CHAPITRE IX
INSPECTION DUS MANUIACTURES
Fleiin-ls-liliVicanls visites et marquas à la halle de Rouen, exportas i Cadix pour les Indes occidentales. — Règlements de Colberi. Règlement du 24 décembre 1701. Inspecteurs marchands des manufactures de toiles. Leur nomination dans l'ordre du tableau des anciens prieurs et consuls. Dispenses exceptionnelles.
- .Agrandissement de la halle aux toiles. — Inspecteurs royaux des manufactures établis par Colbcrt. Etats semestriels des manufactures présentés A la chambre de commerce. Plainte d'un inspecteur. Mésintelligence sourde. — Nouvelle plainte d'un inspecteur. Lettre du contrôleur général à l'intendant, sévère pour la chambre (n décembre i7}o). — La chambre se justifie. Mémoire de la chambre. Mémoire Godeheu. Paix rétablie. — Nouvelle lettre du contrôleur général (10 décembre 1751) donne lieu ![ nouvelle explosion. Résistance obstinée du secrétaire de la chambre aux ordres du prieur. — La délibération du 22 décembre rétablit l'entente avec les inspecteurs. — Inspecteur au marché de Saint-Georges : arrêt du 13 mars 1731. — La chambre s'oppose vainement i la création de sousinspccteurs. Inspecteur général Holker. Remplacement de l'inspecteur V'astel au marché de Saint-Georges.
— Médaille d'or refusée à un inspecteur qui la sollicite (176;). Médaille d'or offerte à l'inspecteur Godinot (i 765). — Lettre du contrôleur général Terray. Négligence des inspecteurs (1774). Leur maintien mis en question ("1788).
Les manufactures de la province apportaient au commerce de la ville de Rouen et au trafic de son port une contribution assez importante pour ne pas laisser la chambre de commerce inditîerente à leur fabrication. A la fin du .\vn siècle, Rouen faisait une exportation considérable des toiles de lin blanchies qu'on appdah Jleurets-blaiicards (i) et qui étaient marquées de ses armes et de son nom. Les balles sorties de la halle de Rouen composaient des chargements complets pour Cadix, d'où la marchandise normande par-
(i) Voir le mémoire publié en 1874, à Pont-.\udemer, par M. A. Montier : Rcclxrchfs sur k coinmcrcc :■; la fabriailioii ilaiis le Lieiiviu, aux WIl^ et XVIIl<: siècles, des toiles de lin dites « Rouens-Fleurets- BUmcards » .
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tait sous pavillon espagnol pour les Indes occidentales, protégée par les galions de Sa Majesté catholique, qui en rapportaient du Nouveau-Monde la valeur en lingots. En 1698, l'intendant de la généralité de Rouen écrivait que ces toiles étaient en grande réputation aux Indes sous le nom de Roiiens et qu'en temps de paix on y en envoyait pour plus d'un million tous les ans.
La manufacture d'un produit de cette importance avait été l'objet de l'attention particulière d'un gouvernement jaloux de favoriser le commerce de la France. Des règlements suivaient la fabrication de cette toile depuis le choix du fil, son lessivage, la composition, le duitage et la largeur du tissu, la longueur des pièces, ouvrage principalement des tisserands du Lieuvin et du Roumois, où presque chaque habitation avait son métier à tisser. Les pièces de toile, concentrées au marché de Saint-Georges-du-Vièvre, étaient portées à la halle de Rouen, où elles étaient visitées et ne recevaient la marque que si la fabrication en était conforme aux règlements. Après la marque, elles étaient envoyées dans les curanderies des environs pour être lessivées et blanchies sur le pré. Devenues blancards, on en faisait des balles qui étaient estampillées à la halle de Rouen.
Les anciens règlements avaient été remis en vigueur par Colbertavec l'édit de janvier 1664 qui rappelait l'obligation, pour les toiles fabriquées en Normandie, d'être apportées à la halle de Rouen pour y être visitées et marquées, avant d'être envoyées en pays étranger, afin d'y maintenir leur bonne réputation : six inspecteurs des manufactures de toiles étaient établis pour l'ensemble du royaume, dont trois pour la seule Normandie, à Rouen, à Caen et à Alençon.
Les abus ayant continué à causer la diminution de la manufacture des toiles, le Conseil avait, par arrêt du 27 juin 1676, nommé deux des principaux marchands de Paris, de Rouen et de Saint-Malo, avec ordre de se rendre auprès du ministre pour être entendus sur les moyens de la rétablir. A la suite de cette conférence, Colbert avait fait le règlement du 14 août 167G, qui établissait dans chaque ville où se vendaient les toiles un bureau pour la visite et pour la marque.
C'était implicitement abroger la disposition de l'édit précédent concernant l'obligation de la visite et de la marque à Rouen. Les commissionnaires, qui achetaient les toiles sur le lieu de fabrique, les faisaient visiter au marché voisin. La halle de Rouen, moins bien pourvue, ne fournissait plus au port de cargaisons complètes.
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I /assemblée des notahles, tciiiie le i() janvier i()83 à Kouen, sous la présidence du premier président du parlement Pellol, délibéra que le seul remède pour la bonne fabrique des toiles était de les faire apporter en écru à la halle de Kouen pour y être visitées et marquées. Le règlement du 10 avril suivant satisfit à ce V(vu.
Mais de nouveaux abus s'étant depuis lors produits, larrèt du (lonseil du 24 décembre 1701 compléta par de nouvelles dispositions les prescriptions antérieures et ordonna qu'à Rouen toutes les visites seraient faites par l'inspecteur royal des manufactures et par deux principaux marchands de la ville. L'élection des deux inspecteurs marchands se faisait tous les ans paroles prieur et juges-consuls en charge et les anciens prieurs et consuls-, ils devaient être choisis parmi les anciens juges-consuls, les anciens échevins ou les principaux négociants. Telle est l'origine des fonctions d'inspecteurs des manufactures de toiles qui, jusqu'à la Révolution, furent remplies à tour de rôle par les anciens juges-consuls et dont ils s'acquittèrent régulièrement suivant l'ordre du tableau, pendant l'année qui précédait leur entrée comme syndics à la chambre de commerce.
Ils avaient la garde des marques qui étaient enfermées, à la chambre de commerce, dans une armoire à double serrure et double clef, dont l'une restait aux mains des inspecteurs marchands, l'autre était remise à l'inspecteur du Roi I '. Les curandiers ne pouvaient blanchir aucune pièce qui n'eût été marquée aux deux bouts, à l'un sur un coin, à l'autre en son milieu. Après le blanchiment, les pièces rapportées au bureau de la visite étaient emballées par qualités séparées; les ballots étaient visités par l'inspecteur des manufactures et par un inspecteur marchand et marquées, sur un des côtés, des armes de la ville, et, au-dessous des armes, de l'inscription F. B . Rouen. B.F.
