‹ La chambre ardenteChapitre 2 sur 23 · CE NOM, ROY DE. FRANCE · texte numérisé non relu

CE NOM, ROY DE. FRANCE

(Êtubc î^isioviqnc

sur la liberté be conscience penbant les

sept bernièrcs années bu rc^nc bc Srançois I"'

et les trois premières be celui be Çenri II

§ \. 5^ançots I'' — fjenri II

/^^ ^ ux lecteurs qui désireraient comparer y' I les traits de Henri II, qu'on a reproduits plus loin d'après la belle gravure de Thomas de Leu, à ceux, bien plus familiers de François I^"", je recommanderai volontiers une effigie de ce dernier, relativement peu connue. Elle se trouve dans les Vrats pourtraits des hommes illustres, par Th. de Bèze ^'^. Ce n'est qu'une fruste gravure sur bois, mais, aussi bien que la courte notice qui l'accompagne, elle laisse une impression de sincérité.

(i) Genève, par Jean de Laon, i38i, p. i32.

Elle a, de plus, le mérite de nous représenter le roi sur la fin de sa carrière.

Le vêtement, beaucoup moins fastueux que dans la peinture bien connue du Titien ^■'\ laisse apercevoir une encolure moins fine, moins nerveuse; on sent que la barbe, toujours très fournie et soignée, grisonne; la lèvre inférieure est lourde, les traits du visage épaissis, la chevelure plus rare, et le regard, qui fit jadis tant de victimes, encore intelligent, mais éteint. C'est bien une figure royale, imposante; mais les passions, qui ne lui ont guère laissé de repos, semblent s'être apaisées^ et il s'en dégage une certaine lassitude mêlée de tristesse.

Sous sa couronne de lauriers et son armure richement ciselée, Henri II ne paraît ni plus vivant, ni plus gai. Et ce n'est pas la gravité conventionnelle qui lui donne cette apparence de froideur et de dureté. Tous les contemporains nous le montrent plutôt morose que joyeux, plutôt borné qu'expansif, réservé jusqu'à la sournoiserie <^^\

(i) Au Louvre.

(2) Voici, toutefois, une note d'un ambassadeur vénitien qui semble contredire cette impression, mais qui, en réalité, la confirme: «Sa Majesté est dans sa 29*^ année, et bien

Il y a de rintelligence, de rhumanité, de la bonté même dans l'image du père; il y a une certaine hauteur dans le port et les traits réguliers du fils, et c'est tout.

Et ce contraste est bien rendu dans ces paroles par lesquelles Th. de Bèze termine son appréciation si équitable de François P*": « Encores que ce prince ait eu de grandes imperfections, elles pourront estre presque estimées vertus, si on les compare aux meschancetez survenues après sa mort. »

Gardons-nous, toutefois, de former notre jugement d'après des impressions et des portraits aussi peu sûrs que ceux du XVP siècle. N'oublions pas que c'est surtout à la royauté

qu'ici même je l'aie représentée à Vos Excellences comme un prince à la mine pâle, livide et si mélancolique que beaucoup de ceux qui le fréquentaient disaient ne l'avoir jamais vu rire de bon cœur, aujourd'hui je dois vous assurer qu'il est devenu gai, qu'il a une mine rosée et qu'il est en parfait état...» (A. Baschet, Les princes de l'Europe au XVI° siècle, p. 432). — Lorsqu'en effet on rapproche cette rectification des diverses descriptions que ces maîtres peintres vénitiens nous ont laissées de Henri II, on sent qu'à leurs yeux ce dernier passait pour une nullité intellectuelle. C'est pour cette raison qu'on insiste toujours sur ses avantages physiques, et encore ne le fait-on pas sans restrictions : « Il a les yeux plutôt gros qu'autrement, mais il les tient baissés ; sa physionomie, d'un côté de la mâchoire à l'autre et du front, manque de largeur. » {Ibid., p. 433.)

héréditaire qu'on doit appliquer le dicton sacré: «Ce qu'un homme aura semé, il le moissonnera aussi. » Et puisque, en histoire, rien ne vaut les faits, voyons, dans l'ordre de la liberté de l'esprit et de la conscience, quelles semences les derniers actes de François l^" purent déposer dans le cœur de son successeur. — On s'en fera une idée très exacte, en analysant rapidement à ce point de vue, par exemple, les sept dernières années du souverain qui eut le mérite — c'est encore Th. de Bèze qui parle —, de « chasser l'ignorance, laquelle empeschoit la vérité de venir en avant.»

îcs bermèrcs années 6e François r

§ 2, Ces parlements et Tébit be Fontainebleau {l5^0-\5^2)

>^^ 'année 1540 par laquelle débute cette yf revue , marque précisément l'inflexion définitive de la route qu'en matière religieuse François P'" suivra jusqu'à la fin de

son règne. L'hérésie luthérienne; déjà fortement teintée de calvinisme ^'\ ne semblait avoir été abattue par les terribles conséquences de Tafifaire des placards (18 octobre 1534) que pour se relever avec plus d'énergie et de persévérance, grâce en partie aux édits des 16 juillet 1535 et 31 mai 1536 ^^\ Et comme c'est à Paris, et dans le ressort de son Parlement, que les coups meurtriers lui avaient été portés avec le plus de violence, c'est aux extrémités du royaume, en Provence, à Rouen, à Toulouse, qu'elle commençait à se redresser avec le plus de vigueur sous la torche du bourreau.

On verra tout à l'heure comment elle fut traitée en Provence.

En Normandie, stimulé par des lettres royales qui ordonnaient une « pugnition si roide et si rigoureuse que tous autres y prennent exemple» (24 décembre 1538) ^5^; excité

(i) On sait que la première édition (latine) de V Institution chrétienne de Calvin parut à Bâle en i536.

(2) Védit de Coucy (16 juil. i535; voy.Isambert, Ane. lois franc. XII, 405 et France prot. X,7)et les Lettres d^abolition du 3i mai i536 (Bull, de Vhist. du prot., t. XXXI V [i885], p. 166) accordaient l'amnistie aux hérétiques qui abjuraient.

(3) Voy. Floquet, Hist. du parlement de Normandie, II, 2 36.

par le clergé et surtout par l'inquisiteur, frère Laurentin qui se plaignait de l'indulgence des cours d'Église ^'\ le Parlement en était arrivé à ne plus admettre qu'en matière d'hérésie il pût y avoir partage des voix (^\ A la place des juges, cette dernière ne trouvait donc plus que des bourreaux.

Celui de Toulouse, effrayé d'avoir dû faire brûler (lo sept. 1538) jusqu'à l'inquisiteur, frère Louis de Rochète et son vicaire, avait sollicité et obtenu un édit (16 déc. 1538) ^^^ qui augmenta fortement le nombre des victimes. Après une nouvelle ordonnance, du 24 juin 1539 '^^\ François P"" lui envoyait du renfort en permettant, le 10 avril 1540, à Joseph Corrigi, de l'ordre des frères prêcheurs, d'exercer l'office d'inquisiteur ^'^\ devenu sans

(i) En 1539, Histoire du parlement de Normandie, p. 242.

(2) Même date, Ibid., p. 244 et suiv.

(3) Voy. Bull. XXXVIII (1889), p. 70.

(4) Enregistrée à Toulouse le 12 août (Arch. du parlement, Édits, reg. 4, fol. 139, et Bull. 1889, p. 238).

