‹ La chambre ardenteChapitre 5 sur 23 · NO · texte numérisé non relu

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naire, avec cette mention : « Et est retenu in mente curie, que si le dict prisonnier confesse en la dicte question les dictz cas dont il est chargé, il ne pourra révocquer sa confession et sera condamné au feu» ^'K Ce reientum dispensait, en fait, le tribunal de prononcer un nouvel arrêt, de sorte qu'on ignore la destinée finale de beaucoup de ces pénitents envoyés au sinistre confessionnal de la Tour Bonbec!

Souvent aussi les juges subalternes sont censurés ou déplacés pour n'avoir pas montré assez de zèle. Le 4 octobre cela arrive au lieutenant particulier au bailliage de Blois; Louis Perrault cédera désormais ses dossiers au bailli d'Amboise maître Jean Loppin ^^). Le 12 octobre le procureur général appelle tanquam a minimà de la sentence du prévôt de Pontoise qui avait condamné Jean Everet aux galères à perpétuité. La Cour donne raison au procureur, et un bon bûcher remplace la chaîne et le banc des forçats '^5).

Les derniers arrêts de la Chambre «prorogée par le Roy pour la Visitation et jugement des

(i) Voy., par exemple, no j36 et beaucoup d'autres.

procès faictz à l'encontre de blasphèmes luthériens» paraissent vouloir démontrer combien elle était nécessaire. Le 22 octobre elle envoie au feu, à Poitiers, un malheureux libraire qui y avait sans doute écouté les prédications de maître Simon, chez Denys imagier ^'\ Transféré de la Conciergerie à THôtel-Dieu à cause de la peste qui l'épargna, Etienne Lugré avait réussi à s'évader, mais pour retomber hélas! entre les mains de la justice ^^). — Le 24, elle ordonne au lieutenant de Sainte-Menehould de brûler Jeanne Philippes, femme de Simon Verdel ^'); le 25, au bailli de Vierzon d'en faire autant à Pierre Jarlatte; le 26, à celui de Hesdin, de consumer Nicolas Huart et de voir si

(2) A laquelle il finit peut-être par écliapper. Évidemment le sénéchal de Poitou l'avait réexpédié à Paris pendant que le Parlement l'y condamnait au feu; cet arrêt n'ayant pas été exécuté, on voit le malheureux envoyé à l'évêque de Poitiers en janvier i55o (voy. n^ 840, etc). Il a dû se retirer au Pays- Bas et y continuer à exercer sa profession. M« E. Picot me signale, en effet, un petit volume qu'on trouve à la Bibl. de l'Université de Gand (B.-L. 3367 [2]): La manière de dicter, et composer toutes sortes de lettres missives, Anvers, chez Jean Waesberghe, s. d., qui est d'E. de Lugré. Son nom se trouve dans un épigramme de Jean Chapelain, au verso du titre, et en tête de VAvis au lecteur, qui est daté de 1554.

sa femme, Pasquette Carton ne mérite pas le même sort ^'K Le 30 octobre elle termine enfin ses opérations, puisque, à partir de cette date, les procès d'hérésie ne sont plus inscrits à part dans les registres du Parlement, mais confondus avec ceux des autres criminels. Elle avait siégé 84 fois, rendu 176 arrêts, et pouvait se donner le témoignage de s'être consciencieusement acquittée de sa mission. On va voir que, bien loin d'être achevée, celle-ci ressemblait de plus en plus au labeur des Danaïdes.

§ \2, rémigration; Vï^xvevbe 1548— 1549.

y^'l^ n pense bien que la terreur s'était ré- II I pandue partout où il y avait des groupes plus ou moins compacts de «mal sentans». Aussi les routes qui aboutissaient à la frontière suisse et sans doute plus d'un navire cinglant vers l'Angleterre se couvraient-ils de fugitifs. On ne possède actuellement que peu

(l) Nos j(^g et 1-2.

de renseignements sur ces exodes provoqués par les premières persécutions religieuses, mais on connaît pourtant les noms de quelquesuns des Français de marque qui, à cette époque, se fixèrent définitivement à l'étranger. Citons le bourguignon Hubert Languet qui paraît, en 1548, s'être décidé à ne plus revenir en France où ses convictions l'auraient exposé à la mort^'^. A la même date, les picards Laurent de Normandie, lieutenant général du roi au siège de Noyon , et Lancelot de Montigny avaient rejoint leur ami Jean Calvin à Genève d'où ils entraînèrent peu à peu à leur suite l'élite de la population noyonnaise ^^^. Conrad Badius, fils du célèbre imprimeur parisien Josse Bade, gagnait aussi la cité hospitalière vers ce même temps, ainsi que Denis Sauvage, Robert Estienne, et le beau prieur de Longjumeau Deode de Bèze qui venait de publier chez Badius la première édition de ses Juvenilia et ne soupçonnait guère l'éclat de sa destinée ultérieure ^^^ La plupart de ces hommes étaient en cor-

(i) A. Waddington, De Huberti Langueti vita, p. 10.

(2) A. Lefranc, La Jeunesse de Calvin, p. 140 ss.

(3) Bull. XXXVII (1888) 55,53o. La première édition des Juvenilia est en effet, de 1548 et de chez Badius.

respondance avec Calvin et avaient peu à peu été décidés par lui à «préférer l'honneur de

Dieu à tout Il faudroit, écrivait-il à l'un

d'eux resté inconnu , que le partement fust tel que d'Egypte, troussant voz hardes avec vous. En cela je voy qu'il est mestier d'ung ferme couraige et bien constant. Mais vous pourrez tout en celuy qui vous fortifie ^'^.. » Ces mâles appels remuaient alors profondément les cœurs. Tandis qu'à Paris le conseiller Pierre Hotman secondait le zèle de Lizet, à Lyon, au milieu des fêtes de «l'entrée», son fils aîné, le jurisconsulte François se préparait secrètement à l'exil. Plus d'une vingtaine de ses amis avaient formé le même projet et se communiquaient ou se faisaient traduire par lui les exhortations du Réformateur, en attendant qu'ils pussent s'asseoir au pied de sa chaire ^^^. Il est, du reste, souvent question de fugitifs dans les arrêts que j'ai recueillis. Ainsi, le 3 décembre 1548, le parlement est averti qu'un carme, — peut-être René Garnier, prieur du couvent de Tours, qui

(i) Thésaurus epistoUcus. N» 1084.

(2) Ibid. (Voy. les lettres de François Hotman à Calvin) cf. R. Dareste. Essai sur François Hotman, et Sa vie et sa correspondance dans la Revue historique de 1876.

avait été poursuivi Tannée précédente pour des prédications suspectes à Montreuil-Bellay, — s'était évadé des cachots de Tarchevêché. Le cardinal Georges d'Armagnac est sommé de consigner 200 livres pour le procès de six complices présumés, et le procureur général n'hésite pas à saisir cette occasion pour se plaindre publiquement « que de présent les hérésies pullulent par la négligence des prélats ou de leurs vicaires, qui ne font leur devoir ^'^ ». En recevant somptueusement, comme une véritable souveraine , Anne d'Est , devenue duchesse d'Aumale grâce à son mariage avec le trop fameux François de Lorraine, la ville de Paris montrait, le lendemain, 4 décembre, qu'elle était de cœur du côté de ceux qui n'admettaient aucun compromis ^^K L'année ne se termine donc pas sans de nouveaux supplices. Le 10 décembre on allume, place Maubert, le