L'arrêt du 24 décembre 1701 avait reçu son exécution immédiate avec l'élection de deux anciens prieurs ou consuls aux fonctions d'inspecteurs des manufactures de toiles pour la durée d'une année, par l'assemblée des prieur et juges-consuls en charge et des anciens prieurs et consuls. Chaque année,
(i) .\ssemblcc du 4 juin 1714 en laquelle ont été convoqués ks inspecteurs du Roi auxquels on a remontré que, conforniétnent à l'arrêt du Conseil, les marques devaient être remises dans une armoire .i la juridiction, dont il sera remis une clef aux inspecteurs du Roi et une à MM. les inspecteurs marchands, dont lesdits inspecteurs sont demeurés d'accord en présence de M. Mar)-e, inspecteur marchand.
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rassemblée générale se tenait pour le même objet le jour anniversaire de la signature de l'arrêt.
Lorsque la chambre de commerce fut créée dix-huit mois après la nomination des premiers inspecteurs marchands, nous avons vu que le contrôleur j^énéral avait indiqué à l'assemblée, réunie pour l'élection des syndics, qu'il serait conforme aux intentions du Roi que les deux inspecteurs marchands en exercice fussent compris au nombre des élus : ce qui fut fait et devint désormais la règle. Le dernier jour de décembre, la compagnie nommait toujours syndics les deux anciens prieurs ou consuls qui avaient été choisis le 24 décembre de l'année précédente inspecteurs des manufactures de toiles et qui venaient de sortir de leurs fonctions.
La composition des deux assemblées générales qui élisaient, l'une les syndics, l'autre les inspecteurs marchands, n'était pas originairement la même. Celle-ci comprenait tous les anciens prieurs ou consuls -, l'autre prétendit d'abord n'admettre que ceux qui avaient été syndics de la chambre. Nous avons vu que cette contestation se résolut presque immédiatement par un accord qui consista précisément à établir la règle ci-dessus. L'ordre du tableau fut la loi des élections des deux assemblées, et nous trouvons consignés dans les registres des délibérations de la chambre de commerce les procès-verbaux des assemblées générales pour la nomination des inspecteurs des manufactures de toiles, aussi bien que ceux des assemblées de la compagnie pour la nomination des syndics de la chambre.
L'ordre du tableau créait même une obligation pour celui dont le tour venait, d'accepter les fonctions d'inspecteur, à moins de faire admettre une excuse : on le dispensait, en ce cas, du service de l'inspection et on réservait son droit d'être nommé syndic l'année suivante.
A la fin de décembre 1729, c'était le tour de Georges Godeheu, ancien député, de prendre le service de l'inspection. 11 était entré dans la compagnie comme procureur syndic le 14 janvier 1710. Le 29 avril lyiS, il avait été élu député au conseil de commerce, fonctions qu'il avait résignées en avril 1720, quand il avait été nommé administrateur de la compagnie des Indes. L'ordre du tableau avait présenté son nom en 1721 ; c'était à la fin du mois d'octobre, pour remplacer pendant les deux derniers mois de l'année un inspecteur marchand décédé : Godeheu, bien que retenu à Paris, avait accepté de tenir sa place pour cette fin d'exercice, après laquelle il fut nommé syndic. Lorsque son tour revint en 1729 pour le service de l'inspection, il
INSPIXTION Di;S MANUFACTURES 267
lit prcsciitcr son excuse à la compaf,'nic par le contrôleur Kéncral luimcmc.
I.a lettre écrite de Marl\ le iS décembre par le contnMcur général à la chambre (i), portait que « le sieur (îodeheu, qui a toujours conservé sa maison de commerce à Rouen et qui depuis dix-huit ans a été pour la première lois membre de la chambre de commerce de cette ville, se trouvant obligé de résider à Paris et de voyager de temps en temps pour le bien des affaires de la compagnie des Indes, qui intéressent aussi le commerce général du royaume, il n'est pas possible qu'il puisse s'employer à l'inspection des toiles à la halle de Rouen, où il doit être nommé à la fin de ce mois pour servir pendant l'année prochaine ; et comme il ne seroit pas équitable que l'application que le sieur Godeheu donne aux affaires générales luy portast préjudice, et qu'il fust privé du droit qu'il a d'estre nommé à son tour pour remplir une place à la chambre de commerce ; que d'ailleurs ayant été député de la province de Normandie pendant cinq ans, en cette qualité il a rendu tous les services qui ont dépendu de luy au commerce de Rouen et qu'il s'v employé encore volontiers, lorsque l'occasion s'en présente ; il ne doute pas que ces considérations ne portent la chambre à le dispenser de la prochaine inspection des toiles et qu'elle ne luy accorde l'entrée à la chambre sans remplir les fonctions de cette même inspection-, de quoy M. le contrôleur général assure qu'il sçaura à la chambre tout le gré qu'elle peut désirer ».
La chambre délibéra que ladite lettre serait lue en l'assemblée générale qui allait se tenir dans quelques instants et qu'il y serait proposé de suivre, dans l'élection qui allait être faite de MM. les inspecteurs, les intentions de M. le contrôleur général en nommant un autre inspecteur à la place de M. Godeheu, en lui conservant son rang pour entrer l'année prochaine à la chambre de commerce.
En effet, en l'assemblée générale de MM. les syndics de la chambre de commerce anciens et en exercice du jeudi vingt-deuxième jour de décembre 172g, M. Godeheu a été exempté de l'inspection des toiles parce que, néanmoins, conformément aux intentions de M. le contrôleur général, il entrera à la chambre suivant son rang d'ancien syndic.
Godeheu remercia la chambre de ce qu'elle s'était portée, sur la lettre du contrôleur général, à l'exempter du service de l'inspection des toiles pour
(i) Reg. des délib., V, 150.
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riimiOc suivante. La chambre lui répondit qu'elle avait suivi son inclination en répondant aux intentions de M. le contnMeur [général.
