‹ La Chambre de commerce de la Province de NormandieChapitre 36 sur 89 · I.i: B.\TIMi;\T CONSULAIRH I · texte numérisé non relu

I.i: B.\TIMi;\T CONSULAIRH I

ViiillL-rmix rOpiinitions Jii l\iiiniciii c(;i Icslairc Lontiniicrninsi qu'ils ont commence.

Pilk't lOpondit ail procès-verbal Jes experts et à la requête des prieur et consuls en cherchant à justifier son (euvre, dont l'entreprise d'ailleurs lui avait causé une perte de plus de trente mille livres, tant sur le bloc de l'adjudication que sur les mémoires des ouvraf,'es d'augmentation, pilotis, maçonnerie et charpente, qui avaient été réduits par l'architecte.

La substitution de la pierre de Caumont à la pierre de liais, pour l'escalier, a été faite du consentement de l'architecte. Les marches devaient être faites d'un seul morceau : n'étant pas possible d'en trouver de cet échantillon en bonne pierre de liais, le sieur Blondel, qui présidait l'ouvrage et sans l'aveu duquel on ne pouvait rien employer, examina l'escalier qui est dans l'hôtel du premier président et qui est de pierre de Caumont, et l'ayant trouvé très beau et très solide, il jugea plus à propos qu'on se servît aussi de pierre de Caumont. qui, quand elle est dure, compacte et de grain fin, telle que celle qui a été employée, coûte presque autant que la pierre de liais.

H en est de même pour les dalles de la bourse; c'est le sieur Blondel qui a ordonné à l'entrepreneur de se servir de pierre de Caumont qui restait depuis plusieurs années de la construction du grenier à sel de Rouen. Il avait reconnu qu'elle était dure, solide, compacte, d'un grain fin, et l'avait jugée préférable à la pierre d'Arcueil, parce qu'elle avait fait son etfet depuis le temps qu'elle était exposée aux injures de l'air. C'est lui qui a ordonné de même de les couler et poser en plâtre, au lieu de ciment, parce que le plâtre forme une liaison plus pleine et plus égale. Si une partie du pavé a soutïert quelque altération depuis qu'il est posé, ce n'est point par défaut de solidité de l'ouvrage, mais uniquement par l'ellet de l'inondation qui est survenue depuis et qui a couvert ce pavé de deux ou trois pieds pendant un temps assez considérable (1).

A l'égard de la charpente, Pillet conteste la prétention des experts que la pourriture des bois procède de ce qu'ils ont été abattus après leur retour, la sève n'y fournissant plus de nourriture ; il soutient que le plus ou moins de pourriture qui se trouve dans les pièces de bois condamnées, ne provient que de ce qu'elles ont été recouvertes de plâtre, puisque toutes les autres et les bois des combles, qui sont de la même qualité et qui sont exposées à l'air,

(i) Inondation de décembre i7-)0.

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sont encore iuijourd'hui aussi saines que lorsqu'elles ont été posées. L'expérience journalière apprend tjue FliumiJifé des plâtres fait souvent pourrir les bois de la meilleure qualité dans resjvice de quatre ou cinq ans.

Sa conclusion est de débouter les consuls de leur demande, ou, avant faire droit, en ce (]ui concerne la charpente, ordonner que les pièces de bois litigieuses seront vues et visitées par un seul expert qui déclarera d'où procède la pourriture intérieure, si l'humidité des plâtres dont les bois ont été recouverts ne suffit pas seule pour les avoir endommagées, ou de quelle autre cause la pourriture peut provenir et si son principe ne peut avoir été tellement secret et caché qu'il a été impossible à l'entrepreneur de le reconnaître et de s'en apercevoir lors de leur position.

Pillet n'eut pas de succès dans sa requête : il dut se soumettre à la condamnation qui paraît l'avoir atteint de payer à la juridiction consulaire une indemnité de douze mille livres dont il s'acquitta en quatre termes (il faisait un troisième payement de trois mille livres le 9 octobre 1746) et de laisser mettre en adjudication la réparation du bâtiment des consuls.