(5) Lettres patentes enregistrées à Toulouse le 21 août {Arch. du parlement, Edits, reg. 4, fol. 168). Le 21 avril 1540 ce parlement avait réitéré l'interdiction de lire et interpréter publiquement les épîtres de saint Paul et autres livres de la Sainte Ecriture [Bull, l, 354), et il multiplia en cette année les supplices (Quo tempore [040] plurimos processus coram iribunali inquisitoris Icgo in annalibiis Tolosœ manuscriptis,

doute trop lourd pour le franciscain Vidal de Becanis, qui avait succédé à l'apostat de Rochète.

Le 31 mai, à Fontainebleau, et bien qu'il eût été informé jadis, par un procès célèbre ^'\ que ses sujets provençaux qu'on appelait Vaudois, avaient été atrocement calomniés et persécutés, le roi ordonne contre eux de nouvelles poursuites. A qui? Au parlement d'Aix, lequel, deux mois auparavant avait lancé des mandats d'amener contre 154 de ces malheureux.

Le lendemain, i^"^ juin, c'est encore le tour des « luthériens ».. Ce n'est pas^ comme on l'a vu d'ailleurs, qu'on les eût oubliés. Trois d'entre eux avaient été brûlés à Lyon, en janvier, un quatrième, Jérôme Vendocin, à Agen, en février ^^\ etc. Mais sa Majesté trouvait que « aucuns prélats et pasteurs de l'Eglise n'estoient pas assez songneux de

qiios transcribere mihi visiim est inutile. — Percin, Monumenta Conventus Tolosani, ordinis fr. prced... Inqiiisitio, p. 104, col. 2, cf. Bull, l, 36o).

(i) Celui de l'inquisiteur Jean de Roma en i533; voy. Herminjard, Correspondance des Réformateurs, t. VII, p. 465 et s.

(2) Voy. Herminj., op. cit. VI, 475, et Crespin. Hist, des martyrs, TomXqusq, \^D, I, 341.

pourvoir à si grans affaires concernans l'honneur de DieU; et tranquillité de Testât de la République. » ^'^ Préoccupée, en conséquence, de c( subvenir et ayder les diocésains, vicaires et inquisiteurs de la foy », elle enjoint très expressément « à tous les baillis sénéchaux et

autres juges incontinent, foutes choses ces-

sans,... de soy informer et enquérir des sectateurs et séminateurs des dites hérésies, non seulement contre les laiz, mais aussi contre les clercs non ayans ordres sacrés ... et. . . envoyer, incontinent et sans délai, leurs procès et prisonniers aux cours souveraines, pour, par icelles, être jugés promptement et à toute diligence, en la chambre criminelle d'icelles... Chacun doit les révéler à justice, et de tout son pouvoir aider à les extirper, comme un chacun doit courir à éteindre le feu public... » (^\ Cet édit qui menaçait de peines diverses les juges trop indulgents, remédiait donc aux lenteurs des procédures épiscopales en mettant les hérétiques à la merci tout à la fois des juges séculiers et ecclésiastiques. Il res-

(i) Paradin, Histoire de nostre temps, Lyon i558, p. Sgi. C'est bien ce qui ressort d'une lecture attentive de l'édit de Fontainebleau.

(2) Voy. le texte complet dans la France prot. X, p. 8.

tera en vigueur jusqu'en 1549; le Parlement de Paris l'enregistre avec empressement, le 7 juin, et le fait publier dans la ville, le 12. Le 23 du même mois, des lettres patentes confirment, en les mettant en harmonie avec cet édit, les pouvoirs d'un personnage qui dans tous ces événements, a joué un rôle fort important, savoir frère Mathieu Ory, inquisiteur de la foi ('). On ne se serait guère douté qu'ecclésiastiques et Parlements pour lesquels il n'y avait pas de pires criminels que les mal sentans de la foy, eussent besoin d'être excités ou encouragés à les pourchasser. C'est pourtant là le

(i) Mathieu Ory, de l'ordre des frères prêcheurs, licencié en théologie le 6 février i528, maître le i8 juin suivant (Bibl. nai. fonds latin SôSy A), devint prieur de son ordre à Paris et fut, en cette qualité, nommé, par son provincial, successeur de l'inquisiteur Valentin Lyèvin, décédé. Cette nomination avait été approuvée par François I<"' à Lyon, le 3o mai i53ô :^Arch. nat. K 87, n» 5). Les lettres du 23 juillet 1540 lui ordonnaient de communiquer ses procès, non seulement aux ordinaires diocésains, c'est-à-dire aux évéques, mais encore aux juges séculiers, que l'édir de Fontainebleau commettait aussi à la poursuite des hérétiques. (Bibl. nat. Msc. de Brienne, 2o5, fol. 109). On a de M. Ory un traité de controverse intitulé Alexipharmacon, Paris, Jean André, 1544. Ce personnage disposait d'une véritable administration officielle, puisque le 20 juin i537 François I*"" avait nommé Engelbert Clausse, conseiller au Ghatelet de Paris, son procureur général près de l'inquisition. (Arch. nat. K 87, n^ 6).

but de deux nouvelles lettres royales de Tannée 1540.

La première, adressée le 31 août, quelques jours après la mort peu catholique du savant Guillaume de Budé ^^\ au nouvel archevêque d'Aix, Antoine Imbert, lui recommande de presser les poursuites et de lui rendre compte de ce qui aura été fait contre les Vaudois. Le prélat, piqué au vif, répond par un volumineux procès-verbal, dressé à sa requête par le lieutenant du sénéchal de Provence. Une longue liste de faits précis y prouve que, depuis dix ans, on n'a rien négligé pour extirper l'hérésie de ces paysans, d'ailleurs honnêtes et paisibles ^^^

L'autre lettre est dirigée contre ces mêmes

(i) Dont un contemporain disait: «Que pleust à Dieu qu'il n'eust esté à la fin de ses jours tant mespriseur d'hommes. II n'eust ordonné son corps mort estre mis en terre avec si peu de pompe at à la lueur seulement d'une lanterne, vu que l'exemple de gens reputez sçavants et entenduz comme luy, sert beaucoup à l'édification ou destruction de religion et choses sainctes.» (S. Fontaine, Histoire catholique de nosire temps ^ Anvers i558, f. 224.) G. de Budé mourut le 23 août 1540. On sait que sa veuve et ses fils gagnèrent Genève, afin de pouvoir professer ouvertement le protestantisme.

(2) Voy. Bull, du Cpmité des trav. hist. et scientif. Section d'hist. et de philol., 1884, p. 23 à 41. Communication de M. J. H. Albanès. La pièce, fort importante, est du 10 mars ib^i.

criminels. Le i8 novembre, le parlement d'Aix avait condamné par contumace 19 habitants de Mérindol. Le 14 décembre, c'est-à-dire le jour même où, ému de pitié par leur infortune, Guillaume Farel plaidait leur cause au Conseil de Berne et préparait une démarche en leur faveur, le roi donnait l'ordre d'exécuter cette cruelle sentence "^'^

Soyons juste, toutefois: on sait aujourd'hui que, dans toute cette affaire, le roi fut circonvenu, avec une infernale persistance, par des gens qui recherchaient, non la conversion, mais les biens de ces laborieux cultivateurs. On dirait qu'à plusieurs reprises il eut comme un pressentiment de l'iniquité qu'on le suppliait de commettre.