(i) NO 182,

(2) Le mariage eut lieu le même jour, et, «combien que les habitants de Paris n'eussent accoustumé d'aller audevant, sinon du Roy, leur Prince... et de la Royne... toutesfoys, par le commandement du Roy... nous vous venons au-devant... aussi pour l'aliance que vous venez prendre en la maison de Monseigneur le duc de Guyse»... dit le prévôt des marchands, Claude Guyot, en s'adressant à la petite fille de Louis XII {Reg. des délibér. du Bureau de la Ville de Paris, III, iSg).

bûcher d'un réchappé de Thécatombe de Meaux, Saintin Nivet ou Lyvet, qui était courageusement revenu de Montbéhard pour réclamer sa place aux avant-postes. « Son procès n'arresta guères à estre instruit et parfait, car il n'était jà besoin d'information ou de confrontation de tesmoins, à raison qu'il en confessait beaucoup plus que les juges n'en vouloyent ouyr. » Aussi fut-il de ceux auxquels on arracha la langue avant l'exécution et lui fit-on l'honneur de le brûler en effigie au grand marché de MeauX; après l'avoir consumé à Paris ^^\

Quatre jours plus tard, le pays chartrain comptait aussi un martyr de plus, Pantaléon Hébert, dont la langue, raffinement de cruauté, fut préalablement percée d'un fer chaud ^""K Calvin était sans cesse consulté par des personnes qui lui demandaient si l'on pouvait honnêtement simuler la profession de la religion seule permise, tout en gardant au fond du cœur des convictions évangéliques; il répondait invariablement que « c'est bien raison que l'honneur de Dieu soyt préféré à nostre vie, et aussi que nous tachions d'oster tous

(i) Voy. n" j84 et Crespin, op. cit., I, 527. (2) N» r88.

ces supterfuges que nostre chair nous met au devant, pour nous divertyr du chemin qu'il nous monstre ^'H>. — On voit reparaître parmi les localités contaminées les noms familiers de Meaux, Le Mans, Sens, où les suspects sont nombreux; Chartres, Moulins, Amiens, où, grâce à de continuelles arrestations et à des exécutions rigoureuses ^^\ Jean de Therouenne se fait de plus en plus détester; Tours, l'Auvergne, qui semble vouloir exaspérer l'orthodoxie de son compatriote Lizet; Poitiers, où les prédications de maître Simon avaient infesté l'Université; Orléans, où, près de la Croix-Morin, on découvre une caisse de livres prohibés et où l'official de Tévêque, Jacques Viart, ne parvient pas, malgré sa situation, à dissiper les soupçons qui l'amènent à plusieurs reprises devant la Tournelle ^-^\

Le 6 mars 1549 elle procède à Técrasement d'une Eglise secrètement organisée dans une petite ville champenoise. Sainte - Menehould,

(i) Lettre à une dame qui lui avait envoyé 10 écus pour les pauvres {Thésaurus epistolicus, no 11 19).

(2) Mathieu Glenard et Jean Dessars furent condamnés au feu le 21 mars 1549 (n® 246 et 247) et le même jour une toute jeune fille, Jeanne de Bergues, à être fustigée «sous la custode des prisons» (n° 248).

(3) Le 5 mars 1549 (n" 224).

qu'on ne croyait célèbre dans les fastes du protestantisme français que depuis l'admirable martyre du forçat de Louis XIV, Louis de Marolles. Ces fidèles, Verdel, Colleson, Thierret, Leroy, Triconnel, Chappel et quelques femmes, Perrette Bouillon, Michelle Regnauld, etc., s'assemblaient au «moulin Dosches», où Jean Bluteau leur faisait des «leçons »^'^. Il y avait plus de trois ans que ces conventicules occultes, dont l'origine remontait peut-être aux travaux des colporteurs Etienne Mulart et Adrien Canal et de l'évangéliste Robert Lelièvre, avaient été signalés aux officiers royaux par le D*" Geyraldi, inquisiteur de la foi^^^; mais ceux-ci avaient peut-être fermé les yeux. Le Parlement, lui, condamne Bluteau et Perrette Bouillon à être brûlés au grand marché de Sainte- Menehould, après avoir eu la langue coupée, et les autres à des peines diverses, puis il se passera un siècle avant qu'on reparle de ce pauvre troupeau violemment dispersé.

Le surlendemain de ce beau triomphe

(i) Voy. les n°5 212, 216, 2 25.

(2) Voy. G. Hérelle, La Réforme et la Ligue en Champagne^ Documents I, p. i. La lettre du D^^ Geyraldi fut enregistrée le 4 sept. 1546.

(3) Voy. le n» lyg et Bull. XXXVII (1888), p. 462.

cm —

(8 mars 1549), on brûlait à Paris, au cimetière Saint-Jean-en-Grève , le chef d'une bande de jeunes gens qui avait été capturée par le prévôt royal de Noyon , revêtu depuis le 22 novembre précédent des prérogatives que Tédit de 1540 ne reconnaissait qu'aux baillis ou sénéchaux^'). Ces jeunes gens s'étaient donnés des noms empruntés surtout à l'antiquité classique: Hector, Narcissus, Troïlus, Priam, Ascanaïs, et le peuple les appelait ordinairement « les enfants sans souci ». Quelle mission s'étaient donnée ces sept écoliers dont les surnoms poétiques font songer à une confrérie de la bazoche? Les deux arrêts qui les concernent <^) nous apprennent seulement qu'ils possédaient des livres réprouvés, parlaient témérairement des saints, et que leur chef, Jean Bourgeois dit Hector, parut assez gravement compromis pour être torturé et brûlé vif. N'est-on pas ici en présence d'une association formée par la communauté des opinions nouvelles au sein de la jeunesse des écoles, qu'elles soulevaient alors si puissamment?

Mais on n'en finirait pas si l'on voulait indiquer, ne serait-ce que d'un mot, ce qu'il y a d'in-

(i) Voy. no 17g.

(2) Nos 227 et 243.

téressant et de varié dans ces arides sentences rapidement parcourues. Dans toutes celles, et elles sont nombreuses, que signe Pierre Lizet, on sent la préoccupation d'inventer des moyens nouveaux pour arrêter la marche du fléau. Ainsi^ le 20 mars, il rédige une longue ordonnance qui interdit, sous peine d'amende, aux marguilliers de toutes les églises de la capitale d'y laisser prêcher des ecclésiastiques dépourvus de certificats d'orthodoxie ^'\ Le 9 avril, après s'être vengé de la fuite de Théodore de Bèze par l'ordonnance de monitoires et d'affiches destinés à faire révéler ses complices^^-, et le lendemain du martyre, place Maubert, de Louis Jolippon, d'Étampes ^^\ il fait espionner secrètement, par deux huissiers, jusqu'aux cachots de la Conciergerie ^"^K Les prisons elles-mêmes étaient donc devenues des

(i) N° 245. Est-ce à cette ordonnance que se rapporte cet extrait des registres capitulaires du 12 août 1549.'': uQuoad arrestum cwie parlamenti super inslituendis concionatoribus verbi dei, signijicatum capitula per ostiarium Canto, responsum est eidem, que Varrest ne concerne chappitre et qu'il n'y a gens lai^, et au demeurant chappitre se garderait de mesprendre» (Arch. nat. LL 248, p. 757).

(2) Voy. les n"" 267, 272, 274 et Bull. 1888, p. 53o, où l'on trouvera toutes les pièces du procès de Th. de Bèze.

(4) No 278.

lieux de propagande et de dépravation religieuse !