Le i5 avril 1747, l'ingénieur Martinet présentait le devis des ouvrages à adjuger. L'adjudication en fut faite le ig mai, au troisième feu, à Nicolas Letellier, pour le prix de vingt-deux mille cinq cents li\res.

On remplaça les huit poutres pourries du plancher au-dessus de la bourse, on posa deux poutres neuves, l'une sous la cloison séparant la juridiction de la salle du concert, l'autre sous le barreau isolant le parquet de la juridiction; le plancher de poutrelles du milieu fut redressé. Le poitrail ou marche de palier du grand escalier fut remplacé par un poitrail neuf en chêne de dixneuf à vingt et un pouces d'équarrissage. Quant au poitrail porté sur les quatre colonnes du passage, il fut supprimé et l'on tit à la place une plate bande en pierre de Saint-Leu, construite en claveaux d'une seule pierre taillée suivant les dessins qui avaient été tracés en grand. On remplaça aussi la poutre brisée du plancher au-dessus de la buvette.

Ces travaux avaient entraîné le démontage des parquets de la chambre du conseil, de la salle d'audience et des appartements au-dessus de la buvette, du carrelage de la salle du concert, de l'auditoire de la juridiction, du palier du grand escalier et de la galerie; le démontage des chambranles des cheminées dans la salle du concert et dans la chambre du conseil, de la balustrade de la chapelle, des lambris des diverses pièces touchées par la réparation et la remise en place du tout. Le grand plafond de la bourse fut refait à neuf,

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ainsi que les plâtres sous le palier, les corniches de l'escalier, celle «.les deux côtés contre la cloison de la salle du concert, les corniches et les cadres dans la salle de la hourse suivant les anciens profils.

On démonta aussi et on rétablit en pierre de Saint-Leu les deux parties du mur dans l'angle des petits escaliers où les latrines avaient calciné les pierres et on y posa des tuyaux de descente en plomb, pesant ensemble deux mille vini;t-six livres, sans compter cent soixante-quin/e livres de soudure.

Au re/de-chaussée, le pavage de dalles de pierre de Caumont fut refait en pierre dWrcueil. On remania jusqu'à la toiture : la couverture d'ardoises qui était au pied de la lanterne, étant trop plate, les eaux ne prenaient d'autre écoulement que dans la charpente qu'elles pourrissaient : on refit cette couverture en tables de plomb; on relit à neuf cinquante pieds de faitage, soixante-scjM pieds de bourseaux, cent quatre-vingt-douze de noues, le tout formant un poids de si.x mille sept cent dix-huit livres de plomb et de cinquante-sept livres de soudure.

Kntin on fit des distributions dans le grenier au-dessus de la chambre du conseil et d'une partie de la juridiction, avec des hulottes pour y donner du jour.

Dans chacune des petites cours, on construisit un hangar pour serrer le bois.

Tous ces ouvrages furent reçus par l'ingénieur.MartinetleQSeptembre 1750.

La juridiction et la chambre de commerce jouirent désormais en sécurité de leur beau palais. Cependant, vingt ans plus tard, un remaniement aurait été fait aux abords de l'escalier, si nous en croyons le témoignage d'une inscription latine gravée au haut du pilastre à gauche :

Arcioii hitnc et scalœ adititm invenit perfecitque Franciscus Roimvms Lcqitt'u, luijiiscc urbis arcliitectus anno Domini MVCCLXX.

Mais je n'ai trouvé ni dans l'étude des lieux, ni dans les documents, ni dans la tradition, l'explication de cet ouvrage.

