taxe encéphalo-médullaire, amener des hypothermies considérables.

Nous pouvons donc admettre, en quelque sorte, un bulbe thermique, quelque inexacte que soit l'expression ; c'est-à-dire, en somme, une influence de la moelle bulbaire sur la température. Selon qu'elle est paralysée ou excitée, il y aura élévation ou abaissement de température.

Il est remarquable qu'à dose très faible l'effet de ces divers poisons su rla température est plutôt une augmentation. Avec un gramme d'extrait de digitale (sur descliiens),Duméril, Demarquay et Lecointe ont vu la température s'élever de 1" à 2"; tandis qu'à dose triple, la température s'est abaissée de 1°,7. On a fait la môme observation pour les sels ammoniacaux, pour l'alcool, pour la vératrine, pour l'atropine, pour l'hyoscyamine.

Ainsi de très petites doses élèvent la température (excitation du bulbe thermique), des doses modérées l'abaissent (paralysie du bulbe thermique), des doses plus fortes l'élèvent énormément (efl'ets convulsifs dus à la moelle épinière excitée), des doses plus fortes encore l'abaissent définitivement (effets paralytiques dus à la moelle épinière paralysée).

Ces quatre périodes thermiques sont tout à fait remarquables, et on les observerait, je pense, avec tous les alcaloïdes, à des degrés divers, pour peu qu'on veuille suivre avec soin les phases successives de l'intoxication.

D'autres alcaloïdes rentrent tout à fait dans le groupe des substances bulbo-médullaires (type aconitine). Ce sont la thalictrine, bien étudiée j)ar 31. Doassans,la colchicine, l'ergotinine, la saponine. Mais l'étude détaillée de ces poisons nous entraînerait trop loin.

3" Ti/pe morphine. — Nous avons étudié les poisons à type slnjchnine ou convulsivants, les poisons à type vératrine ou bulbaires. Venons aux poisons à type morphine : ce sont des poisons cérébraux.

C'est dir<; que b'ur premier effet est d'agir sur le cerveau et de modifier l'état intellectuel, de sorte qu'ils provoquent l'ivresse, dès le début de leur action. Les effets du début peuvent se résumer ainsi : vei-tige, bourdonnemeiits d'oreilles, sensjilioii de force et de bien-être, alacrité, vivacité des idées, facilité d'élocution, augmentation de la mémoire ; et, un peu après, lourdeur de tète, pesanteur d»; la mémoire et de la parole, somnolence,

assoupissement; tous symptômes coïncidant parfaitement avec ceux de Fivresse alcoolique.

La morphine, la quinine, la cocaïne, la cinchonine et quelques autres alcaloïdes rentrent dans cette classe.

Il sufiit de moins d'un centigramme de morphine pour obtenir des effets psychiques extrêmement nets. Si j'avais à invoquer mon expérience personnelle, je dirais que, chez moi, à la dose de O^^OOS, les effets de la morphine sont appréciables et qu'ils se traduisent par une légère excitation intellectuelle, avec tendance à la rêverie active (non au sommeil). J'ai essayé sur des chiens d'étudier les effets psychiques de très petites quantités de morphine (Os'',001),. mais je n'ai rien vu de net: ce qui s'explique sans doute, au moins en partie, par la résistance des animaux aux poisons psychiques.

Or, à la dose d'un centigramme, la morphine n'abaisse pas la température ; elle tendrait plutôt à l'élever, comme certaines expériences l'établissent. Cependant, à une dose plus forte, les fonctions bulbaires sont altérées; la température générale baisse, la respiration se ralentit, les battements de cœur sontplus lents, les oxydations interstitielles sont diminuées, il y a des vomissements ; en un mot, le poison, primitivement psychique à dose faible, est devenu, à dose plus forte, bulbaire. A dose plus forte encore, chez les chiens au moins, il y a des phénomènes de contracture, d'excitation réflexe exagérée ; et si, les doses allant toujours en croissant, on fait la respiration artificielle, on voit survenir de violentes convulsions qui élèvent énormément la température. A dose plus forte encore, il y a résolution complète et abolition des fondions médullaires.

