‹ La Chambre de commerce de Marseille et l'Exposition coloniale de 1906Chapitre 23 sur 89 · FERME SOUDANAISE · texte numérisé non relu

FERME SOUDANAISE

pourraient contempler ici un bâtiment présentant, par tradition, des traits plus antiques (pie ceux des temples mêmes de Thèbes ou de Memphis. »

Rappelons que le bâtiment principal de l’Afrique occidentale s’élevait sur une terrasse de 78 mètres de longueur sur

36 m. 70 de profondeur ; il affectait la forme d’un grand quadrilatère entouré sur trois côtés d’un portique avec auvent saillant venant intéresser à sa base la grande muraille nue de 14 mètres de hauteur qui enserrait le palais. Au centre de la façade principale, une tour carrée de

37 mètres de hauteur, sorte de minaret massif couronné d’une galerie à jour, surmontait une vaste ouverture ; deux autres portes moins importantes rompaient le portique dans l’axe des façades latérales.

On pénétrait, parla grande entrée pratiquée sous la tour, dans un vestibule suivi d’une salle dont la forme octogonale se prêtait à l’accès des diverses salles d’exposition rayonnant autour d’elle.

Au milieu se dressait une statue équestre représentant un cavalier Touareg ; à droite et à gauche, deux cours intérieures avaient été ménagées, pourvues chacune de platebandes latérales et d’une volière centrale où s’ébattaient une multitude d’oiseaux originaires des forêts africaines Leur ramage égayait ce coin d’exposition et formait un piquant contraste avec la menaçante impassibilité du cavalier Touareg dont la figure à demi-voilée se dessinait dans la pénombre.

Un grand salon de 9 mètres de large sur 13 m. 50 de long faisait suite à la salle octogonale dans l’axe de 1 entrée et offrait aux visiteurs des sièges confortables d’où ils pouvaient, tout en se reposant, contempler les œuvres d art et les photographies de luxe rangées sur les côtés : vues de Dakar, de Conakry et de Tombouctou, bustes représentant les types des principales races africaines, panoplies d armes et d équipements indigènes s’alignaient jusqu au tond de la salle, où

un superbe portrait deM. Roume, alors Gouverneur général de l’Afrique Occidentale, popularisait les traits du haut fonctionnaire qui a présidé avec tant de compétence, de 1902 à fin 1907, aux destinées des Colonies groupées sous sa direction.

De part et d’autre du salon de repos, deux galeries avaient été affectées au Gouvernement général et renfermaient l’exposition des Services généraux de l’Afrique occidentale. Les travaux publics y figuraient au premier rang, car on sait avec quelle méthode M. Roume a poursuivi l’application du programme conçu par lui et que son successeur, M. Merlaud- Ponty, avec l’expérience coloniale qui le caractérise, saura, nous n’en doutons pas, mener à bonne fin. Ce vaste programme, dont on trouvera le détail en appendice, comporte d’ailleurs non seulement le développement des ports et des voies de communication, mais encore les oeuvres les plus utiles d’assistance indigène et d’assainissement desprincipaux centres de population. Outre les plans en relief des villes, des ports et des nouveaux monuments de Dakar et de Saint- Louis, l’exposition du Gouvernement général comprenait donc toutes les œuvres d’enseignement, d’hygiène et d’assistance médicale qui, sous ces climats hostiles, tendent à améliorer la condition physique et morale des indigènes en même temps que celle des colons.

Les galeries en question, longeant chacune de son côté les jardins intérieurs sur lesquels elles prenaient jour, rejoignaient au fond les deux grandes salles extrêmes du bâtiment principal qui abritaient, l’une les produits de la Mauritanie, du Haut-Sénégal et du Niger, l’autre ceux de la Côte d’ivoire et du Dahomey. En revenant par une autre issue de ces salles extrêmes vers la rotonde centrale, on traversait deux nouvelles salles de mêmes dimensions que celles du Gouvernement général, ayant vue comme elles sur les jardins intérieurs dont elles longeaient les autres grands côtés, et affectées aux produits du Sénégal et de la Guinée.

Toutes ces salles, égayées par des dallages polychromes et décorées de frises peintes, étaient éclairées, en plus des baies ouvrant sur les cours, par des plafonds ajourés tendus de vélums; elles renfermaient, sous d’élégantes vitrines, de nombreux échantillons des principales productions indigènes : arachides, sésames, sorghos, manioc, caoutchouc, gomme, plumes de parure et dents d’éléphants du Sénégal , — coton, caoutchouc, gutta-percha, gomme et riz du Haut- Sénégal et du Niger, — arachides, noix de kola, bananes et ananas de Guinée , — acajous, bois de teinture, coton, dents d’éléphants, café, cacao, noix de kola, maïs et miel de la Côte d’ivoire, — huile de palme, palmistes, karité, maïs, indigo et coton du Dahomey , tous ces produits si variés du sol fertile de l’Afrique occidentale figuraient avec honneur dans les salles affectées à leur exposition, complétés par des lots d’étoffes, de vêtements, de cuirs bruts ou travaillés, d’engins de chasse et de pèche, d’armes et de parures dus à l’industrie indigène. Des tableaux de statistique, accrochés aux murs dans l’intervalle des vitrines, achevaient de convaincre les visiteurs des rapides progrès accomplis par nos possessions de l’Ouest africain.

Une salle spéciale était affectée à la Compagnie Française de l’Afrique Occidentale, dont l’importance, les services coloniaux et la belle exposition méritaient pleinement cet honneur. On sait que cette Compagnie constitue la plus vaste affaire coloniale française, et que son administrateur-directeur, M. Frédéric Bohn, membre de notre Chambre, est l’un des coloniaux les plus estimés et les plus écoutés de France. Cette salle contenait des spécimens de toute la production de l’Afrique occidentale ; au centre, se trouvaient des modèles de bateaux à vapeur maritimes et fluviaux montrant la navigation africaine sous ses plus récents aspects, et, de chaque côté, deux superbes panoramas permettaient de saisir sur le vit des scènes de la vie agricole et mercantile du Sénégal et de la Côte d’ivoire.

Au dehors, des ouvriers sénégalais installés sous les auvents des grandes murailles en pisé ou dans les jardins environnants, tissaient des étoffes et fabriquaient des bibelots d’or et d’argent qu’ils vendaient aux curieux attroupés autour d’eux. Les Marseillais se souviennent encore du vieux Guibril qui, par son habileté d’orfèvre, avait acquis auprès des visiteurs de notre Exposition une juste célébrité.

Outre le village soudanais , dont l’accès était interdit au public, les dépendances du palais de l’Afrique occidentale comprenaient encore, comme nous le disions plus haut, une ferme indigène qui mérite une mention spéciale à cause de son vif cachet d’originalité. Sur les trois côtés d’une cour centrale s’élevaient des hangars en charpente couverts en chaume, où se trouvaient aménagés des stalles pour vingt bovidés, un parc pour une quarantaine de moutons ou de chèvres, et des cases pour les gallinacés. Au centre de la cour se dressaient une tour de veilleur servant également de réserve à grains et à fourrages, et un puits sénégalais avec son système primitif de puisage . Enfin un chemin de ronde extérieur, clos d’une palissade en roseaux, enveloppait ces rustiques bâtiments et rejoignait la façade de la cour centrale, à laquelle on accédait par un portail agreste.

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