COMMERCIALE DES COLONIES
Soumet à l’Assemblée plénière ses constatations et ses conclusions.
Touchant le régime économique,
Elle constate :
Que la loi du 11 janvier 1892 n’a pas atteint son but d’unification, au point de vue douanier, des territoires métropolitains et des territoires coloniaux ;
Qu’elle a eu un effet très incomplet et très variable, de pays à pays, au regard du développement de nos exportations vers les colonies ;
Que, tant pour les indigènes que pour les Européens, elle a renchéri les conditions de la vie dans nos possessions et, par suite, nui à leur production ;
Que la suppression des recettes de douane aux colonies a
nécessité, pour l’équilibre des budgets locaux, des relèvements de taxes d’octroi de mer et l’établissement d’impôts directs ou de monopoles, qui ont profondément troublé l’existence économique de nos possessions lointaines.
Elle apprécie, au point de vue de l'admission en franchise partielle ou totale des produits coloniaux en France, que la conséquence logique de la loi du 11 janvier 1892, établissant l’assimilation douanière de la France et des Colonies, devrait être la franchise totale, c’est-à-dire l’échange sans droits de leurs produits entre les Colonies et la Métropole.
Elle déclare que les droits de sortie constituent une forme surannée de perception fiscale qui met obstacle au développement de l’exportation, c’est-à-dire à l’expansion et au rayonnement des pays soumis à ces droits.
Elle conclut que le meilleur régime douanier à adopter sera celui qui :
1° Renoncera à toute unification et centralisation systématiques, que l’expérience de l’application de la loi du 11 janvier 1892 a démontrées irréalisables ;
2° Abandonnera définitivement le principe faux de la subordination économique des Colonies à la Métropole, en reconnaissant que le véritable intérêt de la métropole réside dans la prospérité des Colonies ;
3° Décrétera l'autonomie de chaque Colonie ou groupe de Colonies, au point de vue économique, et réglera le régime douanier de chaque Colonie ou groupe de Colonies, au mieux de leurs intérêts, en tenant compte des formes et conditions essentielles ci-après :
A. — Revendication par la Colonie des mesures et taxes qu’elle juge les plus favorables au développement de sa richesse ;
B. — Octroi de ces mesures par la Métropole, sous réserve de ses intérêts généraux, par un décret rendu dans la forme des règlements d’administration publique;
C. — Fixation d’une durée convenable pour le régime ainsi établi, de façon à permettre aux mesures prises de sortir pleinement à effet, et aux intéressés d’en tirer le meilleur parti ;
4° Permettra aux petites Colonies, par le groupement en gou-
vernements généraux, de se soustraire aux influences purement locales dans la revendication des mesures et taxes les plus favorables au développement de leur richesse.
Touchant I’organisation commerciale des colonies, elle apprécie que :
L’autonomie économique des Colonies est la condition indispensable de leur organisation commerciale :
L’Etat doit faire, pour le maintien de l’influence française dans les régions où nous avons de petites Colonies, des efforts et des sacrifices au moins égaux à ceux que font les puissances étrangères pour pénétrer dans ces régions ; efforts et sacrifices qui doivent avoir pour but la prospérité économique de nos possessions et, pour effet, le développement de leurs relations avec la métropole.
Elle conclut :
En ce qui concerne l'outillage intérieur, à l’achèvement des travaux en cours et à la mise à l’étude de tous ceux dont l’urgence est manifeste. A ce titre, elle signale comme les plus urgents :
Pour l'Afrique Occidentale :
Achèvement des travaux du port d© Dakar.
Construction d’un port à Rufisque.
Dragage du port de Conakry.
Balisage des rivières du Sénégal et de la Guinée.
Achèvement du canal mettant en communication la mer et la lagune à Port-Bouet.
Développement des ateliers de réparations de Dakar.
Jonction à Tliiès du chemin de fer de Rayes à Bamako.
Achèvement de la ligne Conakry-Niger.
Achèvement de la ligne de la Côte d’ivoire.
Achèvement de la ligne du Dahomey.
Complément du réseau de câbles télégraphiques Occidental Africain Français par la pose du câble Conakry-Grand Bassani.
Pour l'Indo-Chine :
Approfondissement du port d’Haïphong.
Achèvement du réseau de chemins de fer Transindo-Chinois. Travaux d’hydraulique agricole.
Anciennes Colonies :
Pour la Guyane :
Suppression de la barre ou création d’un chenal permanent d’accès au port de Cayenne.
Création d’un chemin de fer de pénétration.
Achèvement du réseau téléphonique.
Pour la Réunion :
Amélioration du port de la Pointe-des-Gallets.
Pose du câble télégraphique.
Pour la Guadeloupe :
Canalisation de la Rivière Salée.
Prolongation des quais et dragage du Port de la Pointe-à- Pitre.
Amélioration de la rade du Moule.
Pour la Martinique :
Création d’un dépôt de charbons à Fort-de-France. Amélioration du port de Fort-de-France.
Agrandissement du bassin de Radoub.
Réfection de l’Aiguade.
Pour la Nouvelle-Calédonie, les Nouvelles-Hébrides et les Établissements français de l'Océanie :
Etablissement d’un bassin de Radoub et de chantiers de réparations à Nouméa.
Achèvement du chemin de fer de Nouméa à Bourail, tout au moins jusqu’au gisement houiller de la Dumbéa.
Construction de quais à Nouméa et outillage de ces quais. Établissements de Hauts-Fourneaux pour le traitement du minerai.
Pour Madagascar :
Achèvement de la route de Tananarive à Fianarantsoa.
Prolongement de la ligne fluviale Brickaville-Ivondro jusqu’à Farafangana dans le Sud, et Fénérive dans le Nord.
Création d’un bassin de radoub à Diégo-Suarez.
Achèvement du réseau télégraphique déjcà très développé.
Travaux d’hydraulique agricole.
Pour Saint-Pierre et Miquelon :
Amélioration du port de Saint-Pierre.
Amélioration de l’He-aux-Chiens.
Amélioration du port de Miquelon.
Mise en communication de Miquelon avec Saint-Pierre par le téléphone.
Creusement du goulet donnant accès dans le grand Étang.
En ce qui concerne les communications :
A l’amélioration des services maritimes existants et à l’établissement de services réguliers entre la Métropole et Saint-Pierre et Miquelon, ainsi que sur Tahiti et ses dépendances.
A la création de services inter coloniaux facilitant les échanges entre nos possessions.
En ce qui concerne l'outillage financier :
A l’étude de la fusion des Banques coloniales de la Martinique, de la Guadeloupe, de la Guyane et de la Réunion, lors du renouvellement de leur privilège actuel, de façon à les doter d’un siège métropolitain permettant d’ajouter aux opérations locales de ces Banques la négociation et l’encaissement du papier métropolitain sur les colonies.