Ainsi, voici un poison qui, suivant la dose, sera tour à tour psychique, bulbaire, convulsivant et paralysant ; de même que la strychnine, convulsivante à faible dose, est curarisante à dose forte ; de même que la vératrine, bulbaire d'abord, devient à dose plus forte convulsivante, puis curarisante. On n'a pas, je pense, suffisamment insisté dans les ouvrages classiques sur l'énorme influence que la dose plus ou moins forte exerce sur le type de l'intoxication.

Ainsi se peut suivre très nettement l'action successive de la morphine sur les trois éléments de l'axe cérébro-spinal: élément

(1) J'ai observé ces phénomènes, que je ne puis étudier ici a\ec plus de détails, sur un chien qui avait reçu, en injection veineuse, la dose colossale de 19 grammes de morphine.

LES POISOXS ET LA TEMPÉRATLRE 203

cortical, élément bulbaire, éléaient médullaire: ivresse, troubles respiratoires et stomacaux, et enfin convulsions.

C'est à peu près le môme tableau que présente la quinine.

Quoique la quinine possède une action antithermique des plus évidentes dans les cas pathologiques, cependant, à l'état normal, cette action n'est pas assez puissante pour que nous n'attachions pas plus d'importance — au point de vue de la classification qui nous intéresse ici — aux phénomènes intellectuels du début.

A faible dose, 20, 30, 50 centigrammes sur l'homme, la quinine produit des étourdissements, des obnubilations, des vertiges, des bourdonnements d'oreilles, de la titubalion ; en somme, un état de semi-ébriété, qu'on a appelé l'ivresse quinique. C'est ce qui fait qu'au début l'action de la quinine est surtout psychique, et que, dans une classitication qui n'a pas de prétention à être appliquée à la thérapeutique, il faut placer la quinine parmi les poisons psychiques.

A cette dose faible, la quinine, loin d'abaisser la température, l'élève, d'une faible quantité, mais suffisamment pour que divers auteurs aient noté ce fait.

Puis, avec des doses plus fortes, la température s'abaisse. Mais que des doses plus fortes encore soient données, alors la température, loin de commencera descendre, croîtra très vite, car, à ces fortes doses, la quinine produit des convulsions, des tremblements, un excitabilité réflexe exagérée, tous phénomènes constatés il y a longtemps par Briquet.

La cinchonine, la cinchonidine, la cinchonamine, la cinchonigine sont aussi des poisons qui, à forte dose, sont convulsivanls, et même plus facilement que la ([uinine.

Peu d'alcaloïdes rentrent dans cette classe : il n'y a guère que la cocaïne qui présenterait des phénomènes analogues.

La cocaïne est aussi un poison dont les etlets thermiques varient avec la dose. En effet, à dose faible, c'est sur le système nerveux psychique qu'elle agit. Elle provoque des mouvements volontaires qui, «piaiid la dost; augmente, deviennent peu à peu de plus en plus incoercibles. Par suite de ces mouvements répélés, le chien s'échauffe quelqut; peu. Puis les mouvements deviennent 1res énergi((ues, elentin, «piand la dose est plus forte encore, atteignant ù ])(;u près 0,02 potu' iiu Iviloginmme de poids vif. les convulsions surviennent.

La température suit absolument les mômes phases que les contractions musculaires. Dans les ti'ès nombreuses expériences que j;ii faites en l'hiver de iHHH avec nu»n ami P. Langlois, j'ai

enregistré simultanément les mouvements de Tanimal et la température, et j'ai constaté constament un parallélisme presque absolu. Toutes les fois que l'animal s'agite et fait des mouvements, sa température augmente ; toutes les fois qu'il est tranquille, sa température baisse.