Lorsque, le 8 février 1541, il commande de surseoir à l'ordre du 14 décembre précédent, et accorde aux prévenus trois mois pour abjurer, il n'avait encore reçu, ni leur belle confession de foi (6 avril), ni leur émouvante requête, ni celle des protestants d'Allemagne (23 mai), ni celle des cantons protestants de la Suisse et de la ville de Mulhouse

(i) Sauf indication contraire, voy. pour ce qui concerne les Vaudois, E. Arnaud, Hist. des prot. de Provence, I, p. 19 ss.

(25 juin), résultats des infatigables démarches de Farel.

Il repousse, d'ailleurs, ces divers intercesseurs (31 juillet), car, autocrate comme tous les princes enclins à l'orgueil et sensibles à la flatterie, François P^ n'entendait pas se laisser influencer par des étrangers. Il ne restait donc aux Vaudois que la ressource d'abjurer ^'), et à leurs ennemis celle de retarder quelque peu leurs projets d'extermination. L'attention du souverain fut d'ailleurs portée sur les progrès inquiétants que l'hérésie faisait dans la capitale même, ainsi que dans les principales villes du royaume (^\

(i) Quelques-uns d'entre eux y consentirent, en effet, en août 1541, mais, en février et avril 1642, notamment ceux de Mérindol résistèrent énergiquement à toutes les tentatives de conversion. (Voy. Arnaud, op. cit.)

(2) Ainsi, cette année, le supplice de Pierre Moreau et Nicolas Charbonnier (4 juin 1^41) marque l'apparition de la Réforme à Autun, l'une des cités épiscopales les moins exposées à l'introduction des idées nouvelles. (Voy. Hipp, Abord, Hist. de la Réforme et de la Ligue dans la ville d' Autun, I, 20 et III, 17. 18.)

§ 5. €a Sorbonne et le clergé régulier

//^ 'apparition, en 1541, de la première trayf duction en notre langue, de ce qu'on peut appeler le manifeste complet et définitif de la Réforme française, X Institution chrétienne de Calvin^ semblait, en effet, avoir déterminé un véritable soulèvement des esprits et des consciences contre l'enseignement de l'Eglise catholique, apostolique et romaine. — Et, fait digne de remarque, mais encore imparfaitement connu, c'est dans les rangs du clergé régulier que se montraient les symptômes les plus alarmants de ce mouvement.

A Paris, on écoutait avec avidité les affirmations hétérodoxes d'un curé de la cité, François Landry, et de plusieurs moines, dont un cordelier, un dominicain, un cistercien. A Rouen, où il y avait probablement déjà une Eglise protestante secrète ^'\ il n'était bruit que des prédications de deux augustins, Har-

(i) Voy. Relation des troubles excités par les Calvinistes, qui parle de cette Église comme existant dès ibâp {Revue rétrospective normande, iSSy, app. p. 6).

dier et Morelet; à Blois, d'un dominicain, Jean Thierry; à Lyon et à Bourges, d'un ou de plusieurs carmes et jacobins ^'\ Le peuple, habitué à recevoir les directions rehgieuses de ces prédicateurs de l'Avent et du Carême, se portait en masse à leurs sermons.

Les suppôts de l'orthodoxie cléricale répondaient publiquement à ces critiques publiques, et parfois peu parlementaires, du culte de la Vierge, des saints^ des dogmes de la confession auriculaire, du purgatoire, etc. De là, des discussions qui passionnaient la foule, et dont les adhérents secrets de la Réforme profitaient avec empressement pour faire des prosélytes, d'autant plus ardents que l'opposition était plus implacable.

On comprend que les partisans de la foi traditionnelle se soient effrayés et concertés pour opposer à cette poussée tout un ensemble de mesures inquisitoriales et draconiennes. A Paris, ils y préludent, par une de

(i) Voy. pour plus de détails nos deux études sur La Sorbonne, le Parlement de Paris et les livres hérétiques, de 1542 à 1 546, et sur Maître François Landry, curé de Sainte-Croix-en-la-Cité sous François /«='' et Henri II (1340-1557). Bull, de l'hist. du prot. français, XXXIV (i885), 19, et XXXVII (1888), p. 241.

ces manifestations imposantes et non équivoques, qu'ils savaient organiser de temps en temps, pour retenir et fanatiser les masses. Un des leurs, qui, depuis la naissance de l'hérésie l'avait combattue sans relâche, le franciscain Pierre de Cornibus, venait de mourir, le 22 mai 1542. Ses funérailles^ présidées par son digne émule, François Lepicard, et auxquelles le peuple accourut « de toutes parts, en tel nombre qu'il seroit impossible de l'exprimer», furent comme le signal d'un redoublement de persécution cruelle et méthodique ^'^. François P'" connaissait de longue date, et pour l'avoir expérimenté, notamment lors de la fondation du Collège de France qui reste

(i) s. Fontaine, Histoire catholique de nostre temps, Anvers i558, p. 228. Frère Pierre Cornu ou de Cornibus était devenu licencié en théologie (6®) le i5 février 1624 et maître le 6 juin suivant (Bibl. nat., fonds latin, bjby A.). Farel raconte qu'au supplice de Jacques Pauvan (i526) il s'était écrié a qu'il voudrait avoir coûté à l'Eglise un million d'or et qu'on n'eût jamais laissé parler le martyr devant le peuple. » (Herminjard, Corr. des Réform., 1,294.) — François Picard ou Lepicart, du collège de Navarre, licencié le 3 février i535, maître le 25 du même mois, était doyen de Saint- Germain-l'Auxerrois et passait pour un des plus puissants champions du catholicisme. On peut affirmerqu'il fut, à cette époque, le principal meneur de la réaction parisienne. Lorsqu'il mourut le 17 septembre 1 556, plus de 20,000 bourgeois suivirent ses obsèques. (Voy. sa Vie par Hilarion de Coste, i658.)

son meilleur titre d'honneur, Tesprit d'envie, doublé d'une ignorance parfois prodigieuse, qui animait les instigateurs de cette formidable réaction, — j'ai nommé les docteurs de la Sorbonne. — Mais il était depuis trop longtemps déjà entré lui-même dans les voies de cette fatale réaction, et on eût dit qu'il mettait une sorte d'obstination aveugle à ne rien lui refuser.

Le 2 mai, à propos d'une procession, il avait expressément recommandé au Parlement de Paris de faire faire « la punition des malsentans de la foy obstinez » ^'\ Le 28 juin, une commission est adressée en son nom à trois présidents et conseillers du parlement de Guyenne pour faire le procès à certains suspects de Bordeaux <^^\

Le i'^'" juillet, la haute Cour de la capitale promulgue une ordonnance d'une rigueur extrême, pour arrêter la propagande qui se faisait, malgré plusieurs interdictions antérieures, par l'imprimerie et la hbrairie ('). Le

(i) Bibl, nat., ms. de Brienne, 2o5, fol. 91.

(2) Arch. de la Gironde B, 3i, fol. 171.

(3) Voy. le texte de cette ordonnance, Bull. XXXIII (1884^ p. i5. Le libraire François Estienne, qui avait refusé de s'y conformer, y fut obligé par un arrêt spécial du 3o octobre 1342 (Chevillier, L'origine de l'imprimerie, p. 358).