A la création, à Madagascar, d’une Banque d’émission, de Crédit agricole, commercial et industriel.
A l’institution d’une Caisse d’épargne en Afrique Occidentale Française.
Le Congrès s’était ouvert le mardi 4 septembre 1906 dans la salle des Fêtes du Grand-Palais, en présence d’une assistance d’élite comprenant les notabilités du monde colonial français, réunies à Marseille pour la circonstance, et un grand
nombre de personnalités locales. M. Jules Charles-Roux y prononça un magistral discours, puis M. Ponsinet, chef du Service colonial et représentant du Ministre des Colonies, exprima les sympathies de son chef pour le Congrès et son désir de tenir compte des précieuses indications qui lui seraient données par les travaux de cette assemblée. Enfin, M. Ch. Depincé, secrétaire général du Congrès, fournit des explications détaillées sur le programme à suivre.
Le lendemain, à 2 heures, le Congrès commença ses travaux de section au Lycée et à la Faculté. Voici, du reste, l’emploi détaillé de son temps jusqu’au dimanche 9 septembre, date à laquelle il prit fin :
Mercredi , 5 septembre. — Matinée libre. Après-midi, à 2 heures : Séances de sections. Soir, à 8 heures et demie : Conférence de M. Joseph Chailley, député, directeur général de l’Union coloniale française, sur Y Education des indigènes dans l’Inde britannique. Président : M. Estier, président du Conseil général des Bouches-du-Rhône.
Jeudi 6 septembre. — Matin : Visite des Ports et du Musée colonial, sous la conduite de M. Hubert Giraud, armateur, membre de la Chambre de Commerce. — Après-midi, à 2 heures, séances de sections ; à 4 h. ‘/a, séance plénière. — Soir, à 8 h. 4/s> conférence par M. de Lanessan, ancien gouverneur général de l’Indo-Chine, ancien ministre, sur la Politique indigène dans les colonies. Président ; M. Chanot, maire de Marseille.
Vendredi, 1 septembre. — Matin : Visite d’établissements industriels. — Après-midi : à 2 heures, séances de sections ; à 4 h. ‘/2, séance plénière. — Soir, à 8 h. *[%, conférence de M. le docteur Treille, inspecteur général honoraire du Service de santé des colonies, professeur à l'Institut colonial de Marseille, sur la Médecine et l'Hggiène coloniales. Président : M. Desbief, président de la Chambre de Commerce de Marseille.
Samedi , 8 septembre. — Matinée libre. — Après-midi : à 2 heures, séances de sections; à 4 h. 4/a, séance plénière. — Soir : à 9 heures, réception à l’Hôtel de Ville.
Dimanche, 9 septembre. — Matinée et après-midi : Promenade en mer et lancement du cargot-boat Hérault (Compagnie générale Transatlantique) aux Chantiers et Ateliers de Provence de Port-de-Bouc. — Soir : Banquet au Casino de la Plage et fête de nuit à l’Exposition coloniale, avec illuminations générales, promenade du Dragon, etc.
Congrès de l’Alliance Française et des Sociétés
de Géographie,
Congrès des explorateurs polaires (10-15 Septembre).
Ce Congrès, tenu du 10 au 14 septembre, à la suite du Congrès Colonial National, était organisé par le Comité Marseillais de « l'Alliance française pour la propagation de la langue nationale dans les colonies et à T étranger » dont le président est M. Adrien Artaud, membre de la Chambre de Commerce, et par la « Société de Géographie et d' études coloniales de Marseille » dont le président était alors le regretté M. Delibes, agrégé de l’Université. Présidé parM. J. Charles- Roux, il avait pour secrétaire général M. Jacques Léotard, secrétaire général de la Société de Géographie et du Comité Marseillais de l’Alliance Française. La section des Sociétés de Géographie était présidée par M. Le Myre de Vilers, ambassadeur honoraire, président de la Société de Géographie de Paris, et la section de l’Alliance Française, par M. P. Foncin, inspecteur général de l’Instruction publique et président du Conseil d’ Administration de l’Alliance Française.
Ce Congrès ayant un caractère international, de nom-
breux délégués étrangers s’y étaient rendus, en tête desquels nous devons citer le colonel russe de Schokalsky, vice-président delà Société Impériale de Géographie de Saint-Pétersbourg, et M. Hellvig, consul d’Allemagne, délégué de la Société Coloniale Allemande de Berlin.
Voici quel était le programme du Congrès :
Lundi 10 septembre. — A4 heures précises, séance solennelle d’ouverture dans la Salle des Fêles du Grand-Palais. Discours de M. J. Charles-Roux, commissaire général de l’Exposition, président du Congrès. Après la séance, visite à l’Exposition spéciale de P Alliance française et des Sociétés de Géographie (au Palais du Ministère des Colonies). Lunch.
A 9 heures du soir, conférence publique au Grand-Théâtre sur « La Spéléologie, science des cavernes , et le grand canon du Verdon », par M. Martel, vice-président de la Société Géographique de Paris, directeur de La Nature.
Mardi , il septembre. — A 9 heures du matin, à la Faculté des Sciences, réunion des deux sections. A 2 heures et demie, visite des Ports et des installations maritimes, sous la conduite de M. Hubert Giraud, administrateur-délégué de la Société Générale des Transports Maritimes, membre de la Chambre de Commerce.
Mercredi , 12 septembre. — A 9 heures du matin, réunion des deux sections. — A 2 heures et demie, visite d’établissements industriels.
Jeudi, 13 septembre. — A 9 heures du matin, réunion des deux sections. — A3 heures, assemblée générale dans la Salles des Fêtes, conférence sur l’Alliance française et sur l’Ethnographie coloniale. — A 9 heures du soir, fête de nuit à l’Exposition.
Vendredi , U septembre. — Fusion avec les membres du « Congrès pour l'étude des régions polaires » venus de Bruxelles. — A 10 heures du matin, visite du Palais de la
Mer (Section internationale d’Océanographie et des explorations polaires à l’Exposition). — A4 heures précises, conférence publique, au Grand-Théâtre, sur « i l’Exploration des Régions Polaires », parM. le Docteur Charcot, chef de l’Expédition Antarctique française, l’amiral danois Wandell et le professeur allemand Von Dry gai ski. — A 8 heures du soir, banquet au Casino de la Plage, sous la présidence de M. Charles-Roux.
Ce programme fut réalisé point par point, et les travaux du Congrès présentèrent à chaque séance un très vif intérêt ; les conférences de leur côté furent très appréciées du public admis à les écouter.