J'ai essayé alors de vérifier une des assertions de M. Mosso, que la température, même chez un chien curarisé, monte, dès qu'on lui donne de la cocaïne. Comme, par suite de sa curarisation, il ne peut plus se mouvoir, il s'ensuivrait que l'ascension thermique serait indépendante des mouvements.

Mais je n'ai pas pu constater le fait que M. Ugolino Mosso avait annoncé ; et, quand le chien était complément curarisé, ni la strychnine ni la cocaïne n'ont pu faire monter sa température. Je ne sais si la cause de mon insuccès est due à une trop forte dose de curare. Mais, d'un autre côté, si la dose de curare est trop faible pour rendre l'animal absolument immobile, comment être assuré qu'il ne s'agit pas là de mouvements fibrillaires déterminant l'ascension thermique précisément par des combustions musculaires ?

Nous avons aussi vu ce fait assez paradoxal, c'est que les convulsions toniques ne font pas monter la température. Il semble que les convulsions toniques, dans lesquelles les muscles sontraides comme des barres de fer, devraient faire monter très vite le thermomètre. Il n'en est rien ; le thermomètre qui avait monté tant que les mouvements désordonnés de l'animal avaient lieu, cesse de monter, dès que les convulsions toniques remplacent l'agitation (1).

Au contraire les convulsions cloniques se caractérisent aussitôt par une ascension thermométrique extrêmement rapide. Dans certains cas, nous avons vu monter le thermomètre avec une rapidité de 0°,2 par minute, ce qui équivaut à une ascension de 6 degrés en une demi-heure; en une demi-heure la température mortelle est atteinte .

La température, avons nous dit, marche de pair avec les contractions musculaires, et en effet, si l'on fait sur le cerveau, au voisinage des corps striés, des lésions qui empêchent les convulsions cocaïniques de se produire, on empêche par cela même l'ascension du thermomètre, et l'animal, malgré des doses

(t) Je rappellerai que dans les contractures anciennes, MM. Brissaud et Regnard ont constaté que l'ascension thermique mesurée dans le muscle contracture lui-même était très faible.

très «^levées de cocaïne, ne séchauffe pas. On pourrait soutenir que les centres convulsivants et les centres calorifiques ont été détruits ensemble : mais il ne semble pas que cette hypothèse soit préférable à la notion si simple d'une relation étroite entre les combustions et les contractions des muscles.

La cocaïne est donc un poison à la fois psychique et convulsivant ; mais ses effets convulsifs ne sont pas du tout analogues aux effets convulsivants de la strychnine: la strychnine agit sur tous les animaux pourvus d'un système nerveux central, tandis que la cocaïne n'agit que sur les vertébrés supérieurs, pourvus dun appareil encéphalique cortical perfectionné. Sur les poissons, les grenouilles, les mammifères nouveau-nés, la cocaïne ne produit presque pas d'agitation et en tout cas nulles convulsions.

De même, ainsi que l'ont montré d'abord, M. Danini, puis M. Anlop, ainsi que M. Langiois et moi nous avons eu l'occasion de le constater à diverses reprises, dès qu'on a sectionné le bulbe, toutes les convulsions, toute l'agitation disparaissent aussitôt. Au contraire les animaux strychnisés, dont la moelle a été coupée, ont encore de violentes convulsions, au dessus, comme au dessous, de la section transversale de la moelle.

Il y a en tout cas, avec les poisons psychiques, tels que la cocaïne, des différences individuelles bien plus étendues que si l'on agit avec des poisons qui intoxiquent les autres tissus; probablement les différenciations du système nerveux psychique sont plus grandes chez les divei's individus que les différencialions des autres tissus. Quoique opérant dans des conditions très analogues, nous avons constaté de très larges dilï'érences entre b'S dosi'S nécessaires |)Our élever d'un degré, chez tel ou tel chien, la température générale.

Même il suffit d'avoir électrisé les circonvolutions motrices pour voii- les dost'S de cocaïne, même très fortes, rester à peu près sans action sur les convulsions, et par conséquent sur l'hypothermie. Tout se passe comme si, par une électrisation forte, on avait épuisé l'excitabilité des centres corticaux ou ganglionnaires, qui réagissent par la convulsion et l'agitation à I empoisonnement cocaïni((ue.

