OCTROI DIS MAK( IIANDS
somme, dont il JemaïKiiiit lu disposilion au contrôleur nénériil, (itait bien faible pour tous ces dilVérents objets ; mais il ne doutait pas que, dans le cas où cela serait nc-cessaire, le ministre, sur ses représentations, ne voulut se porter à l'auj^menter. Il croyait d'ailleurs que. par toutes les distinctions llatteuses que la chambre pourrait ajouter dans la distribution et par la publicité qu'elle leur donnerait, qu'il rej^ardait comme également honorables et pour ceux qui les dispenseraient et j^our ceux qui les recevraient, il ne lui serait pas ditlicile d'exciter une émulation plus grande peut-être que si Ton augmentait le prix et la valeur des récompenses. Il n'avait pas craint de prendre sur lui d'assurer d'avance le contrôleur général de la reconnaissance de la chambre, parce qu'il connais.sait ses sentiments pour tout ce qui pouvait contribuer au bien public. Enlin, indépendamment de l'utilité qu'il était persuadé que le commerce devait retirer de cet établissement, il ne dissimulerait pas à la chambre le plaisir qu'il aurait de la rendre par là, en quelque sorte, le juge des progrès du commerce, et de remettre ses récompenses et son encouragement entre ses mains.
Ce témoignage d'estime de l'administration et cette marque de confiance devaient flatter la chambre qui confia immédiatement l'étude de la question à trois commissaires, MM. Jore, Chapuis et Le Couteulx. Mais, soit que les commissaires se soient perdus dans le vaste champ ouvert à leurs recherches, soit que la chambre ait hésité à entreprendre un tel système d'encouragement avec les seules ressources de l'octroi des marchands, dont le crédit n'aurait été maintenu que par une augmentation de droits onéreux pour le commerce, nous ne trouvons aucune trace d'une suite donnée à un programme dont l'exécution eût fait honneur à la chambre de commerce de Rouen et à l'intendant Feydeau de Brou.
Le même intendant, deux ans après, cherchait dans le produit des octrois les moyens de prévenir la cherté du pain, en encourageant le commerce du blé. Il écrivait, le 19 décembre 1758 ( i ). à la chambre de commerce : « Vous sçavez, Messieurs, que lors de la cherté que nous eûmes le malheur d'éprouver il y a deux ans sur le bled, je ne trouvai point de meilleur moyen pour la diminuer et rétablir l'abondance dans la ville, que d'exciter le commerce des bleds en donnant une récompense de trois Hvres par muids de bled, mesure de Paris, à tous ceux qui apporteroient dans notre ville des bleds qu'ils justi-
(1) Reg. desdclib., XI, 501.
204 CllAPITRF. VU
licroicnlctran^crs OU de quelque autre province du royaume. Ce moyen eut en ctlet le succès que nous pouvions désirer, plusieurs négocians nous apportèrent des secours fort utiles et vous-mêmes voulûtes bien alors vous joindre à moi pour reconnaître et récompenser leur zèle. Quoiqu'il y ait tout lieu de croire que nous n'ayons pasà craindre à beaucoup près des circonstances aussi fâcheuses, j'ay cru devoir prier M. le Contrôleur général de me permettre d'employer les mêmes moyens pour les prévenir, et, en conséquence, il m'a autorisé à donner sur les octrois, d'icy au temps de la récolte prochaine, une gratification de trois livres par muids de bled, mesure de Paris, à tous ceux qui feroient venir dans la ville de Rouen des bleds qu'ils justilieroient avoir fait venir de quelque autre province ou des pays étrangers. J'ay écrit aux maire et échevins pour les prier d'en instruire les négociants de votre ville et je compte que, de votre côté, vous voudrez bien faire tout ce qui dépendra de vous pour les engager à se livrer au genre de commerce dont vous êtes plus faits que personne pour sentir toute l'utilité. Je vous prie de ne pas me laisser ignorer le succès des démarches que vous aurez faites. Vous connaissez quelle est ma façon de penser à ce sujet. Quoique l'utilité particulière dût seule déterminera ce genre de commerce, je reconnaîtray toujours l'utilité publique qui en résulte dans tous ceux qui voudroient s'y livrer. »
La chambre n'entra pas précisément dans les vues de M. de Brou. Ces négociants avisés craignaient que cette récompense ainsi annoncée, loin de contribuer à l'abondance, ne répandît l'alarme parmi le peuple qui verrait avec inquiétude les soins que Ton prendrait pour lui procurer des secours, et n'engageât le laboureur à resserrer ses grains en lui faisant entrer la crainte d'une disette par les précautions mêmes que l'on prendrait pour la prévenir.
L'intendant, tout en convenant que l'extrême attention et l'inquiétude même du peuple sur tout ce qui se rapporte au blé doit rendre très circonspect sur le choix des moyens qu'on doit employer pour en faire venir, chercha à répondre aux craintes de la chambre par des considérations qui étaient d'un observateur très tin, et finit en disant qu'il voudrait que la publicité de la récompense et plus encore l'impression que leurs discours et leur façon de penser pouvaient faire dans le commerce, déterminassent entin les principaux négociants à se livrer au même bien de l'Etat et à celui de leurs concitoyens.
