‹ La chaleur animaleChapitre 37 sur 99 · H,4 tl · texte numérisé non relu

H,4 tl

fi. . . . 13,1 11,4 10,8 11,3

En calculant l'excédent de ces ventilations sur la ventilation normale et en le rapportant aux nombres (V\ tours de roue elîeclués, on ven'a (jue i;i proportionnalité (;sl rigoureuse. En elTel, pour chaque lour (h; joue, on a comme excédent — en litres d'air — de la ventilation pendant l'fîffort sur la ventilation normale, les cliiiïres respectifs suivants, aussi satisfaisants qu'on peut Jespérei- en ime expérience de ce genre ;

Ainsi, que Ton fasse 2, ou 10, ou 30, ou 100 tours de roue, on fait circuler dans le poumon, % ou 10, ou 3, ou 100 fois environ 0>",600 d'air en plus (1).

Un individu couclié respire (par heure et par kilogramme) à raison de 8'", 4. Assis, sa ventilation est de 9''\2. Debout, de ll'^\4. Debout et tenant des poids, de ll'",8.

J'insiste sur ce phénomène, car il est bien remarquable de voir à quel point est précise la régulation des échanges respiratoires par le système nerveux. Il est évident que chaque tom* de roue est représenté par une même quantité d'acide carbonique pro-

(1) Nous avons fait encore l'expérience suivante : nous avons fait, de chaque bras, soulever un poids de 9 kilogrammes à une hauteur de fl™,30. Chaque soulèvement représente donc un travail, pour ces deux bras, de 9 kilogrammètres. Nous avons enregistré le nombre de soulèvements des poids et simultanément l'excédent de la ventilation pulmonaire (avec ce travail) sur la ventilation pulmonaire pendant le repos. Les 23 expériences dont nous rapportons ici les chiffres représentent un ensemble assez démonstratif de la fixité de la ventilation excédente en rapport avec un travail déterminé.

Excédent de ventilation Nombre Excédent absolu par rapport

do soulèvements de ventilation à un soulèvement de poids. (en litres). (en litres).

Total. . . 4888 5166,0

Moyenne des 4888 soulèvements : l''',03 par soulèvement.

Il est facile de voir la concordance remarquable de ces chiffres (surtout' si l'on élimine l'expérience 20, probablement défectueuse). Presque tous les chiffres oscillent entre 0''',90 et li't,32. Gela prouve que, pour 9 kilogrammètres, nous faisons régulièrement circuler dans nos poumons à peu près un litre de plus. '

(luit. Donc cet acide carbonique produit en excès va stimuler le hulbe à commander des mouvements inspiratoires, dans une mesure qui est exactement proportionnelle à sa quantité. Autrement dit, le bulbe est un appareil automatique qui fonctionne avec une admirable précision et qui débarrasse le sang de l'excès de gaz carbonique qu'il contient. Cette excrétion se fait par le poumon, et ce sont précisément les mouvements respiratoires qui déterminent le degré d'intensité de cette excrétion.

Mais ce n'est pas seulement de l'acide carbonique qui se produit en excès dans le travail, c'est aussi de la chaleur. Eh bien, le même mécanisme nous débarrasse de cet excès de chaleur et de gaz carbonique : c'est la ventilation pulmonaire.

La relation qui unit la ventilation avec la température s'étudie sur divers animaux ; mais c'est sur les chiens que l'observation est le plus facile. Si l'on expose un chien au soleil, on voit sa respiration devenir d'abord irrégulière. Il se fait des alternances de respirations rapides et de respirations lentes. Si l'animal respire précédemment 24 fois par minute, alors, au soleil, il continue d'abord à respirer 24 fois par minute ; mais ce rythme régulier est interrompu de moment en moment par un rythme plus fréquent, répondant à 100 ou loO par minute. Cependant la gueule reste fermée, et la langue n'est pas tirée au dehors.

Puis, tout d'un coup, le rythme change complètement. Le chien ouvre la gueule, tire la langue qui alors pend au dehors, et il accélère sa respiration au point qu'elle s'élève à 300, 350 ou même, ainsi que je l'ai constaté une fois, 410 fois par minute (1).

Ce rythme accéléré, étudié par quelques auteurs, M. Ackermann, M. Goldstein, M. Gad, M. Sililer, a été appelé par eux (h/fspni'c thermique. Mais il semble bien que celte expression de dyspnée thermique est mauvaise : car il n'y a là rien qui ressemble à de la dy apnée, puisque au contraire l'animal respire avec |)lus di' facilité qu'à l'état normal. Je propose donc d'cmployei-le terme (\{i polypnée, qui dit clairement respiration plus fréquente. Nous laisserons le mot d(^ dyspnée aux respirations (lilTicilcs, laborieuses, telles (|u'on en constate dans l'asthme et d;uis l'asphyxie.

(1) Cfttr; respiration exagérée (,'st si nécessaire à Tanimal, et elle est si impérieuse- Tiieiit foniman'Jée, (pie Ir-s chiens normaux tnis au soleil et polypnéiipies, ou polypiiéi<pies fionr tonte autre cause, sont devenus je ne dirai jias insensibles, mais inutlenli/'n a toutes les excitations cpaon leur fait sui)ir. Il semble (pi'oii ne puisse les distraire un seul instant et les soustraire à ce réflexe im|)érieux. Les |)lus rebelles sont devenus d'une docilité extrême. On croirait ipi'ils n'ont plus à faire autre chose t\n'ii respirer. Tout le reste leur imjtorte peu.