Jusque vers le milieu du siècle, il n'y eut pas d'autres exemptions demandées à la compagnie. Dans l'assemblée générale du 2!^ décembre 1749(1), M. Le Couteulx des Aubris a représenté à la compagnie que son grand âge et les inlirmités qui en sont une suite inséparable, ne lui permettant plus de faire les fonctions d'inspecteur des manufactures de toiles, il prie la compagnie de le dispenser de faire ce service. D'une voix unanime, M. Le Couteulx des Aubris a été dispensé du service d'inspecteur, à cause de son grand âge et plus encore en faveur des services essentiels qu'il a rendus au commerce et à la compagnie. A la fin de l'année suivante, il était renommé
Son exemple venait d'avoir des imitateurs. Le 21 décembre lySo, suivant l'ordre usité, la compagnie avait prié MM. Taillet et Le Page d'accepter les fonctions d'inspecteurs des manufactures de toiles pour une année. MM. Taillet et Le Page représentèrent que leur grand âge et leurs infirmités les mettaient hors d'état de remplir ces fonctions, et prièrent la compagnie de les en exempter. MM. Le Picard, Le Planquois, Antoine Le Couteulx, Charles Bordier père. Le Couteulx de la Noraye et Lallemant, firent les mêmes représentations et la même demande. Sur quoi, les avis de la compagnie pris, M.\L Rolland et Joseph Prier ont accepté de remplir les fonctions d'inspecteurs des toiles, sans que cela pût préjudicier aux anciens qu'on exemptait du service, pour entrer à leur tour, en qualité de syndics, à la chambre de commerce, suivant l'ordre usité, parce que ceux qui les remplaçaient, quand viendrait leur rang d'entrer à la chambre, seraient exemptés de repasser à l'inspection.
C'est à cette époque que l'intendant du commerce fit sa première proposition de modifier l'ordre usité pour le renouvellement annuel des syndics de la chambre de commerce et commença auprès de celle-ci la campagne qui aboutit à l'arrêt du 23 avril 17Ô7, par lequel le nombre des syndics fut porté de neuf à douze et leur renouvellement emprunté par moitié aux anciens et aux modernes du tableau des anciens syndics.
[Jn an après la large exemption du service de l'inspection accordée aux
(i)Reg. des dclib., VllI, 466,
ixspi:ciin\' ni-s MANUFA(rruRFii 269
plus à^cs, quatre anciens synJics furent nommC-s inspecteurs pour remplacer les quatre plus anciens des dispensés de l'année précédente ( 1 ).
Au '.U juillet de l'année suivante (-il, avec l'assentiment de l'intendant, consulté par MM. du sièf^e, la compaj^nie, régulièrement assemblée pour la confection annuelle de la liste des quatre noms à proposer pour l'un d'eux être élu second consul, prit uiil- délibération qui avait pour objet de perpétuer le même esprit dans le bureau de visite, en substituant à la nomination simultanée, à la lin de décembre, des deux inspecteurs des manufactures, la nomination de l'un en juillet, de manière qu'il se trouvât toujours un inspecteur marchand ayant déjà six mois d'exercice et connaissant parfaitement les usages et les pratiques reçues dans le bureau, lors de l'entrée en fonctions de son nouveau collègue.
Les seules exemptions demandées ensuite par les anciens syndics que l'ordre du tableau présentait pour le service de l'inspection des blancards, furent accordées en décembre 177'^ à M. Marin-Claude Bulande, " vu sa résidence à Paris et la nécessité que la fonction d'inspecteur soit remplie personnellement », et en décembre 1773. M. P.-\ . Midy « vu le contenu en sa lettre ».
Une délibération de la chambre de commerce, du 3 avril 1743 (3), nous donne comme un petit tableau de ce qu'était la halle aux toiles au milieu du xviM"' siècle :
« A été fait lecture d'un mémoire présenté à la chambre par MM. les marchands et fabricants de toiles et toileries fréquentant la halle foraine de celle ville, exposilive que le lieu servant à faire la vente et Tachapt des dites marchandises étant trop petit et resserré pour contenir toute la quantité qui s'en fabrique, le tumulte, la confusion, l'embarras et l'obscurité qui y reignent, empeschent les marchands de connoistre si les marchandises qu'ils achètent sont de bonne ou mauvaise qualité ; que sur la plainte des marchands et fabriquants, MM. les maire et échevins de cette ville ayant eu égard à leur requeste présentée en 1 7^9, leur accorda l'emplacement des halles d'en haut dans toute leur étendue, aux charges par eux de se retirer vers M. l'intendant pour qu'il fusl pourveu aux frais qu'il conviendroit faire
(0 Reg. des délib., IX, 174.
(2) Ibùl., IX, 252.
(j) Ibid., VII, 429.
CIIAPITRF IX
pour mettre les halles en état d'y recevoir les marchandises qui s'exposent en vente le vendredy de chaque semaine ; que les dits marchands et fabriquants ayant en conséquence présenté leur requeste à M. l'intendant, il n'y a point statué et les a renvoyez au Conseil. Dans cet état ils prient la chambre de faire ses représentations à M. le contrôleur général aux fins de leur requeste.
« A esté fait aussi lecture du mémoire présenté par lesd. marchands et fabriquants fréquentant lad. halle foraine à M. le contrôleur général contenant les mêmes motifs que dessus et le suplient de pourvoir aux fonds nécessaires pour le rétablissement desd. halles. A ce mémoire sont joints la requeste présentée par lesd. marchands à MM. les maire et échevins le 2g mars 1739 et la délibération du bureau de l'hôtel de ville du i5 avril de la même année.
(1 A été délibéré que le mémoire sera envoyé à M. le contrôleur général et à M. Fagon, et .M. le procureur sindic a été prié de dresser un mémoire au nom de la chambre pour appuyer la demande desd. négociants et fabriquants, desquels susdits mémoires il sera envoyé un double à M. l'intendant qui est actuellement à Paris pour le prier d'appuyer de son crédit lesd. mémoires pour obtenir les fonds nécessaires pour l'établissement desd. halles. »
Les relations que la chambre de commerce avait avec les inspecteurs rovaux des manufactures ne se bornaient pas à la visite en commun que les inspecteurs marchands faisaient avec eux des toiles blancards sous la halle de Rouen.
Les inspecteurs institués par Colbert pour veiller à l'observation des règlements de la fabrication arrivaient pourvus d'une commission du contrôleur général des finances, qu'ils faisaient enregistrer au greffe de FHôtel-de- Ville et qu'ils présentaient à la chambre de commerce. Leurs appointements étaient fixés par un arrêt du conseil qui disait sur quels fonds du commerce ils seraient pris : quand il n'y avait pas de droit spécial établi sur la marchandise même, objet de la visite, l'octroi des marchands était la source habituelle où ils étaient puisés.