Parmi les communications qui furent faites au Congrès, et dont le nombre dépasse une cinquantaine, nous citerons tout particulièrement les suivantes :
Section des Sociétés de Géographie. — Les ports francs et i autonomie desportsà l’Etranger et en France , parM. Lucien Estrine, vice-président de la Société de Géographie de Marseille, vice-président de la Chambre de Commerce.
Des moyens d’arrêter le déboisement dans l’Afrique Occidentale, par M. Frédéric Bohn, vice-président de la Société de Géographie de Marseille, membre de la Chambre de Commerce.
L enseignement colonial , par M. le docteur Heckel, viceprésident de la Société de Géographie de Marseille.
Un chemin de fer colonial : la ligne du Dahomey ail Niger , parM. Georges Borelli, ancien vice-président de la Chambre de Commerce de Marseille.
De la variété des ressources naturelles de V lndo-Chine , par M. Henri Brenier, directeur-adjoint de l’Agriculture, des Forêts et du Commerce de lTndo-Chine.
Ethnographie coloniale : le Plateau du Niger , par M. le lieutenant Desplagnes.
Madagascar, par M. A. Jully, commissaire à l’Exposition coloniale.
Le Laos, par M. A. Raquez, commissaire à l’Exposition.
Le lonkin, par M. P. Pasquier, commissaire à l’Exposition .
Section de l’Alliance française. — Du rôle de l’Alliance française, parM. Léon Dufourmantelle, secrétaire général de l’Alliance française à Paris.
Encouragement au maintien de la pureté de la langue française : 1. Auteurs français ; 2. Auteurs étrangers écrivant en français, par M. Adrien Artaud, président du Comité marseillais de l’Alliance française, membre de la Chambre de Commerce.
Du rôle comparé des écoles françaises et des écoles indigènes dans les colonies , parM. Paul Gaffarel, professeur à la Faculté des Lettres, Marseille.
Des situations ci réserver aux indigènes connaissant le français dans les services publics et les compagnies privées , par M. Paul Masson, professeur à la Faculté des Lettres, Marseille.
La propagation de la langue française et l’extension du commerce ; utilité de relations entre adhérents français et étrangers de V Alliance française, par M. Adolphe Fouque, président du Syndicat d’initiative de Provence
La langue française ci Madagascar , par M. A. Jully, président de l’Alliance française à Tananarive, commissaire à l’Exposition coloniale.
La langue française en Afrique occidentale, par M. Max Robert, commissaire à l’Exposition coloniale.
La langue française au Tonkin, parM. E. Schneider, président de l’Alliance française à Hanoï.
Congrès divers
Le plan de notre étude ne comportant pas un historique complet des fastes de l’Exposition coloniale, nous nous bornerons à citer pour mémoire les divers autres Congrès tenus au cours de la belle manifestation de 1906. Ce furent, dans l’ordre chronologique :
Le Congrès des Associations amicales des anciens élèves des collèges et lycées de France (2-4 juin).
Le Congrès de V Union des Syndicats agricoles des Alpes et de Provence (22 juillet).
Le Congrès dentaire (26-30 juillet).
Le Congrès international des étudiants, présidé par M. d’Estournelles de Constant, sénateur.
Le Congrès international des anciens élèves des Ecoles supérieures de Commerce (26-30 août).
Le Congrès des Sociétés savantes de Provence (31 août- 2 septembre), placé sous la présidence d’honneur de Frédéric Mistral et de M. Jules Charles-Roux, et présidé par M. Belin, recteur de l’Académie.
Le Congrès des anciens élèves des Ecoles primaires supérieures (22-25 septembre).
Le Congrès de V Enseignement colonial (24-28 septembre), organisé par la Mission laïque française.
Le Congrès international d’hygiène et de salubrité publiques (7-13 octobre).
Le Congrès du bâtiment (14-15 octobre).
Le Congrès de V Assemblée générale de l’Union des Maîtres- Imprimeurs (15-17 octobre).
Le Congrès de la Meunerie (15-18 octobre).
Réception de M. Fallières, président de la République
(15-16 septembre)
Le 10 juillet, M. le Président du Conseil général des Bouches-du-Rhône avait fait connaître que M. le Président de la République avait accepté l’invitation qui lui fut adressée de se rendre dans le Département et de visiter l’Exposition coloniale de Marseille.
La Chambre de Commerce se concerta alors avec le Conseil général des Bouehes-du-Rhône et la Municipalité de Marseille, pour organiser en commun la réception du chef de l’État.
Le samedi 15 septembre, à 10 h. 40 du matin, M. Fallières arrivait en gare de Marseille. Il était accompagné dans son voyage, par MM. Leygues, ministre des Colonies; Etienne, ministre de la Guerre ; Thomson, ministre de la Marine ; Briand, ministre de l’Instruction publique ; Dujardin- Beaumetz, sous-secrétaire d’État aux Beaux-Arts ; Henri Brisson, président delà Chambre des Députés.
Salué sur son passage par les ovations de la population, M. le Président Fallières se rendit, avec le brillant cortège qui l’entourait, à la Préfecture, où eurent lieu aussitôt les réceptions des autorités civiles et militaires et des corps constitués.
Dans l’après-midi, l’amiral Touchard , commandant l’escadre de la Méditerranée, présenta au chef de l’État les officiers italiens, espagnols et anglais appartenant aux escadres qui étaient venues saluer le Président de la République. Puis le Président se rendit vers 4 heures à l’Exposition coloniale et la visita, entouré de toutes les autorités, au milieu des acclamations d’une foule immense. Diverses allocutions furent prononcées, notamment par M. Leygues, ministre des Colonies, et par M. J. Charles-Roux, commis-
saire général de l'Exposition. Un défilé colonial des plus intéressants clôtura la cérémonie.
Le soir, le Président de la République offrit à la Préfecture un banquet de 130 couverts, tandis qu’une fête vénitienne avec leu d’artifice avait lieu dans le port féeriquement illuminé.
Le lendemain matin (dimanche 16 septembre) après une visite au Conseil général et une autre à l’Hôtel de Ville, le Président de la République et son cortège se rendirent à l’Hôtel de la Mutualité, dontM. Chanot, maire de Marseille, M. Pagès, président du Conseil de la Mutualité des Boucliesdu-Rhône, et M. Mabillau , président de la Fédération Nationale de la Mutualité, leur firent les honneurs, puis à l’hôpital de la Conception, d’où ils regagnèrent la Préfecture.
A midi un quart eut lieu au Palais de la Bourse le banquet offert au Président de la République par la Ville de Marseille, le Département des Bouches-du-Rhône et la Chambre de Commerce.
La grande salle était magnifiquement décorée et illuminée et le nombre des convives dépassait quatre cents, comprenant tout ce que notre ville renferme de notabilités politiques, administratives et commerciales.