Ainsi la cocaïne est un poison psychirfnc, mais un poison |)syrlii(|ii(; convulsivant : l'extraordinaire agilalioii (|iii suit l'intoxication par la cocaïne a poin- j)oint de départ rencéphale, et, s'il y a, un peu plus tard, avec une dose un peu plus forte, des coiiviilsions, c'est que celle grande agitation s'est peu à peu transformée on convulsion.

Comme pour la vératrine, comme pom' les sels d'ammoniaque, la température suit une marche exactement parallèle à celle des contractions musculaires, et il importe peu que la cause de cette excitation convulsive parte de la moelle, de l'encéphale ou du bulbe.

Il est cependant possible qu'il y ait une légère hyperthermie sous l'inlluence de la cocaïne, alors qu'il n'y a encore nf convulsions ni agitation musculaire. Je ne voudrais donc pas être trop affirmatif en disant que les mouvements seuls font monter la température. Mais cette ascension thermométrique, si elle existe, est très faible, et on peut l'attribuer, en partie au moins, à un amoindrissement du rayonnement à l'extérieur.

L'atropine, la daturine, Thyoscyamine, la solanine ont des effets psychiques marqués ; mais comme ces poisons possèdent en outre une action tout à fait remarquable et spéciale sur les terminaisons des nerfs de la vie organique, il ne convient pas de les faire rentrer dans cette catégorie.

4° Type curare. — Il est admirablement défini, depuis les belles recherches de Claude Bernard. Ce qui le caractérise, c'est l'intoxication des éléments nerveux périphériques. Les animaux empoisonnés par le curare conservent à peu près l'intégrité du système nerveux encéphalo-rachidien. Ils n'ont pas, ou presque pas de convulsions, et, alors que les cellules de la moelle et du bulbe vivent encore, les cellules qui sont à l'extrémité des nerfs moteurs sont déjà paralysées. L'excitation du nerf moteur ne provoque plus d'effet, et cependant le muscle demeure excitable, et les centres nerveux sont intacts.

A plus forte dose, le curare agit sans doute sur tous les éléments nerveux ; mais, à dose modérée, il n'agit que sur les plaques motrices terminales. D'abord ce sont les muscles de la vie animale qui sont seuls atteints ; c'est plus tard seulement que sont empoisonnées les terminaisons du pneumogastrique dans le cœur, celles du grand sympathique dans les vaisseaux, celles des nerfs sécréteurs dans les glandes.

Mais ce qui montre bien qu'en somme, le chloral, le curare et la strychnine ne diffèrent que par le moment où les divers éléments sont successivement empoisonnés, c'est que, si l'on donne à trois animaux différents de très fortes doses, soit de chloral, soit de curare, soit de strychnine, la forme de l'intoxication sera à peu près la môme. L'excitabilité réflexe aura disparu; les nerfs moteurs n'agiront plus sur les muscles ; le grand

sympathique ne fera plus contracter l'iris, et le pneumogastrique n'arrêtera plus le cœur. En un mot, le curare paralyse d'abord les terminaisons motrices, puis la moelle; la strychnine paralyse d'abord la moelle, puis les terminaisons motrices.

Ce qui prouve bien encore cette identité d'action, c'est qu'il suffit de changer quelque peu la molécule chimique de la strychnine pour modifier ses propriétés. MM. Crum-Brown et Fraser ont très bien étudié ce fait en analysant l'action de la méthyl-strychnine, de la méthyl-brucine et de la méthyl-codéine. Ainsi une dose de is"",."] de sulfate de méthyl-strychnine ne produit pas la convulsion, mais seulement la paralysie des extrémités nerveuses motrices terminales, quand cette substance est administrée à un lapin de 1 kilogramme, alors qu'une dose de 3miUigrammes de strychnine suffit à déterminer les convulsions et la mort. De môme 1 gramme de méthyl-brucine ne détermine pas d'accident, alors qu'une do-se vingt fois plus faible de brucine provoque des convulsions tétaniques.