La chambre se contenta de répondre qu'elle seconderait ses vues autant qu'il lui serait possible.
o( Titoi ni;s MARCHANDS 205
(k'pcndaiit, liiiiciidant, ;\vcc l'autorisation Ju contrôleur gcncral, avait puisé dans la caisse des deux octrois l'écu par muids de blé importé à Uouen d'une autre province ou de pays étranger dont il avait fait annoncer la gratilication aux importateurs. Il faisait, le 2? mai t 1 ), connaître à la chamhre les heureux elléts de celte mesure qui avait empêché l'augmentation du prix des grains pendant l'hiver. .\prés avoir continué ces encouragements tant qu'ils lui avaient paru nécessaires, dans un temps où les apparences de la récolte promettaient beaucoup, il croyait le moment venu de les interrompre et d'en (ixer le terme au M) juin.
L'octroi des marchands aurait pu donner au port de Kouen un accroissement considérable en fournissant les ressources pour travailler à améliorer le lit du lleuve par l'application du système dont l'ingénieur du Koi .Vlagin avait fait dans la Seine, en 175-, une expérience séduisante.
Magin avait remarqué que la partie de la rivière entre Kouen et Caudebec. sur une longueur de quinze lieues, avait un lit profond, qui aurait permis aux plus grands na\ires de son temps d'arriver à Rouen, n'était l'obstacle qu'ils rencontraient plus bas, sur une longueur de douze lieues, entre Caudebec et la mer, dans les bancs de sable perpétuellement changeants de toute cette étendue, surtout la traverse d'Aizier. sous Villequier, et le banc du 'lot à Quillebeuf.
11 avait obser\é qu'un épi tlottant entre deux eaux où il \- a du courant et des sables, détermine un mouvement des eaux qui entraîne les sables et creuse le lit de la rivière dans la région de l'épi. Il avait, depuis plus de quatre ans, fait l'expérience de son invention dans la rivière de Bordeaux et dans celle de Nantes, et constaté que l'approfondissement était proportionnel à la longueur et à la grosseur de l'épi. Il concluait qu'en multipliant ces épis et en les disposant dans la direction la plus avantageuse qu'on aurait choisie pour le chenal de la navigation, ce chenal s'entretiendrait constamment, se déterminant de lui-même à la moindre largeur qu'il puisse avoir et à la plus grande profondeur : les sables se déposeraient dans les côtés ou dans les endroits où il y aurait le moins de mouvement.
(.1) Rog. des ilélib., IX, 452.
2o6 ciiAinrui: vu
L'ingcnieur du Roi vint à Rouen proposer l'application de son système à la Seine et solliciter d'abord qu'on voulût bien l'éprouver. L'intendant Fcydeau de r)rou, toujours jaloux de contribuer au bien du commerce, avait témoigné au prieur qu'il souhaitait que la chambre de commerce pût conférer avec M. Mai^in » pour aviser sur les mo\ens de rendre la rivière de Seine navigable depuis son embouchure jusqu'à Rouen, pour que les plus forts navires y puissent parvenir sans courir les dangers et les inconvénients des bancs de Quillebeuf et autres répandus le long de la rivière » .
i,e 17 mai lySô, le prieur convoqua la chambre en une assemblée extraordinaire en laquelle il lit appeler dix anciens svndics particulièrement intéressés dans le commerce maritime de Rouen. Après que M. Magin eût exposé ses idées, on agita dillerents moyens de parvenir aux lins désirées, MM. du siège furent priés de rendre compte à l'intendant du résultat de la conférence (i).
Ce n'est que dix-huit mois plus tard, le (S octobre lySy, que la chambre reprit en considération, dans une assemblée extraordinaire que M. Feydeau de Brou vint présider, les objets proposés par M. Magin, tendant à rendre la rivière de Seine navigable au moyen d'épis solides et flottants à faire le long du fleuve. Sur la proposition de l'intendant, la chambre nomma des commissaires pour assister aux essais que M. Magin devait faire de ses épis (2).
M. Magin se rendit immédiatement à Quillebeuf et, dès le 26 octobre, malgré les difficultés qu'il avait rencontrées à se procurer les bois nécessaires pour faire exécuter ses épis flottants, il avisa les commissaires qu'ils pouvaient se rendre à Quillebeuf pour voir eux-mêmes l'elfet d'un épi flottant qu'il avait posé.
Les commissaires firent à la chambre, dans son assemblée du 14 novembre (3), rapport de ce dont ils avaient été témoins à Quillebeuf dans les journées des 3o et 3 1 octobre, de l'enlèvement des sables par l'effet des épis flottants posés à un ou deux pieds de l'action de l'eau. Ils estimaient qu'en multipliant, tant dans leur nombre que dans leur force, lesdits épis, on pourrait former, creuser et entretenir un canal de la rivière de Seine qui serait permanent tant qu'ils subsisteraient ou qu'ils seraient remplacés.
CO Reg. des Jélib., X, 2S;.
(2) Ibid., XI, 26.