La table d’honneur était ainsi occupée :
A la droite de M. Fallières, se trouvaient : M. le Maire Chanot ; M. Brisson, président de la Chambre des Députés ; M. Desbief, président de la Chambre de Commerce ; M. Briand, ministre de l’Instruction publique ; l’amiral espagnol de la Malta ; M. Dujardin-Beaumetz, sous-secrétaire d’État aux Beaux-Arts; MM. les sénateurs Peytral et Velten ; le commodore anglais Story ; M. Pichon, résident général à Tunis ; l'amiral Touchard ; MM. les députés Thierry et Baron ; M. Dervillé, président du Conseil d’ Administration de la Compagnie P.-L.-M. ; M. Lanes, secrétaire
général de la Présidence ; M. le recteur Belin ; M. Augé, député ; le marquis de Torrijos, consul d’Espagne ; l’amiral Marquis ; M. Roume, gouverneur général de l’Afrique occidentale française.
A gauche de M. Fallières, se trouvaient : MM. Estier, président du Conseil général ; Thomson, ministre de la Marine ; l’amiral italien Moreno ; Levgues, ministre des Colonies ; Leydet et Guérin, sénateurs ; Pelletan, député ; le général Matliis ; Cecil Gurney, consul général d’Angleterre ; Flaissières, sénateur ; Mastier, préfet des Bouches-du-Rhône ; le comte Marrazzi, consul général d’Italie ; Nohlemaire, directeur de la Compagnie P.-L.-M. ; Cénac, procureur général : Beau, gouverneur général de l’Indo-Chine ; Cadenat, Michel et Carnaud, députés ; J. Charles-Roux, commissaire général de l’Exposition coloniale.
Au dessert, M. le président Desbief prit la parole après M. le Maire de Marseille et M. le Président du Conseil général dans les termes ci-après :
Monsieur le Président de la République,
C’est pour la Chambre de Commerce un honneur dont elle sent tout le prix de recevoir aujourd’hui le Chef de l’État ; c’est aussi, pour elle, une très vive satisfaction de pouvoir l’assurer de ses sentiments de respect pour sa personne et de profonde gratitude pour le haut témoignage de sympathie qu’il a bien voulu lui donner.
En s’associant an Conseil municipal de Marseille et au Conseil général des Bouches-du-Rhône pour participer à notre admirable Exposition coloniale, dont l’éclat — nous le reconnaissons bien volontiers — est dû surtout au puissant concours de nos colonies, notre Compagnie a tenu à affirmer, une lois de plus, son souci constant de ne rien négliger de ce qui peut aider à l’expansion extérieure de la France.
Et c’est avec empressement qu elle a secondé de tout son pouvoir, soit par les sacrifices consentis, soit par la collaboration
effective de ses membres, l’action de tous ces hommes de valeur, coloniaux et métropolitains, qui, sous l’habile impulsion de noire éminent concitoyen M. J. Cli.-Roux, ont su vaincre toutes les difficultés et assurer le succès.
Mais notre Chambre a considéré que sa tâche n’était pas terminée.
Il lui a paru que l’occasion était propice de perpétuer les leçons découlant de la belle œuvre de vulgarisation qui s’accomplit en ce moment et qui doit avoir une influence décisive sur la mise en valeur de notre vaste Empire d’Outre-Mer.
Grâce aux nombreuses adhésions qui lui sont parvenues, grâce aux généreuses souscriptions qui lui ont été offertes, il lui a été possible de constituer, le 27 août, une Association déclarée, qui a pris le nom d’“ Institut Colonial Marseillais ”,
Placée sous le haut patronage de M. le Ministre des Colonies, cette Institution réunira dans un immeuble situé rue Noailles, c’est-à-dire au cœur même de la ville, le Musée colonial fondé par M. le Dr Heckel ; les cours d’enseignement colonial créés, il y a quelques années, par la Chambre de Commerce et professés par des maîtres de l’Université d’Aix-Marseille; ainsi qu’un Musée commercial, véritable exposition permanente de produits donnant ou pouvant donner lieu à des échanges.
Dans ce Musée sera établi un bureau de renseignements ayant pour objet de favoriser le développement des relations commerciales de la métropole avec les colonies.
Un des étages de l’immeuble sera réservé à la Société de Géographie, qui rend tant de services à la cause coloniale.
Ainsi seront groupés, à portée du public, tous les moyens d’instruction et tous les éléments d'information propres à répandre les notions coloniales et à attirer les hommes et les capitaux vers la plus grande France.
Si j’ai pris la liberté, Monsieur le Président, d’appeler votre bienveillante attention sur cette création, c’est que nulle part ailleurs elle ne saurait être plus féconde en résultats que dans notre grande ville industrielle et dans notre grand port, dont le mouvement comprend déjà plus de la moitié du trafic global des colonies avec la métropole.
Notre Compagnie, du reste, fidèle à ses traditions trois fois
séculaires, n’a cessé de consacrer ses efforts à accroître l’activité nationale.
Pénétrée de la nécessité de multiplier les voies de communication, elle a poursuivi ses démarches pendant plus de vingt ans Pour faire aboutir le projet de construction du canal de jonction de Marseille au Rhône.
La déclaration d utilité publique a été obtenue par la loi du 24 décembre 1903 et le décret du 18 juillet 1906 a autorisé la Chambre de Commerce à percevoir les taxes devant gager 1 emprunt destiné a faire face à sa participation.
Les premiers travaux à faire dans la rade de Marseille et dans l’étang de Berre ont été mis en adjudication et il est à croire qu’à la fin de 1 année il sera possible d entreprendre le percement du tunnel du Rove.
Mais laissez-moi dire, Monsieur le Président, combien nous vous sommes tous reconnaissants d’avoir bien voulu consentir à procéder vous-même à la pose de la première pierre du canal du Rhône, au cours de la visite des ports qui aura lieu cet aprèsmidi, et à attacher ainsi votre nom à celte œuvre de salut dont la réalisation est due au concours offert à l’État par la Ville de Marseille, le Département des Bouches-du-Rhône et la Chambre de Commerce, que l’on trouve toujours unis dans la recherche du bien public.
Je n aurais garde d’oublier la part qui revient dans le résultat obtenu à MM. les Sénateurs et Députés des Bouches-du-Rhône, que je suis heureux de remercier encore de l’appui si efïicace qu’ils nous donnent, toutes les fois que sont enjeu les intérêts de notre circonscription.
Et c’est aussi grâce à leur intervention que le Gouvernement a pu faire voter, tout récemment, la loi sur la marine marchande qui lournira a nos armateurs, espérons-nous, les moyens de lutter plus facilement que par le passé contre la concurrence qui les presse de toutes parts.