A l'instar des tyrans de l'antiquité, la Cour, affolée, voit partout renaître, grandir, cette damnable liberté , qu'elle pourchassait jusque sous les formidables verrous de ses forteresses crénelées. Elle avait multiplié les supplices, les amendes honorables le long de la Loire et dans les montagnes d'Auvergne. Or, plus elle sévissait dans ces régions, plus les nouvelles qu'elle en recevait étaient alarmantes. Le II avril elle envoie Robert Aubier, l'un des espions de la Conciergerie, découvrir, aux frais de l'évêque, l'origine des scandales qu'on rapporte de son diocèse <^'^; le 12, une longue et minutieuse ordonnance, qui n'a pu être dictée que par un Auvergnat, énumère les mesures destinées à nettoyer le bailliage qui renfermait les villes d'Aurillac, Saint -Flour, Saint-Martin-de-Valmeroux , Salers et Mauriac ^^\ Le même jour, même mesure appliquée à Auxerre, Gien et autres lieux circon-

(2) No 282. Cette ordonnance, développement de celle qui accompagne l'arrêt de condamnation de Jean Brugière est la seule que j'ai retrouvée imprimée à part, en une plaquette in-40 de 8 pages; cî. Bull. XX XIV (i885), p. 69.

voisins, et quatre cents livres sont réclamées à Tévêque de Bourges pour permettre au lieutenant particulier François de THospital de « purger » son diocèse ^'\

§ 13. Cû glorieuse entrée. Ca procession, (juin - juillet 1549.)

/^§^ n dirait de grosses nuées noires, mena- II I çantes , qui s'amoncellent sur toute la surface du vaste territoire qu'administrait la Chambre ardente. L'orage éclate, en effet, terrible, foudroyant, mais il faut renoncer à en tenter une description. On a dû, plus tard, avoir honte de laisser subsister la trace de ces actes de foi. Comme pour toutes les dates vraiment capitales dans nos sanglantes annales, les procès- verbaux, ainsi que je l'ai déjà remarqué, font défaut pour le semestre judiciaire de mai à octobre 1549 ^^\ En dehors de

(i) Voy. les no« 283 et 288.

(2) Les registres criminels du Parlement de Paris manquent en totalité ou en partie pour les années i53o à i535, i537, i53g, 1541, 1544, 1546, 1547, 1649, ^^^- ^^^ lacunes

cette source de premier ordre pour mon sujet, je n'ai pu recueillir que quelques notes. Elles donneront du moins une idée exacte de la crise terrible que la cause de la liberté de conscience traversa il y a juste 340 ans, pendant l'été de Tannée 1549.

Le 28 avril, le roi fait faire une procession générale à l'église du couvent des Augustins, qui avait été, comme on Ta vu, Tobjet de plusieurs visites domiciliaires. Ces processions étaient toujours l'indice d'une recrudescence de fanatisme clérical. Aussi lit-on dans les registres capitulaires, que celle-ci, suivie d'une prédication solennelle, devait demander à Dieu la «paix, l'union de l'Eglise, l'extirpation des hérésies et la révélation des sectateurs de la mauvaise doctrine^''». Le martyro-

remontent probablement au XVI^ siècle puisque je n'ai encore rencontré aucun arrêt de ces années dans les recueils d'extraits (généralement du 17° siècle) que j'ai pu consulter. Le martyrologe de Crespin, dont la première édition est de 1554, renferme seul quelques-uns de ces textes dont on ne retrouve plus les originaux. Ce qui semble prouver que ces lacunes ne sont pas l'effet du hasard, c'est que presque toujours les minutes correspondantes aux registres manquants, ont disparu en même temps que ces derniers, comme je l'ai constaté à plusieurs reprises.

(i) Arch. nat. LL. 248, p. 655. Le couvent des Augustins occupait le quai de la rive gauche entre les rues Dauphine et des Grands-Augustins.

loge de Crespin nous a conservé les noms de deux des victimes de cette Eglise si affamée de paix ! Le tourangeau Octavien Blondel , poursuivi à Lyon par la cupidité de Gabriel de Saconay, expia noblement, à Paris, la rétractation qu'on lui avait arrachée. Etienne Peloquin, de Blois, eut la langue coupée et fut brûlé à petit feu au cimetière Saint- Jean, pour être revenu de Genève et avoir tenté d'y conduire des luthériens que les opérations des conseillers Gayant et Lecoq n'avaient pas réussi à ramener au catholicisme ^'\

Relevons avec soin les motifs de ce dernier supplice. On y voit qu'on avait commencé à organiser clandestinement des convois d'émigrants. On lit, en effet, dans les registres du Conseil de Genève , que le 3 mai 1549 treize Français, dont neuf gentilshommes, présentent «requeste et supplicacion requérant leur permectre habiter». Ils venaient du Haynaut, de la Gascogne, de Noyon, du Berry, de la Bretagne, de la Bourgogne, du Bourbonnais, c'est-à-dire de toutes les contrées de la

(i) Grespin, op. cit., [, '>3'j. Etienne Peloquin fut pris avec sa compagnie dont faisait partie Anne Audebert qui souffrit aussi le martyre, à Château-Renard près Montargis.

France ('^. Or, s'il est incontestable que ces émigrations en masse sont un des symptômes caractéristiques de la violence des hautes marées réactionnaires, Tété de l'année 1549 fut plus cruel aux luthériens qu'aucune des saisons, inclémentes pourtant, que j'ai passées en revue depuis la mort de François P*". Ainsi le 27 juin «M. Jean de Budé de Paris supplie au nom de luy et de ses frères et de leur mère pouvoir habiter à Genève»; le 8 juillet, huit autres Français, le 19, cinq autres encore. Bref, M. Roget a pu constater que pendant cette seule année l'autorisation de résider à Genève fut accordée à soixante-douze de nos compatriotes fugitifs pour cause de religion '^\ Il n'est malheureusement que trop facile d'expliquer cette affluence inusitée jusqu'alors dans la cité de Calvin. Des fêtes d'un éclat merveilleux se préparaient à Paris dès le commencement de juin 1549. Après avoir été magnifiquement reçu dans plusieurs des prin-

(i) C'étaient les sieurs Pierre de Maldonade de Blaton, Guy de Serignat sieur de Tillac^ Lancelot de Montigny, Jean du Mas sieur de Lile, Martorin et François Buynard, Dieudonné de Bè:^e, Philippe de Cœgne, Antoine Papillon seigneur de Parey, et quatre Noyonnais {Opéra Calvin. t. XXI, Annales).

(2) Histoire du peuple de Genève, III, 108 ss.

— ex

cipales villes de Test et du sud-est, après avoir, en Piémont, cueilli sans grand péril la couronne de lauriers dont les artistes ceignirent dès lors son front, Henri II se préparait à faire son entrée solennelle dans sa bonne ville de Paris. Tout ce que Fart, la richesse et Taccès de «loyalisme», qui naît spontanément des promesses d'un nouveau règne, pouvait inspirer, fut organisé et mis à contribution avec une prodigalité, un luxe véritablement inouïs. Ce n'est pas ici le lieu de décrire ces somptuosités, qui furent, dans le domaine de l'art et des lettres, le triomphe de la Renaissance et dont le souvenir, précieusement et curieusement transmis à la postérité, restera toujours attaché au nom de Henri II ^'\ On savait combien le roi tenait à son titre de très chrétien. De là l'idée , chez tous ceux qui rivalisent de zèle à cette occasion, de faire leur cour aux dépens de ces maudits, de ces galeux, de ces

(i) On connaît le rare in-quarto illustré : C'est Vordre quia esté tenu à la nouvelle et joyeuse entrée que très hault, très excellent et très puissant Prince, le Roy très chrestien Henry deuxiesme de ce nom, a faicte en sa bonne ville et cité de Paris, capitale de son Royaume, le sei'^iesme jour de juin MDXLIX. Paris, Jean Dallier. Un exemplaire accompagné de l'entrée de la reine, et d'une plaquette racontant son couronnement, se trouve à la Bibl. nat. ms. Fr. Sioy.

hérétiques. De là, comme au temps des Césars, ces échafauds dressés à côté des arcs de triomphe et des estrades enguirlandées, ces bourreaux circulant au milieu des gentilshommes revêtus de costumes étincelants, ces tombereaux chargés de prisonniers émaciés, ensanglantés, qui traversent la foule ivre de joie, de spectacles et d'acclamations !