(}) IbùL, XI, 45-49-
OflRUI ni S M\R( IIANIl'i
.. Il nous ;i p;irii, disaiL-nl-ils. que le peu de proloiideur du caïKil de la rivière proN ieiit de ce que la pla^^e de ladite rivière vis-à-vis de Quillebeuf ayant près d'une lieue de larf;e d'une rive à I autre, l'eau de ladite rivière, en faisant des circuits, se répand sur la superficie de la meilleure partie de cette pla^e en se divisant en plusieurs petits courants, ce qui ote l'activité de l'eau, et, par une suite nécessaire, donne lieu aux bancs de sable de remplir le canal lorsque les grandes marées viennent à couvrir et remplir toute l'étendue de la plaj,'e, lesquelles marées sont si fortes et si violentes, surtout dans les équinoxes et dans le mois de juillet, qu'elles enlèvent des bancs de sable entiers dans d'autres endroits et changent le canal de la rivière.
« Le seul moyen d'empêcher ces événements seroit donc de former et creuser un canal de la rivière le plus droit qu'il seroit possible, qui put ramasser et contenir toute l'eau de la rivière, sans qu'elle se divisât en plusieurs petits canaux, et qu'étant ainsi ramassée en un seul canal, elle eut plus d'action, pour, par son courant, nettoyer les sables qui y pourroient être apportés par son cours continuel. C'est là leHét que le sieur Magin espère de ses épis flottants. »
Le procès-verbal des commissaires fut remis à l'intendant qui revint six jours après présider une nouvelle assemblée de la chambre, accompagné de M. .Magin.
« M. Magin a remis sous les yeux de la compagnie un plan qu'il a fait dresser pour faire connoître les obstacles qui s'opposent à la sûreté de la navigation et aussi pour démontrer les moyens que l'on pourroit mettre en usage pour former un chenal sûr et propre pour faire monter des navires de quatre à cinq cents tonneaux jusques à Rouen, et aussi pour se procurer par les mêmes moyens, dans le cours de la rivière, des rades assurées pour la marine royale.
« Sur quoy les avis de la compagnie pris, la chambre, considérant les avantages immenses qui résulteroient du projet de M. .Magin, persuadée de la facilité de son exécution, a remercié M. l'intendant d'avoir bien voulu s'occuper d'un objet si utile et l'a prié de lui permettre de présenter un mémoire à ce sujet, espérant de son attention ordinaire pour le bien du commerce qu'il voudra bien l'honorer de sa protection et employer ses bons offices pour obtenir de Sa Majesté les secours nécessaires pour son exécution (i). »
(0 Reg. des déUb.. XI, 5-1.
2o8 ciiAiMiRi; vu
Le mémoire, préparc par celui des commissaires qui avait rédigé le procèsverbal des essais, fut présenté à la compaj^nie dans son assemblée du uS jan- \icr I 7?<S ( I ). Il y était dit que pour s'assurer de la réussite parfaite des épis llottants, l'on pourrait commencer à former le chenal de la ri\ière de Seine depuis Quillebeuf jusqu'à la Roque ou lierville -, si l'on réussissait dansées endroits, il y aurait comme une certitude que l'on réussirait partout et qu'en peu d'années le chenal de la ri\ière serait parfait. La dépense, depuis Quillebeuf jusqu'à la Roque, ne serait pas excessive, suivant ce que M. Magin en avait assuré à la chambre de commerce, puisque cela n'irait pas à plus de quatre-\ingt à cent rnille livres. Cette somme pourrait se prendre sur les octrois de la ville de Rouen, si le contrôleur général voulait les autoriser d'emprunter lesdites sommes (2).
La chambre envoya son mémoire à l'intendant qui lui conseilla de l'adresser au contrôleur général, en lui demandant avec instance la permission de prendre sur ses octrois les sommes nécessaires pour faire les expériences en grand ou plutôt, en quelque sorte, pour commencer l'ouvrage. Le contrôleur général lui renverrait très promptement, selon toute apparence, le mémoire; il chercherait alors à lui indiquer les moyens non seulement de mettre la chambre en état de faire les expériences qu'elle désirait, mais même d'assurer la perfection de l'ouvrage, si ces expériences réussissaient.
La chambre s'empressa de déférer à l'avis de l'intendant et adressa son mémoire au contrôleur général avec une lettre oli elle exprimait l'espoir qu'il voudrait bien favoriser et autoriser un projet qui serait très avantageux à la navigation et au commerce, si la réussite répondait aux expériences que M. Magin avait déjà faites.
La guerre soutenue alors contre l'Angleterre aurait dû porter davantage à l'exécution d'un projet dont on se promettait d'heureux résultats pour la protection de la flotte. Elle fut au contraire un embarras qui en empêcha la réalisation. Aucune suite, même dans le champ limité que la chambre de commerce avait proposé pour une application première du système ne fut donnée à des essais qui avaient fait naître de si belles espérances.
(i) Reg. desdélib.,., XI, 83.
(2) Carton n° 27, 3'= liasse, pièce 11° 3.
