‹ La chaleur animaleChapitre 4 sur 23 · DE LA CHALEUR CHEZ LES A.DULTES · texte numérisé non relu

DE LA CHALEUR CHEZ LES A.DULTES

tandis que presque tous les animaux à sang chaud adultes conservent une température élevée dans toutes les saisons, un petit nombre d’entre eux subissent un refroidissement considérable en automne et en hiver, tombent dans l’engourdissement, et demeurent dans cet état jusqu’au retour du printemps. On les a appelés animaux « hibernants ». Les espèces qui, de l’aveu de tous les naturalistes, méritent cette dénomination sont, dans ce climat, les chauves-souris, le hérisson, le loir, le muscardin et la marmotte. Nous parlerons ailleurs des autres espèces, qui, suivant l’opinion de quelques savants, doivent être rangées dans la même catégorie.

Les animaux que je viens de nommer sont des

mammifères; ils ont tous les caractères d’organisation qui distinguent cette classe. Us appartiennent à des genres et à des familles différentes, et l’on ne voit rien de particulier dans leur structure qui en fasse un groupe à part. A les voir, dans la belle saison, rien ne ferait présumer qu’à une autre époque ils seraient si différents d’eux-mêmes et des autres animaux de leur classe; mais, quand on les observe plus tard, dans leur liibernisation, leur température est très basse, et souvent à peine supérieure à celle de l’atmosphère. Ils semblent alors avoir changé de nature; ils paraissent avoir subi une métamorphose qui, d’animaux à sang chaud, les a convertis en animaux à sang froid. Ils ont, en effet, plusieurs caractères: ils sont engourdis comme des reptiles; leurs mouvements respiratoires sont irréguliers, faibles et longtemps suspendus, et, ce qu’il y a de très remarquable, cet état persiste plusieurs mois, pendant lesquels ils peuvent se passer de toute nourriture. On ne saurait guère imaginer deux modes d’existence plus opposés.

Ces effets proviennent-ils d’une modification de structure qui change leur manière de vivre, comme quelques-uns l’ont pensé? Ou, conservant la même organisation dans le cours des saisons, présententils des phénomènes différents, parce que leur tempérament est asservi aux variations de l’atmosphère? ' il;

Si l’on réfléchit que c’est seulement lorsque la température baisse en automne qu’ils se retirent

<lans les cavités, où on les trouve ensuite froids et engourdis, on peut présumer que c’est l’action de cette cause qui produit cet effet; et, d’après tout ce que nous avons rapporté précédemment de l’influence de la température extérieure sur les jeunes animaux à sang chaud, nous n’aurons pas de peine ù le concevoir. Si l’on suppose qu’en été et au printemps les mammifères hibernants produisent beaucoup moins de chaleur que les autres animaux à sang chaud adultes, c’est une conséquence nécessaire que leur température doit baisser avec celle de la saison. Mais on peut l’attribuer à une toute autre cause, en faisant une supposition tout aussi probable. Lorsqu’on se borne au simple raisonnement, on peut croire que c’est le défaut de nourriture qui produit tous ces effets; que, ne pouvant pas s’en procurer dans la saison froide, le jeûne qu’ils subissent les met dans un état de langueur voisin de la mort, et que leur refroidissement, leur insensibilité, leur respiration interrompue et à peine perceptible en sont les conséquences.

L’observation et l'expérience pouvaient seules en décider. Ces animaux ont été l’objet de nombreux et (l’importants travaux. Ils ont été principalement étudiés dans la saison de leur hibernation. On a déterminé les phénomènes qu’ils présentent pendant leur engourdissement, les moyens 'de les rappeler à une vie active, et de les replonger dans la torpeur, et plusieurs autres faits que nous devons à Spallanzani, Hunter et à MM. Mangili, Prunelle

et (le Saissy, etc. Dans le nombre des phénomènes singuliers que présentent les mammifères hibernants, nous ne devons nous attacher ici qu’à ceux qui concernent leur chaleur, puisque c’est le sujet qui nous occupe. Ils offrent d’ailleurs d’autant plus d’intérêt qu’ils paraissent influer sur tous les autres.

