‹ La chambre ardenteChapitre 4 sur 23 · LXXXVIII · texte numérisé non relu

LXXXVIII

dame de Canny, cette dernière protectrice des luthériens de Noyon et correspondante de Calvin ^'l

§ U. Ca peste. — Ca Cfjambre bes vacations (sept, oct 1548),

v^^e mois d'août, on Ta vu plus haut, ameyf nait presque régulièrement la peste à Paris. En 1548, elle y éclate le 8 ^^\ et il en résulte pour les pauvres prisonniers de la Conciergerie une trêve de deux ou trois semaines. Triste trêve qui mettait fin à plus d'un procès commencé et supprimait plus d'un prévenu avant que son dossier eût été examiné! La Chambre avait cru pouvoir siéger le 17, mais le matin de ce jour trois prisonniers succombaient en même temps au fléau ^^^

(i) Et de Laurent de Normandie. Voy. entre autres le Thésaurus epistolicus Calv. déjà cité.

(2) L'interruption causée par la peste m'a permis de partager en deux le long Registre des arrêts des luthériens. On y trouvera, aux dates citées, les notes que j'ai recueillies sur cette interruption.

(3) Voy. la note du n° ii3.

de sorte que les séances ne recommencèrent en réalité que le 22. Le 29, Lizet fait faire une enquête au collège du cardinal Lemoine^'^ où l'épidémie luthérienne paraissait avoir atteint maîtres et élèves. Le i^'" septembre, au Châtelet — «au moyen (à cause) du dangier de peste qui est en la dicte Conciergerie » —, il fait conduire dans un tombereau, au parvis Notre-Dame, un malheureux qu'on prétendait possédé d'un malin esprit parce que, dans son zèle de néophyte, il avait eu l'audace de porter une main sacrilège sur la statue de la Vierge qui ornait la nef de la basilique. La veille déjà , une procession solennelle avait commencé l'expiation de cet attentat; elle ne fut complète que lorsque, le jour de l'arrêt, à 4 heures, la foule vit le bourreau « couper le poing dextre » à Jacques Belon, avant de le livrer aux flammes ^^^.

Le surlendemain, 3septembre, huit pages sont consacrées, comme je l'ai dit tout à l'heure, à la communauté évangéhque de Langres, puis survient une nouvelle trêve de dix jours, causée,

(i) N<" iij et 121.

(2) Voy. le n° ii8 et la note empruntée aux registres capitulaires de Notre-Dame, qui m'a permis de compléter cet arrêt.

soit par une recrudescence de la peste, soit parce qu'on attendait des lettres royales prorogeant pendant les vacances la Chambre qui faisait si vaillamment son devoir. A ce moment Henri II était en Dauphiné où le parlement de Grenoble venait de lui faire sa cour en envoyant un de ses conseillers instrumenter contre les luthériens de Romans ^'\ Catherine de Médicis, suivie de Marguerite de Navarre, rejoignit son époux à la Côte-Saint- André d'où il date (12 septembre 1548) Tordre «de continuation de ladite Chambre pendant et durant le temps de vaccations». Dix jours plus tard, pendant que le roi arrivait à Lyon où on lui préparait une réception féerique ^^\ cette lettre était à Paris et le Parlement l'enregistre séance tenante ^'\ Il avait déjà rendu plus de 130 arrêts contre la damnable secte,

(i) Ce commissaire, nommé le 24 août, arriva à Romans le 3 sept, et prononça en décembre 4 condamnations, dont une capitale, celle de Françoise Colombier dite Brusla. (J. Chevalier, Mémoires du P. Archange de Clermont, 1887, p. 12).

(2) Voy. sur cette entrée, qui eut lieu le 23 sept.. Le grand triomphe faict à Ventrée de très chrestien et toujours victorieux Monarche Henry second en la noble ville et cité de Lyon. Paris, Benoist de Gourmont, 1548.