.)( mol DIS MMtlIlANDS 209
I.cs dangers que couraient les navires dans la montée de la Seine, particulièrement dans les parages de (Juilleheuf, donnèrent lieu à l'organisation d'un service de secours dont la chamhre de commerce lit d'abord les frais avec les deniers de l'octroi, en attendant que la navigation versât les siens dans une caisse qui servira singulièrement plus tard les intérêts du port de Kouen.
Le -^o juillet lyl^S les marchands et négociants de la ville de Rouen représentaient à la cluinihrc de commerce que le cours de la rivière de Seine se trouvait interrompu aux environs de Quillebeuf, que M. l'abbé de Jumièges ayant, pendant un grand nombre d'années, négligé de faire mettre les pieux nécessaires dans la rade et port de Quillebeuf et au rivage de la baronnie de iVouville, il y vivait eu un grand nombre de navires qui y avaient fait naufrage, que les débris de plusieurs de ces navires étaient restés épars dans le chenal de la rivière, au travers de la Fontaine, au bout de la prairie de \orville, le long de la rade de Quillebeuf et autres endroits. Il y avait encore plusieurs rochers et grosses pierres qui se trouvaient couvertes d'eau dans le temps des marées et qui ne paraissaient que de morte eau, sur lesquels plusieurs navires avaient été crevés et avaient eu des voies d'eau qui avaient occasionné des avaries considérables ( i ).
Les pétitionnaires citaient les récents malheurs causés par ces écueils et priaient la chambre d'envoyer leurs plaintes au ministre de la marine « pour faire ordonner que toutes les cosses et carcasses de navires qui sont dans le chenal de la rivière, tant en dessus qu'en dessous de Quillebeuf, seront incessamment levées ainsi que les pierres et roches qui sont depuis ledit Quillebeuf jusqu'au Courval. "
La chambre délibère « qu'il sera écrit une lettre à AL le comte de Maurepas en conformité dudit mémoire pour le prier de donner les ordres nécessaires pour faire nettoyer la rivière de Seine au port et à la rade de Quillebeuf, et d'assurer la navigation dans ces endroits, afm de pouvoir éviter les naufrages qui y sont arrives (2) ».
(i) Carton 27. )<' liasse.
(2) 4 août.
CMAPITRH VII
Le ministre écrivit aux officiers de l'amirauté de Quillebeuf « que Pintention de Sa Majesté étoit qu'ils lissent mettre des bouées sur les carcasses des navires et roches qui nuiroient à la navigation » . (^omme il fallait pourvoir à la dépense, le ministre demanda qui ferait les frais, non seulement de rétablissement de ces balises, mais du remplacement de celles que la violence des marées pourrait emporter, et l'entretien descordai^esqui y étaient nécessaires.
La chambre estima que l'expédient le plus convenable pour satisfaire aux dépenses des tonnes et balises extraordinaires qu'il avait fallu mettre sur les carcasses des navires naufragés à Quillebeuf, serait que ladite dépense fût prise sur les deniers de l'octroi. Le comte de Maurepas écrivit à M. de la Rourdonnaye au sujet des formalités nécessaires pour autoriser les directeurs de l'octroi à employer cette dépense dans leurs comptes. L'intendant fit savoir à la compagnie qu'il n'était pas d'avis que la dépense fût prise sur l'octroi des marchands « parce qu'il pourroit arriver que par la suite on chargeroit l'octroy de toutes sortes de dépenses qui en épuiseroient les fonds et revenus, ce qui pourroit l'anéantir. » En même temps il écrivait au secrétaire d'Etat de la marine « que le fonds de l'octroy était fort chargé et que M. le contrôleur général et lui souhaiteroient d'en liquider. »
Les officiers de l'amirauté avaient informé l'intendant que la dépense faite jusqu'alors pour les tonnes et balises ne montait qu'à cinquante-six livres, et qu'au moyen de cent cinquante livres par année, un des pilotes de Quillebeuf s'obligerait à les entretenir, et ils avaient pensé qu'on pourrait, pour cela, mettre un petit droit sur les bâtiments qui montent la Seine jusqu'à Rouen. C'est la première mention d'un droit à percevoir et d'un préposé à établir à Quillebeuf dans l'intérêt de la sûreté de la navigation. Mais, vu le peu d'importance de la dépense, l'intendant ne persiste pas dans son opposition : il fera ce que M. le Contrôleur général trouvera bon, et celui-ci répond à M. de Maurepas « qu'il consent volontiers que cette première dépense et celle qu'il en coûtera chaque année pour l'entretien de ces balises soient prises sur les fonds de l'octroy. »
Au printemps de lySS, une requête des habitants de Quillebeuf à M. Rouillé, secrétaire d'Etat de la marine, sollicite la continuation de quelques travaux nécessaires pour mettre de plus en plus, devant Quillebeuf, la Seine en état de procurer aux navires les avantages d'une posée sûre, qu'on ne peut trouver que dans ce port depuis le Havre jusques à Rouen. 11 s'agissait de la perfection du quai au port de Quillebeuf (i).
(i) Carton 27, i« liasse.