8 juillet, l'inquisiteur Mathieu Ory et, après lui, l'official de Paris, publient un monitoire excitant les fidèles à la délation, tant des personnes que des faits ou écrits de toute nature, qui peuvent aider à découvrir et poursuivre l'hérésie. Cette prime décernée à l'espionnage, à la lâcheté et à la convoitise, est proclamée du haut des chaires de toutes les paroisses, les dimanches i6 et 23 juillet ^'\

« Seigneur, pardonne à ceux-ci, car ils ne savent ce qu'ils font», s'écriait, un mois plus tard (26 août), le noyonnais maître Aymon de La Voye, lorsqu'après avoir refusé de fuir et empêché ses auditeurs de Sainte-Foy de le délivrer, et après une dure détention de neuf mois, il était atrocement torturé, puis brûlé sur la place de l'échafaud neuf à Bordeaux ^^\

Et pourtant, quatre jours après ce touchant martyre, le 30 août, le roi croyait devoir adresser de Lyon, à tous ses « amés et féaulx » de nouvelles lettres patentes, leur enjoignant.

(i) Les Lois, Ordonnances et Edict-{ des très chrestiens Roys de France et de la Cour de Parlement, Paris, i555, fol. 244.

(2) Crespin, op. cit. I, 348, cf. Gaullieur, Hist. de la Réf. à Bordeaux, I, 60, et Bull. XXIV (i8;5), 648, où l'on voit que cette exécution fut précédée ou suivie de plusieurs autres.

ainsi qu'aux évêques, et à ces derniers sous peine de saisissement de leur temporel, « d'autant que telles exécutions se doivent poursuivre et continuer vivement, sans perdre heure ni temps jusqu'à ce que le fonds et la racine de cette peste soient exterminez et abolis.... de procéder rigoureusement et sans déport » '^'\

Pendant qu'à La Rochelle, ce même roi pardonnait généreusement aux habitants qui s'étaient soulevés contre l'impôt du sel, dont ils avaient jusque-là été exemptés (déc. 1542 — janvier 1543), la Sorbonne trouvait le moyen, non de supprimer la Réforme, mais de l'étouffer, du moins au sein de ce clergé régulier, d'où sortaient les plus dangereux de ses missionnaires.

Une confession de foi ultramontaine, en 26 articles ^^\ qu'elle avait péniblement élaborée et qu'elle fit signer la veille et le lendemain de la naissance de l'infortuné François II (18, 20 janvier 1543), à tous ses membres (')

(i) Les Lois, Ordonnances, etc., fol. 235. Ces lettres furent enregistrées au Parlement de Paris le 7 sept. 1542.

(2) Arch. nat. Xi« 86i3, fol. 462 s., plusieurs fois imprimé, notamment dans Isambert, Recueil des anc. lois franc. XII, 820. — On sait que Calvin réfuta et ridiculisa ces fameux articles.

(3) Arch. nat. MM, 248.

présents à Paris, mit la plupart d'entre eux clans la nécessité de choisir entre elle et le bûcher.

Ce coup de génie détermine une retraite en masse et en bon ordre dans les rangs de cette grosse armée habituée, non à la liberté, mais, surtout depuis l'apparition du plus ambitieux de ses chefs, — Ignace de Loyola — à l'obéissance passive. Quelques-uns essaient bien de résister, mais des procès vivement menés, et l'emploi répété d'une arme fort efficace à cette époque, l'intimidation, ont peu à peu raison de presque tous ceux d'entre eux qui n'ont pas réussi à gagner la frontière.

On obtient ainsi, à Paris, une rétractation publique et lamentable (29 avril et 22 juillet 1543), des deux hommes qui y paraissaient à la tête du mouvement, François Landry <^') et Claude d'Espence.

Pourtant on craignait toujours que le roi ne revînt sur ses pas, tant il est vrai qu'un coup d'état n'inspire jamais une entière confiance à ses auteurs. Partout on racontait que si Landry avait osé parler franchement

(i) Voy. la Confession faicte par maistre Françoys Landry touchant iceulx articles... Bull. XXXVII, 263.

à sa Majesté, celle-ci l'aurait écouté, et on remarquait qu'elle avait fait suivre, le 17 mai, d'un nouvel ordre de surséance, des lettres qui avaient recommandé itérativement en mars, l'exécution du néfaste arrêt du 18 novembre 1540 contre les Vaudois.

Ceux qui raisonnaient ainsi, oubliaient que pour les souverains comme pour leurs sujets, il y a une logique impitoyable, qui les force à tirer les dernières conséquences de leurs fautes. La Sorbonne avait insisté, le 7 avril, pour que sa confession de foi fût promulguée avec la sanction royale ^'\ Comment la lui refuser? Le clergé se plaignait que l'édit du i^"" juin 1540 qui chargeait les juges séculiers de la poursuite des crimes d'hérésie, diminuait ses moyens d'action et de répression. Le 23 juillet 1543, le roi signe donc une déclaration autorisant les inquisiteurs et tribunaux ecclésiastiques à informer contre , et décréter de prise de corps, tout suspect, ecclésiastique ou laïque, et ordonnant aux juges royaux d'exécuter ces décrets sans délai et d'en saisir immédiatement les Parlements ^^\ Ce même

{i) Bulaeus, Hist. universit. par. VI, 384. (2) Le préambule de la déclaration résume les plaintes du clergé. (Isambert, anc. lois franc. XII, 818.)

jour, les articles de la Sorbonne sont approuvés, pour être enregistrés le 30, et publiés le 31 juillet comme loi d'Etat.

On le voit ; le retour à la clémence, disons mieux, à la justice, n'est plus possible. Aussi les bûchers sont-ils partout allumés, et, dès le 10 août, l'évêque de Cavaillon prend sur lui de saccager Cabrières.

L'année 1544 se distingue par le célèbre arrêt du Parlement de Paris (14 février), en vertu duquel les livres publiés par Etienne Dolet et quelques autres, notamment X Institution de Calvin sont brûlés au parvis Notre- Dame « au son de la grosse cloche d'icêlle église » "^'^ — Feu de joie de sinistre augure pour celui qui l'avait provoqué, et que sanctionnent dignement, à Toulouse, le 30 mai, le supplice de Pierre de la Serre, pauvre maître d'école de Marvéjols ^^\ et à Paris, en août, la publication par la Sorbonne, du premier Index officiel des livres prohibés ^^\ Cet Index, — au moyen duquel un corps ecclésiastique,

(i) Bull. XXXIV (i885), p. 22.

(2) Ihid. XXIV (1875), p. 549.

(3) Paris, Jehan André, 1544. Le privilège est du 19 août. {Ihid. p. 24 et Reusch, Die Indices librorum prohibitoriim, Biblioih. des Litt. Ver. Stuttgart, CI,XXVI, 1886).

composé comme l'était la Sorbonne, des intelligences les plus étroites et fatalement les plus prévenues, s'arrogeait le droit exclusif d'autoriser ou de défendre un écrit quelconque — a tué en France, pour des siècles, Tépanouissement spontané et la libre circulation de la pensée humaine. Le « père des lettres » n'eut pas même l'air de s'en douter, à moins toutefois que le Parlement de Paris n'ait été déterminé par lui, à ne sanctionner qu'un an plus tard (23 juin 1545), et à la requête de l'inquisiteur de la foi, cet attentat à l'inviolabilité et à la liberté de l'esprit ^'\

J'allais oublier le traité de Crépy en Valois, qui fut signé cette même année 1544, le 18 septembre, trois jours après la mort, à Turin, du traducteur de ces psaumes qui furent le viatique de tant de, martyrs, Clément Marot. C'est le dernier traité que François P"" conclut avec son heureux rival Charles-Quint ^^\ Il ne garantissait aucun avantage politique au roi de France, mais l'engageait par contre, à

(i) Bull XXXIV(i885), p. 25.