En ce qui concerne l’amélioration des installations maritimes de notre port, on peut affirmer que tout ce qu’il était possible d entreprendre a été tenté; mais i! faut bien reconnaître que les propositions de notre Chambre n’ont pas toujours trouvé auprès du Parlement l’accueil que nous étions fondés à attendre.
C’est ainsi qu’en 1903, nous avons eu le regret de voir ajourner trois projets relatifs :
A rétablissement, clans l’anse de la Madrague, d’un nouveau bassin où doit aboutir le canal du Rhône;
A l’aménagement du Port-Vieux;
A l’approfondissement du Bassin National.
Sans céder au découragement, notre Compagnie a repris ces trois projets, dont l’un — celui du Bassin National — a déjà reçu l’approbation gouvernementale. Quant à celui du bassin de la Madrague, il sera présenté prochainement et il est à souhaiter qu’il ne rencontre aucune opposition.
Il y a en effet urgence, en raison des progrès qui s’accomplissent tous les jours dans les constructions navales, à doter Marseille d’un bassin qui puisse recevoir les navires de fort tonnage qui seront à flot dans quelques années.
Rappellerai-je, aussi, que la proposition de loi tendant à l’institution de zones franches dans les ports a été déposée par le Gouvernement le 4 avril 1903, et qu’elle est devenue caduque à la fin de la dernière législature?
Les raisons d’ordre intérieur qui viennent d’être indiquées suffiraient à expliquer pourquoi le mouvement du premier port de France progresse si lentement.
Mais cette situation regrettable tient aussi, on ne saurait trop le répéter, au régime institué en 1892, qui, par les mesures de rétorsion qu’il a provoquées à l’étranger, est venu entraver l’essor de notre commerce d’exportation,
11 n’est qu’un remède au mal dont nous souffrons, c’est le retour vers une politique économique plus libérale, vers la politique des traités de commerce.
Sagement appliquée, elle sauvegardera les intérêts de nos agriculteurs comme ceux de nos commerçants et de nos industriels qui, avec une persévérance inlassable, soutiennent sans faiblir la lutte engagée au dehors contre des rivaux plus favorisés.
Qu’il me soit permis d’ajouter que, tout en mettant tous ses soins à remplir le mandat spécial qui lui est confié, notre Chambre se fait un devoir de donner son concours le plus absolu au gouvernement de la République pour réaliser, parmi les réfor-
mes proposées, celles qui, mûrement étudiées, doivent avoir pour effet de contribuer à l’affermissement de la paix sociale.
Monsieur le Président,
En venant visiter Marseille et son Exposition Coloniale, vous avez tenu à marquer votre haute sollicitude pour les intérêts du département tout entier et pour ceux de nos possessions d’outremer.
Aussi, est-ce avec confiance que nous envisageons l’avenir puisque nous sommes certains, grâce au puissant appui du chef de l’État, de voir s’accroître sans cesse la prospérité du Pays et le rayonnement extérieur de l’influence française.
Messieurs,
Au nom de la Chambre de Commerce, je vous convie à lever vos verres en l’honneur de M. Armand Fallières, président de la République Française. ( Applaudissements ).
M. le Président de la République prononce ensuite le discours suivant :
Messieurs,
Je ne saurais assez remercier les représentants de la Cilé, les membres du Conseil général et de la Chambre de Commerce, de m’avoir invité à consacrer à la visite de Marseille et de son Exposition un des voyages qui sont dans les devoirs et dans les traditions de la Présidence de la République.
Je ne manquerai pas de rappeler qu’aux distingués compatriotes qui m’ont apporté l’invitation de leurs collègues s’étaient joints, avec une bonne grâce parfaite, vos sénateurs et vos députés, au nombre desquels se trouvait, comme il se trouve encore aujourd’hui, l’homme éminent dont la haute personnalité politique ajoute au prestige de la présidence de la Chambre des Députés.
Après ce que j’ai vu, depuis que je suis dans vos murs, après
ce qu’il m’a été donné d’admirer, qui étonnerai-je si je dis que ma joie est grande d’être aujourd’hui l’hôte de Marseille, et si mes premières paroles sont, maintenant, pour adresser aux colons et aux indigènes de nos possessions d’outre-mer le salut fraternel et les félicitations chaleureuses de la France continentale.
Oui, je sens bien que, ce faisant, je réponds à la pensée de tous.
N’est-il pas en effet des heures, dont il faudrait multiplier le retour, où il est salutaire d’oublier ce qui nous divise, pour confondre dans un sentiment de commune fierté la juste appréciation de nous-mêmes, et applaudir d’un même élan patriotique à tout ce qui concourt à l’accroissement de notre puissance, de notre bon renom et de notre ascendant moral dans le monde ?
Au milieu des nations colonisatrices, nos voisines, nous tenons un rang qui nous fait honneur, et dont nous ne sommes pas près de déchoir.
Avec le temps, nous avons mis sagement à profit les données sans cesse en progrès de la science des hommes et des choses, et l’expérience, que rien ne supplée, a ouvert à nos efforts des chemins au bout desquels nous ne trouverons plus les mirages qui trompent et les déceptions qui découragent. En répudiant ce que la contrainte a de répugnant et de misérablement stérile, en enseignant aux indigènes à mettre en valeur des ressources que la nature, qui leur est si avare de ses dons, a parfois prodiguées à leur insu sur le sol et dans la région qu’ils habitent, en dissipant les ténèbres dont l’ignorance les entoure, en les élevant à nous parla bonté et la justice, ces deux grandes éducatrices des races déshéritées, en faisant la clarté dans leurs consciences obscurcies, sans menacer des croyances auxquelles ils sontséculairement attachés, en n’oubliant jamais, pour tout dire d’un mot, que nous devons être pour eux des guides et non des oppresseurs, ne sommes-nous pas arrivés, peu à peu, à faire pénétrer partout quelques rayons du génie de la France, à l’avantage de nos intérêts, et à l’honneur de la civilisation et de l’humanité ?
Quels enseignements à tirer, à cet égard, de votre magnifique Exposition, et qu’il eût été difficile de la placer, avec plus de goût, dans un site plus enchanteur! Au-dessus de vos palais, le
ciel incomparable de la Provence ; en face, quand on entre, la muraille aux couleurs changeantes de vos délicieuses montagnes ; en arrière, à l’horizon prochain, la mer bleue, qui a, tant de fois et si heureusement, sollicité l’inspiration de nos poètes et les pinceaux de nos artistes ; à côté, votre superbe et puissante Cité, notre richesse et notre orgueil — où les tètes sont chaudes et les passions ardentes, mais où les cœurs sont généreux — où, dans l’animation incessante de l'atelier, du magasin et du comptoir, dans la vie intense de la rue, de la place publique et des quais de vos bassins, se développent, en se renouvelant, sous des formes si variées et si pittoresques, les manifestations les plus saisissantes de l’activité industrielle, commerciale et maritime, — où ceux qui nous viennent des rives lointaines sont accueillis, en débarquant, par les premiers sourires de la nation hospitalière.