11 y avait à Rouen un inspecteur des draps et deux inspecteurs des toiles, assistés plus tard de sous-inspecteurs. L'inspecteur des draps était même tenu, par sa commission, dans les intervalles où sa présence n'était pas né-
INSIMiCTION Di:S MANUI ACTURES
cessaire pour le service de la halle aux draps, de se rendre au bureau K<inéral des toiles, notamment le jour de la halle foraine, pour y aider et secourir les inspecteurs et sous-inspecteurs, dans la visite des toiles et toileries et y faire, de concert avec eux, tout ce qui serait convenable au bien du service.
i'ous les six mois, l'inspecteur devait envoyer au contrôleur général un état de tout ce qui avait été visité et marqué à la halle, avec la comparaison du pareil état des six mois précédents. Il était tenu de faire au ministre toutes les représentations qu'il juj^erait nécessaires et convenables sur tout ce qui pouvait intéresser la manufacture et indiquer k-s moyens de remédier aux abus qu'il découvrirait.
En janvier 171^, le contrôleur général Dcsmarets, qui avait nommé à llouen un second inspecteur des toiles, ne se contentait pas de recevoir luimême les états semestriels dressés par les inspecteurs concernant les manufactures. Il écrivait aux syndics de la chambre de commerce que les inspecteurs devaient leur en remettre copie et il invitait la compagnie à les examiner. La chambre en conféra avec les inspecteurs qui lui donnèrent communication de la lettre qu'ils écrivaient au contrôleur général au sujet des mémoires et états demandés par lui et touchant leur exercice dans les villes et villages pour la visite des manufactures (i). La chambre ne parait pas avoir été d'accord avec les conclusions de cette lettre ; car, après cette lecture, elle délibéra qu'il serait attendu ce que M. l'Intendant proposerait à la chambre sur ces affaires et qu'on en instruirait le député, M. Le Baillif. Le 28 mai suivant (2), la chambre entendait la lecture des inspecteurs des toiles Chéron et Roullier au sujet des moyens de conserver les manufactures et décida qu'il en serait gardé une copie.
Quelques jours après, les deux inspecteurs des toiles étaient convoqués à la chambre où il leur fut remontré que, conformément à l'arrêt du conseil, les marques devaient être déposées dans une armoire à la juridiction, dont il serait remis une clef aux inspecteurs du Roi et une aux inspecteurs marchands, dont les inspecteurs du Roi demeurèrent d'accord, en présence de M. Marye, inspecteur marchand, et ils furent gratifiés des honoraires.
La rédaction de ces procès- verbaux trahit entre les syndics de la chambre
(i) Reg. des Jélib., II, 125.
(2)/WJ.. 145.
r.iiu'iTKi; IX
et les fonctionnaires de l'Administraiion une certaine mésiiiteilif^ence qui se manifestera plus tard.
Cependant M. Desniarets tenait à avoir l'appréciation des chambres de commerce sur les manufactures. 11 écrivait de Versailles, le 23 janvier 1714, à MM. les Syndics de la chambre de ccMiimerce de Normandie :
« La paix qui a été conclue a\ec la plus 1,'rande partie des puissances de l'Europe ayant porté le lloy à redoubler son attention pour chercher les moyens de perfectionner et d'augmenter les manufactures de son royaume, Sa Majesté m'a ordonné de vous écrire que vous ayez à examiner avec attention les états des manufactures et les mémoires qui vous seront remis tous les six mois par les inspecteurs, et que vous dressiez un mémoire dans lequel vous marquerez les moyens que vous croirez les plus convenables pour perfectionner les manufactures et en augmenter le commerce. Vous aurez soin de m'envoyer ces mémoires aussitôt qu'ils seront dressés, afm que j'en rende compte au Roy ( i ) ».
La chambre avait elle-même demandé que les inspecteurs lui lissent part des observations que leur suggérait la visite des manufactures.
Le 9 juillet 1714, MM. Chéron et Rouiller sont venus à la chambre, qui ont apporté un état des manufactures pendant les six premiers mois de la présente année, et ce conformément aux ordres de M. le contn'jleur général : il a été délibéré que ledit état sera mis aux archives de la chambre et qu'il en sera tenu une note pour en informer M. le contrôleur général toutes fois etquantes que la chambre en sera requise (2).
Le i3 juin lyiS, M. Chrestien, inspecteur des manufactures de draperies de la généralité de Rouen présente à la chambre un mémoire et deux états de draperies fabriquées pendant l'année 17 14 (3).
Désormais eut lieu la présentation périodique et régulière par les inspecteurs du Roi, à la chambre, des états semestriels des manufactures de leur département. En 17 18, le contrôleur général ordonna même aux inspecpecteurs des manufactures voisines d'envoyer à la chambre de commerce de Rouen copie des états et des mémoires qu'il recevait d'eux tous les six mois : c'est ce que firent Watier pour les serges d'Aumale, Barbot pour les
(i) Carton 12, 15'' liasse.
(2) Reg. desdélib., II, i)0.
(5) IMJ., II, 208.
1\SPIX.TI()\ DIS MASUIACrURIS 273
trocs et draperies J'Alcnçon, C'hresticn jX)iir les draperies d'ICIbeuf, doiil il avait riiispectit)ii en même temps que celles de Kouen.
Les archives de la chambre de commerce à Koiieii virent ainsi s'accumuler d'année en année, jusqu'en ijtjo, des documents intéressants pour coiuiaitre l'importance et la variété de l'industrie textile en Normandie pendant le \\ in siècle.
(Test avec l'inspectein- (Ihrestien que la chambre de commerce de Rouen eut les premiers désagréments. Il avait écrit d'I^lbeut, le 17 juillet 1720, au ct)nln'ilcur général Hiuiiaiill la !i.'ttrc suivante :
« MoNSEtCNiai»,
M J'ay l'honneur d'envoyer à N'otre (îrandeur l'état des manufactures de
draperies du dernier semestre de lyu) l'ay remis un double de cet état
à M. l'Intendant, et en ayant présenté aussy un au greffier de la chambre de commerce, en exécution de la lettre que N'otre Grandeur a pris la peine de m'écrire du 20 avril dernier, il m'a renvoyé à lundy pour la remettre aux syndics de cette même chambre, qui doivent tenir leur assemblée ce jour là.
" (^uant aux mémoires d'observations qui concernent le commerce des manufactures, que Ton nous ordonne d'en remettre les doubles à ces syndics, je leur en ay remis un, dont vous ayez le double. Monseigneur, que je vous ay donné dans le dernier voyage que j'ai fait à Paris, auquel mémoire ils n'ont pas jugé à propos de répondre, parce qu'il semble que ce mémoire blesse les marchands, dont ils sont du nombre. C'est ce qui m'a rendu odieux; mais comme ce mémoire ne contient que la vérité et quil n'est dressé que pour le bien des manufactures, je m'en embarrasse fort peu; au reste, s'ils m'avoient fait l'honneur de me faire demander les doubles de ces états, je les leur aurois remis aussy tost.
