DE LA CHALEUR DES JEUNES ANIMAUX
C'est une opinion générale que la chaleur fies jeunes animaux h sang chaud est un peu plus élevée que celle des adultes. Ce n’est pas, il est vrai, le résultat d’une observation directe, mais une conclusion tirée de plusieurs faits bien connus qui paraissent la justifier. En effet, la circulation chez, eux est plus rapide, la nutrition plus active, et les rapports qu’on observe entre ces phénomènes et la chaleur animale ont fait penser qu’elle était plus élevée chez les jeunes sujets.
Mais, comme cette opinion n’est pas fondée sur des observations directes, j’ai cru devoir m’en occuper d’abord en commençant mes recherches sur la chaleur animale.
Je me suis servi d’un thermomètre centigrade il petit réservoir, et j’ai déterminé la température en le plaçant sous l’aisselle de l’animal, et en appliquant le membre sur le bulbe, de manière à ce qu’il fût de toutes parts en contact avec l’animal.
J’ai pris ainsi la température de petits chiens nouveau-nés, qui étaient à la mamelle. Je l’ai trouvée à peu près égale à- celle de leur mère, ou inférieure d’un ou deux degrés; mais, comme cette différence n’est peut-être pas constante, et que les adultes en présentent de semblables entre eux, on peut la négliger, et conclure de cette observation que la température des jeunes animaux n’est pas supérieure à celle des adultes. Voilà ce qu’on observe lorsque l’animal nouveau-né est placé près de sa mère; mais, en changeant les conditions, on obtient des résultats bien différents.
Si, à une température de l’air de 10° à 20°, on éloigne un chien nouveau-né de sa mère, et qu’on le tienne isolé pendant une heure ou deux, on remarque que sa température baisse considérablement; et cet abaissement continue encore jusqu’à ce qu’il s’arrête à uu petit nombre de degies audessus de la température extérieure.
Ce phénomène a lieu dans l’espace de trois ou quatre heures, quoiqu’on ait soin de ne prendre ces jeunes animaux, pour les isoler, que lorsqu’ils sont dans toute leur vigueur, après avoir pris une nourriture suffisante, et que leur température ne diffère guère de celle de la mère.
Ce D’est ]ias le défaut de nourriture, dans un si court espace de temps, qui produit cet effet: quand même il en dépendrait, il n’en serait pas moins remarquable par la différence qui existe sous ce rapport entre les jeunes .animaux et les adultes. Mais l’abaissement commence aussitôt que ces petits animaux sont éloignés de leur mère, et nonseulement cinq minutes suffisent pour le rendre évident; mais il a lieu, dans le même intervalle, pendant tout le temps du refroidissement, seulement dans des proportions variables. On peut il’ ailleurs s’assurer par une expérience directe que le défaut de nourriture, dans ce court espace de temps, ne règle pas ce phénomène; car, en donnant de temps en temps du lait au jeune animal, pendant qu’il est isolé de sa mère, sa température n’en baisse pas moins.
Qe phénomène ne se borne pas aux petits chiens, il s’observe encore sur les chats et les lapins nouveau-nés. Quelle qu’en soit la cause, il est évident qu'ils présentent le phénomène principal qui caractérise les animaux à sang froid : celui d’éprouver des variations de température correspondantes à celles de l’atmosphère, et de n’en différer que d’un petit nombre de degrés.
On peut supposer que la production de la chaleur est la même chez ces jeunes animaux et chez les adultes; mais que, les conditions de refroidissement dépendantes de l’enveloppe n’étant pas les mêmes dans les deux âges, il en résulte une tempé-
rature différente. Il est évident qu’une différence dans les enveloppes naturelles doit en produire une dans les quantités de chaleur perdues dans un temps donné, et que, par conséquent, la température de ces jeunes mammifères peut s’en ressentir. Le lapin, par exemple, naît la peau presque nue, aussi se refroidit-il plus vite que les chiens et les chats nouveau -nés; mais ceux-ci naissent la peau bien garnie de poils, et la différence qu’ils présentent à cet égard avec les jeunes lapins est évidemment plus grande que celle qu’ils offrent sous ce rapport avec les adultes. C’est pourquoi cette condition n’influe que secondairement, et ne peut se faire sentir que par une moindre vitesse de refroidissement. Ils arrivent tous à peu près au même terme, malgré la différence de leurs téguments, en y mettant plus ou moins de temps.