Ah ! Combien je comprends, Monsieur le Maire, que vous soyiez jaloux de voir grandir la prospérité d’une ville, dont l’histoire vient de s’enrichir, avec tant d’éclat, d’une page inoubliable. On parlera longtemps de votre Exposition coloniale de 1906; et l’on ne manquera pas de s’en souvenir, pour montrer, à l’occasion, à quels résultats on aboutit, lorsqu’au lieu de s’épuiser dans des luttes qui laissent tout en suspens, on réunit, dans un effort d’ensemble, ces trois éléments principaux de la fortune de toute entreprise humaine, la volonté, l’intelligence et le travail.
Qu’on y ajoute, dans un large esprit de concorde, ce que la solidarité est capable de développer de sentiments généreux, de confiance réciproque et de justice efficace dans les rapports de ceux que mettent en présence, mais non pas en antagonisme, les nécessités quotidiennes de la production nationale, et 1 on aura fait beaucoup pour le maintien de la paix sociale, qui est dans les vœux et dans les besoins impérieux de notre Démocratie.
Vous faites appel aux pouvoirs publics, pour vous aider a mener à bien les œuvres d’assistance et de prévoyance, auxquelles la République s’honore d’avoir donné une puissante impulsion.
Vous n’avez pas reculé devant les sacrifices de la commune.
Vous méritez d’être entendu, et le Président de la République ne fermera pas l’oreille à la requête que vous venez de lui adresser.
Je me fais un devoir, en même temps qu’un plaisir, de vous donner la même assurance, Monsieur le Président du Conseil général, pour les travaux en projets, dont l’exécution est depuis longtemps attendue, et qui sont destinés à améliorer les conditions générales de l’hygiène publique, ainsi que les conditions de la production agricole d’une grande partie de la région.
En me rappelant ma passion pour la terre, vous êtes allé droit à mon cœur. Comment ne pas l’aimer cette noble terre de France, qui, des brumes du Nord au grand soleil de la Provence, voit croître, sur nos coteaux et dans nos plaines, dans nos montagnes et sur les rivages de nos mers, avec l’infinie variété de ses récoltes et de ses produits, une race d’hommes liers, courageux, résistants à la fatigue, modestes et laborieux ouvriers de nos champs et de nos usines ou intrépides mariniers de nos côtes, qui se sont donnés à la République, comme leurs pères se donnèrent autrefois à la Révolution, avec l’unique souci du bien public et par amour de la patrie ?
M. le Président de la Chambre de Commerce, dans un milieu en apparence plus calme que celui de la politique, mais qui a cependant ses ardeurs, sinon ses orages, la Chambre de Commerce exerce comme une sorte de haute magistrature dont les décisions, mûrement réfléchies, sont d’autant plus dignes de l’attention publique que les intérêts locaux qui en font l’objet se confondent généralement avec les intérêts supérieurs du pays. Vous seriez, me paraît-il, enclins à vous accuser d’impuissance; si c’était là votre état d’esprit, que vous seriez injustes envers vous-mêmes! En m’invitant à poser la première pierre du canal de jonction de Marseille au Rhône, vous m’avez fait un honneur dont je sens tout le prix, croyez-le bien. Mais comment ne verrais-je pas, dans cette cérémonie qui marquera parmi les meilleures auxquelles il me sera donné de prendre part dans la suite, la preuve que lorsqu’on défend une juste cause, avec de la persévérance, on finit par avoir raison de tous les obstacles?
Avec le haut sentiment de vos devoirs à l’égard de tout ce qui touche à la prospérité nationale, vous venez de fonder un Institut
Colonial . Soyez-en hautement loué. Puisse l’œuvre réussir ! La France vous en sera reconnaissante.
Je bois à la ville de Marseille, dont l’hospitalité m’est si douce et me touche si profondément.
A son Conseil municipal, au Conseil général et à la Chambre de Commerce.
Je bois aux hommes d’initiative, qui ont conçu l’idée de votre Exposition, et qui ont conduit à bien cette splendide manifestation de notre vie coloniale.
Au Commissaire général et à ses collaborateurs de tous ordres et de tous rangs, ingénieurs, architectes, artistes, commerçants, industriels, agriculteurs, délégués coloniaux, entrepreneurs, constructeurs, simples ouvriers de tous les corps de métiers, qui furent tous ensemble à la peine, et qui méritent d’être tous ensemble à l’honneur.
Je bois aux exposants dont les produits, en étalant à nos yeux étonnés les richesses de nos colonies, nous montrent ce que, sous toutes les latitudes, le génie de l’homme peut obtenir des ressources de la nature.
Je lève enfin mon verre à notre empire colonial, à sa prospérité et à son avenir ! »
Ce discours, écouté debout par l’assistance, a été chaleureusement applaudi.
Aussitôt après, le Président, les Ministres et leur suite, ont quitté la salle de la Bourse pour se rendre sur la place afin d’inaugurer le monument de Puget.
A 4 heures, le Président de la République s’embarquait avec sa suite au quai de la Fraternité, sur le contre-torpilleur La Hire , pour aller passer, avec le ministre de la Marine, la revue des escadres internationales en rade d’Endoume. Les autorités n’accompagnant pas le Président ont pris passage sur le remorqueur de l’État Y Utile, qui s’est dirigé vers le bassin de la Pinède, à l’extrémité des ports Nord, suivi du
Cannois et du Saint-Mandner.
Le La Hire, escorté par le Dard et le Claijmore, est arrivé
à son tour à 5 heures devant la passe Nord sans que la violence du mistral ait permis au Président de la République d’accoster sur les bâtiments de guerre étrangers, devant lesquels le navire présidentiel a seulement défilé, salué par les équipages et les salves réglementaires.
Le mistral n’a pas non plus permis le débarquement du Président dans le bassin de remisage de la Madrague, où devait être posée la première pierre des travaux du canal de Marseille au Rhône. La cérémonie a dû être écourtée.
M. Fallières et sa suite sont montés à bord de Y Utile, où les autorités se sont groupées à l’arrière, et M. Desbief, président de la Chambre de Commerce, a prononcé alors le discours suivant :
Monsieur le Président de la Répurlique,
Par l’accueil si bienveillant que vous avez réservé à l’invitation que la Chambre de Commerce a eu l’honneur de vous adresser, pour la visite des ports de Marseille et la pose de la première pierre du canal du Rhône, vous avez donné un nouvel et très précieux encouragement à nos commerçants, à nos industriels, à nos armateurs et à la population laborieuse de notre ville tout entière.