« Le Conseil aura la bonté de faire attention, s'il luy plaist, que la plupart de ces marchands syndics de la chambre de commerce sont marchands de laines et de draperies, et par conséquent sous mon inspection ; que j'en ay fait condamner plusieurs à de bonnes amendes, pour avoir vendu des laines fourbaudées, et qu'il ne leur convient point de me présenter une sellette au bout de leur table, comme ils ont fait, pour me seoir ^ ils ne sont pas plus
Ct-^ C.IIAIMTIU; IX
qualifies que les maire et éche%ins avec lesquels nous avons séance, l-ji un mot, c'est de leur incivilité que je me plains à mon tour ( i ) ".
l.e contriMeur général trouva que l'inspecteur avait raison de se plaindre du mauvais accueil qui lui avait été fait par les syndics de la chambre de commerce de Rouen et, en envoyant à celui qui remplissait la place qu'il avait lui-même occupée d'intendant à Rouen, copie de la lettre du plaignant, il disait : « Je lésai trouvés très polis de mon temps et je suis très étonné qu'ils donnent occasion aux plaintes du sieur Chrestien. Le Conseil vous prie, sans les commettre les uns avec les autres, de faire en sorte que les choses se passent d'une manière convenable. Ce sont eux-mêmes qui ont demandé qu'on obligeât les inspecteurs de leur faire part des observations qu'ils font sur la fabrique ; en v satisfaisant par les inspecteurs, il est juste qu'on leur donne la distinction qu'ils sont en possession d'avoir (2) ".
L'incident dut se vider convenablement, car il n'est pas fait mention dans les procès-verbaux de la communication faite par l'intendant à la chambre. H avait dû cependant demeurer quelque aigreur dans les rapports entre les deux parties. On en eut bientôt la preuve.
En février 1723 (3) le Bureau du commerce avait renvoyé à l'intendant et l'intendant avait renvoyé à la chambre, pour avoir son avis, une proposition de M. de Laval, inspecteur des draps à Rouen, de créer des ambulants pour assurer l'observation des règlements. Les six ambulants qu'il s'agissait d'adjoindre à l'inspection auraient été payés sur l'augmentation proposée d'un sol au droit sur chaque pièce d'étofïe. La chambre n'y vit qu'une charge nouvelle pour le commerce, sans plus grande sûreté pour l'exécution des règlements. « Le sieur de Laval, dit-elle, qui n'a que six heures de travail par semaine à la halle pour deux mille livres d'appointements, dont il est bien payé, auroit dû, depuis qu'il est en place, donner quelque marque de son travail en arrestant quelques-unes des étoffes étroites qu'il prétend s'introduire dans la ville de Rouen ; en un mot, c'est au sieur de Laval à ambuler et à veiller à ce qu'il n'entre que des étoffes conformes aux règlements, de concert avec les gardes-merciers, qui ne demandent pas mieux que de l'accompagner dans ses visites. » La chambre se borna à demander au Conseil de rendre un arrêt qui, en renouvelant les règlements de 1669, portât des
(i) Csrtoii 12, i3<; liasse.
(2) Ibid.
(3) Reg. aes délib., IV, yj et 78.
issHr.cTiox ni;s manliacturcs 27 j
peines assez fortes contre les aiiberj^istes qui facilitaient les fraudes aux fabricants en reposfant chez eii\ leurs marchandises étroites et de mauvaise qualité.
Kn dehors des jours où ils apportaient leurs états, les inspecteurs demanmandaient quelquefois d'entrer à la chambre. I.e 17 janvier 1727, lesinspcctcins des toiles l.e Chéron et Clément vinrent apporter à la chambre la copie d'un procès-verbal contre un maître toilier, ^arde de sa communauté, pour contravention aux règlements. La lecture en fut remise à la prochaine assemblée, à laquelle les inspecteurs furent invités à venir entretenir la compagnie de l'observation des règlements et gratiliés des honoraires de la séance.
Il avait été fait, le 21 juillet ij^^o (2), lecture du brevet accordé par le contrôleur général au sieur Jean Dumont de Mettreville, en date du k» juin, pour occuper la place d'inspecteur des toiles et toileries dans la généralité de Rouen, au lieu et place du sieur Le Chéron de Preneuse, ledit brevet signé Orry, visé de .\L de (jasville, intendant, et registre au grelVede l'Hôtelde-Ville. La chambre avait délibéré que ledit brevet serait remis au sieur de Mettreville par le secrétaire de la chambre.
Le 29 novembre suivant, les inspecteurs Clément etde.Mettrevilles'étaient présentés à la chambre pour remettre les états des manufactures du premier semestre de l'année; mais ils n'étaient pas entrés.
Le 16 décembre (3) » a été fait lecture d'une lettre écrite par .^L le Contrôleur général à .\L l'Intendant, datée de Versailles le 1 1 de ce mois et communiquée à la chambre par .\L de Caumont, subdélégué, contenant des plaintes portées à .\L le Contrôleur général par les sieur Clément et de .Mettreville, inspecteurs des toiles, sur ce que, s'étant présentés à la chambre le 29 du mois dernier, on leur répondit que la chambre étoit occupée et qu'il falloit qu'ils attendissent, ce qui les obligea à se retirer, et de ce que, depuis le temps que le sieur de Mettreville est à Rouen, il n'a été appelé à aucune assemblée.
Le contrôleur général Orry s'exprimait dans les termes sévères que voici :
« Vers.iilles, le ii décembre 1750.
« Monsieur, les sindics de la chambre de commerce de Rouen se comportent avec les inspecteurs des manufactures d'une manière peu convenable.
ri) Reg. des délib., IV. 422.
(2) Il'iJ., \, 194.
(3) Ibid., V, 220.
276 CIlAlMIRi; IX
Je suis infoniic que, depuis le temps que le sieur de Metlreville est à Ilouen, non seulement il n'a été appelé à aucune assemblée, mais même que s'étant présenté a\ec le sieur (élément, son confrère, à la chambre, le 29 du mois dernier, on leur répondit qu'il falloit qu'ils attendissent, ce qui les détermina à se retirer. Si la chambre de commerce ai^'issoit avec le zèle et le concert nécessaire au soutien des manufactures, elle n'allècteroit pas un pareil mépris pour ceux qui sont commis pour veiller à l'exécution des rèi^lements et elle confércroit souvent avec eux pour s'instruire de ce qui se passe à ce sujet. Mais je voy que l'esprit de néglii^ence et même d'opposition au bien du commerce y régnent toujours, malgré les réprimandes qu'elle s'est attirées en dillérents temps, et je vous prie de lui faire connoître qu'à la preuve que je recevroy d'une conduite si irrégulière, je demanderoy au Roy des ordres pour contenir les membres de cette chambre dans leur devoir. C'est ce que je vous prie de leur faire entendre et par la lecture de ma lettre et par les reproches que vous leur ferez assez vifs pour qu'ils prennent la résolution de se corriger à l'avenir. Je vous prie même de me marquer ce que vous avez fait à ce sujet.