On peut d’ailleurs prouver directement que la différence de l’enveloppe n’est pas la cause principale de leur refroidissement. H est facile, par le moyen d’une enveloppe artificielle, de compenser les avantages qu’ils retireraient d’une fourrure plus épaisse; on peut même par ce moyen mettre l’avantage du côté des jeunes animaux; mais ils ne se refroidissent pas moins au même terme, seulement leur refroidissement est plus lent.
Il faut donc admettre une autre cause de l’abaissement de leur température, qui ne peut consister que dans la production de moins de chaleur dans un temps donné.
Nous examinerons maintenant les changements qu’éprouve la température de ces animaux suivant les progrès de leur âge. Dans les premiers temps, on observe peu de différence; mais ensuite leur refroidissement devient beaucoup plus lent, quoiqu’il arrive au même degré; enfin, leur température baisse de moins en moins, jusqu’à ce qu’elle se soutienne à peu près égale à celle des adultes, au-dessus d’une température extérieure moyenne- C’est ordinairement au bout de quinze jours que ce changement a lieu.
Ce changement remarquable qui s’opère chez les jeunes mammifères, sous le rapport de leur température, les fait passer de l’état d’animaux à sang froid à celui d’animaux à sang chaud.
On aurait tort de conclure de ces expériences que tous les mammifères nouveau-nés présentent les mêmes phénomènes que ceux dont nous venons de parler. Si l’on prend la température de jeunes cochons d’Inde nés à une température de l’air égale à celle que nous venons d’indiquer (de 10° à 20°), on trouve qu’elle est à peu près égale à celle des adultes; et, si on les tient isolés dans les mêmes circonstances, leur température ne baisse pas. Beaucoup d’autres animaux de cette classe sont dans le même cas. Ainsi les jeunes mammifères se divisent en deux groupes, sous 1e, rapport de la chaleur animale. Les uns naissent, pour ainsi dire, animaux à sang froid, les autres animaux à sang chaud.
Le caractère extérieur qui me paraît en rapport
avec cette différence se tire de l’état des yeux: les uns naissent les yeux fermés, .les autres les veux ouverts. Mais cette différence relative il leur chaleur ne subsiste que peu de temps. Nous avons vu plus haut que la température des premiers s’élève successivement, et qu’au bout de quinze jours elle égale celle des adultes, ou n’en diffère que très peu. Remarquons que c’est vers cette époque que leurs yeux s’ouvrent. Ainsi l’état de ces organes fournit des signes auxquels on peut distinguer, et la différence qui existe entre les mammifères nouveau-nés, sous le rapport de leur chaleur, et les changements qui surviennent à cet égard chez un grand nombre d’entre eux.
L’état des yeux n’a certainement aucun rapport direct avec la production de chaleur; mais il peut coïncider avec une structure intérieure qui influe sur cette fonction. Il est évident que les mammifères dont les yeux sont fermés à leur naissance sont aussi moins avancés à bien des égards; mais ils se développent rapidement, et ne tardent pas à, se mettre au niveau des autres. A cette époque, xous les jeunes mammifères ont à peu près la môme température que les adultes.
J’ai étendu ces recherches aux oiseaux, afin dap précier l’influence de l’âge sur ce phénomène chez tous les animaux à sang chaud.
Ou sait que les oiseaux ont, en général, une chaleur plus élevée que les mammifères: on évalue cette différence il deux ou trois degrés de plus.
Désirant savoir si elle était la même dans les premiers temps de la vie, je me procurai de jeunes oiseaux qui pouvaient avoir huit jours. Ils étaient bien nourris et rassemblés dans leur nid. Je les en tirai successivement, et pris de suite leur température. Elle était de 35° à 36°, ce qui est sensiblement au-dessous de celle des adultes. Je Voulus m’assurer s’ils auraient la faculté de conserver leur température lorsqu’ils seraient isolés. Comme leur nid les abrite, et que leur réunion les échauffe mutuellement, je les séparai, en éloignant les corps qui pouvaient influer sur leur chaleur: celle de l’air était douce (17°-). Cependant ces jeunes moineaux se refroidirent rapidement. Dans l’espace d’une heure, ils furent réduits de 36° à, 10°. Us perdirent donc 17° dans im espace de temps aussi court, et, ce qui est digne d’attention, leur température n’était supérieure que de deux degrés à celle de l’air. Il n’est pas besoin d’ajouter qu’en continuant l’expérience ils ne dépassaient guère ce terme.