(Il I KOI DIS MAKt IIAXnS
l'ji niLiiK- li'iiipsune pétition des néi^ociants Je lloiicn expose que, comme le travail à faire cette jetée ne pjul s'exécuter qu'avec un certain temps, il serait provisoire de faire mettre des pieux et poulies avec des rouets le long du quai, pour faciliter aux navires en danger, de se faire haler aux meilleurs endroits de la posée, d'autant qu'il est arrivé que des navires, forcés par des marées Ixiissantes d'échouer sur l'amas de sable, ont été dans le plus éminent dant;er, mali^ré les secours des habitants de Quilleheuf, qui, à force de bras, ont eu bien de la peine à retirer lesdits navires de leur échouemcnt.
Après informations prises, la chambre représente au ministre de la marine que jamais travail n'a été plus provisoire et nécessaire que celui qu'il convient faire au port de (Juillebeuf, dont la situation vers l'embouchure de la Seine y contraint les navires montantset descendants d'y poser pour prendre les temps et \ents propices pour continuer leur voyage. Les raz de marée qui s'y font sentir dans les coups de vent de l'ouest et du nord -nord-ouest y sont si violents que les pilotes employés à la conduite des navires ne peuvent gagner le port qu'aidés par les lamaneurs du lieu qui \ont les aborder pour leur prêter secours. I.e canal, trop resserré par les bancs de sable qui varient, y rend les courants si rapides, que les navires, en abordant le port pour gagner la posée, se trouvent exposés à de fréquents naufrages et courent risque d'être emportés soit sur les bancs de sable, soit sur les rochers du quai, où ils rencontrent une quantité de pierres écroulées des anciens talus des maisons qui le bordent, ce qui les met en danger d'être enfondrés dans leur choc, ou au moins d'y prendre des voies d'eau qui causent souvent des avaries aux navires et à leur cargaison.
Pour surmonter l'etl'ort des courants que les bateaux lamaneurs ne peuvent vaincre, et pour secourir etficacement les navires montants, il convient placer des cabestans et des rouets à différents endroits du quai et plusieurs organaux le long du talus où les navires porteraient les amarres, à l'aide desquels ils pourraient gagner le pcrt.
Un magasin placé sur la pointe ouest-nord-ouest du quai, pourvu de câbles depuis quatre pouces de tour jusqu'à dix pouces, de cent dix à cent vingt brasses de long, serait d'une grande utilité ; l'un des bouts desdits câbles serait porté par un bateau lamaneur au navire qui aurait besoin de ce secours, et l'autre bout retenu sur le cabestan, ou huit ou dix hommes par leur travail feraient plus de besogne que deux ou trois cents hommes, femmes et enfants, qui sont employés à haler les navires.
ciiAriTRi; VII
Le ministre de la marine déclina pour son département l'étude de cette demande. Il renvoya le tout au i^ardc des sceaux Machault qui était contrôleur général, en lui faisant part des observations qui lui avaient été faites sur le port do Quillebcuf.
La dislocation de la plus grande partie du quai de (Juillcbeufà la suite des grosses eaux de la lin de l'hiver de lySy, encombra le lit de la rivière et le lieu de la posée d'une nouvelle masse de pierres dangereuses. La navigation s'en trouva si gênée qu'elle prit elle-même des arrangements avec le maître du port de Quillebcuf, auquel elle consentit de payer un léger tribut pour qu'il nettoyât les fonds de la passe et de la posée et les entretînt libres de tout obstacle.
Le looctobre 1757, la posée de Quillebeufétant impraticable par les roches et pierres qui s'écroulaient des quais et carrières, les capitaines, maîtres et patrons naviguant en cette rivière, souscrivirent une soumission avec le nommé Joseph Le Tellier, maître de quai, qui s'obligea envers eux à retirer les pierres et roches de ladite posée moyennant une somme de deux sols six deniers par chaque navire qui allait et venait de la province, celle de cinq sols pour ceux qui naviguaient hors province ou à l'étranger, et celle de sept sols six deniers pour les navires étrangers.
Le ministre de la marine ne faisait pas de difficulté à autoriser une entreprise qui était pour le bien général de la navigation, les maîtres de navires s'imposant eux-mêmes cette loi. 11 voulut cependant avoir l'avis de la chambre de commerce de Rouen, laquelle répondit qu'elle ne s'opposerait pas à cet arrangement, tant qu'il serait fidèlement exécuté par l'entrepreneur (8 mars 1758). La soumission fut contrôlée à Caudebec le 18 mai.
Cette première contribution demandée à la navigation, ou plutôt offerte par elle, pour l'organisation d'un service de secours à Quillebcuf, se bornait au nettoyage de la posée. La navigation rencontrait à cet endroit de la rivière une autre difficulté qui avait été signalée. Le promontoire formé par la pointe de Quillebcuf au fond de la baie était le point critique de cette navigation. Les navires mouillés en rade du Havre attendaient le flot pour franchir l'estuaire, guidés par les pilotes dans les passes au milieu des bancs. Ils devaient, en une marée, gagner la posée de Quillebcuf. Il fallait que le vent ne fût pas contraire, pour être assuré de doubler le bout de la jetée avant l'eau baissante. Souvent on avait recours aux bateaux lamaneurs qui conduisaient le navire au port à la force de leurs avirons. Si le jusant se prononçait
OCTROI nrs marchands 213
avant qu'il ne tiit amarré' au quai, le navire était en danger d'être entraîné et de s'échoiier sur les lianes qui ne tardaient jias à découvrir.