(3) J'ai retrouvé cette lettre dans le Registre criminel X2a io5, et l'ai insérée à sa date. Voy. n^ i32.

mais, malgré l'énergique intervention de la peste, il y avait encore à la Conciergerie et ailleurs un grand nombre de prévenus accusés d'en faire partie. L'ordre de prorogation allait lui permettre d'expédier une cinquantaine de dossiers dans le seul mois qui va du 23 septembre au 30 octobre 1548.

Je ne puis songer, on le comprend, même à les résumer. Celui qui voudra bien parcourir les sentences qui leur servent de conclusion, s'apercevra que souvent ils aboutissent à des condamnations capitales. Voici donc seulement quelques notes prises au courant de la plume.

Un chanoine de Tours et de Clermont-Ferrand, Thibault Brosses ou de Brosses, avait commis l'imprudence de revenir de Genève avec son serviteur Pierre Cellérier; l'un et l'autre ne surent pas résister au besoin de faire hre autour d'eux les livres qu'ils en avaient rapportés. La Cour se borne exceptionnellement, sans doute parce qu'il s'agissait d'un dignitaire ecclésiastique, à les condamner à voir brûler ces livres, à quitter l'Auvergne pendant cinq ans , et à faire amende honorable , sans préjudice d'une amende de 500 livres imposée au chanoine

(19-20 sept.). Ce dernier obtient du roi, on ne sait par quelle puissante intervention, rémission de cette peine déjà adoucie ^'\ Mais, comme si l'on avait voulu montrer qu'au fond Henri II n'entendait pas qu'on prît au sérieux une mesure de clémence inusitée, on remet de Brosses en prison à Tours au mois de janvier suivant ^^^.

On voit, par cet exemple, auquel on pourrait enjoindre beaucoup d'autres, que le clergé s'efforçait de soustraire ses membres à l'application rigoureuse de la loi. On ne peut s'expliquer autrement l'ignorance où l'on demeure, du sort de tant de prêtres ou moines qui paraissent dans ces textes comme principaux fauteurs et propagateurs de l'hérésie. Mais si l'Eglise sauvait son prestige en garantissant dans une certaine mesure les bergers, elle sacrifiait plus volontiers les brebis du troupeau. — Le 26 septembre Marguerite Sasart, de Montdidier, l'apprend à ses dépens. Le jour de Pâques elle n'avait pu garder dans sa

(i) C'est la seule lettre de rémission dont j'ai trouvé la trace dans cette longue série d'arrêts. Or on en rencontre assez souvent pour des crimes aussi graves que l'assassinat.

(2) Voy. le n» 233. Renvoyé de Tours à Paris, il s'évade pendant qu'on le transfère à Clermont-Ferrand (n° 242).

bouche l'hostie à laquelle on lui avait appris à ne plus ajouter foi : elle n'échappe au bûcher que pour « être battue et fustigée nue de verges, la corde au col, par trois divers jours, par les carrefours de la ville», bannie et dépouillée de tous ses biens ^'\ Le 2 octobre, Biaise Chappière expie dans le feu, à Auxerre, le crime de n'avoir, lui aussi, pas eu assez de « reverance pour le sainct sacrement de Tautel '"' ». Le lendemain , même châtiment, place Maubert, pour un Limousin, Léonard Dupré qu'on avait «filé» depuis Dijon, et saisi à l'hôtellerie du passe-temps à Bar-sur- Seine ^^^ Le surlendemain (4 octobre), spectacle identique à la place des Halles: Un compatriote de Rabelais, Antoine Sébilleau y est violemment détruit ainsi que son procès ^"^K

Et, pour quelques exécutions dont on retrouve la trace, combien y en a-t-il qui nous échappent! Souvent, en effet, en l'absence de preuves suffisantes, la Cour condamnait les inculpés à la torture ordinaire ou extraordi-

(i) Voy. nos i3j et i38.

(2) No 140.

(3) N" 142 et Crespin, op-cit. l, Sig qui dit que l'arrestation eut lieu en juillet 1547.

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