« Je fis une autre série d’expériences lorsque l’air était à 22°. Malgré cette chaleur élevée, des moineaux de même âge que les précédents se refroidirent promptement, et cet abaissement fut tel que leur température ne se soutint qu’à un degré audessus de celle de l’air.
On sait que ces oiseaux naissent sans plumes, et l’on pourrait attribuer 'à l’absence ou au peu de développement de celles-ci les phénomènes de refroidissement que nous venons d’exposer.
Les plumes doivent être considérées comme une enveloppe; elles font l’office de nos vêtements. L’enveloppe conserve, mais ne produit pas la chaleur. Le foyer en est dans l’intérieur de l’animal; c’est ht qu’elle se forme et se renouvelle. Les vêtements, naturels ou artificiels, en retardent l’émission, et contribuent ainsi à maintenir la température du corps; mais, si la production de chaleur est faible, la température ne laissera pas que d’être basse malgré la présence de l’enveloppe. Or, s’il est vrai que les oiseaux sont de tous les animaux à sang chaud ceux qui produisent le plus de chaleur, la nudité de leur corps ne devrait pas les empêcher de soutenir leur température, surtout lorsque l’air extérieur est chaud, puisque l’homme et quelques mammifères qui ont la peau nue ont cette faculté. Nous pouvons donc présumer que les jeunes oiseaux qui se refroidissent h Pair ne produisent pas autant de chaleur que les adultes. Ce raisonnement, quelque probable qu’il soit, ne suffit 'pas dans une question de cette nature. Le fait est trop important pour qu’on ne cherche pas à le vérifier par des recherches directes.
'Je dépouillai un moineau adulte de ses plumes, en les coupant de manière à le dénuder entièrement: j’exposai en même temps à Pair, qui était h 18°, de jeunes oiseaux de même espèce, que j avais tirés de leur nid, où ils avaient une chaleur convenable, et qui étaient en partie garantis par des plumes. Cet abri leur donnait l’avantage, et
les mettait dans une condition plus favorable pour les soustraire à l’action de l’air. Cependant ils se refroidirent, comme dans les expériences précédentes, au point de ne différer que d’un ou deux degrés de l’air extérieur, tandis que le moineau adulte, qui était tout à fait nu, conserva la température qu’il avait avant l’expérience, et ne paraissait nullement souffrir de sa nudité. Sans aucune enveloppe qui le garantit, il ne laissa pas de soutenir sa température à 20° au-dessus de celle de l’air, sans mouvements, sans efforts, sa source intérieure de chaleur étant assez abondante pour compenser ses pertes. Il faut donc, au contraire, qu’elle soit très faible chez les jeunes oiseaux, puisqu’ils subissent un refroidissement si considérable malgré le secours de leurs plumes et la température élevée de l’air.
Pour ne rien omettre qui puisse laisser des doutes sur la justesse de cette conclusion, il faut tenir compte de l’influence du volume sur le refroidissement. La petitesse des jeunes oiseaux peut certainement y influer. . : *
Tl est évident qu’un corps de petit volume se refroidit, toutes choses égales d’ailleurs, plus promptement qu’un autre de plus grandes dimensions: s’il est dans le cas de produire de la chaleur, et qu’il en développe en quantité suffisante, il réparera ses pertes, et conservera sa température, quel que soit son volume. C’est précisément le caractère distinctif des animaux à sang chaud adultes.