Le hanc du I ol, prés de (Jiuillebeuf, était un vrai cimetière de bâtiments naulraj^és. Pour sauver le navire en péril, on envovait la chaloupe du hord jiorler le bout d'un cable auquel la foule des habitants, amassée sur la jetée, jusqu'aux femmes et aux enfants, s'attelait pour haler le navire. Le maître de quai dirigeait la manœuvre, qui se répétait fréquemment, et il en avait pris le nom et la fonction de maître haleur. Les navires ainsi halés se rangeaient avec les autres à la posée, abrités par la pointe contre l'arrivée du flot, qu'ils attendaient pour poursuivre leur montée en rivière. Le navire en péril trouvait bien à terre des mains prêtes à saisir le grelin apporté du bord -, mais quand il ne possédait pas cet engin de salut, le port n'avait pas le moyen de le lui procurer. Ce défaut avait été signalé, et, à la chambre de commerce de Rouen comme sur le quai de Quillebeuf, on avait agité la question d'assurer le service du sauvetage en créant un dépôt des engins nécessaires.
Llle est reprise en 1775 à la chambre de commerce avec la démonstration qui lui est faite de la nécessité d'avoir un petit magasin à portée de la jetée, où se trouveraient renfermés quatre grelins de cent vingt brasses chacun de trois à quatre pouces de gros, deux ancres d'environ trois cents livres chacune, une chaloupe à quai dont on pût disposer, et une personne préposée par la chambre pour être présente à l'arrivée des navires et leur envoyer le secours qu'elle prévoirait être nécessaire.
La chambre agréa la proposition de créer un dépôt de grelins sur la jetée. Elle conféra pour la dépense avec l'intendant qui parut disposé à en admettre l'imputation sur la caisse de l'octroi des marchands. Elle lui présenta, le 18 janvier 1776, un devis de mille quatre cent cinquante livres pour la construction d'un petit magasin et la fourniture d'une ancre et de quatre grelins, et l'estimation de deux cents livres d'appointements à donner à l'homme préposé à l'entretien de ces objets et aux opérations qu'il conviendra faire. « Vous savez. Monseigneur, disait la chambre en terminant son mémoire, que la chambre de commerce ne possède rien ; elle est par conséquent dans l'impossibilité de faire cet établissement, si vous ne venez pas à son secours. Les revenus de l'octroy sont un impôt sur le commerce \ peuvent-ils avoir une destination plus juste en les employant au bien du commerce même? »
L'intendant approuva les conclusions du mémoire et chargea même Tingé-
214 CIIAPITKI-: VII
nicLir en chef de la généralité de Cessart, de faire le plan du magasin. Le devis en montait à mille sept cents livres, au lieu des cinq cent cinquante prévus par la chambre. La chambre se contenta de la construction plus modeste proposée par le maître de port Le Tellier, qui sollicitait pour luimême la garde du magasin et l'administration des engins de sauvetage. Elle lui délivra, le 23 juillet 1777, la commission par laquelle il était nommé et établi dépositaire d'une lanterne, d'une chaloupe, des grelins et ancres de secours, afin de s'en servir toutes les fois que des navires montant et descendant la Seine en auront besoin, soit de nuit, soit de jour, et, dans tous les cas, donner la préférence aux navires chargés de marchandises : commission à exercer aux appointements de deux cents livres par an, à commencer du I" avril 1777. A cela s'ajoutait le produit de deux cents livres environ, dans les bonnes années, du droit modique payé pour le nettoyage de la rade de Quillebeuf par les navires qui s'arrêtaient à la posée, suivant la convention de (754. C'est ce péage qui a été, parle décret de 1810, transformé en droit au protit du magasin de sauvetage de Quillebeuf, rétabli par le même décret sous l'administration de la chambre de commerce de Rouen (i).
Après la guerre de sept ans, notre marine marchande s'était trouvée tellement réduite que, après le rétablissement de la paix, le gouvernement cherchait à développer la construction navale. Dès le mois de mars 17(53(2), M. de Trudaine avait adressé à l'intendant de la généralité de Rouen un projet d'arrêt tendant à favoriser et à encourager la construction des navires en France. A Rouen, la démolition du grenier à sel, en 1765, donnait sur la rive gauche un emplacement qui parut d'abord convenir à l'établissement de chantiers de construction navale, et que la ville était disposée à céder à la chambre de commerce. Une commission de la chambre étudia la question avec l'ingénieur des ponts-et-chaussées Dubois, qui dressa un plan des ouvrages et un devis de la dépense à faire. L'assemblée générale de la compagnie, tenue le 27 aoiât (3), arrêta que des démarches seraient faites pour
(1) Le magasin de sauvetage de Oiiillebeiif et les services qu'il a rendus à la navigation de la Seine, .1 été le sujet d'un livre publié en 1902 par l'auteur du présent écrit.