(2) On sait que ce dernier venait de s'emparer de Saint- Dizier et de Château-Thierry et que François I^"" avait e'té obligé de rassurer les Parisiens affolés.

soutenir encore TÉglise « pour obvier à l'extrême danger et hazard où se trouve nostre saincte foy ». — Engagement bien superflu, puisque la liste de ceux que cette Eglise faisait exterminer pour le maintien de cette « saincte foy » grossissait sans interruption ^'^ !

§ 4. Daubois, 2TîeIbois et autres

3nfortunés Vaudois ! Suspendus depuis si longtemps entre la vie et la mort, rien n'égalait la persistance de leur agonie, si ce n'est celle de leur foi humble et patiente! Une supplique qu'ils avaient fait présenter et appuyer, en avril 1543, avait derechef ébranlé le roi. Il s'était décidé à faire faire une enquête et à signer en conséquence, le 17 mai, les lettres de surséance que je viens de citer. Prorogées le 14 juin 1544,

(i) Le 18 déc. 1544, entre autres, Richard Pouchet et Vmcent Périer e'taient brûlés pour hérésie, à Montivilliers, près du Havre {Bull. XXV [1876], p. 109).

elles furent signifiées, le 25 octobre suivant, au parlement d'Aix. C'était Pilate, disputant le Christ à Caïphe !

Or, Jean de Meynier d'Oppède, premier président de ce parlement depuis le 20 décembre 1543, savait bien que sa haine triompherait d'une irrésolution que n'inspirait aucun principe supérieur. Il lui suffit pour cela d'affirmer, sans l'ombre d'une preuve, que ces pauvres gens avaient comploté de s'emparer de Marseille ^'\

Calomnie ridicule, à force d'être invraisemblable ! Eh bien ! quelque humiliant que cela paraisse pour un souverain aussi intelligent que François P'", il faut reconnaître que ce pitoyable mensonge, joint aux instances de l'avocat général Guérin et des Etats de Provence (15 décembre), atteignit son but. En effet, sans attendre les résultats définitifs de l'enquête, le roi commence l'année 1545 par livrer toute cette population, pieds et poings

(i) Cette calomnie n'était connue jusqu'ici que par une assertion de l'Histoire ecclésiastique. Elle est parfaitement confirmée par ce passage de la réponse de François I*"" à l'intervention des Strasbourgeois, que je résume plus loin: So sie doch gegenn unser fiirnem'iten front ier Stat... thàtliche handlung fùrgenommen... (^Baum, Cunitz et Reuss, Calvini opéra, W\, 114.)

liés à la rage des brigands qui la guettaient depuis cinq ans !

Voulait-il, en laissant le champ libre à une tyrannie aussi cupide que sanguinaire, en finir une fois pour toutes avec les tergiversations où sa raison et son cœur sollicités par la pieuse charité de sa noble sœur Marguerite, l'avaient parfois entraîné comme malgré lui? On le dirait, lorsqu'on contemple les flammes de tant de bûchers expiatoires, qui seules éclairent les ténèbres suprêmes d'un règne si brillamment commencé.

Qu'on parcoure les registres criminels des Parlements, et l'on verra si j'exagère ! Les 8 janvier, 20 et 26 mars 1545, Paris et Tours voient brûler François Bribart, secrétaire de l'évêque Jean du Bellay, Mathurin Blondeau et Robert Tintin^'^. Le 5 avril, cinq des conseillers qui les avaient condamnés, sont commissionnés par le roi lui-même pour propager ces incendies en province, savoir Claude des Asses en Anjou et Touraine, Jacques Le Roux à Sens, Nicole Sanguin à Meaux et Provins, Guillaume Bourgoing en Bourbonnais,

(i) Arch. nat. X^a g-^ Crespin, Hist. des martyrs (Toulouse i885, p. 38i), ne connaît que le supplice de Bribart qu'il place en ib\è. Il eut lieu, place Maubert, et celui de Tintin au Marché-aux-pourceaux, hors la porte Saint-Honore'.

et Louis Gayant à Orléans, Blois et environs ('^. Le 17, une chambre spéciale composée de dix ou douze conseillers, choisis par les présidents, est instituée dans le parlement de Rouen « pour connoistre du faict d'hérésie, sans qu'elle pust vacquer à d'autres affaires » '^^^

Cependant l'ordre d'exterminer les Vaudois, tenu secret depuis le i^"" janvier, pendant qu'une véritable armée avait été rassemblée pour les surprendre à l'improviste, n'avait été enregistré à Aix que le 12 avril. Et c'est le lendemain, 13, qu'avait commencé cette campagne de dix jours, qui suffit pour raser 22 villages, massacrer, emprisonner ou transporter aux galères environ 4000 prétendus conspirateurs !

Un long cri d'horreur retentit, à travers les Alpes, jusqu'en Alsace et en Allemagne. — « Mêlez- vous de ce qui vous regarde et abstenezvous désormais d'employer les mots de tyrannie ou punition épouvantable pour caractériser mes actes, si vous ne voulez pas vous exposer à une plus rude réplique. » — Tel est le sens de la réponse de sa Majesté aux très humbles observations du Magistrat de Strasbourg, lui laissant

(i) Arch. nat. Xi'"» 86i5.

(2) Floquet, Hist. du parlement de Normandie II, 241,

entrevoir l'indignation des protestants, dont il ne rougissait pas de rechercher l'appui ^'\

Des lettres royales, du i3 août, approuvent, donc les massacres de Cabrières et de Mérindol, en donnant deux mois aux prisonniers pour abjurer, et recommandant l'extermination des fugitifs qui n'iraient pas faire leur soumission à Aix. Et les bûchers continuent à se dresser jusque dans les plus petites villes : le 15 juillet, à Chinon, pour Antoine Georges, contrôleur au grenier à sel; le 8 octobre, à Chaumont, pour le drapier Nicolas Marchand ^^\

C'est au milieu des impressions sinistres répandues au loin par ces actes injustifiables, le 13 décembre 1545, que s'ouvre enfin, à Trente, le concile général tant de fois réclamé et attendu. On sait comment, dans ces 25 sessions qui durèrent 18 ans, la papauté réussit à écarter les réformes proposées par des prélats aussi naïfs qu'inconséquents, et avec quel éclat la France y fut trahie par le cardinal de

(i) La traduction de cette lettre que donne Arnaud, Hîst. des proî. de Provence I, 83, atténue le ton hautain de l'original, connu seulement par la version allemande publiée par M. E. Reuss, Calvini opéra XII, 114, note.

(2) Arch. nat. X^» 99. Marchand, dit de Waissy, était de Pont-à-Mousson et demeurait à Gondrecourt-le-Chastel.