Buffon avait cru que la température propre des mammifères hibernants était de 10° R., ce qui équivaut à 12°, 5 du thermomètre centigrade; mais les savants que je viens de citer ont 'constaté qu’elle était de 35 à 37° au printemps et en été. Ils ne diffèrent donc pas essentiellement, sous ce rapport, des autres mammifères adultes; mais si l’on veut savoir si, malgré cette parité de température, ils produisent Réellement moins de chaleur à cette époque, voyons comment ils se comportent sous l’influence d'un refroidissement naturel ou artiflciel de l’air.

M. de Saissy a observé plusieurs de ces animaux, pendant leur état de veille, à différentes époques depuis le mois d’août. Le G août, l’air était à 22° cent. ; une marmotte en avait 3'3°,5, à 'l’aisselle. Le 23 septembre, la température de l’air était de 18 '; l’animal avait subi un refroidissement de 5°, 25. Le 10 novembre, l’air était à 7°, et la marmotte n’avait plus que 27°, 25, c’est-à-dire 9°, 25 au-dessous «le su. température au mois d’août. Un lérot, à la même époque en été, et dans les mêmes circonstances extérieures, avait 3G°,5; le 23 septembre, il s’était refroidi (le 5°, 5; le 10 novembre de 15°, 5, de ma-

uière que sa température était descendue alors à 2l\

Un hérisson, observé comparativement avec les autres, s’était refroidi de 2° au mois de septembre et de 21°, 25 en novembre: sa température était alors de 13°, 75.

L’auteur de ces observations n’a pas rapporté si. pendant que ces animaux se refroidissaient, ils prenaient habituellement de la nourriture, circonstance qu’il nous importerait de connaître poui* juger de la cause de leur refroidissement; car la question que nous examinons ici est de savoir quels seraient les effets du froid sur la température des animaux hibernants, vivant de la même manière que les autres mammifères, lorsqu’ils sont sortis depuis longtemps de leur torpeur, lorsqu’une chaleur douce et Soutenue, l’habitude du mouvement et de la nourriture ont concouru pour développer toute leur activité.

M. de Saissy a réussi à engourdir une marmotte jau mois de mai et au mois de juin. Il l’avait enfermée, avec un peu de paille, dans une boîte de cuivre dont le couvercle était percé d’une ouverture du diamètre d’un centime. Après l’avoir laissée dans une glacière pendant vingt-quatre heures, il l’exposa à un froid de 10° au-dessous de zéro. Elle s’engourdit profondément onze heures après; sa température était descendue h 5° de 35° qu’elle était avant l’expérience.

Quoique cette marmotte fût plongée dans un sommeil léthargique, dans une saison où elle ne s’en-

^ourdit pas naturellement, et par un froid artificiel très rigoureux, sa santé ne parut pas plus altérée que si elle s’était trouvée dans les circonstances ordinaires de l’hibernation ; car exposée ensuite à la chaleur de l’atmosphère, elle sortit de sa torpeur, et reprit l’activité qu’elle avait auparavant.

Ce résultat est d’un grand intérêt dans l’histoire des animaux hibernants. Il fait voir qu’ils sont susceptibles d’éprouver un abaissement considérable de température, et de s’engourdir dans toutes les saisons par d’autres causes que par le défaut de nourriture. Une autre conséquence en découle, c’est qu’il ne faut pas attribuer à un changement dans leur organisation, à la fin de l’été et au commencement de l’automne, les phénomènes qu’ils présentent pendant l’hibernation. Ils sont en état de les offrir en tous temps; et, quand même on reconnaîtrait une modification de structure à l’époque ordinaire de leur assoupissement, elle ne saurait avoir qu’un effet secondaire.