(2) Reg. des délib.,XII, 460.
(5) Ihid., XIIL 346.
(K TKOI m S MARCHANDS
iK-qnciir le tcriiiiii au nom de la juridiction consulaire, et nomma des commissaires pour traiter avec les maire et échevins, aux conditions proposées par eux, qui étaient le prix de quinze cents livres de rente, racquitahles a quarante mille livres, la convention ne devenant obligatoire qu'après l'obtention de l'arrêt du Conseil, des lettres-patentes et leur enregistrement.
Sur ces entrefaites ( i ), un mémoire était présenté à la chambre par un sieur I,e Tellier qui ollVait d'acquérir pour et au nom de la chambre et de la juridiction, moyennant procuration, un terrain du coté du Lieu-de-Santé, pour y former un chantier de construction de navires, dans lequel il serait facile d'en construire douze à la fois; il se chargeait d'exhausser le terrain, de faire un passage sur l'aqueduc du Lieu-de-Santé, de construire un large pont, un quai avancé, une cale de quarante pieds de large sur quatre-vingts pieds de long, d'y établir une forge et un hangar et d'enclore le chantier d'une palissade, le tout dans l'espace de deux ans, moyennant cinquante mille livres, pavablesen cinq paiements égaux, en fournissant caution.
L'ingénieur Dubois, consulté, trouva l'emplacement avantageux, estimant qu'il ne conviendrait à la chambre que de traiter avec les propriétaires, faire un chantier, exhausser le terrain, sans établir aucuns bâtiments, forge ni hangar. Ayant accepté d'étudier le projet, il rapporta (2) un devis estimatif des acquisitions et des frais à faire pour mettre le terrain en état de former le chantier. L'assemblée générale du 21 octobre, sur le rapport des commissaires, délibéra de renoncer au premier emplacement du grenier à sel et chargea les commissaires de conférer avec les maire et échevins au sujet du projet nouveau et de leur proposer d'acheter le terrain nécessaire et de faire les frais convenables pour établir les chantiers de construction, au moven de ce que l'octroi des marchands v contribuerait jusqu'à concurrence de quarante à cinquante mille livres : la ville aurait la propriété du terrain, mais à la seule juridiction consulaire, comme représentant la communauté du commerce, appartiendrait à perpétuité le droit d'user des chantiers et de nommer les constructeurs qui devraient les occuper.
L'arrêt du Conseil du i5 septembre 1766 consacre l'entente intervenue entre l'hôtel de ville et la chambre de commerce, en autorisant les maire et échevins d'acquérir le terrain commençant au bout de l'avenue de l'Hotel-
(i) 25 septembre, Reg. des dclib., XIII. 565. (2) 18 octobre, IhU., XIII, 577.
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Dieu et descendant le low^ de la rivière sur la lonfiueur décent quatre-vingts toises et sur la largeur de cinquante du côté de THùtel-Dicu et de soixantequinze à l'autre extrémité, et de faire la dépense nécessaire, de concert avec la juridiction consulaire, pour approprier le terrain à l'usage et destination de chantiers de construction et de carénage, et en rendre l'accès facile. 1,'arrct ordonne que les deniers nécessaires pour faire l'acquisition des terrains et autres dépenses pour les levées, aqueducs, ponts, remblais, quais, talus et tous autres ouvrages convenables pour l'exhaussement du terrain et pour la rendre propre à former les chantiers, seront fournis par la juridiction consulaire représentant la communauté du commerce, sur les deniers provenant de l'octroi des marchands, jusqu'à concurrence de cinquante mille livres, en vertu des ordonnances de l'intendant qui seront expédiées au nom du receveur des revenus de la ville de Rouen dont les quittances seront passées et allouées aux directeurs de l'octroi et leur montant porté dans les comptes du receveur de la ville. Les chantiers seront et demeureront à perpétuité à la libre disposition de la juridiction consulaire de Rouen, qui les assignera et distribuera gratuitement à ceux qu'elle verra en avoir besoin pour la construction et le carénage des navires, les maire et échevins ne pouvant en aucun temps, ni sous quelque prétexte que ce soit, vendre, aliéner ou autrement disposer du terrain des chantiers.
L'adjudication des travaux devait être faite au rabais par devant l'intendant, en présence de deux commissaires de la juridiction.
Les chantiers et leurs emplacements seraient entretenus de toutes réparations sur les deniers provenant de l'octroi des marchands par les soins et sous les ordres de la juridiction consulaire. Et s'il était jugé convenable d'employer une partie du terrain qui serait acquis, à la création et embellissement de promenades publiques, la dépense de construction et d'entretien en serait faite par les maire et échevins sur les deniers patrimoniaux et d'octroi de la ville.
Les travaux pour l'établissement des chantiers donnèrent à l'intendant l'occasion d'employer de nouveau les deniers de l'octroi des marchands au soulagement de la misère publique. Le 20 novembre 1767 (i), M. de Crosne
(i) Reg. des Jclib., XIV, 252.