Au nom de tous, je suis heureux de vous présenter, une fois encore, l’expression de nos sentiments de reconnaissance.
Le projet d’établissement d’un canal reliant le port de Marseille au Rhône est fort ancien. On en signale l’existence dès l’année 1507 — sous Louis XII — mais si nous passons aux temps modernes, nous voyons que nombreux sont les projets qui ont été élaborés dans la seconde moitié du siècle dernier, sans qu’il y ait été donné aucune suite.
Enfin, en 1878, M. de Freycinet, alors ministre des Travaux publics, constate la nécessité absolue de rattacher Marseille au Rhône, dont l’aménagement est d’ores et déjà poursuivi, et, en 1879, M. l’ingénieur en chef Bernard commence l’étude d’un projet que son successeur, M. Guérard, — aujourd’hui
inspecteur général des ponts et chaussées — mènera à son complet achèvement.
A cette même époque de 1879, le Département des Bouchesdu-Rhône, la Ville de Marseille et la Chambre de Commerce prennent l’engagement de concourir pour un quart au montant de la dépense estimée 80 millions.
En 1893, c’est-à-dire quatorze ans plus tard, le gouvernement dépose une proposition de loi, qui, d’ailleurs, devient caduque par suite du renouvellement de la Chambre des Députés.
En 1899, dépôt d’un nouveau projet de loi qui n’aboutit pas davantage”) quoique la municipalilé marseillaise, l’assemblée départementale et la Chambre de Commerce aient consenti à couvrir, non plus le quart, mais la moitié de la dépense, dont l’estimation est portée à 91 millions du fait de l’aboutissement du canal à Arles, au lieu de Bras-Mort.
En 1902, M. Baudin, ministre des Travaux publics, comprend dans le programme des grands travaux présenté au Parlement le projet du canal de Marseille au Rhône, qui est adopté en son entier par la Chambre des Députés.
Mais le Sénat, par mesure d’économie, lui fait subir des modifications ayant pour effet de réduire la section du canal et de ramener la dépense à 71 millions.
La loi du 24 décembre 1903 fixe le concours de l’État à 35.500.000 francs au maximum, et celui de la ville et du département à la somme forfaitaire de 13.333.330 francs. La Chambre de Commerce doit fournir 22.166.670 francs et prendre à sa charge les excédents éventuels de dépense.
Depuis lors, MM. les ingénieurs en chef des ponts et chaussées Batard-Razelière et Bourgougnon ont dû dresser le projet définitif du canal et le faire approuver.
De leur côté, le Conseil d’État et les ministères compétents ont autorisé les emprunts que la Chambre de Commerce doit contracter et les taxes de péage qu’elle doit percevoir.
Aussi, les premiers travaux à exécuter dans la rade de Maiseille et dans l’étang de Berre ont- ils pu être mis en adjudication tout récemment.
Les dispositions générales du projet du Canal sont trop connues pour qu’il y ait lieu de les retracer ici : il suffna de
rappeler que cette voie de communication prendra naissance dans le bassin de remisage où nous nous trouvons actuellement, franchira le massif des collines de la Nerthe sous le tunnel du Rove — long de 7 kilomètres — côtoiera l’étang de Berre, traversera Martigues et Port de Bouc pour aboutir à Arles.
Il n’est pas sans utilité, cependant, d’indiquer aussi que, pour procéder en toute sécurité aux opérations d’échange de marchandises entre le Canal et la mer, il sera nécessaire de construire un nouveau bassin faisant suite à celui de la Pinède.
C’est pourquoi la Chambre de Commerce va soumettre à l’approbation de l’Administration supérieure le projét, ajourné en 1903, du bassin de la Madrague.
Mais il est une question qui a été souvent posée : le Canal répondra-t-il bien au but poursuivi? En d’autres termes, les difficultés que rencontrera la navigation sur le Rhône ne serontelles pas un obstacle au développement du trafic?
Les déclarations faites par M. Girardon, ingénieur en chef du Rhône, dans une réunion tenue le 17 mai 1905 à la Chambre de Commerce de Marseille, sont absolument rassurantes à cet égard.
Après un exposé très complet des améliorations introduites depuis trente ans dans les conditions de navigabilité du Rhône, M. Girardon a conclu — avee l’autorité qui s’attache à sa parole — en affirmant que la durée des chômages de toute nature : basses-eaux, glaces, crues, etc., n’est plus que de deux à trois semaines par an et que, dans tous les cas, la durée de la navigation à pleine charge est de onze mois.
Sur le Rhin, de Mannheim à Cologne, la navigation s’effectue à pleine charge pendant cent quatre-vingt-treize jours, et à charge réduite pendant cent cinquante-trois jours. La durée des chômages est de dix-neuf jours. Mais elle est beaucoup plus longue sur les autres fleuves ; elle atteint soixante-quatre jours sur l’Elbe, quatre-vingt-un sur l’Oder et cent quatre sur la Vistule.
Au point de vue spécial où nous nous plaçons, le Rhône peut donc soutenir la comparaison avec les fleuves d’Allemagne, et il n’est pas douteux que s’il est définitivement aménagé, c’està-dire pourvu des gares de raccordement dont les Chambres de Commerce des départements riverains réclament, avec nous.
depuis si longtemps la création, le tonnage, qui de 127.000 tonnes en 1877 est passé à 310.000 en 1904, augmentera dans de larges proportions lorsque la navigation pourra s’effectuer en eau calme d’Arles à Marseille.
Certainement, la solution idéale serait l’établissement d’un canal latéral au Rhône, et nous l’appelons de tous nos vœux ; mais, jusqu’à ce que les éludes soient achevées, que les concours financiers soient assurés, le Canal de jonction — tel qu’il fonctionnera — rendra tous les services attendus.
S’il a pu être nécessaire, pendant de longues années, d’en démontrer l’utilité, on ne saurait plus la contester aujourd’hui.
Il est acquis, en effet, que le développement si rapide des ports de Hambourg, d’Anvers, de Rotterdam tient surtout à la multiplicité des moyens de transport : chemins de fer, canaux, voies fluviales, qui les desservent, et que Gênes doit en grande partie à la ligne du Gothard une prospérité qui va encore s’accroître par suite du percement du Simplon.
Si Marseille n’a pu remplir complètement, jusqu’ici, le rôle qui lui est assigné par sa merveilleuse situation sur la Méditerranée, c’est que, ne disposant que d’une seule voie ferrée, elle ne peut offrir aux marchandises à destination ou en provenance non seulement des pays d'Europe, mais encore de certaines régions de la France, les avantages qu’elles trouvent chez nos concurrents étrangers.