Lorraine. Ce qu'on sait moins, c'est que les décrets de ce concile qui cristallisèrent et immobilisèrent pour toujours le dogme catholique du moyen âge furent sans doute inspirés par les fameux articles de la Sorbonne^'^.

Quoi qu'il en soit, Dieu épargna le spectacle de cette colossale reculade à celui qui en était la cause première : Martin Luther expire à Eisleben, le i8 février 1546, au moment où, partout en France, son nom est voué à l'exécration publique, ou plutôt glorifié par l'invincible constance de martyrs qu'on persistait à appeler Luthériens '^^\

Les résultats des missions envoyées en province commencent à paraître pendant que le territoire d'Aix est ravagé par une peste si

(i) Voy. plus haut, p. XXVI. «Il semble que ces articles ont servy de modelle aux décisions du Concile de Trente, et ils sont conçus presque dans les mesmes termes que ceux de nôtre profession de Foy, extraite de ce Concile. » (Soulier, Histoire du Calvinisme, Paris 1686, in-4" p. 48.'^

(2) Les vrais calvinistes, qui ont toujours cru à la présence réelle, mais spirituelle du Christ dans la Sainte-Cène, ont été longtemps confondus avec les disciples de Zwingle, qui ne voyait dans la Sainie-Cène qu'une commémoration de la mort expiatoire du Christ. On les appelait sacramentaires et on leur réservait les supplices les plus atroces à cause de cette opinion, qui niait la présence matérielle du corps et du sang du Christ dans le sacrifice de la Messe. (Voy. l'édit de Coucy dans la France prot., X, 8.)

terrible que le peuple y voit le doigt du Dieu des vengeances (mai 1546) ('\ — Mais c'est toujours Paris qui donne l'exemple. Le içjuillet, on y brûle le dauphinois Pierre Chappot et Nicolas Gobillon: le premier, victime, courageuse entre toutes, de l'imprimeur de la Sorbonne et de l'inquisiteur, Jehan André, qui se vengeait ainsi de la concurrence que lui faisaient la Bible et les livres prohibés ^^\ Le 3 août, la même place Maubert voit flamber le bûcher d'Etienne Dolet; le 19, celui de Michel Vincent, dit le grand Michel, «imprimeur, natif de Caen en Normandie », qui avait « dogmatisé », ainsi que Pierre Gresteau aussi brûlé vif au même lieu, le 13 septembre '^5),

(i) «L'on estime que Dieu envoya ceste punition à ceulx d'Aix pour une injustice et cruelle exécution d'icelle qu'ils avoyent faicte l'an précédant ceste dicte peste, de laquelle non seuUement ceulx d'Aix, mais aussi presque toute la chrestienté s'en ressentit, et d'une famine de laquelle le peuple fut misérablement affligé, le mesme an i5^6, de quoy la mémoire est si récente qu'il n'est besoing de renouveler ceste douleur.» {Archives curieuses de VHist. de France, ii'e série, t. III, 410.)

(2) Arch. nat. X^a gS. — Sur Chapot, dit le sellier, qu'on traita comme sacramentaire place Maubert, voy. aussi Crespin op. cit., I, 514. Gobillon ou Guybillon dit le menuisier, périt hors la porte Saint-Jacques.

(3) Arch. nat. X^» g8. — Jeanne Dunou, femme de Guybillon, et Marie Mutel, femme de Vincent, furent fustigées et bannies le i3 octobre. — Citons aussi le supplice (27 août)

Le 7 octobre est, comme chacun le sait, la date sinistre de l'auto-da-fé des Quatorze de Meaux, élus parmi les 57 condamnés du 4 octobre, pour y sceller de leur sang la fidélité à leurs convictions^'^. Enfin, le 21 novembre, le Poitou est expressément désigné, pour des exploits analogues, par le Parlement de Paris, à propos de la condamnation capitale de Guillaume Saunier *^^^; et, le surlendemain, 23, toujours dans le même but, une missive royale est expédiée à Grenoble pour attribuer aux évêques et à leurs officiaux la connaissance des crimes d'hérésie ressortissans aux juges laïques et qui leur seraient renvoyés par ces derniers (5).

d^Olivier Rousset à Dezize près d'Autun ; de M^ Guillaume Aubert (27 sept.) à Angouléme ; de Alacé Moreau {5 oct.) k Troyes [VHist. eccl. 1,83 et Crespin le font périr en i55o] ; de Jean Voilant (i3 oct.) à Blois; de Jean Bataille (i5 oct.) au Mans, etc. (Ibid.) — Sur E. Dolet et ses opinions, voy. le beau livre de R. C. Chriscie, trad. de G. Stryienski (Paris, Fischb. 1886), et le Bull. XXX (1881), p. 33;, 385, et XXXVIII (1889), p. 100, (i) Voy. cet arrêt dans Crespin, la France prot . X, etc.

(2) Lièvre, Histoire des protestants du Poitou, I, 43.

(3) Archives de l'Isère, Chambre des comptes B, 2912, 12. Ces lettres, datées de Folembray, attribuaient aux tribunaux ecclésiastie^ues, même la connaissance des crimes d'hérésie, où il serait question de troubles et séditions, c'est-à-dire qui ne consistaient pas seulement dans les opinions incriminées.

§ 5. îa fin (\5^7)

.^■^ es cinq ou six hommes qui, à cette 1 ) époque, fixaient l'attention de toute ^^ l'Europe et la remplissaient du bruit de leur influence, de leurs exploits ou de leurs luttes, le premier, Luther, était mort. Le second , Henri VIII , l'avait suivi de près, le 28 janvier 1547. Deux autres, le pape Paul III et l'empereur Charles V, touchaient à la fin de leur carrière.

François P'", qui avait si souvent combattu ces derniers, mais n'avait pas compris, ou plutôt voulu comprendre, que, dans cette lutte, son attitude religieuse le conduirait fatalement à la défaite, allait les précéder dans la tombe, à la lueur des « bruslemens dont il avait montré le chemin » ^'\ — Ce mot de Brantôme n'est malheureusement pas une métaphore. Ces « grands feux » étaient devenus si fréquents qu'on commençait à donner le nom d'ardentes aux chambres criminelles des Parlements, qui

(i) Brantôme, éd. Buchon, I, 24b.

rivalisaient d'empressement à exécuter la volonté royale ('^.

Ainsi, le 5 janvier 1547, les Parisiens étaient témoins de l'amende honorable, devant Notre- Dame, de Georges Dutertre, dont la langue fut ensuite jetée avec son procès, au feu qui le consuma au cimetière Saint- Jean; le même jour ils virent condamner François Malot et Pierre Baugerie à être brûlés à Aubigny; et, le 7, Jean Lefèvre à subir ce supplice à Meaux. — Le 10, pendant qu'Etienne Bellaut expirait de la même manière devant l'église de Beaugency, le roi , à Compiègne , averti qu'au cimetière des Saints-Innocents de Paris une « image » avait été mutilée , avait ordonné « procession et prières générales et particulières par toutes les églises de cette ville, avec prédication solennelle audit cimetière » ^^\ Cette solennité, toujours populaire^ eut lieu le vendredi 14, au

(i) On rencontre, en effet, ce terme dans les procès cités par Grespin et VHist. ecclés. bien avant l'année 1348, où siégea la véritable chambre ardente. Cela tient peut-être à ce que, dès \b4Jb, une chambre était exclusivement chargée des procès d'hérésie dans le parlement de Rouen, comme on l'a vu plus haut p. XXXIV.