Le couronnement des fêtes eut lieu quinze jours après l'entrée proprement dite du i6 juin, suivie de celle de la reine, le i8. «Adverty qu'il y avait plusieurs hérétiques et sacramentaires prisonniers au Palais », Henri II ne crut pas pouvoir mieux témoigner de son horreur pour cette fâcheuse nouvelle qu'en ordonnant une procession expiatoire «de l'église et paroisse Monsr Saint-Pol à Nostre-Dame de Paris ^'^ ». Le prélude de ce spectacle grandiose se joue le 3 juillet au parvis Notre-Dame. A 6 heures du matin la cloche appelle les fidèles à la messe, rapidement expédiée, puis la foule s'assemble autour d'une vaste estrade sur laquelle apparaissent bientôt trois prêtres imbus de la doctrine hérétique. Observant un cérémonial fort long , écœurant et surtout humi-

(i) Registres du Bureau de la Ville de Paris, III, 184.

liant au possible, les hauts dignitaires de rÉglise procèdent ensuite à la dégradation symbolique, méthodique et graduelle de ces apostats.

D*où étaient-ils, que leur reprochait-on? On ne connaît d'une manière certaine qu'un seul de ces réprouvés. Florent Venot, de Courgivaux, près de Sézanne en Brie, était en prison depuis quatre ans. Nos arrêts nous apprennent seulement que, le 7 août 1548, le Parlement l'avait renvoyé comme prêtre à l'évêque de Paris ^'\ qui devait le juger pour le « délit commun», c'est-à-dire déterminer l'hérésie de ses opinions, et avait désigné les conseillers Antoine Lecoq et Nicole Chevalier pour assister l'évêque dans le jugement du «cas privilégié ^^^ ». Le scandale que ce prêtre avait donné, avec cinq autres, dut être considéré comme particulièrement grave, puisque, pour obtenir une

(i) En même temps que Florent Venot, cet arrêt mentionne comme accusés du même crime, «maistre Jehan Renoul, maistre Jehan Baudin, carmes, frères Anthoine Douvillier, Julien Hocqueton, cordeliers, et maistre Hubert Bocheteln. Aucun de ces noms ne reparaissant plus dans les registres, on peut en inférer que ces religieux partagèrent le sort de Florent Venot, à moins toutefois qu'ils n'aient abjuré. (N» 1 10.)

(2) Voy. l'explication de ces termes, plus haut, page LXXIV.

rétractation, le martyrologe nous apprend que le malheureux fut mis dans un affreux cachot où l'on ne pouvait être, «sinon sur le bout des pieds, le corps estant couché (')». Contrairement à l'attente des juges , qui savaient qu'aucun prisonnier n'avait encore pu endurer cette chausse à l*hippocras plus de quinze jours sans mourir ou devenir fou, Florent Venot en triompha pendant six semaines. Il avait donc fallu — extrémité à laquelle on a vu qu'on évitait de recourir — se résigner à montrer une fois de plus au public que ses conducteurs les plus respectés étaient aussi accessibles à la vérité de l'Evangile et aussi capables d'en subir les conséquences, que les gens du peuple qu'on faisait passer pour égarés par leur ignorance, leur présomption ou leur perversité.

Le lendemain, jeudi 4 juillet , dès 7 heures du matin, le Parlement au grand complet, en robe et chaperon d'écarlate fourré de menu ver, Pierre Lizet en tête, accompagne à pied

(i) Crespin,Ojp. czï., I, 540. Voici comment, dix ans plus tard, F. iMorel décrivait cette prison à Calvin : a Fossa quae similis est turbini, ideoque a forma dicitur la poche d'hypocras, illic nec stare nec sedere, nec cubare licel, adeo paulatim erasiim in angustum contrahitiir : hoc omnes, si nihil aliud, certe illuvies, sitiis, fœtor, brevi conficiet nisi mirabiliter Dominus adfuerit.->y {Opéra Cal. XVII, 633).

les reliques delà Sainte-Chapelle jusqu'à Saint- PauH'^ où Henri II et Catherine de Médicis arrivent vers lo heures. Au centre du cortège, sous un dais resplendissant, était porté le Saint-Sacrement autour duquel le cardinal de Guise, les ducs de Guise et d'Aumale se distinguent au premier rang et que suivent immédiatement leurs majestés ^'■\ A Notre-Dame, c'est encore le cardinal qui célèbre la messe solennelle, puis on se réunit au palais épiscopal où le festin avait été préparé. Au dessert, au nom des prélats et de l'Église, le cardinal, toujours lui, ouvre la série des toasts. Le premier président parle ensuite au nom de la justice. Leurs discours ne nous ont pas été conservés, mais les noms de Charles de Lorraine et de Pierre Lizet disent assez quel put en être le sens. Après eux se lève le prévôt des marchands, Claude Guyot. On voit par sa courte harangue qu'il n'avait

(i) Cette église était située à droite, dans la rue St. Antoine (en allant à la Bastille) en face de u l'hôtel du prévôt de Paris ». Le roi habitait à ce moment le palais des Tournelles, près de la Bastille, à gauche de la même rue.

(2) Une description de la procession se trouve dans Félibien, les Registres du Bureau déjà cités (III, i83) et ailleurs encore. Mais ces descriptions ne disent presque rien des exécutions.

été question dans les précédentes, que des hérétiques :

« Sire, le simboUc et devise que votre bonne Ville

de l^aris a porté d'ancienneté, et porte encore de

présent : itng Dieu, ung Roy, nue foy, une /q)*, témoigne suflisaniniont de la religion et vie catholique des

habitants d'icelle Vous suppliant très humblement,

Sire, croire que les mauvais chrestiens et perturbateurs de l'unyon et concorde eclésiastique, lesquelz se pourroient trouver en la multitude infinye du peuple atïluant de toute pars audict Paris, se l'on en veult informer à la vérité, seront congneuz entre tous, estrangers, non extraitz ne advouez du nombre des habitants de votre dicte bonne Ville, laquelle, par la grâce et bonté divine, avec vostre bon ayde, Sire et de voz prédécesseurs, a esté jusques aujourd'huy préservée de recevoir faulces doctrines et erreurs contraires à la foy. Aussi ne se trouvera il, Sire, autre ville ne lieu en ce monde, où il se face plus diligente inquisition contre les gens notez et suspetz de mauvaise vie, ne où par justice ilz soient plus promptement corrigez et puniz de leurs démérites» (i)

A ces protestations dont la dernière partie n'était que trop vraie, le roi réplique, non pour calmer, mais, au contraire, pour exciter encore ceux qui ne rêvaient que carnage. Il exhorte, en effet, premièrement le clergé,

(i) Registres, ut siiprà, p. i83.