Donc, en ne modifiant que superficiellement, pour ainsi dire, la molécule chimique d'un i)oison, on a changé ses propriétés au point de lui enlever la puissance convulsivante, en lui laissant seulement son activité sur les cellules nerveuses terminales dans les muscles.

Je ne voudrais pas revenu- sur cette question si longtemps controversée, depuis les expériences anciennes de Martin Damourette et d(; Vulpian, jusqu'à celles de Couty. Il paraît maintenant bien établi, d'une part, que le curare, avant de paralyser les cellules terminales, excite la moelle ; d'autre part, que la strychnine agit à forte dose comme le curai'e.

Entre la strychnine et le curare tous les intermédiaires peuvent s'observer, et, au point de vue chimique, il est intéressant de voir que la molécub; CH^* ou C'^H^ augmente les propriétés curarisantes des alcaloïdes convulsifs.

3" Type atropine. — Le premier effet des alcaloïdes analogues ti l'atropine est de paralyser les terminaisons nerveuses des muscles d(; la vie organique, iris, cœur, estomac, intestins, et des diverses glandes, glandes salivaires, glandes sudoralcs. C'est là une action d(;s plus marquées, et (pii donne aux poisons des solanées un caractèn; tout à fait s()écial.

Si la dose est très faibb;, il y a augmentation de température, comme si, à faible dose, il y avait une stimulation (hi hulbe. A doses phjs foites, au contraire, l'abaissement est notable.

Cil. f'iIClIKT. 14

A doses tout à fait fortes, Fatropine, Thyoscyamine, la conicine produisent des convulsions et alors naturellement la température augmente.

Mais ces eflets ultimes des fortes doses pour les poisons analogues à Fatropine ont été mal étudiés. J'en dirai autant de la pilocarpine et de Fésérine qui vraisemblablement peuvent être groupées dans la même famille.

Telles sont les considérations que je voulais présenter sur Faction générale des poisons. Comme, au milieu de tant de faits isolés, il a été sans doute difficile de suivre la chaîne qui les relie Fun à l'autre, je voudrais donner un résumé et un ensemble qui feront mieux comprendre le détail.

1° Les poisons, se fixant sur un tissu de l'organisme, commencent par exciter ce tissu; puis, ils le paralysent: de là, dans chaque action toxique, deux phases ; une phase de stimulation et une phase de paralysie. A faible dose, il y a stimulation; à forte dose, il y a paralysie. Exemple : strychnine, absinthe, morphine, vératrine, etc.

2" L'élément sur lequel la plupart des poisons portent leur action, c'est la cellule nerveuse. Il n'y a que très peu de poisons qui portent primitivement leur action sur le sang (oxyde de carbone) ou sur le muscle , ou sur le tronc nerveux périphérique.

3° Les cellules nerveuses différentes de l'organisme sont empoisonnées par des doses diverses du même poison : il y a donc entre ces cellules, pour la sensibilité à tel ou tel poison, une sorte de hiérarchie physiologique.

On peut établir (au point de vue exclusivement physiologique) la classification suivante :

Cellules de l'écorce cérébrale.

— du bulbe.

— de la moelle.

— des terminaisons motrices de la vie animale.

— — — de la vie organique.

A° Nous classerons chaque poison d'après sa prédilection pour telle ou telle cellule nerveuse. Par conséquent, quand le premier effet toxique produit sera l'ivresse, nous aurons un poison psychique; quand le premier effet sera la convulsion, nous aurons un poison médullaire, etc.

Tsous avons donc la série de poisons suivants :

Poisons psychiques (de l'écorce cérébrale).

— bulbaires (du bulbe).

— médullaires ou convulsivants (de la moelle).

— curarisants (des terminaisons motrices animales).

