LES ÉLÉPHANTS DE LANNAM
mettre en valeur notre belle colonie d’Indo-Chine. L’Exposition des services généraux comprenait, entre autres, la Direction générale des Travaux Publics et le service des Mines, la Direction de l’Agriculture,* des Forêts et du Commerce, la Direction générale des Douanes et Régies, le service géographique de l’Indo-Chine, la Mission scientifique permanente, l’École française d’Extrême-Orient, etc. . Douze grands graphiques illustrés, pendus aux murs, montraient les progressions économiques les plus intéressantes. Dans le salon d’entrée, deux panneaux, placés perpendiculairement à la porte, offraient, d’un côté une grande carte économique au 1/500.000 de l’Indo-Chine et, de l’autre, une carte de l’Asie montrant l’Indo-Chine dans son milieu. Citons encore la carte au 1/25.000 du Delta du Tonkin, véritable chef-d’œuvre de travail indigène patient et minutieux.
Au sortir du Palais Central, gardé par une quarantaine de miliciens annamites portant le chapeau plat et le costume bleu des tirailleurs, on se dirigeait vers le Pavillon du Cambodge , copie fidèle d’une tour d’angle du Baïon d’Angkor-Wal, et qui, partagé en étages simulant une accumulation de parasols, montrait sur chaque face une gigantesque et placide figure de Bouddah. Ce pavillon, d’un style étrange et saisissant, abritait des collections particulières d’une grande valeur : armes, bijoux, orfèvrerie, instruments de musique, meubles, coiffures, costumes de théâtre, bâts d’éléphants, etc....
Derrière la tour du Cambodge, s’élevait d’abord le petit Pavillon du Laos, qui contenait une intéressante reproduction du tombeau du dernier roi de Luang-Prabang, puis le Théâtre Indo-Chinois , dont le style néo-siamois imitait heureusement les dômes massifs de Pnom-Penh. Construit pour recevoir cinq cents personnes, il était particulièrement destiné aux évolutions chorégraphiques des danseuses cambodgiennes du roi Sisowath; on y jouait parfois aussi des pièces annamites, interminables et bruyantes. Enfin les sous-
sols du théâtre renfermaient un cinématographe et des dioramas représentant huit sites indo-chinois; les ruines d’Angkor-Wat, une vue de Pnom-Penh, la baie d’Along, une rue d’Hanoi ; deux vues de Saigon et deux autres de Tourane.
De retour sur l’esplanade du Palais de l’Indo-Chine, on gagnait cette fois l’aile droite de la section, et, en premier lieu, le groupe important de la Cochinchine. Le pavillon central, en forme de pagode, surmonté d’une crête de toits recourbés et de dragons ailés, laqué, sculpté, ajouré de mille manières, contenait de magnifiques échantillons de toutes les richesses de la colonie, riz, thés, cire, cannes à sucre, poivre, rotins et bambous, meubles, paravents, éventails, palanquins, orfèvrerie et ciselures, etc...
On pouvait admirer, tout à côté, cette ravissante Maison Cochinchinoise dite aussi « Maison du riche Annamite », véritable bijou d’art et de luxe, qui fut un des « clous » de l’Exposition. Entait, cette maison, construite près de Saigon en bois de diverses essences provenant tous des forêts de Cochinchine, était l’exacte reproduction de la Maison commune de la province de Thudaumot. Ce simple détail suffit à montrer la parfaite organisation de la commune annamite, qui met à la disposition de ses habitants des pavillons de repos aussi merveilleusement agencés.
De la Cochinchine, on gagnait le Pavillon du Tonkin, superbe pagode aux piliers en bois de fer, aux ornements de faïence, puis le Pavillon de VAnnam, dont la haute tour octogonale violemment bariolée, avec son toit de tuiles vernissées, ses caractères mystérieux, ses ors et ses laques, était l’exacte copie de la tour de Confucius à Hué.
Dans l’un comme dans l’autre de ces pavillons figuraient avec honneur un grand nombre de produits indigènes, consistant notamment en thés, poissons salés, cannelle, gomme, benjoin, cacao, opium, tabac, minerais divers, terres cuites, soies grèges, nacre, nattes et palanquins.
Citons encore, pour être complets, le pavillon des Forêts de V' Armani, les Trois Portes d’Annam, d’un caractère si pittoresque, enfin le Van-Iii, sorte de pagodon formé de cinq petites niches contenant chacune un bouddah, et dont les stèles, dédiées aux génies tutélaires, étaient décorées de fines arabesques.
Mais à côté de ces monuments principaux, et pour reconstituer autour d’eux leur cadre naturel, les architectes avaient eu l’ingénieuse idée de grouper un certain nombre d’édifices plus modestes, en bordure sur deux larges voies, la rue d’Hanoi et la rue de Saigon ; et c’étaient d’abord des rangées de maisons abritant ces ouvriers d’art dont le public admirait tant la surprenante dextérité, puis un restaurant annamite, une fumerie d’opium, un marché, le va et vient des pousse-pousse, le grouillement d’indigènes aux faces glabres, aux dents noires de bétel, aux oreilles ornées de Heurs fraîches... bref tout l’Extrême-Orient attirant et mystérieux, transporté comme par magie dans un coin de notre paisible Provence.