‹ La Chambre de commerce de la Province de NormandieChapitre 35 sur 89 · I60 CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

I60 CHAPITRE VI

11 estimait à neuf mille li\res la dépense à faire pour ces réparations ( 1 -2 mars 1743).

Sur les ordres du contrcMeur {général, l'architecte Blondel se transporta à llouen pour contrtMer cette expertise. 11 refit avec Martinet, le 12 septembre, un nouveau procès-verbal concluant à remplacer les quatre poutres sous le premier plancher de la bourse, du côté de la rue de la l.anterne, qui étaient échautlees et en partie pourries dans leurs portées ; de doubler les deux poutres joignant la travée du milieu -, mais que la partie du plancher du coté de la rue des Charrettes, dont le plancher n'était enfoncé que de deux pouces dans le milieu, sans fracture dans le plafond, et dont les poutres étaient saines, ne demandait aucun rétablissement. Enlin, la poutre au-dessus de la buvette était à remplacer et les tuyaux des latrines devaient être réparés.

En réponse à une requête des prieur, juges consuls et procureur syndic de la juridiction, l'intendant donna le 24 septembre une ordonnance qui les autorisait, attendu la provision de la chose et le danger imminent, à faire travailler, sous l'inspection du sieur Martinet, à la réparation des articles dont il était fait mention dans le procès-verbal des experts. Ils obtenaient en même temps mandement d'assigner Pillet devant l'intendant pour se voir condamner aux frais des réparations du bâtiment et qu'en sa présence ledit bâtiment fût de nouveau visité et procès- verbal dressé par tel architecte qu'il plairait à l'intendant de nommer pour sur icelui et sur le devis présenté être ordonné ce qu'il appartiendrait.

L'ordonnance fut signifiée à Pillet qui protesta auprès de l'intendant en rappelant les circonstances et les conditions de l'adjudication et les termes du devis concernant les poutres : vingt-cinq poutres de trente et un pieds et demi sur seize à dix-sept pouces d'épaisseur. Il avait fait venir ses bois de la Champagne, la seule province d'où l'on tire les bois pour les bâtiments du Roi et pour la marine, comme étant de la meilleure qualité, et la seule où l'on puisse trouver des pièces de pareil échantillon-, ils avaient été flottés jusqu'à Rouen, été vus et examinés à Vitry-le-Brûlé par le sieur Barthélémy, commis par tous les marchands de bois de Paris pour les visiter, déposés et ouvragés à Rouen aux yeux de tout le public ; tout le monde les avait vus avec applaudissement; vus et examinés par le sieur Blondel, taillés sous ses yeux, mis en place sur son aveu et son approbation ; posés dans le cours de 1735. Le reste du bâtiment avait été achevé quelque temps après, les retards étant causés par augmentation d'ouvrages non prévus au devis. Le fléchisse-

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nient du phiiKher était dii à l'insullisancc Je f^rosscurJcs poutres, leur pourriture aviut d'ailleurs été occasionnée par riiuniiJité des plâtres dont on les avait revêtus ; les exemples étaient fréquents de bois sains pourris rapidement par la même cause.

Sans s'arrêter aux objections de l'illet, les prieur et consuls présentèrent à l'intendant une nouvelle requête pour qu'il fût dressé procès-verbal de l'état actuel du bâtiment et des poutres déplacées, par deux architectes choisis par chacune des parties ; ils noniniaient de leur part le sieur Martinet, ingénieur du Roi, et priaient l'intendant d'ordonner que le sieur Pillet en nommerait un de la sienne en dedans huit jours, et que faute par lui de ce faire, il plût à rintendant d'en nommer un d'oHice. L'intendant donna, le i" décembre, une ordt)nnance conforme à la requête. Pillet v lit opposition, trouvant la procédure irrégulière, et dans le fond distinguant deux choses : la visite des quatre ou cinq poutres défectueuses, sur laquelle il s'en rapportait à la prudence de l'intendant, et la visite de la totalité du bâtiment pour laquelle la demande n'était pas recevable.

L'intendant rendit compte du litige au contrôleur général qui lui lit la réponse suivante :

« Le 28 janvier 17 \6.