« Je suis, etc.
« Orry. »
Après la lecture de cette lettre, la chambre avait délibéré de travailler à un mémoire de ce qui s'était piassé au sujet du sieur de Mettreville, pour détruire les faits avancés par lui. Le mémoire serait remis à M. de Caumont, et un double serait rapporté à la chambre pour y être délibéré à qui il serait envoyé à Paris pour en suivre les fins auprès du contrôleur général et de M. Fagon. Et comme il s'était agi dans la présente assemblée des intérêts et de l'honneur de la compagnie, il ne fut pas distribué d'honoraires (i). 11 n'en fut distribué davantage à l'assernblée du u» décembre où la chambre approuva le mémoire ainsi rédigé :
« Très humbles remontrances que font à M' le Contrôleur général les sindics de la chambre de commerce de Normandie sur le contenu en la lettre écrite par Monseigneur à M. de Gasville, intendant, le 11 décembre 1730.
(( Il ne se pourroit imaginer rien de plus affligeant pour la chambre que de voir par la lettre de Monseigneur qu'elle a eu le malheur d'encourir sa
(i) Reg. des délib., V, 220.
INSPF.rTION DKS MANUrACTt'KES 2/7
Jis};r;icc, si clic n'iivdit p.is l;i consol.itioii Je pouvoir iiisciiicnt détruire les iJccs dcsiivaiitagcuscs i|uc ses ennemis se sont cHorcés J'en donner à Monseigneur.
" Il s'ai^it de deux laits que Monseigneur reproche à la chambre au sujet des inspecteurs des toiles, (^es faits étant accompagnés de circonstances dont on a allectc de les dépouiller, retomberont, à ce que la chambre espère, sur les auteurs de la peine que lui lait vivement rcsseiilir une lettre aussi remplie d'amertume.
« Le 14 novembre dernier, le sieur de .Metireviile. l'un des deux inspecteurs, dit au secrétaire de la chambre que le lendemain il viendroit avec le sieur Clément son confrère, apporter à la chambre le double de l'état qu'ils a\-oicnl eiivovc à Monseigneur de la situation et du travail des manufactures de leur inspection pendant les six premiers mois de \-'M). Le secrétaire, lors de l'assemblée, en informa la chambre. Llle envoya demander au sieur de Mettreville, qui demeure proche du lieu de l'assemblée, s'il jugeoità propos de venir et lui lit dire qu'elle l'attendoit. Il se contenta de répondre que le sieur (llément n'étant pas venu chez lui au rcnde/.-vous, ce seroit pour une autre assemblée.
« Le 22 du même mois, le secrétaire de la chambre avertit le sieur de Mettre\ille qu'il v avoit assemblée le soir. Il l'assura qu'il viendroit. Et cependant, par la même raison qu'à l'assemblée précédente, les deux inspecteurs ne s'y rendirent point, quoique la chambre les eût encore attendus.
(I Entin, le 29 au matin, le sieur de .Mettreville passa chez le secrétaire de la chambre et l'assura qu'il viendroit l'après-midi à l'assemblée apporter l'état en question, quand même le sieur (élément qu'il avoit prévenu, lui manqueroit encore de parole.
M Ils vinrent ettectivement le même jour pour entrer à l'assemblée de la chambre, qui tenoit depuis une heure, et se firent annoncer.
« I^a chambre délibéroit alors sur les moyens de satisfaire aux ordres de .Monseigneur passés en sa lettre adressée à la chambre du 20 novembre. Elle les tit prier d'attendre un instant, et il ne se passa pas une demi-minute entre le moment où ils s'ètoient fait annoncer et celui où il fut dit de les faire entrer. La chambre apprit que sur la réponse qui leur avoit été faite, le sieur de Mettreville s'étoit retiré, disant n'avoir pas le temps d'attendre, qu'il avoit remis l'état au garçon de la chambre et avoit fait partir avec lui le sieur Clément.
278 c iiAi'iTUi; IX
« La chambre fut surprise d'un procédé aussi particulier et renvoya cependant après ces inspecteurs qui ne se trouvèrent plus : preuve certaine cjue toute cette marche étoit concertée entr'eux dans la vue de chercher matière à porter plainte contre la chambre à Monseif,'neur.
« Personne n'ignore que toute compagnie qui délibère ne veut et ne doit point être interrompue. Et la chambre, en cette occasion, n'en a pas agi avec ces inspecteurs autrement qu'il lui est d'usage d'en agir même avec les anciens membres de la chambre, quand ils ne sont pas en exercice.
« Elle prit donc le parti de faire extraire sur le registre des délibérations leur état qui se trouva par eux certifié du 28 octobre, un mois avant d'être apporté.
« Aussitôt l'assemblée finie, le secrétaire de la chambre fut, comme ami, voir le sieur de Mettreville pour lui marquer la surprise de la compagnie sur leur retraite précipitée. Et le sieur de Mettreville lui fit entendre que quand les inspecteurs se présentoient à la chambre, ils dévoient entrer sur le champ. Quelques membres actuellement de la chambre rencontrèrent, le jour suivant, le sieur de Mettreville et lui marquèrent la même chose, à quoi il fit la même réponse. Les uns et les autres lui firent connoitre qu'il ne devoit pas ignorer la règle et l'usage des compagnies qui ne doivent pas être interrompues lorsqu'elles délibèrent.
« Dans ces circonstances la chambre n'auroit pu penser que le sieur de Mettreville ne se fust pas reconnu trop vif dans son procédé.
« Cependant il a cru devoir informer Monseigneur du prétendu mépris marqué à sa personne en qualité d'inspecteur et a adjoutéà cette plainte que depuis le temps qu'il est à Rouen il n'a été appelé à aucune assemblée de la chambre.
<( Le sieur de Mettreville ne peut disconvenir que quand il est venu à l'assemblée du 1 2 juillet dernier en compagnie du sieur Chresden, inspecteur de la manufacture des draps, pour se faire reconnoître en qualité d'inspecteur des toiles, il fut reçu par la chambre avec toutes les démonstrations de politesse et de confiance convenables à un sujet qui promettoit autant que luy pour travailler de concert au soutien et à l'accroissement des manufactures.