Leurs dimensions sont infiniment variées: cependant leur température est semblable. Les plus grandes disproportions de volume n’affectent pas le degré de leur chaleur. Un roitelet la conserve de même que l’aigle, lorsque la température extérieure n’est pas extrême. On ne peut donc attribuer à la petitesse de ce* jeunes oiseaux le > refroidissement qu’ils ont subi à une chaleur douce de l’air, mais au peu de chaleur qu’ils produisent. Je m’en suis d'ailleurs assuré en comparant entre eux de jeunes oiseaux qui different beaucoup de grandeur. lies éperviers déjà couverts d’un duvet épais et presque aussi gros que (les pigeons, dans un air à 17°, subirent un abaissement de 14° ou 15°. Ils ne diffèrent guère des jeunes moineaux et des hirondelles placés dans les mêmes circonstances que par un refroidissaient un peu moins rapide., Tout concourt donc à prouver que ces jeunes oiseaux produisent moins de chaleur que les adultes, et que de là dépend l’abaissement de leur température lorsqu’on les expose à l’air; tandis que leur volume et le défaut jl© plumes n’y influent que. secondairement. Cependant ils ont besoin pour vivre et se développer d’une chaleur à peu près égale à celle de leurs parents. Ils naissent pour la plupart au printemps. Nous avons vu que la température de cetie saison, quelque élevée qu’elle fût, ne leur suffirait pas: il en est de même des plus fortes chaleurs de l’été. Mais l’abri qu’ils trouvent dans leur nid et leur contact mutuel y supplée. Us reçoivent
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encore un surcroît de chaleur par les soins des parents, qui les couvrent de leur corps et les réchauffent tout le temps que le besoin de nourriture ne les appelle pas ailleurs. Tous les secours que nous venons d’indiquer comme suppléant au défaut de . chaleur intérieure, deviennent de moins en moins nécessaires avec l’accroissement de ces jeunes animaux. La chaleur s’élève progressivement, d’abord avec lenteur, ensuite avec assez de rapidité. Avant d’être revêtus de tout leur plumage, et lorsqu’ils ne sont pas encore ,en état de prendre seuls leur nourriture, ils commencent à développer assez de chaleur pour soutenir, au printemps et en été, un degré qui caractérise les animaux à sang chaud.
Ici commence uue nouvelle époque qui les élève dans l’échelle des êtres: dans l’àge qui la précède ils sont asservis à la température extérieure, et d’autant plus qu’ils sont plus rapprochés de l’époque de leur naissance.
Ce premier âge, où ils sont comparables aux animaux à sang froid, s’écoule rapidement; il ne dure guère (que trois semaines ou un mois. Dans ce court espace de temps tout l’être s’est développé, et, si les changements extérieurs sont visibles, il s’en est opéré d’intimes qui sont bien plus importants, puisque de ceux-ci dépendent la fojunation elle renouvellement de la chaleur,.
Ces phénomènes, que j'ai constatés par les expériences et les observations précédentes, ne sont pas
communs à tous les jeunes oiseaux. Tous lie naissent pas dans cet iétat où. ils se refroidissent si facilement. Il en est qui éclosent avec la faculté de conserver une température élevée, lorsqu’ils sont exposés à l’air dans une saison favorable. Ils naissent à l’époque qui caractérise le second âge des autres o1 seaux. Ils ont franchi le premier avant de naître, et viennent au monde dans un état plus avancé. Au sortir de l’œuf, ils sont dans la condition où les autres n’arrivent que plus tard. A peine éclos, ils peuvent manger et courir. C’est enfin vers l’époque où les autres oiseaux acquièrent cette faculté après leur naissance qu’ils développent la même chaleur.
Cependant ceux qui marchent en naissant n’ont pas leur plumage; ils ne sont revêtus que de du- \ et qui, ù la vérité, est épais, mais qui ne doit pas les garantir comme les plumes bien fournies qui les couvrent dans un âge plus avancé. Ils ne laissent pas néanmoins d’avoir une haute température: nouvelle preuve, s’il fallait de nouvelles confirmations, que la différence de chaleur que nous avons observée dans le premier âge ne tient pas essentiellement à ces enveloppes.