A la même époque, le dessus des portes aux deux bouts de la galerie donnant entrée à la chambre de commerce d'une part, à la salle de la buvette de la juridiction de l'autre, reçut la décoration de deux bas-reliefs du sculpteur

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roucnnais Jaddoule, représentant par allùi^oric le commerce et la justice consulaire. Le commerce est figuré par deux enfants, dont l'un, appuyé contre un léopard, pour rappeler qu'il s'agit de la Normandie, tient dans ses mains un caducée et une bourse, l'autre une corne d'abondance d'où s'échappent des fruits et des coquillages, ce qui doit exprimer les avantages du commerce réunissant toutes les nations. Sur le devant, on remarque un miroir, symbole de la prudence, un coq, symbole de la vigilance, une tête de chien pour indiquer la fidélité et la confiance réciproque qui doivent régner dans le commerce :, dans le fond, des fragments de vaisseau, une ancre, un baril, un ballot. Pour représenter la Justice, un enfant tient d'une main un glaive, et de l'autre, le livre des lois sur lequel on peut lire cette phrase bien appropriée du Deuteronome : Aiiditc illos et quod justian est judicatc, sire cii'issit ille, sive peregrinus. Un autre enfant, appuyé sur un faisceau de baguettes, symbole de l'autorité^ tient un sceptre terminé par une main, pour rappeler la solennité du serment, et une branche d'olivier exprimant la satisfaction et la paix intérieure, qui prouve la justice bien rendue; une balance complète rallégorie. Pour faire comprendre que la justice est une vertu descendue du ciel, le sculpteur a liguré des génies et des nuages dans le fond du tableau (i).

Quelque temps après, la chambre de commerce recevait le don d'un jeune artiste, fils d'un marchand de la ville, Lemonnier, qui, ayant, l'année précédente, remporté le premier prix de l'Académie royale de peinture, ne voulut pas partir pour Rome « sans laisser à sa patrie un monument de son pinceau ». Le 25 mai 177!^, Lemonnier père présentait lui-même à la chambre, avec une lettre de son fils, le portrait en pied que le jeune homme avait fait du monarque « dans toute sa magnificence ». La chambre, pour remercier le père et le fils de leur hommage, offrit à l'un une médaille d'or et remit, pour défrayer le pensionnaire du Roi de son voyage en Italie, une bourse de cinquante louis. Elle pria le procureur syndic de s'occuper de faire encadrer le tableau et de le placer convenablement sur la cheminée de la chambre. Le procureur syndic crut devoir consulter les artistes les plus en

(i) J'emprunte cette description à la communication récemment ùite à la Société des Amis des .\rts par M. Geispitz, bibliothécaire archiviste de la chambre de commerce, qui en a puisé les éléments dans les archives de IWcadémie de Rouen, à laquelle JaddouUe présenta, le 51 janvier 1770, les esquisses de ces bas-reliefs comme œuvre de réception. Le travail de .M. Geispitz a été reproduit dans le Bulletin de la Socièlè (hs Amis des monuments rouennais, année 1902.

II HMIMI ST ((INSIUVIRI ](,<)

état de lui ddiiiicr de bonnes instructions. Il en résulta qu'on serait ohliml- de déplacer le panneau de lambris; il invita la chambre à profiter de la circonstance pour substituer au chambranle de pierre de liais qui formait la cheminée actuelle, un chambranle en marbre d'une hauteur et largeur proportionnées à l'appartement: la cheminée existante était beaucoup trop étroite et trop basse; elle déparait la chambre et était incommode. La compagnie se rendit à cette invitation et décida que le tableau du Roi Louis XV serait placé au-dessus de la cheminée de la chambre après qu'elle aurait été changée de forme en hauteur et en largeur avec un chambranle en marbre (i). La belle cheminée Louis X\'l en marbre gris qui fut posée à cette occasion, orne toujours la salle des séances de la chambre.