« Il ne peut encore disconvenir qu'il fut prié par la chambre de venir à ses assemblées quand il reconnoîtroit dans son inspection quelque chose d'avantageux ou de préjudiciable aux manufactures, afin d'en conférer ensemble et écrire de concert à Monseigneur. Il le promit et depuis ce temps la chambre
iNspi cnoN i)i.s M.wuiAcrruRiis 279
ii\i cntciKiii piirlcr de lui que quand il s'est l\\;i de l'état du semestre de janvier, quoique les jours d'assemblée soient fixés au mercredy de chaque semaine, à quatre heures.
(( La chambre, informée par les inspecteurs-marchands qu'il ne se passoit rien à rinspection des toiles blancards qui méritât d'en informer .MonseifîiKur, a pensé et pense encore sur le silence des sieurs Clément et de Mettreville qu'il en est de même des petites manufactures de lil et de coton, d'autant qu'elle n'entend aucunes plaintes dans le public sur ces fabriques. Et que s'il en étoit autrement, les inspecteurs ayant de tous temps eu des ordres du Conseil à eux renouvelés en janvier 1714 par M. Desmarets, et en avril 1720 par le conseil de commerce de remettre à la chambre avec leurs états des mémoires séparés contenant leurs observations sur les dillerentes fabriques de leurs inspections, les sieurs (llément et de Mettreville auroient du accompas^ner d'un pareil ménuiire l'état qu'ils ont fait remettre à la chambre le 2() novembre.
K La chambre auroit pu porter ses plaintes à Monseigneur de cette obmission de leur part et de leur procédé méprisant et concerté pour la chambre qui se proposoit de se concerter avec eux dans l'assemblée du 29 novembre sur l'état qu'ils apportoient. Mais comme la division entre elle et les inspecteurs ne peut être que préjudiciable aux manufactures, elle avoit pris le parti de dissimuler jusqu'à ce qu'il se trouvast occasion de les instruire en termes bien mesurés de leurs devoirs.
« Par ce détail, la chambre se tlatte que Monseigneur ne trouvera pas qu'elle ait mérité d'être taxée d'un esprit de négligence et même d'opposition au bien du commerce, comme le porte la lettre adressée à M. de Gasville. Ces reproches qui intéressent l'honneur de la compagnie et dont les inspecteurs font trophée dans le public, lui sont assez sensibles pour chercher à en effacer jusqu'à l'idée même. Bien loin de s'opposer à ce qui peut procurer le bien du commerce, elle a toujours travaillé à remplir ses fonctions avec distinction, et elle travaillera de même à mériter pour le commerce et les manufactures la protection de Monseigneur, d'où dépend tout leur avantage.
« Enfin, la chambre est persuadée que si le sieur de Mettreville n'avoit pas de préjugés trop étendus sur le titre d'mspecteur, il se seroit épargné la peine de se plaindre, le chagrin qu'il doit en attendre d'être blâmé, et à une compagnie formée et établie par le Roy pour toute une province, la triste nécessité de repondre aux injustes accusations d'un inspecteur (i). »
(i) Reg. des délib., V, i:!) et scq.
280 ClIAPITRi: IX
Une copie de ces remontrances, à la fois déférentes et fières et qui, dans un ferme et fin langage, faisaient dignement la leçon à chacun, fut adressée à MM. Godeheu, Pasquier et Amaury, lesquels furent priés de voir l'intentendant qui était alors à Paris, pour lui demander son agrément de présenter à M. le contrôleur général le mémoire de la chambre pour travailler de concert à justiticr la compagnie des reproches qui lui étaient faits par la lettre du ministre.
M.M. Godeheu et Pasquier mandèrent qu'ils feraient conjointement tout ce qui serait nécessaire pour dissiper dans l'esprit du contrôleur général et de M. Fagon les mauvaises impressions qu'on leur avait voulu donner de la chambre et obtenir qu'on lui rende justice contre les inspecteurs. Us envoyaient un projet de mémoire, que M. Godeheu avait fait, lequel ils croyaient ne pouvoir faire qu'un bon elïet par la suite, en le présentant en même temps que les remontrances.
Le mémoire portait ( i ) :
« La chambre de commerce de Rouen, sans s'arrêter aux écritures des deux inspecteurs des toiles, qu'elle réfute par le mémoire qu'elle a eu l'honneur de présenter à Monseigneur le contrôleur général et dont elle a lieu d'espérer la justice.
(( Propose qu'il plaise à Monseigneur ordonner :
« 1 " Que les inspecteurs des toiles et draperies seront tenus de se rendre à la chambre de commerce à commencer le dernier mercredy du mois de janvier prochain, et continuer ainsi tous les trois mois, sans qu'ils puissent s'en dispenser, si ce n'est pour cause de maladie ou de campagne pour le service de leur employ ;
« 2° Que dans ces assemblées indiquées, il ne sera traité à la chambre que des manufactures, soit de toiles et toileries ou de lainages-,
« 3° Que les inspecteurs seront obligés d'apporter à la chambre, aux assemblées indiquées, les mémoires de leurs observations, soit pour l'avancement des manufactures, soit pour les abus qui auroient pu s'y glisser, le tout signé par les inspecteurs et ensuite transcrit sur les registres de la chambre;
« 4° Que, les inspecteurs présents, il sera fait lecture des mémoires et observations desdits inspecteurs, lesquels mémoires et observations seront
(i) Reg. desdclib., V, 235.
iNspixTios ni;s manufacturks 281
discutes dans la iiicnic asscinhlcc, après laquelle, si la chambre le ju^e à propos, elle appellera les gardes des communautés de fahriques et autres, pour, eux entendus, esire par la chambre délibéré sur les représentations qu'il conviendra faire à Monseigneur, et le tout estre envoyé dans quinzaine ;
« 5" Si les inspecteurs ne donnent point de mémoires, lorsqu'ils se rendront à la chambre les jours d'assemblée pour les manufactures, il en sera fait mention sur le ret;istre, dont l'extrait sera pareillement envoyé à Monseigneur le contrôleur général -,
» (>■ Les articles proposés, après avoir été approuvés par Monseigneur, seront inscrits sur le registre de la chambre, dont l'extrait sera délivré aux inspecteurs des toiles et draperies, afin qu'ils en ayent connoissance pour s'y conformer.
« I.a chambre ne trouve que ce moven proposé pour oster aux inspecteurs l'envie d'écrire témérairement contre une chambre composée de négociants sans reproche, et qui n'ont d'autres vues que le bien général des manufactures et du commerce.