à continuer ses prières à Dieu et aux saints pour la destruction des hérétiques, ajoutant que, pour sa part, il en avait résolu l'extirpation, et n épargnerait au besoin pas même ses proches, puis il recommande aux Sorbonnistes de travailler au même but au moyen de prédications, et enfin aux magistrats de faire prompte et exacte justice de tous ces criminels ainsi que de leurs adhérents. — Le cardinal clôt éloquemment la série de ces toasts et le repas s'achève au milieu d'une ovation enthousiaste des convives ^-^\

Pendant ce festin, des escouades d'ouvriers achevaient de donner à diverses places de la capitale un aspect conforme aux harangues

(i) Je n'ai trouvé ce résumé du discours du roi que dans les registres capitulaires de Notre-Dame (Arch. nat. LL. 248 p. 729 et 730) : . . . Exhortans primo clerum deo et eiiis sanctis preces fundere et continuare pro eius prosperitate ac extirpationibus hujusmodi herescos et secte Lutherane, siibjungens quod sud virili parte liane pestent extirpari decreveral nec ciijusquam etiam propinquis sui sanguinis parcere, deinde facultaiem théologie suis predicationibus et monitis populum a talibus avertere et ilhim ad veram fidem catholicam inducere, postremo statum justicie secularis de talibus predictis hominibus et eorum fautoribus celèrent justiciam exacte facere et causant dontini viriliier tueri et defendere. Qua exhortalione finita reverendissimus dominas cardinalis a Guysia pro clero elegantissimam orationem habuit ad regem... après quoi, gratias egerunt omnes...

qui venaient d'être prononcées. Ils avaient dressé des potences, des échafauds et des bûchers au parvis Notre-Dame, au cimetière Saint-Jean-en-Grève, et, devant Sainte-Catherine-du-Val-des-Ecoliers^'\ en face d'un superbe arc de triomphe « en manière d'H » que Jean Goujon avait peut-être dessiné; puis, sur la rive gauche, à la place Maubert. Au moment où les invités de l'évêque quittent son palais, les flammes éclairent vivement la façade de la basilique, et l'imposant cortège put contempler l'agonie de deux des prêtres obstinés qui avaient été dégradés la veille; l'un d'eux, sans doute Léonard Galimar, de Vendôme, condamné pour le même crime qu'Etienne Peloquin ^^\ Le même spectacle se reproduit ensuite au cimetière Saint-Jean, et devant Sainte-Catherine, où le roi s'arrêta à l'hôtel du sieur de Rochepot ^'\ Ce n'était pas

(i) Le marché de la Culture Sainte-Catherine remplace aujourd'hui l'ancien prieuré de Sainte-Catherine-du-Valdes-Écoliers.

(2) C'est-à-dire, pour avoir organisé l'émigration de quelques familles. — L'évêché était derrière Notre-Dame.

(3) Il est très difficile de fixer d'une manière certaine le nombre des lieux d'exécution et des martyrs exécutés à la suite de la procession du 4 juillet. Le greffier du Parlement mentionne seulement «aucuns condamnez au feu pour crime d'hérésie tant au parviz Nostre-Dame que en

comme à Notre-Dame, un prêtre qui eut rhonneur de satisfaire la curiosité royale, mais un pauvre ouvrier « cousturier » , appelé le tailleur du roi parce que ce dernier avait voulu, quelques jours auparavant, l'entendre discuter avec Tévêque de Mâcon, Pierre du Châtel^'\

la place devant sainte Catherine». Les Registres du Bureau de la Ville disent: «furent bruslez lesd. hérétiques partie à la place Maubert, partie au cimetière saint Jehan et partie en la rue Sainct-Antoine où le Roy assista et les veit brusler et feist admonnester d'eulx convertir». Les Registres capitulaires parlent de trois prêtres brûlés avec plusieurs autres ennemis de la foi catholique, dont deux (prêtres) au parvis Notre-Dame, et les autres obstinés sur les places publiques de Paris. Crespin, dont le premier récit est postérieur seulement de 5 années, raconte longuement le supplice du «couturier» à la Culture sainte Catherine, et ajoute que trois autres furent brûlés sur les places de Grève, Maubert et des Halles. On voit que la note des registres capitulaires est la plus explicite. Ln la rapprochant des trois autres textes, on arrive à fixer les places au minimum de quatre, et les victimes à cinq ou six au moins, sept ou huit au plus (très sacerdotes cum certis aliis). De Thou {Hist. un. l, 38o) dit aussi que le roi « viV en passant le supplice de quelques malheureux condamnés au feu pour la doctrine de Luther», et ajoute: «Il lui fallut, en cette occasion faire violence à son naturel doux, humain, et ennemi de la cruauté, pour seconder la passion de quelques-uns des principaux de sa suite, qui le portèrent à repaître ses yeux de cet afireux spectacle ». N'est-ce pas une allusion voilée à l'effet du supplice du couturier?

(i) Au témoignage de VHist. eccles,, Pierre du Chatel ou Chastelain avait commencé par incliner vers la Réforme. On racontait qu'en prononçant l'oraison funèbre de Fran-

et n'avait pas été peu surpris et même indigné de Tà-propos de ses réponses et surtout de l'apostrophe véhémente que s'était attirée « la grande sénéchalle », qui avait voulu avoir sa part de ce divertissement:

« Contentez vous, Madame, d'avoir infesté la France, sans mesler vostre venin et ordure en chose tant saincte et sacrée comme est la vraie Religion et la vérité de nostre Seigneur Jésus Christ »... Sur le

bûcher « le patient persévéra constamment et

ayant aperceu le Roi, le regarda si fort qu'il n'en seut estre nullement destourné ; mesme le feu estant allumé, il avoit l'oeil tant arresté à ce regard que le Roi fut constraint de quitter la fenestre et se retirer tellement esmeu que gens dignes de foi ont ouï, qu'il lui sembloit que ce personnage le suyvoit; et de grande appréhension il en fut quelques nuits que ce spectacle lui venoit au devant. » '0

çois I«'", il lui était échappé de dire que l'âme de ce bon roi était allée droit en Paradis. La Sorbonne s'en formalisa, mais l'habile homme répliqua qu'il avait mieux connu le feu roi que toute la Sorbonne, et «qu'elle seroit peut-estre bien aise d'apprendre que ce prince n'ayant jamais aymé à demeurer longtemps dans un lieu quoyqu'il s'y trouvast bien, il n'y avoit pas beaucoup d'aparence qu'il se fût beaucoup arrêté en purgatoire, si ce n'avoit esté pour faire collation)) (Bibl. nat. ms. Fr. 6197, fol. 26).

(i) «De sorte qu'il fit serment que jamais plus il n'en verroit ni n'escouteroit, et que ce plaisir lui avoit esté bien cher vendu » (Crespin, op. cit, I, 53g). Si ce serment a été fait, il ne fut point tenu, car, huit ans plus tard, le 14 mai

Le dernier de ces auto-da-fés qui coûtèrent la vie à six ou sept victimes au moins, eut lieu vers 3 heures de l'après-midi, place Maubert. On y avait amené Florent Venot, après l'avoir fait assister, à cause de son obstination exécrable, aux précédents supplices. Les horribles tortures qu'il avait subies, avaient brisé le corps de ce héros, mais, comme il l'avait prédit, « Dieu lui fit la grâce de persévérer jusques à la fin, et de bénir son saint nom en sa mort ^''».

i557, on amena au roi, sur son ordre, un hérétique nommé Brison, qui se laissa persuader par le cardinal de Lorraine, «qu'il feroit ce qu'il plairoit au roi luy commander». Et Henri II consentit... à le faire enfermer pour toujours entre quatre murs, à l'abbaye Saint Victor (Bibl. nat. Ms. Brienne 2o5, fol. 141). On a ici, dans tous les cas, un échantillon authentique du «naturel doux» de ce souverain. — Quant au «couturier», ajoutons que son histoire paraît pour la première fois dans la i™éd. latine du Martyrologe (i536, p. 287), où l'on raconte qu'il fut arrêté dans sa boutique de la rue Saint-Antoine, parce qu'il y travaillait un jour de fête catholique.