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Jeton 1719
Jeton 1721
Autre Jeton 1721
Autre Jeton 1721
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disait à MM. du vSicge que vu le haut prix du blé et le manque dOuvra^e dans la tabrique, il croirait convenable de faire faire quelques travaux publics qui pussent occuper les pauvres ouvriers de la ville qui se trouvent manquer de travail pendant l'hiver, qu'il pensait que l'ouvrage le plus utile serait de faire travailler à l'exhaussemeni du chemin du chantier et que les fonds nécessaires seraient pris sur les deniers de l'octroi sur les ordonnances qu'il délivrerait.
MM. du Sièf;e lui répondirent qu'ils pensaient que ce serait rendre un grand service à la ville que de procurer aux pauvres ouvriers les moyens de supporter les misères du temps et ils l'assurèrent qu'ils ne doutaient pas que la compagnie verrait avec plaisir l'emploi des deniers de l'octroi pour un ouvrage aussi charitable et utile au commerce.
En conséquence, l'intendant s'étant transporté au chantier avec .\l.\l. du Siège et M. Dubois, ingénieur, il lut convenu qu'on ferait transporter des terres pour l'exhaussement du chemin dans la partie qui dépend des chantiers, et M. Dubois avant proposé de faire transporter les terres que l'on pourrait retirer d'Eauplet en faisant élargir cette route, il fut arrêté avec l'intendant que l'on ferait transporter, pour plus grande économie, les terres par bateaux.
Le prieur exposait la chose à la compagnie dans son assemblée générale du 24 décembre et ajoutait que M.M. du Siège avaient pris les arrangements convenables avec l'intendant et avec M. Dubois, que l'intendant avait nommé pour avoir l'inspection de ces ouvrages.
L'intention de M. de Crosne était de faire continuer ce travail jusqu'à la tin de mars et d'y employer environ cinq mille livres par mois, à quoi pourrait monter la dépense des ouvriers, suivant ce qu'on avait vu jusqu'à ce jour; en outre, l'achat des bateaux, tombereaux, brouettes, outils et ustensiles pourrait faire un objet d'environ quatre mille livres, qui ne serait pas en pure perte, puisque ces choses auraient toujours une certaine valeur. MM. du Siège s'étaient portés d'autant plus volontiers à cet objet de dépense, que le produit de l'octroi pendant les années dernières avait mis la compagnie en état de faire divers remboursements, et notamment le mois précédent elle avait encore remboursé une somme de trente-cinq mille livres en déduction de ses contrats et promesses. De plus il restait en caisse des fonds suffisants pour payer tous les travaux de l'hiver sans avoir besoin d'emprunter aucuns deniers. Vu ces circonstances et en ayant conféré avec les
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directeurs de l'octroi, MM. du Siège avaient arrêté qu'ils dilTéreraient jusqu'à la prochaine assemblée générale ordinaire pour faire part à la compagnie de leurs opérations.
La compagnie remerciant le prieur de son attention lit à l'instant écrire i^ie lettre au nom de la compagnie pour lui être adressée à Paris.
Lorsque le chemin des chantiers fut fait, la chambre de commerce, estimant qu'une corderie serait utilement mise dans les dépendances des chantiers de construction, décida, le 5 mars 1768 ( 1 ), de créer cet établissement le long du chemin des chantiers du côté de la prairie, de cent quatre pieds de largeur sur toute la longueur du chemin. L'intendant y ayant donné son approbation, l'entente se fit a\ec la ville, au nom de qui furent achetés les terrains destinés à cet usage, auquel ils ne devaient pas servir.
A cette époque, la misère des ouvriers nécessitait encore, sous une autre forme, l'intervention de l'octroi des marchands. Le 26 mars 1768 2), l'intendant AL de Crosne vint présider l'assemblée de la chambre de commerce pour exposer lui-même que, pour subvenir aux pressants besoins des pauvres ouvriers de la ville, procurer aux femmes et aux enfants qui vivaient de la filature, la facilité de trouver chaque jour la vente du coton qu'ils ont liléet les mettre en état de subsister, il présentait à la chambre un projet d'association et de souscription sur lequel il priait la chambre de délibérer.
Lecture faite du projet et les avis pris, AL l'Intendant avait été remercié par la compagnie de son zèle pour les pauvres ouvriers de la ville, et comme suivant le projet, l'octroi des marchands devait intervenir garant des fonds qui seraient donnés par les souscripteurs, il fut arrêté qu'il serait convoqué le lendemain matin une assemblée générale des directeurs de l'octroi sur cet objet, en laquelle assemblée M. l'Intendant promit de venir présider.
Le lendemain, après l'assemblée des directeurs de l'octroi, M. de Crosne vint encore présider celle de la chambre de commerce. 11 exposa que continuant à s'occuper des movens de pourvoir au soulagement des pauvres que la cherté des vivres et l'inaction des manufactures mettaient hors d'état de subsister, il avait assemblé le malin les directeurs de l'octroi des marchands auxquels il avait communiqué le projet qu'il avait d'établir un fonds par voie de souscription -, que les directeurs avaient consenti, sauf l'agrément du Conseil, d'aftecter, pour sûreté du remboursement de la mise de chacun
(i) Rcg. des délih., XIV, 270.
(2) Ibid., XIV, 2S4, 286.