« Si les inspecteurs se présentent à la chambre avec la décence qu'ils doivent, ils y seront reçus de même ^ ils y auront aussy toute la liberté de soutenir leurs propositions qui ne doivent tendre qu'au bien, sans s'écarter par des menaces d'écrire, ce qui ne peut convenir à une compagnie assemblée.
« L'intention de Monseigneur est que les inspecteurs travaillent -, la chambre de commerce a esté et sera toujours preste à donner son explication sur les mémoires qui luy seront présentés; elle ne peut sçavoir le bien ou le mal des manufactures que par ce qui luy est apporté.
« Si Monseigneur agrée ces propositions, le Conseil se trouvera soulagé de beaucoup d'écritures inutiles et à même temps en état de décider sur l'encouragement des manufactures ou réprimer les abus, puisqu'il y aura le mémoire des inspecteurs et les avis de la chambre.
« Monseigneur est encore suplié de renouveler aux inspecteurs des généralités de Rouen, Caen et Alençon, les ordres pour remettre tous les six mois à la chambre de commerce les états des manufactures et les mémoires séparés de leurs observations. Il n'y a, jusqu'à présent, que le sieur Watier, inspecteur à Aumale, et le sieur Barbot, inspecteur à Alençon, qui ayent satisfait à l'un et à l'autre. Les autres inspecteurs se contentent de remettre
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les états sans mémoires, et les inspecteurs de la généralité Je (-acn n'ont jamais remis ny état n\ mémoire. »
La chambre approuva le mémoire, écrivit à M. (iodehen pour le remercier et le prier d'en poursuivre avec M. Pasquier les lins ainsi que du mémoire justiticatif de la compagnie.
Le 17 janvier (1) a été fait lecture d'une lettre écrite à la chambre par M. Pasquier, en date du 14 de ce mois, par laquelle il mande que M. (îodeheu et luy ont cru, avant que de présentera M. le contrôleur général les remontrances de la chambre. de\oir en entretenir M. Fagon, auquel ils ont dit sommairement ce que contenoient ces remontrances, qu'il a jeté les yeux dessus et qu'il leur a dit en même temps qu'il sçavoit ce que c'étoit, qu'il les avoit, que M. de Gasville les avoit données à M. le contrôleur général qui les luy avoit envoyées ; qu'ils appuyèrent beaucoup auprès de M. Fagon sur le trop de créance que Ton donne à ce que mandent les inspecteurs sur les sujets qui regardent la chambre, que cela luy attire des lettres mortifiantes sans l'avoir entendue :, qu'ils luy représentèrent qu'en telles occasions il paroissoit nécessaire de faire examiner si les inspecteurs étoient bien fondés, que dans celle-cy iM. le contrôleur général pourroit charger M. de Gasville d'en prendre connoissance pour luy en rendre compte ^ que M. Fagon leur répondit que c'étoit une afiaire finie, qu'il falloit que la chambre agist avec zèle et de concert avec les inspecteurs pour le bien des manufactures. Que sur cela ils présentèrent à M. Fagon le mémoire qui regarde les arrangements de la chambre pour les assemblées où se trouvent les inspecteurs ; que M. Fagon leur dit que cette idée lui paroissoit bonne et de luy laisser le mémoire, qu'il l'examineroit. Et qu'après cela ils n'avoient pas cru devoir aller chez M. le contrôleur gênerai, M. Fagon gouvernant entièrement ces afîaires-cy. »
Les inspecteurs Clément et de Mettreville vinrent, le 22 août, apporter à la chambre les états du second semestre de 1730 et ceux du premier semestre de i~3i. Le 12 décembre, mandés par la chambre (2), ils avaient remis, sur le bureau, un état des pièces de toileries, toiles fortes etblancards marqués au bureau général de visite de Rouen, pendant le mois de novembre, avec la comparaison contre le mois d'octobre précédent, par lequel il appert que, pendant le mois de novembre, il a été apporté à la visite quinze
(i)Reg. aesdclih.. V. 25S.
INSPIXTION DIS M.\KUrAf.TURI.S 283
mille cinq cent quatre-vinm-six pièces, et, pendant le mois d'octobre, quatorze mille neuf cent cinquante-deux pièces desdites toileries et toiles fortes. Et cet état ayant paru nécessaire a être fourni tous les mois, les inspecteurs ont promis d'en fournir un pareil à la lin de chaque mois pour mettre la chambre en état d'être instruite de ce qui se passe dans les manufactures de toileries et toiles fortes, et ils ont été gratiliésdes honoraires.
La paix paraissait rétablie entre les syndics de la chambre et les inspecteurs du Koi : dans le même mois de décembre ly^i, une nouvelle lettre du contrôleur général fut l'occasion d'un nouveau trouble.
Dans le chapitre relatif au secrétaire de la chambre, nous rapporterons la lettre que le contrôleur général Orry écrivait le lo décembre i~.U à l'intendant, pour lui rappeler celle qu'il lui avait écrite 1024 décembre i7'<o,etpour le prier de l'informer » si la chambre de commerce invite les inspecteurs à venir à ses assemblées pour l'instruire de ce qu'ils voient dans leurs inspections et prendre de concert les délibérations convenables au soutien des manufactures et au bien du commerce. » Kn communiquant cette lettre à la chambre, dans son assemblée du 17 décembre 1731 (i), le prieur J. .Amaury lui donna pour commentaire un exposé de l'opposition qu'il rencontrait chez le secrétaire aux elforts qu'il faisait lui-même en vue de répondre aux intentions du contrôleur général.
« Le sieur prieur, longtemps avant d'être arrivé à la tête de la compagnie, étoit bien dans l'intention d'appeler souvent à la chambre les sieurs inspecteurs, qui ne sçavoient lui en refuser le témoignage, puisqu'il s'en est plusieurs fois ouvert avec eux, de manière à fomenter l'union entre la chambre et eux : d'autant plus que cela doit tendre au bien des manufactures et remplir les vues de Monseigneur. Cela auroit donc eu tout le bon succès que le prieur en avoit espéré, sans l'obstacle que le secrétaire de la chambre y a toujours apporté. Et, en elfet, dès le commencement d'août que ledit sieur prieur eut l'honneur d'être placé à la tête de la compagnie, il voulut inviter aux assemblées de la chambre lesJits inspecteurs, et, en conséquence, il donna ordre au secrétaire de la chambre de leur envover les billets ordinaires. Le secrétaire s'y opposa formellement, sous prétexte que ce n'êtoit point l'usage, que c'étoit compromettre le siège, la chambre de commerce et la compagnie en général, et donner trop d'autorité auxdits inspecteurs, qui
(i) Reg. des Jélib., V, joS.