(i) Après avoir raconté le supplice du tailleur du roi «à Vissue d'une procession générale (I, 53q), Crespin consacre deux articles séparés à Florent Venot et à Léonard Galimar, qu'il dit avoir été exécutés /<? g juillet, après plusieurs autres. J'ai d'abord été tenté d'admettre deux séries de supplices, l'une le 4, l'autre le 9 juillet, d'autant plus que dans les dernières éditions du Martyrologe, cette dernière date est donnée en toutes lettres. Mais en recourant à l'édition originale (i554), qui n'est que de cinq années

Lorsqu'à Genève, au lieu des « mesnages » que Galimar s'était proposé d'y conduire de Blois ^'\ on vit arriver la nouvelle de sa fin et de celle de ses compagnons de souffrance, un cri de douleur et d'indignation s'échappa de la plume de Calvin : « Le roi de France, écrit-il le 19 juillet à son vieil ami Farel, ne discontinue pas dans sa démence. N'a-t-il pas voulu récemment contempler en personne le supplice de deux martyrs ! Veuille le Seigneur dompter, par sa puissance, une férocité aussi épouvantable <'^». — Prière que Dieu devait exaucer, mais bien tardivement, la liberté de conscience n'ayant pu fixer ses racines dans notre sol

postérieure à ces événements et qui ne renferme pas encore le récit du «couturier», j'y ai vu d'abord que le 9 est un tout petit chiffre qui pourrait bien être une erreur d'impression , et que l'article place en réalité le supplice de Venot « un jour de procession et pompe solennelle ordonnée par le Roy après son entrée en la ville de Paj'isn (fol. 647), phrase qui a ainsi été modifiée plus tard : a En ces pompes et festins solennels ordonne^ pat- le Roy après son entrée >y (éd. de Toul. I, 640) , ce qui est beaucoup moins précis.

(i) II avait été pris près de cette ville, à Chéry (Crespin I, 541).

(2) Calvini opéra XIII, n» 1228. Ce passage, qui fait évidemment allusion au supplice du «couturier», semble indiquer qu'il ne fut pas seul brûlé devant Sainte-Catherine. On peut, donc admettre qu'il y eut deux exécutions sur chacune des quatre places.

pourtant généreux, que lorsqu'il eût été fécondé pendant des siècles par les larmes, le sang ou les cendres de milliers de Français! Si les fouilles historiques ne sont pas encore assez avancées pour qu'on puisse dire qu'en 1549 l'exemple de Paris fut suivi dans tout le royaume, elles permettent pourtant d'affirmer que les parlements de Rouen et de Bordeaux, rivalisèrent de zèle avec celui de la capitale. A Rouen, l'hérétique était considéré comme un criminel tellement infâme qu'il n'était même plus admis à ouvrir la bouche pour se défendre devant ses juges ^'\ L'on peut se faire, d'autre part, une idée du nombre des criminels de cette catégorie lorsqu'on voit que le 27 août 1549, au seul couvent des Augustins de cette ville on trouva jusqu'à trente-deux religieux suspects (^'^. — A Bordeaux, le 11 septembre, des mesures exceptionnelles furent prises pour retrouver les hérétiques oubliés et leurs dossiers égarés lors des troubles de la gabelle ^^\

(i) Quelqu'incroyable que paraisse ce fait, il résulte de ce que les 24 et ib sept. i35i, lorsque le parlement de Rouen enregistra Pédit de Chateaubriant, il ordonna que les accusés d'hérésie «seroient veus et entendus par leur bouche», (Floquet, oip, cit., II, 257).

(2) Ibid. II, 228.

(3) Gaullieur, op. cit., io3.

A Paris, on était loin, du reste, d'en être débarrassé. Le conseiller Pierre Hotman dut retourner à Beaugency où il avait déjà une fois été envoyé. Il y séjourne plus d'un mois, du i6 septembre au 27 octobre ^'^; on ne connaît que les derniers résultats de cette mission, grâce au registre criminel du semestre de novembre 1549 à avril 1550. Une dizaine d'arrêts y sont, en effet, consacrés à cette petite ville. En les parcourant on verra que Jean Cochet y paya de sa tête son indépendance religieuse, le 21 novembre ^^^; et de même qu'à Amiens on cherchait vainement à entraver les opérations interminables de Jean de Therouenne, de même les pacifiques baucerons finirent par résister à l'homme qui n'avait pu empêcher son fils aîné d'embrasser ouvertement la cause désespérée des victimes de son père ^5). — Dans la capitale même, un émule du tailleur du roi, Jacques Duval, expia par le feu (14 décembre), toujours place Maubert^ le crime de s'être trop nourri d'un petit livret intitulé les Chansons spirituelles, qui fut, du reste, aussi consumé en sa présence.

(i) Voy. le no 33S. Il paraît difficile de confondre cette mission avec celle de l'année pre'ce'dente. (2)N<>^09.

(3) Voy. le nM/5.

— A Tours , un seul arrêt ne signale pas moins de quatre fugitifs, dont il donne les noms, et plusieurs autres ('^, etc.

§ H- î'ébit bu \^ novembre 1549. Ca mort be 2narguente b'^lngoulême, {2\ bée)

.^ a rigueur extrême avec laquelle on avait j^ procédé depuis l'institution de la chambre ardente et qui fut cause que ce nom resta à la Tournelle encore quelque temps après que la « chambre particulière » eût été supprimée, devait produire une réaction. Elle fut passagère, il est vrai, et peu prononcée, mais elle n'en marque pas moins un temps d'arrêt qui me permet de clore momentanément cette étude. C'est l'édit du 19 novembre 1549 qui fournira la preuve de cette réaction, et, par conséquent, des résultats excessifs des mesures antérieures.

En les résumant, cette nouvelle loi sur l'hérésie prétend que l'ordonnance interprétative

(i)No^ J/7 et.? 26'.

de l'édit de Fontainebleau, donnée le 23 juillet 1543, laquelle autorisait aussi bien les prélats et inquisiteurs, que les juges séculiers, à informer contre les suspects et à les faire décréter d'ajournement ou de prise de corps, n'était pas observée parce qu'elle n'avait été ni publiée ni vérifiée ^'\ Il en résulte, continue l'édit, que les « prélats diocésains contendent avec les cours et juges (séculiers) de leurs pouvoirs et juridictions pour leur particulier, délaissans à satisfaire et entendre à un bien général universel ^^^ ». Ce qu'il y a de plus clair dans cette explication, c'est que le clergé se plaignait de l'ingérence de la juridiction laïque dans un domaine qui était, disait-il, de sa compétence exclusive. Abandonner à des laïques la poursuite et surtout le châtiment d'une faute essentiellement religieuse, c'était priver l'Eglise de l'exercice d'un droit et d'un pouvoir qu'elle prétendait lui appartenir en propre. Voilà le grief officiel, logique de la part d'un corps aussi jaloux que l'Eglise catholique du moindre de ses privilèges.

(i) Elle fut pourtant enregistrée au Parlement de Paris le 3o juillet, suivant l'apostille du texte donne'e par Isambert, voy. plus haut, p. XXVIII.

(2) Voy. Loix, ordonnances, etc. fol. 3io ss.