« Monsieur, je me suis fait rendre compte de la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire le 20 de ce mois et de toutes les procédures qui vétoient jointes concernant l'état actuel des bâtiments de la jurisdiction consulaire de Rouen. Je ne puis qu'approuver le soin que vous avez bien voulu prendre de m'informer de tout ce qui s'est passé depuis le dernier procès-verbal dressé par les sieurs Blondel et .Martinet, et je pense comme vous qu'il est nécessaire de faire procéder à une nouvelle visite exacte et faite contradictoirement avec le sieur Pillet, entrepreneur. C'est pour remplir ces vues que j'ay déterminé le sieur de l'Espée, l'un des architectes de r.A.cadémie, et dont la réputation est d'ailleurs connue, à se rendre à Rouen pour faire cette visite conjointement avec le sieur Martinet^ nommé par les consuls, et vous pouvez faire remplir de son nom l'ordonnance que vous avez rendue le 24 du mois passé, à moins que vous ne jugiez plus convenable d'en rendre une nouvelle. Vous aurez agréable de me mander dans quel temps il devra se rendre à Rouen, afin que je puisse l'en instruire et le disposer à partir. Le sieur de l'Espée, Monsieur, qui est chargé ordinairement de la réception des

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bâtiments qui se font pour le compte du Roi, et à qui une longue expérience a procuré des connoissances qui ne peuvent être contestées, est plus en état que personne de procéder à la visite dont il s'agit, et le choix ne peut qu'en être approuvé. Je dois mesme vous informer que le sieur Pillet qui, par les requestes qu'il vous a présentées, a paru vouloir, sous ditférents prétextes, éluder cette visite, a luy mesme consenty qu'elle soit faite par le sieur de l'Espée et doit se rendre à Rouen pour y estre présent, persuadé que par l'événement on le trouvera plus malheureux que coupable et bien disposé à faire toutes les réparations qui seront nécessaires. « Je suis, etc.,

« MaCHAULT. )1

En communiquant aux prieur et consuls la lettre du contrôleur général. M. de la Bourdonnaye ajoutait : « Pillet, que jay vu, ne m'a pas paru si disposé à acquiescera la visite, du moins s'oppose-t-il formellement à ce qu'elle soit générale ».

11 débouta d'abord Pillet de son opposition et nomma d'office le sieur de l'Espée pour procéder conjointement avec le sieur Martinet à la confection du procès-verbal de visite, ainsi qu'il était porté dans son ordonnance du I" décembre (lo février 1746).

La procédure nécessaire accomplie, les experts commençaient le 7 mars la visite des bâtiments, le 10 ils signaient leur procès-verbal.

Ils avaient fait un examen général de la construction aussi bien pour la maçonnerie que pour la charpente. Ils avaient constaté que dans le choix de la pierre on n'avait pas toujours suivi les indications du devis. Ainsi la pierre de Caumont avait été substituée à la pierre de Vernon dans les premières assises des murs de face et sur les cours :, à la pierre d' Arcueil pour les appuis des croisées des murs de face et pour le dallage du rez-de-chaussée ; à la pierre de liais pour le socle rampant portant la rampe du grand escalier et pour les marches dudit escalier. Ils avaient observé toutefois que la pierre employée avait été tirée du banc le plus dur de la carrière et que la qualité en était bonne. Ils étaient en conséquence d'avis d'accepter la substitution avec la différence qu'elle comportait dans le prix. Mais le dallage, dont les pavés, en majeure partie, n'avaient pas l'épaisseur convenue et avaient été simplement posés en plâtre au lieu d'être posés et fichés au ciment, devait être relevé : un tiers des dalles, d'épaisseur suffisante, serait

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rccmployc le loni; des murs, les deux autres tiers remplacés par des pavés neufs en pierre d'Arcueii, le tout posé et liché en ciment.

l'our la charpente, les experts trouvèrent démontées lesqualre poutres de la travée vers la rue de la Lanterne et déjà posées les poutres neuves qui les remplaçaient. Des poutres mises à terre, l'une avait son hois roulé, l'autre était pouiric dans le avur sur toute sa longueur, une autre totalement pourrie dans toute sa loni^ueur et son épaisseur, la quatrième pourrie dans ses portées à quatre et cinq pieds en deçà.