(2) Voy. pour tous ces faits et d'autres que j'ai dû, comme pour les années précédentes, laisser de côté, — ceci n^étayiî qu'un tx'sumé, ~ aux Arch. nat. le registre X^-^ 102.

matin, et les avocats et procureurs de la Cour avaient été tenus d'y assister sous peine de «60 sols parisis et d'estre ostez et rayés de la matricule » ^'\

D'autres processions générales furent annoncées, mais, cette fois, sans l'ordre du roi, qu'elles intéressaient pourtant directement/ puisqu'il venait de tomber gravement malade à Rambouillet (fin janvier) ^^\ Il comprend bientôt que ce sera sa dernière maladie, et, s'il faut en croire quelques contemporains, la perspective de paraître devant le tribunal suprême, auquel il croyait certainement, émut douloureusement sa conscience.

«Il chargea son fils, dit l'un d'entre eux, avec grande ostentation, de ne différer la punition de ceux qui, sous son nom et autorité, avaient fait ce dur esclandre (contre les Vau-

(i) Le souvenir de cette procession expiatoire resta longtemps dans la mémoire des Parisiens, puisque trois ans plus tard, le 10 déc. i53o, le procureur du roi, Noël Brûlart, rappela l'empressement avec lequel, bien qu'absent de la capitale, François I*''' l'avait ordonnée. Voy. l'étude : Une victime inconnue sous Henri II, Jean Thuret, dans le Bull. XXXV (i885), p. io5, où je n'avais pas encore retrouvé le présent arrêt.

(2) Une procession fat ordonnée pour demander à Dieu la guérison du roi, à Bordeaux, le 26 mars (Gaullieur, Hist. de la Réf. à Bordeaux, I, 95).

dois), qu'autrement Dieu, qui ne laisse telles concussions et saccagements impunis, en ferait la vengeance ^'\ »

Guillaume Paradin, au contraire, attribue au mourant les paroles suivantes : « Je n'ay point de remords en ma conscience, pour chose que j'aye jamais faite, ni fait faire injustice à personne du monde que j'aye sceu... Et pour la dernière voix qu'il prononça, dit: Jésus! ^^^ »

Ce qui confirme la première version, c'est que six mois plus tard, d'Oppède était emprisonné à Vincennes avec quelques-uns de ses complices et que la révision du procès des Vaudois commença peu après ^^\ D'autre part, bien que François P^ fût — même ses panégyristes en conviennent — moralement fort égoïste, léger et corrompu, il n'était pas sceptique :

(i) Crespin, I, 529. Ce récit est indirectement confirmé par cet extrait de l'historien catholique S. Fontaine (pp. cit., fol. 237) : « On a escrit que grans excès et inhumanitez y furent exercez : toutefois c'est chose certaine que s'il est ainsi, ce a esté contre le vouloir et intention du bon et très clément Roy. »

(2) Histoire de nostre temps, p. 496.

(3) On sait que ce procès dura près de trois ans, que, sauf l'avocat Guérin, les coupables furent disculpés et que notamment d'Oppède, ce brigand doublé d'un assassin, fut réintégré dans ses fonctions le 2 novembre i553, et trois ans plus tard, créé chevalier de l'ordre de Saint-Jean de Latran par le pape 1

. . .En la chair, à péché il scrvoit, Mais, en l'esprit, la foy il conservoit Qui le faisoit en soy humilier Et à son Dieu par forte amour lyer. .. (0

L'auteur anonyme de qui on tient cette appréciation était sûrement bien renseigné ^""^ Or, voici ce qu'il dit des derniers propos du souverain :

« Ce que vos yeulx ont veu, et non les miens, Dont vous heureux, et moy malheureux tiens,

Souvienne-vous comme il se confessa Pécheur damné, et jamais ne cessa De tous ses maulx humblement s'accuser, Sans se vouloir d'un tout seul excuser.

Souvienne-vous de l'ardeur de sa foy Oui le poussoit à Dieu par dessus soy, En s'asseurant que sa miséricorde Luy pardonnoit sa vie salle et orde.

(i) Extrait du Poème des prisons, Bibl. nat. Fr., i522, fol. 334. On raconta même que, pendant sa maladie, le roi se fit lire des psaumes de Cle'ment Marot. (Souchet, Hist. du diocèse et de la ville de Chartres, 1869, t. III, p. 577).

(2) Ce poème a sans doute été écrit par un familier de la maison de Marguerite, sœur du roi François, peut-être par Guillaume Philander ou Filandrier (i5o5-i565), à la sœur duquel, Marie, il a été transmis ou dédié (cf. VHeptameron, Paris, Eudes, 1880, t. I, p. 164).

Souvienne-vous de ses propoz et dictz Et comme en foy demandoit paradis Que justement disoit avoir perdu Par son péché

Que signifie cette prose rimée , si ce n'est qu'à l'heure suprême la conscience du moribond, trop éclairée pour invoquer l'irresponsabilité <^'\ indifférente désormais à la raison d'Etat ou aux caprices passagers qui jadis l'avaient si souvent réduite au silence, criait miséricorde?

Quoi qu'il en soit, lorsque François P"" expira le 31 mars 1547, jour où son second fils accomplissait sa vingt-huitième année, s'il laissait à ce dernier la recommandation de punir les assassins des Vaudois, son exemple l'avait fortement enraciné dans la conviction que les «luthériens» ne méritaient aucune pitié. Et comme l'esprit de ce fils était aussi borné que celui du père était ouvert, comme l'un et l'autre étaient persuadés que ces misérables se laisseraient consumer sans protester autrement qu'en faisant rougir ou balbutier les juges ou les Sorbonnistes, on pouvait aisément prévoir

(i) Toutes proportions gardées, je crois, en effet, que François I'''" était plus éclairé, par exemple que Louis XI\', lorsque ce dernier révoqua l'édit de Nantes.

que la cause de la liberté de l'homme subirait une éclipse totale sous le nouveau règne.

Quinze années, en effet, allaient encore s'écouler avant qu'on pût entrevoir un terme à cette patience héroïque de tout un peuple, renaissant sans relâche des flammes qui le dévoraient. Et lorsque, le 8 avril, à Genève, Calvin apprit la mort du souverain auquel, en 1536 et en 1541, il avait dédié son Institution, c'est avec une profonde tristesse, mêlée à ses prières pour les suppliciés, qu'il dut se rappeler ces dernières paroles de sa célèbre préface:

«Siles détractions des malveillansempeschent tellement tez oreilles, que les accusez n'ayent aucun lieu de se défendre: d'autre part, si ces impétueuses furies, sans que tu y mettes ordre, exercent tousjours cruauté par prisons, fouets, géhennes, coppures, bruslemens : nous, certes, comme brebis dévouées à la boucherie, serons jettez en toute extrémité : tellement, néantmoins, qu'en nostre patience nous posséderons noz âmes, et attendrons la main forte du Seigneur ('). »

(i) On reproduit ici le texte de l'édition de V Institution de 1541, dont la Préface a, du reste, été publiée à part la même année et probablement mise, sous cette forme, sous les yeux de François I«^

ics trois premières années 5e X^enri II

§ 6. C1]istoire et les Ijxstonens

Pour tracer, des dernières années de François I^"'", d'ailleurs dépourvues d'intérêt au point de vue politique, l'aperçu rapide qui précède, il m'a suffi de compléter par des recherches personnelles dans les dépôts d'archives ^'\ les renseignements disséminés dans les livres ou recueils imprimés.