La présentation qui fut faite de la compagnie au roi Louis X\'l le 'jS juin 1786, au palais du cardinal où Sa .Majesté était descendue, en sarrétant à Rouen au retour de sa visite de la digue de Cherbourg en construction, fut un événement mémorable, dont la chambre de commerce arrêta de conserver le souvenir en peinture. Klle en demanda l'exécution à l'artiste à qui elle devait le portrait du père du souverain. Le bel ouvrage de Lemonnier représentant l'audience donnée dans la salle des Étals par le roi Louis XVI au corps de la juridiction et de la chambre de commerce, fut placé dans la salle du concert sur le mur du fond formant cloison avec la juridiction, dans le panneau du milieu. Lors de la Révolution, ce tableau fut presque miraculeusement soustrait par son auteur à la destruction qui atteignait alors toutes les images des Rois, et à laquelle n'échappèrent ni le tableau de Louis XV, de la chambre de commerce, ni les douze portraits de rois de la juridiction. Nous avons raconté ailleurs (2) comment il fut sauvé, restauré et rendu à la chambre de commerce où il décore aujourd'hui le dessus de la cheminée dans la salle de la bibliothèque.

Le même peintre avait encore reçu de la chambre de commerce la commande d'un grand tableau qui ne mesurait pas moins de vingt-six pieds en longueur et de quatorze en hauteur. Cette peinture représente VEsprit du commerce par une allégorie figurée près d'une ville maritime. 11 fut remis à la chambre de commerce le 1" juillet 1791, presque à la veille de sa suppres-

(i) Reg. des dclib., XV. 491-9;, 498-99.

(2) PiLis de r.-liiuiàiiic de Rouen, .mnce iSgj-1896.

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sion. 11 fut placé dans la salle du concert dont il couvrait les trois lenctrcs du côté du sud, où la chambre de commerce, rétablie en 1S02, le retrouva en place. La salle en lut appelée la Scil/c Jii rcibUnit (i).

11 y a lieu de rattacher à l'histoire de la maison consulaire celle de la Bourse découverte, lieu de naissance, pour ainsi dire, de toutes les institutions commerciales dont nous parlons.

La Bourse des marchands ne tut d'abord qu'une assemblée en plein air, qui se tint nécessairement au siéye du commerce principal de la ville, sur le quai du port maritime, où confluaient acheteurs et vendeurs avec leurs intermédiaires les courtiers. C'est sous les murs de la cité, devant les navires, que nous trouvons l'origine de notre Bourse découverte et qu'elle y restera, malgré les crises qu'elle aura à traverser par le fait des révolutions ou des redressements de voirie, survivant même à l'enlèvement que nous avons vu faire de la grille, signe extérieur de son siège.

Ce siège était voisin de celui de la juridiction consulaire : la rue où était celui-ci conduisait à l'autre hors les murs, et le nom de V Estrade lui en fut donné, ainsi qu'à la porte où elle aboutissait. C'est entre cette porte et celle de la Haranguerie, sur le quai des navires, qui fut ainsi appelé et qui s'appelle encore quai de la Bourse, que nous constatons la place commune des marchands, plantée d'arbres dès le xvi" siècle, enclose au xvui''.

Elle fut longtemps avant de recevoir la marque extérieure de son privilège.

En 1664, on la limite de bornes en pierre ou heurteux, simple défense contre le passage des chevaux et des charrois. On dégage ensuite ses abords de petits bâtiments qui étaient la beauté de la place et empêchaient la liberté de l'entrée. Déjà les beaux ombrages de la Bourse découverte, avec son exposition au midi, étaient aussi goûtés des marchands aux heures d'assemblées que de la population le reste du jour.

La clôture réelle ne vint que plus tard ; elle fut la conséquence d'un arrêt du Conseil que la chambre de commerce avait sollicité par une requête présentée en 1730 et par un mémoire produit en 1732 et obtenu le 3i décembre

(i) Elle s'appelle aujourd'hui l.i Salk des Tableaux, depuis l'exécution des trois peintures du legs Bouctot.

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