I .a cinquième et la sixième poutres posées sur les doubles pilastres de chaque côté du plancher du milieu avaient présenté un état assez sain pour être laissées en place : on les avait seulement doublées, par augmentation, chacune d'une poutre neuve pour mieux résister à des charités qui, comme Je pan de bois du refend qui séparait la salle de la juridiction de la salle du concert, portaient à faux sur le plancher : ce pan de hois avait été réédifié dans de meilleures conditions.

Dans la seconde travée, vers la rue des Charrettes, la première poutre en partant de la rue avait une partie trop faible dans sa portée contre la cheminée de la chambre du conseil ; la deuxième, près d'une cloison en charpente portant à faux sur le plancher, était pourrie dans une de ses portées ; on n'avait pu mettre à découvert la troisième et la quatrième placées sous les sièges de la juridiction, mais la tarière qui les avait sondées n'avait remué que du bois pourri.

Kn conséquence, outre les quatre poutres neuves déjà mises en place et qui devaient être au compte de l'entrepreneur, il devait encore en mettre quatre autres à ses frais.

Le poitrail sur les colonnes était pourri sur cinq pieds de longueur par un bout, échaulfé par l'autre; l'autre poitrail servant de marche de palier au grand escalier et retenant la butée des voûtes des deux rampes, était pourri dans une de ses portées. Us étaient à remplacer chacun par une pièce neuve de trente et un pieds de longueur et de vingt pouces de grosseur.

Entln, au second plancher, l'examen des poutres servant d'entraits aux assemblages du comble lit constater la qualité meilleure de leur bois et leur construction plus solide, étant soutenues dans leurs milieux par de forts étriers en fer et supportées à chacune de leurs portées par de forts liens. Une seule, au-dessus de la buvette, la plus prochaine de la salle du conseil, était

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pourrie et même cassée à deux pieds près de la portée, et devait être remplacée.

Le calcul des moins-values d'une part, et de l'autre de la dépense à faire pour remettre le bâtiment en état de braver le temps, amenait les experts à conclure que, tant pour l'excédent du prix des ouvraj^es qu'il n'avait pas exécutés suivant son devis, que pour les réparations nécessaires à faire pour son compte, l'entrepreneur demeurait redevable d'une somme de douze mille cinq cent soixante livres douze sols huit deniers.

L'intendant écrivait de Paris, le 20 mars, aux juges consuls : « J'ay receu, Messieurs, la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire pour me marquer ce qui avoit esté fait à Rouen par raport à votre bâtiment par le sieur de l'Espée. Je l'ay vu icy depuis et il m'a remis son procès-verbal que jay examiné et qui m'a paru bien fait. Je vous l'envoie afin que vous puissiez le faire signifier et prendre les conclusions que vous jugerez convenables, .l'en ay gardé une copie, outre celle que j'avais adressée à Monsieur le Contrôleur général qui est très instruit de cette affaire et qui me l'a demandée. Il ne paraît pas disposé à excuser le sieur Pillet et son intention n'est pas même qu'il touche en aucune façon aux réparations qui sont à faire, mais qu'au contraire on les fasse faire, comme on a commencé, par économie et pour le mieux, sauf à en faire payer à Pillet la dépense ou à s'arranger avec lui pour une certaine somme. »

Dans la requête qu'ils présentèrent le 3 avril à l'intendant, les prieur et juges consuls ne se contentèrent pas de demander contre Pillet condamnation au payement de l'indemnité appréciée par les experts ; mais, se fondant sur ce que ceux-ci avaient reconnu que sur trois des principaux articles, les deux poitrails devant l'escalier et la poutre du second plancher, ils n'étaient pas certains d'avoir déterminé un juste dédommagement, les consuls voulaient qu'il plût à l'intendant au surplus leur accorder dès à présent recours et garantie sur ledit sieur Pillet de ce qu'il en pourra coûter d'excédent et au-delà de ladite estimation tant pour les fraisde la réfectiondes trois articles spécifiés que pour ceux que la réfection desdits articles pourra occasionner dans le reste du bâtiment, le tout sur les mémoires et quittances que les suppliants en produiront, et condamner pareillement le sieur Pillet au coût du procès-verbal et aux dépens, et en cas de contredit, vu le péril imminent et la saison convenable, ils demandent d'être autorisés par provision à faire tra-

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