— atropinisants (des terminaisons motrices organiques).

avec des effets successifs de stimulalion et de paralysie (ivresse,

puis sommeil pour les poisons psychiques; vomissements,

ralentissement du pouls, puis asphyxie pour les poisons bulbaires; convulsions, puis résolution complète pour les poisons

médullaires, etc.).

o° Les phénomènes psychiques, bulbaires, médullaires, curariformes, atropinilbrmes, s'observent avec tous les poisons, suivant la dose ; à la condition toutefois que la vie de l'individu puisse être entretenue par la respiration artificielle ou autrement.

Ainsi, pourne prendre qu'un seul phénomène bien caractérisé, c'est-à-dire la convulsion, tous les poisons, ou à peu près tous, peuvent produire des convulsions qui précèdent ou suivent les phénomènes psychiques et bulbaires.

6" Les cinq types principaux d'actions toxiques sont les suivants :

a. Le type strychnine, — où l'effet premier est la convulsion (brucine, ammoniaque, thébaïne, picrotoxine, pelletiérine, pro- ])ylamine, etc.)

p. Le type aconiline, — où l'effet premier est l'excitation bulbaire (vératrine, colchicine, digitaline).

Y. Le type morphine, — où l'ivresse psychique est le premier ^ffet (quinine, cinciionine, cocaïne); les anesthésiques, à certains égards, peuvent être rangés dans ce groupe, quoique les caractères de l'intoxication soient assez particuliers.

0. Le typcî curare, —où la paralysie des plaques motrices terminajt's de la vie animale est le symptôme premier.

e. Le type atropine (solanine, ésérine, pilocarpine, hyoscyiiminc coniciue),— où il y a, dès le début, paralysie des plaques motrices terminales de la vii; oigani(iue.

7» C'est par leur action sur b; bulbe que les poisons agissent d'abord sur la température. Kri efft't, il sembh' déuionlré que |,; bullx' dirig<; les actions chimiques de rorgam'smc qui ju-oduisent (b- la chaleur; elles sont stimulées, quand il est excité; elb,'s sont susp(;ndues, quand il est paralysé. Il y a d'aboj-d une

action stimulante, qui se traduit par une légère calorification ; puis l'action paralysante est suivie d'une hypothermie notable.

Plus tard, les poisons agissent sur la température en produisant des convulsions, qui, comme on sait, dégagent beaucoup de chaleur; et enfin, quand le bulbe et la moelle sont paralysés complètement, la température s'abaisse beaucoup et d'une manière définitive.

Telle est la synthèse que je voulais présenter. Certes, malgré la longueur de cette exposition, j'aurais dû, pour faire bien comprendre tous les faits, entrer dans des détails plus précis ; mais il me semble cependant qu'on peut maintenant saisir, dans leurs lignes générales, quelles sont les influences des agents toxiques sur la vie de l'individu et des tissus.

Un dernier point reste à traiter, qui se trouve à peu près négligé par. la plupart des auteurs classiques : c'est l'influence de la température propre de l'animal sur les intoxications.

Il faut établir à cet égard une division entre les animaux à sang chaud et les animaux à sang froid. Les animaux à sang chaud gardent à peu près toujours la môme température. Au contraire les animaux à sang froid subissent les oscillations thermiques du milieu ambiant. Aussi l'influence de la température sur ces intoxications est-elle surtout marquée chez lesanimaux à sang froid dont la température est variable.

Si l'on place dans de l'eau chloroformée des grenouilles, de manière à les anesthésier, et si l'eau est à des températures différentes, on verra des effets très différents selon la température de l'eau, c'est-à-dire de la grenouille. Quand le milieu est à 0°^ alors l'effet du chloroforme est presque nul. Au contraire à 32" environ l'effet anesthésique est presque immédiat.

Avec de l'eau alcoolisée, c'est-à-dire mélangée avec un dixième ou un sixième d'alcool, on voit encore le môme phénomène. A 0"* les effets toxiques sont nuls, et ils vont en augmentant à mesure qu'on élève la température de l'eau.