Nous allons donc étudier cette polypnée thermique. Et en effet on a une idée très inexacte de la raison pour laquelle les chiens rais au soleil respirent aussi vite. On croit que ranimai se refroidit parla perte de salive. On établit ainsi une sorte de comparaison tout à fait erronée entre la sueur et la salive. Les chiens, ne pouvant transpirer, perdent, dit-on, de Feau par la gueule, et c'est l'émission de salive qui remplace rémission de sueur.

A priori, on peut comprendre combien cette opinion est peu soutenable. Si l'émission de sueur refroidit, c'est que cette sueur s'évapore. C'est l'évaporation de l'eau de la sueur qui produit du froid. Au contraire, la salive, qui ne s'évapore que très partiellement et qui tombe goutte à goutte de la gueule ouverte du chien, ne produit pas de froid, puisqu'elle reste liquide, et que c'est le passage de l'état liquide à l'état gazeux qui fait le froid.

D'ailleurs, expérimentalement, j'ai pu démontrer que le rôle de la salive est sans importance. Un chien, étant trachéotomisé, a la gueule fortement muselée, ce qui l'empêche de tirer la langue et de saliver au dehors ; pourtant il ne s'échauffe pas au soleil, si on le laisse par la trachée ouverte respirer librement. Comme contre-épreuve, un chien dont la gueule est largement ouverte, et qui salive abondamment, est trachéotomisé : si l'on ralentit par un moyen quelconque sa respiration, étant mis au soleil, il s'échauffera très rapidement.

Ce n'est donc pas, comme on devait presque le prévoir a priori^ par l'écoulement de salive que se refroidissent les chiens mis au soleil. Certes on pouvait supposer que c'était par l'évaporation pulmonaire de l'eau du sang -, mais l'expérience directe méritait d'être faite.

Il s'ensuit qu'en mettant au soleil un chien qui respire très rapidement, on pourra constater par la balance une perte de poids considérable. Cette perte de poids est une perte d'eau, et la perte d'eau indique un refroidissement corrélatif.

En effet, si l'on met dans la balance un chien qui a de la polypnée, on le voit perdre de son poids dans des proportions presque invraisemblables. Dans un cas, il y a eu une perte, par heure et par kilogramme, de 11 grammes, pour un chien de petite taille que j'avais exposé à un soleil très vif. Or la vaporisation de ces 11 grammes d'eau représente précisément en calories — soit 6,000 calories environ — trois fois la quantité de chaleur qu'un chien produit normalement.

Donc, si un chien produit 3,000 calories, il peut, en respirant très rapidement, perdre 6,000 calories, ce qui lui permet de résis-

ter à des causes très actives d'échauffement extérieur. En somme, il peut produire deux fois plus de froid qu'il ne produit normalement de chaleur.

Dans d'autres expériences, qui m'ont donné des résultats identiques à ceux que je viens de mentionner, la cause de chaleur et de polypnée était diflerente. Il s'agissait de chiens échauffés par la tétanisation électrique. Chez eux, la respiration est aussi très accélérée et la perte d'eau est proportionnelle à cette activité respiratoire. Quant à la perte de poids, elle va en diminuant très vite, au fur et à mesure que le chien revient au rythme respiratoire normal. Alors le graphique qui traduit la perte de poids n'est plus une ligne droite, mais une parahole. Au bout d'une heure etdemie environ, la déshydratation, comme la respiration, est redevenue normale.

POLYPNÉE D'UN CIIIKN KCIIALKFÉ PAn MC Slijont A L'KTUVE.

Il filali mu%o.\{\ et sa lempératuro «Uail do 41°. Los doux piiouiiiogastriquos avaient é\6 coiipi'-s. On voit que la soclioii dos piicuiiirif;aslnr|iics n'ompôcho aiionnoinoiit la polypm'c,

(Au-/, le lapin, comme clifz le cliicn, rcxposition au soleil produit cette même accéli-ration respiratoire; mais chez l'homme il

n'en est pas ainsi. Si l'on se met dans une étuve très chaude, ou si l'on se place à un soleil ardent, en enregistrant sa respiration, on ne voit guère le rythme s'accélérer. La sueur perle en petites gouttelettes fines sur toute la surface du corps. Mais la respiration reste calme.

Il est vrai que, dans les fièvres, quand il y a notable élévation de la température des organes, on constate toujours, même quand les poumons sont sains, un rythme respiratoire accéléré ; mais c'est là un autre phénomène que nous examinerons tout à l'heure avec plus de détails.

Nous devons actuellement nous contenter d'établir qu'il y a "deux groupements d'êtres au point de vue de la production du froid et de la résistance à la chaleur extérieure : les êtres à peau nue qui se refroidissent par une sueur plus ou moins abondante ; et les êtres dont la peau, pourvue d'une épaisse fourrure, ne peut transpirer que d'une manière imparfaite, qui se refroidissent par l'évaporation pulmonaire, et par conséquent par une respiration pulmonaire plus ou moins active.

Pour les uns et les autres, le procédé de refroidissement est le même. C'est une évaporation d'eau. Celle-ci est réglée par le système nerveux, qui agit, dans un cas, en faisant sourdre abondamment la sueur à la surface du corps, et, dans l'autre cas, en faisant exécuter des respirations plus fréquentes et une ventilation plus active.

Ainsi, le système nerveux, de même qu'il commande des échanges chimiques plus intenses et par conséquent augmente la production de chaleur, de même, par d'admirables mécanismes, amène du froid et permet à tout animal de vivre dans des milieux plus élevés que ne l'est sa température normale.

L'animal règle sa température propre, d'abord par des vasomoteurs — qui rendent le rayonnement périphérique plus ou moins intense, — en second lieu, par la production de chaleur, — actions chimiques dirigées par le système nerveux, — en troisième lieu, par la production de froid — évaporation d'eau dirigée par le système nerveux.

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