— ex XVI —

Mais pourquoi ce grief fut-il articulé et surtout écouté à ce moment? En réalité, l'Eglise trouvait que la méthode suivie pour la répression de l'hérésie, dépassait le but. Pourquoi, comme on l'a remarqué, s'efforçait-elle de soustraire les ecclésiastiques aux rigueurs de la justice? Mieux que personne elle savait que la cendre des bûchers fécondait le sol de l'hérésie. La patience, la constance, la joie même qui éclairaient le front, illuminaient le regard de tant de martyrs, valaient des centaines de prédications, de livres, de conventicules, secrètement tenus, lus ou entendus. De sorte qu'au milieu du peuple l'indépendance de la pensée, de la conscience, la liberté en un mot, croissaient en raison directe de la férocité déployée pour l'extirper. Ce n'est pas, — on le savait du reste — qu'elle répugnât au fer et au feu; mais elle sentait grandir la désaffection, la révolte même et il lui importait beaucoup plus de retenir les dévoyés dans son sein, — ne fût-ce que pour la forme — que de les exterminer pour voir grandir leur nombre ^'l

(i) S'il m'est permis de citer à l'appui de cette affirmation un fait historique postérieur, je ferai remarquer que jamais l'Église ne fut plus puissante en France qu'à la fin du

Henri II écouta favorablement ces doléances et son édit déroge à celui de 1540 en ce qu'il ne laisse plus aux baillis, sénéchaux et juges présidiaux que le droit d'informer contre les hérétiques et de les décréter de prise de corps. Au lieu de les remettre ensuite, avec leurs procès, comme l'avait ordonné François P"", aux Parlements, ils devaient les renvoyer aux juges d*Église. Ceux-ci terminaient seuls le procès, sauf lorsqu'il y avait cas privilégié, c'est-à-dire lorsque l'accusé avait manifesté publiquement ses opinions hétérodoxes. Dans ce cas, le procès était terminé par le Parlement. En conséquence les juges d'Eglise qui ne pouvaient faire appréhender les personnes « hors de leur prétoire » , étaient autorisés, mais seulement pour cause d'hérésie, à les

XVII*' siècle. Comment s'est-elle débarrassée de la R. P. R. ? N'est-ce pas avant tout, au moyen de mesures destinées à lasser, à épuiser la patience, la force de résistance, l'énergie de la volonté chez les huguenots ? Nous savons tous qu'il n'en fallut pas moins, lorsqu'on toucha le roc, recourir à la mine, c'est-à-dire à la violence et à la barbarie; mais on attendit plus de 20 ans avant de s'y résigner, et lorsqu'on rencontrait des résistances désespérées, c'est loin des yeux delà foule, au banc des galères, derrière les remparts de l'ile Sainte-Marguerite ou des épaisses murailles de la Bastille, de la tour de Constance et de cent autres prisons, qu'on étouffait les protestations ou les sanglots des victimes.

faire saisir n'importe où, « par leurs appariteurs», sans la permission du juge séculier qui était au contraire tenu d'exécuter leurs décrets.

Le Parlement de Paris discuta cet édit le 29 novembre, et ne l'enregistra qu'avec des restrictions significatives. Il n'était plus permis désormais, aux juges d'Eglise, de condamner un hérétique à une amende pécuniaire, ni d'ajouter à la sentence définitive les mots : Salvâ misericordiâ domini^^^. Ces réserves montrent que le Parlement désapprouvait les peines autorisant en quelque sorte l'hypocrisie religieuse puisqu'elles permettaient aux coupables d'échapper au châtiment moyennant une rançon ou quelqu'autre concession. Il restait entendu, selon lui, que l'hérésie est un crime qui doit être expié. — Une déclaration complémentaire vint, du reste, calmer quelques-unes des susceptibilités de la Cour. Le roi lui envoya, le II février 1550 des lettres patentes ^^^ l'auto-

(i) Sauf la miséricorde du Seigneur.

(2) Loix ^ordonnances, tX.zAcA.Z'ih. Ces lettres furent suivies, le 22 juin i55o d'une déclaration par laquelle le roi déchargeait Matthieu Ory de la communication qu'aux termes de l'édit de Fontainebleau il était tenu de faire, de ses procès, aux tribunaux séculiers, «se contentant qu'il les communique aux ordinaires diocésains ou leurs vicaires, et

risant, pour les cas où les juges séculiers s'acquitteraient mal de leur mission , à la faire exécuter, à leurs frais ^ par un de ses conseillers ^'^

On commença à exécuter cet édit, à Paris, à partir du 8 janvier 1550 ^^^. Il eut pour effet de vider la Conciergerie de tous les prévenus d'hérésie simple, c'est-à-dire auxquels on ne pouvait reprocher que leurs opinions. Sait-on combien il y en avait à cette date qui furent renvoyés à leurs évêques respectifs, généralement «sans préjudice de la juridiction de celui de Paris»? ^5) Soixante-six. — Après toutes les condamnations qui s'étaient succédé depuis moins de trois ans, ce chiffre en dit long sur l'activité du Parlement et des juges subalternes,

luy confirmant de nouveau son pouvoir pour révocquer les errans par bonne doctrine, et saincte remonstrance, recevoir les pénitens à grâce et miséricorde, corriger et punir les obstinez. » Cette déclaration, donnée à Saint-Germain en Laye, fut vérifiée au Parlement le 14 janvier i55i, « à condition de communiquer aux juges royaulx aux cas privilégiés » (Bibl. Nat. Ms. Brienne 2o5, fol. 107).

(i) Il va sans dire que cette autorisation expresse permettait aussi au Parlement de contrôler indirectement les opérations des tribunaux ecclésiastiques dont il supportait difficilement l'indépendance.

(2) Voy. les arrcts à partir du n» 340.

(3) Sans doute, parce qu'à la Conciergerie les prisonniers étaient sur le territoire religieux de l'évêque de Paris.

et aussi sur la rigueur avec laquelle les édits étaient observés. Car si tous ces prévenus attendaient depuis des mois, quelques-uns depuis des années , une sentence définitive, c'est qu'on n'avait pu leur reprocher que des opmî07is, tout au plus peut-être quelques propos malsonnants, autrement leur procès n'eût pas traîné , et surtout il n'y eût pas eu lieu de les renvoyer, aux termes de la nouvelle loi, aux évêques. Les diocèses les plus chargés étaient celui de Chartres, auquel n'appartiennent pas moins de dix luthériens, dont un prêtre, et celui d'Orléans, auquel on en attribue huit.

On vit donc passer, vers la fin de janvier 1550, sur toutes les routes qui menaient de la capitale aux résidences épiscopales des provinces environnantes, des convois de prisonniers qui allaient échanger les fers de la Conciergerie pour ceux des officialités. Que devinrent-ils? Mystère. De toutes les pièces de procédure, de tous les registres judiciaires que nous ont légués les siècles passés, les plus rares, les plus introuvables, sont ceux des tribunaux ecclésiastiques. Il semble que là tout se soit passé dans l'ombre et y ait été enseveli pour toujours. Ce n'est pas une des moindres causes de la crainte salutaire inspirée par la

ex XXI

politique eléricale, que le silence mystérieux planant sur tant d'existences qui ont essayé de résister à son autorité spirituelle ou temporelle. Et c'est certainement aussi une des raisons pour lesquelles la royauté et le peuple français ne virent jamais de bon œil cette autorité armée d'un pouvoir discrétionnaire. Même Henri II allait, dix-huit mois plus tard, retirer une partie de ses concessions par l'édit de Chateaubriant ^'\

Ce récit ne serait pas complet si je ne mentionnais un dernier fait, qui marque d'ailleurs à sa manière la fin de cette première moitié du XVP siècle. — Le jour même où l'un des prélats qui en caractérisent le mieux la physionomie à la fois libérale et rétrograde, le cardinal-évêque de Paris, Jean du Bellay ^^\ mourait à Rome, le samedi 15 mars 1550, le chapitre de l'Eglise qu'il avait administrée pendant près de vingt ans délibérait sur les mesures à prendre pour la célébration solennelle d'un autre service funèbre. Le trésorier

(i) Qui est du 27 juin i53i. Voy. France prot., X, 17.

(2) Il ne fut jamais considéré comme un catholique intransigeant ; je publierai un jour une pièce bien caractéristique de lui, à cet égard.