M. Saint-Hilaire a fait sur ce point dans mon laboratoire des expériences très décisives et je renvoie à son travail pour le détail de l'expérimentation.

Il est probable que c'est là un phénomène très général. En empoisonnant des tanches et des poissons par des injections de sels alcalins, j'ai constaté que la dose toxique était bien différente en été et en hiver, étant notablement plus élevée en hiver. A basse température les actions chimiques sont moins intenses,.

et, comme les actions toxiques no sont autres que des actions chimiques, il s'ensuit qu'à basse température les poisons sont moins actifs qu'à une température élevée. Cela peut se comparer à l'action d'un acide qui éthérifie l'alcool. Plus la température ost haute, jusqu'à une certaine limite, qui estlalimitede dissociation, plus la quantité d'éther formé est considérable.

En comparant les animaux à sang chaud et les animaux à sang froid, on arrive à un paradoxe physiologique assez singulier. En été, pour les oiseaux, la dose mortelle minimum est plus élevée qu'en hiver. Pourtant la température même de l'animal ne change pas ; mais, précisément pour que sa température ne change pas, il a besoin de produire plus de chaleur quand il fait froid au dehors que quand il fait chaud. De là, nécessité d'une énergie chimique et calorifique d'autant plus grande que la température extérieure est plus basse. S'il est empoisonné, si son système nerveux est plus ou moins paralysé dans son énergie, alors il ne peut plus faire autant de chaleur. En été cela n'a pas de grands inconvénients ; mais en hiver cela entraîne un refroidissement très rapide. De sorte que la dose qui diminue l'activité physiologique de l'animal, dose qui en été ne s'accompagne pas d'un refroidissement notable, est, en hiver, suivie d'un refroidissement qui devient mortel. Aussi les pigeons supportent-ils moins bien les sels alcalins en hiver qu'en été, alors que pour les poissons c'est absolument le contraire.

L'influence de la chaleur sur l'action toxique est évidemment une loi très générale. Elle s'applique aussi aux antiseptiques, |)uisque la fonction des antiseptiques est précisément d'agir comme toxiques sur les organismes microbiens. Une liqueur qui n'est pas antiseptique à 0°, est antiseptique à 43°. C'est ce qui résulte d'une communication sommaire de M. Arloing. C'est aussi ce que j'ai démontré directement, en faisant agir sur l'urine des solutions diluées de bichlorure de mercure.

Si l'on met de l'urine avec du bichlorure de mercure en quantité telle qu'il y ait 8 centigrammes de mercure par litre, à froid la liqueur finira par s'altérer, tandis qu'à 45' elle restera indéfiniment limpide, sans fermentation, et sans microorganismes.

Avec M.Langlois nous avons fait des expériences sur les intoxications variantavec la l<'m|)ératur(' chez les animaux à sangchaud. Si l'on donne à un chien de la cocaïne, on voit h's ellets de la cocaïne varier avec la température môme de l'animal. Si le chien a une tompérature de ;J9°, ce qui est la température normale, la quantité de cocaïne qui détermine ses convulsions est

par kilogramme d'animal de 0s%02 ; mais, si le chien s'est échauffé et si sa température atteint^^", la dose qui amène les convulsions est de O^Ol seulement. Inversement, quand sa température est très basse, la dose convulsive nécessaire est bien plus forte ; et si l'animal n'a que 32° ou 34° on n'obtient jamais de convulsions,, quelle que soit la dose de cocaïne.

Il y a donc une loi générale, à peine étudiée encore, qui peut ainsi se formuler : les actions toxiques, étant des actions chimiques, varient avec la température de l'animal. Elles sont d'autant plus actives que la température de l'animal est plus élevée (1),

(1) Il est évident que les médecins auront à tenir compte de cette loi. Sur un individu dont la température est de 40°, les efl'ets d'un poison médicament ne seront pas les mêmes que sur un individu sain dont la température est de 37°.

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