Nous avons vu que les mammifères qui naissent les yeux fermés et les oiseaux qui éclosent sans plumes, produisent si peu (1e chaleur qu’ils se comportent ù l’air comme des auimaux â sang froid. Nous avons suivi les changements qu’ils subissent ù cet égard avec les progrès de l’âge, et nous avons
fait connaître l’époque où ils acquièrent la faculté (le soutenir une température élevée, lorsqu’ils sont exposés sans abri à. l’action de l’air. Examinons maintenant les circonstances où ils jouissent de cette faculté. Ils naissent ordinairement en été, et lorsqu’ils sont en état de ne pas subir de refroidissement à l’air, ils y trouvent une douce (chaleur. Cette condition leur est favorable; mais, si elle venait à changer, trouveraient-ils assez de ressources en eux-mêmes pour résister au froid comme les adultes? Pour ne pas compliquer la question, nous supposerons le froid modéré et de peu de durée, et, s’il est possible, toutes les conditions égales, excepté l’Age: les jeunes animaux conserveront-ils leur température de même que les adultes? C’est ce qui aurait lieu s’ils produisaient autant de chaleur; car, les pertes étant les mêmes, ils auraient la même faculté de les réparer. On peut les mettre à l’épneuve en exposant les uns et les autres à un froid artificiel. Dans cette vue, je me procurai, au printemps, une température d’hiver, en plongeant des vases dans un mélange de sel et de glace. Ils étaient semblables en tout point: l’air s’y refroidissait et se maintenait àr-|-4°. Je choisis de jeunes oiseaux dont la température paraissait lixe. Dans une atmosphère artificiellement refroidie, comme je viens de l’exposer, je plaçai de jeunes pies et les y laissai un court espace de temps. Après 20 minutes l’une d’elles avait baissé à 14". J’examinai les autres à différents intervalles, dont
J° I,lus "I':“d "'“MÔJait pas uue heure ,hx mhm- ,es' el es sétaient refroidies de 14" et 10° ■ refroi ' Ksement considérable et rapide, et que ces
' ue Pourraient guère dépasser sans mou-
Gomparons maintenant à ces jeunes oiseaux un adulte de même espèce, et placé dans les mêmes circonstances : il ne s’est refroidi que de 3°, différence légère, qui n’est pas incompatible avec l’état de santé.
Quelles sont. les causes qui influent sur cette inégalité de refroidissement? Elles ne peuvent se rapporter qu’aux animaux, puisque les conditions extérieures sont les mêmes. La grandeur et le plumage diffèrent peu; car, ainsi que je l’ai dit, ces jeunes oiseaux ont passé le premier âge. Encore faut-il tenir compte de ces différences dans ces recherches. J’y ai pourvu. En prolongeant pour les adultes la durée du refroidissement, on peut ainsi compenser 1 avantage qu’ils tirent de leur enveloppe et de leur volume, et même aller au delà. Voici ce que j’ai observé: l’adulte, au bout d’une heure, ne s’était refroidi que de trois degrés: or, dans un moindre espace de temps, les jeunes oiseaux avaient subi un abaissement de température cinq fois plus grand: ce qui est hors de toutes proportions avec les différences de plumage et de volume. 11 y a plus, la température de l’adulte, après cette légère perte, ne baissa plus, quoique l’expérience fût continuée pendant deux heures. Ayant établi ce mode de com-
pensation pour la légère différence des enveloppes et des dimensions, nous ne pouvons guère attribuer 1 inégalité du refroidissement qu'à une différence dans la production de 'chaleur. Ce fait pou- ’vaifc être particulier à l’espèce, c’est pourquoi j’ai cherché à. le vérifier sur plusieurs autres. Le merle, le geai, le loriot et l’étourneau, à l’époque où leur température était devenue élevée et stationnaire, furent exposés au même froid artificiel et avec le meme résultat que dans le cas précédent. C’est une chose surprenante que les progrès rapides qu’ils font dans le développement de la chaleur. Quelques jours après, ils se refroidissaient beaucoup moins, lorsqu’on les exposait au même degré de froid. Cependant on ne reconnaît guère de différence à l’extérieur : nouvelle preuve que l’inégalité de refroidissement, à différentes époques de la jeunesse, dépend principalement de la différence dans la production de chaleur.
Cette influence de l’âge ne se borne pas aux oiseaux, je l’ai constatée sur des mammifères. De jeunes cochons d’Inde sont, à leur naissance, en état de marcher, de courir et de prendre la même nourriture que leur mère. Ils n’ont pas besoin d’être réchauffés par elle, et paraissent avoir une température également stable lorsque la saison n’est pas rigoureuse; mais ils n’ont pas la même faculté de la soutenir lorsqu’on les expose au froid. Je me suis assuré par les mêmes moyens que j’ai employés pour les oiseaux, que cette différence tenait égale-
ment à une plus faible production de chaleur.
hn prenant donc une vue générale de toutes ces expériences sur les animaux à sang chaud, nous arrivons h cette conclusion, que leur faculté de produire de la chaleur est à son minimum à l’époque de leur naissance, et qu’elle s’accroît successivement jusqu’à, l’âge adulte.