Pierrevive venait de recevoir à cet efifet de Henri II une somme de 200 livres tournois et des parements de soie pour les trois autels de la basilique. Ce service fut fixé au mardi 19 mars et était destiné au rachat et salut de Tâme de défunte Marguerite, reine de Navarre ^'K

On ne s'attend pas à ce que j'énumère tous les services que la Marguerite des Marguerites avait rendus à la Réforme à son origine, ni que j'explique comment elle était parvenue à concilier ses opinions, assurément très avancées, avec le culte catholique, auquel elle ne renonça jamais. Après avoir protégé de tout son pouvoir presque tous ceux qui subirent plus ou moins courageusement le premier choc de la persécution, elle avait déçu les grandes espérances qu'ils avaient placées en elle ^^\ et s'était peu à peu complètement retirée de la lutte pour se confiner dans l'exercice de la charité et d'une piété essentiellement mystique et contemplative.

(1) Arch. nat. LL 248, p. 854.... pro remedio et sainte anime defuncte....

(2) Voy, sur ce point, la recommandation caractéristique faite aux de'putés Strasbourgeois qui e'taient chargés, en nov. ib39 de plaider la cause des protestants français {Calv. op., Xb, 429).

Elle vit François P'^ pour la dernière fois dans les premiers mois de l'année 1546 ^'\ Essaya-t-elle alors , comme jadis , de l'amener à une piété moins intermittente et plus efficace? Elle ne put, hélas! même incliner à la clémence ce cœur égoïste et mobile, puisque l'Eglise de Meaux, fruit de son premier amour religieux, et dont elle connaissait certainement plus d'un fidèle, périt presqu'entièrement dans l'hécatombe du 7 octobre de cette même année! Et six mois plus tard, la nouvelle inattendue de la mort de ce frère adoré vint assombrir, sans retour désormais, son cœur si compatissant. Pendant 40 jours elle ne quitta pas sa retraite du monastère de Tusson, et ce cri de détresse s'échappe de sa lyre:

Je n'ay plus ny père ny mère

Ny sœur ny frère, Sinon Dieu seul auquel j'espère.

Il appartenait à Henri II de blesser encore par des procédés indélicats cette âme sensitive et si éprouvée. Grâce à lui, elle connut un instant la gêne, puisqu'il tarda plusieurs

(i) Consultez pour ce qui suit : H. de la Ferrière-Percy, Marguerite d'Angouléme, son livre de dépenses, Etude sur ses dernières annés (1540- 1549).

mois à lui faire servir sa pension, et, pis que cela, Toutrage, puisqu'il fit même décacheter sa correspondance par son ancien ami, le connétable ^'K Uantipathie qu'elle avait osé manifester pour le mariage de sa fille Jeanne avec Antoine de Bourbon avait été le prétexte de cette grossièreté. Elle avait néanmoins assisté, le 20 octobre 1548, à ces noces ^■^\ et Henri II s'était vengé de ses tergiversations en diminuant d'un tiers le traitement promis par lui à son gendre '5). — Toutes ces avanies l'achevèrent. — Les nombreux témoignages d'affection qu'elle recueillit à l'arrivée de Jeanne d'Albret en Béarn au commencement de l'année suivante, furent sa dernière joie, et les nouvelles qu'elle reçut de la sanglante procession du 4 juillet, probablement sa dernière douleur. Elle cessa en effet, vers la fin d'août 1549 , de s'occuper d'autre chose que de sa mort, qui survint le 21 décembre ^'^^ pendant qu'elle répétait trois fois le même nom de Jésus, qu'au témoignage de Duchâtel, François P*"

(i) Ibid., p. 114.

(2) Qui furent célébrées à Moulins où Marguerite suivit le roi auprès duquel elle avait été en Dauphiné et à Lyon.

(3) La lettre que Henri II écrit à cette occasion, vaut la peine d'être lue. (La Perrière, op. cit. 126-127).

(4) A Odos en Bigorre.

avait aussi balbutié en expirant. Fin mélancolique , mais paisible , d'une vie consacrée aux plus nobles soucis et dont les derniers jours réalisèrent les pieuses aspirations que révèlent ces beaux vers :

Je cherche aultant la croix et la désire Comme autrefois je l'ai voulu fuir; Je cherche aultant par tourment d'en jouir Comme autrefois j'ay craint son dur martyre ; Car ceste croix mon âme à Dieu attire : C'est le chemin très seur pour l'aller voir, Parquoy les biens qu'au monde puis avoir Quitter je veux, la croix me doibt suffire.

Avec les regrets des meilleurs esprits de la Renaissance et de la Réforme naissante ^'\ Marguerite emporta dans sa tombe les espérances de tous ceux qui avec elle avaient rêvé une Eglise catholique acceptant, réalisant cette Réforme et subissant de bonne grâce la liberté. Et la mesquinerie avec laquelle Henri II fit célébrer les obsèques de sa tante à Notre-Dame

(i) Y compris Calvin qu'on représente quelquefois comme un de ses détracteurs, et qui, en i545, à une époque où il ne pouvait plus espérer qu'elle changerait d'attitude, lui rendait ce témoignage : «Je cognois les dons que nostre Seigneur a mys en vous, et comment il s'est servy de vous, et vous a employée pour l'advancement de son règne, lesquelles choses me donnent assez d'occasion de vous honorer et avoir vostre honneur en recommandation n {Opéra, XII, 65).

de Paris ^'\ montrait bien le mépris professé en haut lieu pour ces poétiques utopies si cruellement démenties par l'implacable logique de la réalité !

§ \5. Conclusion*

v^orsqu'on jette un coup d'œil d'enyf semble sur les faits que je viens de soumettre au lecteur, il s'en dégage, si je ne me trompe , une première remarque : Sauf un court moment de répit après la mort de François P'^, la répression de l'hérésie, disons mieux, de la hberté religieuse, suit une progression ascendante pendant ces dix dernières années de la première moitié du XVP siècle. On est déjà loin du temps où Ton espérait le triomphe de cette liberté, parce que son souffle puissant envahissait jusqu'au cœur du roi , jusqu'à l'enseignement de l'Université ou même de l'Eglise. De bonne heure cette dernière avait compris le danger pour ses pré-

(i) Il dépensa ioi.333 livres 12 s. 3 d. t. pour les obsèques de François I^"^ (Tardif, Cartons des rois, n° 3 102).

tentions, d'un principe qu'elle n'admit jamais. Sa résistance acharnée avait peu à peu creusé un abîme entre ceux qui luttaient pour cette liberté et ceux qui, au début, avaient été leurs complices plus ou moins inconscients.

La politique et une certaine morale, des engagements productifs ^'^ et des dispositions personnelles avaient eu raison des hésitations de François I'''". L'heure favorable qu'il laissa passer avec une sorte de parti pris insouciant ne devait se représenter qu'une dernière fois, à la fin du siècle, pour l'héritier de quelquesunes des grandes qualités de sa sœur ^^\ Et quant à Henri II, non seulement il ne connut jamais les hésitations ni les éclairs de générosité de son père; mais, grâce au cardinal de Lorraine, il crut sincèrement qu'il n'y avait pas de pires criminels que les premiers apôtres de la liberté. — Dominée par l'esprit clérical, conservateur ou plutôt réactionnaire à outrance, l'Université était devenue l'adversaire fanatique de toute innovation; et, comme on l'a vu plus haut, pour immoler la liberté, elle

(i) Au nombre desquels il faut placer en première ligne le Concordat du i8 août i5i6.

(2) On sait que Henri IV était le petit-fils, par sa mère, de Marguerite d'Angoulême.

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