Lorsqu'on aborde le règne de Henri II et que l'on désire s'éclairer sur son attitude première à l'égard de ce combat pour la liberté morale, on est, au contraire, tout surpris, de ne trouver que des informations aussi vagues qu'insuffisantes. Sismondi, Michelet,

(i) Je tiens à dire expressément, à ce sujet, que ces recherches auraient pu être beaucoup plus étendues. Elles n'ont d'ailleurs d'autre but que d'' introduire convenablement le lecteur à l'étude des documents recueillis pour le début du règne de Henri II.

Henri Martin, Ranke, Bordier et Charton, représentent le nouveau roi comme enchaîné au parti de la réaction par Diane de Poitiers et par ses nouveaux conseillers le cardinal de Lorraine, le connétable de Montmorency et le maréchal de Saint-André. Ils citent son ordre de réviser le procès des Vaudois, quelques extraits du martyrologe de Crespin, l'édit de Chateaubriand qui, d'ailleurs, est de 155 1, et c'est tout.

Ceux qui ont écrit l'histoire du protestantisme et que le sujet que je traite devait intéresser particulièrement, Merle d'Aubigné, les frères Haag, Henri Lutteroth, Soldan, Polenz, H. Baird, ne sont guère, sauf peut-être le dernier, plus instructifs. Feu M. Lutteroth seul, donne, sur l'établissement, dans le Parlement de Paris, d'une chambre spécialement chargée des procès d'hérésie, un renseignement précis, mais malheureusement inexact ^'\

(i) La Réformation en France pendant sa première période, p. 49, dit que cette chambre fut établie le 19 novembre 1549, tandis que dans l'édit auquel M. L. renvoie, Henri II en parle comme ayant été instituée « des nostre nouvel avènement à la couronney^, c'est-à-dire bien avant cette date. Il va sans dire que cette erreur de détail n'ôte rien à la valeur, grande pour l'époque où il parut, de l'ouvrage de feu M. Lutteroth.

M. Soldai! prétend que, pendant les deux premières années de ce règne, « les Parlements ne condamnèrent que rarement les hérétiques à la peine capitale, mais que l'émigration protestante n'en continuait pas moins, grâce au sentiment d'inquiétude partout répandu » ^'\ Enfin, dans un livre récent sur Les mœurs polies et la littérature de cour sous Henri II^^\ M. Bourciez écrit ceci, p. 42: « Ces hérétiques qu'on martyrise, ne se sont pas encore comptés. Combien sont-ils à Paris? Vingt, trente, des gens de peu ordinairement. » Autant dire une quantité négligeable.

11 eût été facile pourtant, sans rechercher de l'inédit, d'être un peu moins inexact ou incomplet ^'^ : Le livre II de V Histoire ecclésiastique (Anvers 1580) s'ouvre par quelques remarques fort judicieuses et vraies sur Henri II et la Réforme. On peut affirmer qu'elles émanent d'un contemporain, de Théodore de

(i) Geschichte des Protestantismus in Frankreich bis ^um Tode KarVsIX., I, 221.

(2) Paris, Hachette, 1886, 487 pages in-S".

(3) Comme je l'ai indiqué déjà, l'ouvrage de Henry M. Baird, Hisîory of the Rise of the Huguenots of France, New- York, 1879, 2 vol. de 577 et 681 pages in-S», est beaucoup plus complet et plus exact que les précédents.

Bèze sans doute, qui fut contraint, au début de ce règne, de s'exiler à Genève. En voici quelques lignes qui contredisent catégoriquement les citations de MM. Soldan et Bourciez: « Les feux furent allumés plus que jamais ; et surtout la chambre du parlement de Paris, qu'on appeloit la chambre ardente, en envoioit au feu autant qu'il en tomboit entre ses mains.... Il nous seroit impossible de spécifier tous les noms de ceux qui furent lors exécutés, à savoir l'an 1548. »

Puis, déjà Ranke citait, sans toutefois s'en servir, un mémoire de M. A. Taillandier, publié en 1842 ('\ sur les registres du parlement de Paris pendant le règne de Henri IL Rédigé sur des extraits des registres criminels recueillis par l'avocat Nicolas Dongois, neveu et exécuteur testamentaire de Boileau, ce mémoire ne dispense pas l'historien de remonter aux sources. Mais ii pouvait aider à comprendre la note de VHistoire ecclésiastique. « Si l'on veut voir, disait Dongois, la rigueur qui était tenue en ce temps là pour empêcher les progrès des hérétiques, il faut voir le re-

(i) Dans les Mémoires de la Société des antiquaires de France, XVI, 386.

gistre mème»('^. Ce texte, M. Taillandier affirme l'avoir cherché, mais inutilement ^^\

Or ce texte existe. Avant de connaître cette note, j'en avais rencontré une mention analogue dans un autre recueil d'extraits des arrêts criminels du Parlement de Paris ^5^. Et j'ai ainsi pu le retrouver aux Archives nationales, à la fin du registre criminel X^^ loj, dont il forme une annexe. La découverte de ce document dont il est inutile de faire ressortir l'importance, a été le point de départ de tout un ensemble de recherches complémentaires.

J'ai d'abord groupé autour de lui tous les arrêts rendus par le Parlement de Paris contre l'hérésie luthérienne, depuis la mort de François P"" (31 mars 1547) jusqu'en janvier 1550 où l'on appliqua un nouvel édit de Henri II, du 19 novembre 1549, qui modifiait celui de François P'', du i^^'juin 1540.

Il y a, malheureusement, deux grosses

(i) 11 s'agit d'un recueil d'arrêts criminels intitulé: Registre des luthériens.

(2) Op. cit., p. 5.

(3) A la Bibliothèque de l'Arsenal : Extrait des arrêts tire^ par M. Drouet, commis au criminel.. . ms. n» 2423.

lacunes dans cette série ^'\ Malgré ces lacunes — dont la deuxième est d'autant plus regrettable qu'elle correspond au premier semestre judiciaire de Tannée 1549, c'est-à-dire aux jours terribles pour les luthériens qui précédèrent et suivirent la célèbre entrée de Henri II à Paris — j'ai pu réunir, en y comprenant le registre proprement dit de la chambre ardente, un ensemble de 439 sentences visant directement la liberté d'adorer Dieu en obéissant à l'Evangile seul et non à l'Eglise catholique romaine.

On peut donc affirmer, en tenant compte des lacunes susdites, que pendant les trois premières années de Henri II, beaucoup plus de 500 arrêts furent lancés contre ces malheureux protestants par le seul Parlement de Paris. Ce simple énoncé ne suffit-il pas à prouver qu'au centre de ce XVP siècle, point de départ de l'histoire de France moderne, la question de la liberté religieuse a tenu une place infiniment plus grande qu'on ne pense,

(1) Ces lacunes vont de nov. 1547 à avril 1548 et de mai à octobre 1549, ce qui fait en tout deux semestres ou une année. On verra plus loin que ces deux semestres correspondent pre'cisément aux époques où la persécution fut la plus impitoyable.

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