Ce fait établi, il s’agit de comparer les mammifères hibernants à ceux qui ne le sont pas, sous le rapport de l’influence respective de la température extérieure sur celle de leur corps, au printemps et en été, lorsque les uns et les autres jouissent de toute la plénitude de la vie.

Rappelons-nous les circonstances principales de l’expérience précédente dans laquelle la température d’une marmotte a été réduite à 5°. Elle avait été

d’abord dans une glacière pendant vingt-quatre lien res, puis exposée pendant onze heures à un froid artificiel de 10° au-dessous de zéro. Or, ce froid cj»t assez rigoureux et assez prolongé pour qu’on se demande si les mammifères non hibernants ne se refroidiraient pas de même daus les conditions où elle a été placée, enfermée dans une boîte de cuivre dont le couvercle avait une très petite ouverture qui pouvait gêner la respiration. On verra d’ailleurs, par l’observation suivante de hauteur, (pie le froid n’était pas la seule cause influente. « La marmotte, dit M. de Saissy, que j'ai engourdie par deux fois différentes 11e l’a été, je crois, que parce que je me suis avisé, quand la respiration a été bien affaiblie, de boucher le trou du couvercle. Ce n’a été que de cette manière que je suis parvenu à l’engQurdir; car toutes les tentatives que j'avais faites avant ont été vaines. »

Il y avait donc ici deux causes réunies, le froid extérieur et la gêne de la respiration, dont on ne saurait démêler les effets respectifs.

2s' e voulant déterminer que l’influence de la première cause sur le refroidissement d’un animal hibernant, comparé à d’autres animaux ù sang chaud ] ilacés dans les mêmes circonstances, je fis 1 expérience suivante:

Au mois d’avril 1819, l’air étant à 1G°, une cbam esouris adulte, de l’espèce nommée « oreillard », avait une température de 34°. Elle était récemment . prise et eu bon état. Je la plaçai dans un vase de

terre que je refroidis 'en l’entourant de glace pilée et un peu de sel. L’air y était à 1°. Uin couvercle était placé de manière à établir une libre communication avec l’air extérieur. Après y avoir laissé la chauve-souris pendant une heure, sa température était réduite à. 14e. Elle s’était donc refroidie de 20° dans un si court espace de temps, sous la seule influence d’une température qui n’était pas au-dessous de zéro. Des cochons d’Inde, des oiseaux adultes, placés dans les mêmes circonstances, ne se sont refroidis que de deux ou trois degrés au plus, quoiqu’on ait continué l’influence du froid pour compenser les différences de volume.

Nous voyons par là que les chauves-souris produisent habituellement moins de chaleur que ces animaux à sang chaud, et que c’est principalement à cette cause qu’il faut attribuer l’abaissement de leur température pendant la saison froide. En comparant cette expérience sur la chauve-souris adulte avec celles que nous avons faites sur les jeunes animaux à sang chaud, on y aperçoit un rapport remarquable; ils ne produisent pas assez de chaleur pour soutenir une température élevée, lorsque l’air est à un degré voisin de zéro. Mais il y a cette différence, que c’est un état passager chez les jeunes animaux à sang chaud, et qu’il est permanent chez les chauves-souris.

Il est évident que les autres mammifères hibernants doivent participer plus ou moins de cette manière d’être. Les faits que j’ai exposés suffisent

pour nous. faire considérer ce groupe d’animaux sous le point de vue suivant: qu’au printemps et en été, dans leur état d’activité et de veille, lorsque leur température est assez élevée pour ne pas différer essentiellement de celle qui caractérise les animaux à sang chaud, ils n’ont pas la faculté de produire autant de chaleur; et, tout en admettant que d’autres causes peuvent influer sur leur refroidissement pendant leur hibernation, il faut cependant l’attribuer en grande partie il cette particularité de leur constitution.

Page 1