C’est ainsi que nous avons le regret de voir tous les jours des produits français prendre la route d’Anvers pour être transportés en Extrême-Orient.
Cet état de choses se modifiera très heureusement, lorsque, le Canal achevé, nous pourrons nous aussi bénéficier de réductions de tarifs qui nous permettront de lutter à armes égales.
Et l’on peut dire que furgence de terminer, au plus tôt, le Canal du Rhône s’affirme plus impérieusement encore, maintenant que se manifeste, d’une façon si éclatante, l’épanouissement du domaine extérieur de la France, dont nous devons faciliter les échanges avec la métropole, comme aussi avec l’Europe occidentale.
Nous avons, d’ailleurs, la certitude que les travaux seront conduits avec toute la célérité désirable par MM. les ingénieurs
en chef Balard-Razelière et Bourgougnon, sous la haute direction de celui-là même qui a dressé le premier projet — de M. Guérard, inspecteur général des Ponts et Chaussées, dont le nom est attaché à la plupart des progrès accomplis, depuis vingt-cinq ans, dans les installations maritimes et l’outillage du Port de Marseille.
Qu il me soit permis, en terminant, de rendre ici un hommage mérité à l’esprit d’initiative de nos prédécesseurs à la Chambre de Commerce et de tous ceux de nos concitoyens qui, avec une véritable prescience de l’avenir, ont conçu l’œuvre dont ils ont poursuivi la réalisation sans jamais se lasser.
J’ai également l’agréable devoir de rappeler la part décisive qu’ont prise dans le vote de la loi du 24 décembre 1903 M. Michel, député, et M. Leydet, sénateur, rapporteurs du projet à la Chambre et au Sénat.
Je saisis volontiers 1 occasion qui m’est offerte de leur exprimer de nouveau nos sentiments de vive gratitude.
Mais si nous pouvons nous réjouir aujourd’hui, Monsieur le Président, de voir le succès couronner tous les efforts déployés, nous nous félicitons aussi d’y trouver une nouvelle preuve de la sollicitude que ne cesse de témoigner, pour les intérêts économiques du pays, le Gouvernement de la République. »
A 1 allocution applaudie de M. Desbief, le Président de la République a répondu qu’il était heureux d’inaugurer une voie de communication destinée à augmenter le trafic dans l’intérêt de tous, pour la fortune de Marseille, qui est une partie de celle de la France. M. Fallières a félicité les ingénieurs et tous ceux qui ont collaboré à faire aboutir le projet du canal. 11 a terminé en disant que la première pierre devait être considérée comme posée avec la solennité convenue, et qu’il y mettait comme ciment un peu de son cœur.
L Utile s’est ensuite mis en marche pour la visite des ports, défilant à travers les bassins, les Docks et la Joliette, au
milieu des navires pavoises et des vivats des équipages. M. le président Desbief et M. l’ingénieur en chef Batard- Razelière ont fourni à M. Fallières tous les renseignements désirables.
A 5 h. 1/2, le Président de la République, les Ministres, les autorités et leur suite étaient de retour dans le Vieux- Port, au quai de la Fraternité, où le cortège présidentiel s’est formé pour monter à la gare Saint-Charles, entre deux haies de soldats.
Banquet offert a M. Roume
Gouverneur général de l’Afrique Occidentale française
Le 17 septembre, la Chambre de Commerce et le Commissariat général de l’Exposition coloniale ont offert, à la Réserve, un dîner de cent couverts en l’honneur deM. Roume, alors gouverneur général de l’Afrique Occidentale française. De nombreuses notabilités y assistaient, répondant à l’invitation de MM. Desbief et Charles-Roux. D’importants discours ont été prononcés au dessert.
M. Paul Desbief, président de la Chambre de Commerce, a remercié le gouverneur général d’avoir répondu à cette invitation et aussi de l’empressement avec lequel il avait bien voulu subventionner 1’ « Institut Colonial Marseillais ». Il l’a remercié de ce précieux encouragement, preuve nouvelle de sa sympathie pour ses concitoyens, car M. Roume naquit à Marseille. M. Desbief a examiné ensuite l’œuvre féconde du gouverneur général depuis 1902 et son souci de favoriser le développement du commerce français, démontré notamment par un généreux concours à l’Exposition coloniale, où le merveilleux palais de l’Afrique Occidentale est un des plus séduisants et des mieux installés. Le président de la Chambre a félicité à cette occasion M. Deglane, architecte, et M. Max Robert, commissaire de la colonie.
M. Desbief a constaté les grands progrès réalisés dans l’Afrique Occidentale par M. Rounie pour le relèvement des populations indigènes, la construction des chemins de fer, le développement du commerce et tous les travaux publics, ainsi que pour le régime douanier. Il a promis le concours absolu de la Chambre de Commerce au gouverneur général et a terminé en levant son verre en son honneur.
M. Rounie, gouverneur général, s’est déclaré profondément touché de cet accueil si sympathique et en a exprimé sa sincère gratitude. Enfant de Marseille, il sait tout le prix qu’il convient d’attacher à l’appui de la Chambre de Commerce avec laquelle il eut déjà l’occasion de collaborer en 1891, comme directeur au ministère du commerce, lorsque s’élabora le tarif douanier, dans lequel fut ainsi obtenue la franchise des matières premières que défendait aussi M. Charles-Roux, alors député de Marseille.
M. Roume a exposé clairement ensuite la situation générale du groupe des colonies à la tète desquelles il est placé et qui représentent deux fois et demie la superficie de la France, avec 10 millions d’habitants. L’essor économique de ces pays est déjà considérable, avec un commerce extérieur de 160 millions de francs par an, qui a doublé depuis 1898 ; leur état budgétaire est brillant et leur avenir paraît immense, car une faible partie seulement des ressources naturelles peut être exploitée jusqu’ici, en raison de l’insuffisance des moyens de communication. Les lignes ferrées déjà construites donnent des bénéfices, et la vallée du Niger deviendra une des premières du monde lorsque le Soudan sera vraiment ouvert au commerce.
Le gouverneur général a ajouté qu’à la suite du premier emprunt de 65 millions pour les travaux publics urgents, notamment les chemins de fer, un nouvel emprunt de 100 millions est devenu nécessaire, facilement gagé par la colonie, et qu’il compte sur la Chambre de Commerce afin de l’obtenir du Parlement, auquel le gouvernement a transmis ce projet.
M. Roume a félicité ensuite les organisateurs de l’Exposition coloniale, qui ont si bien mérité la haute sanction du Président de la République, et il s’est joint aux compliments adressés à MM. Deglane et Max Robert. Il a bu au succès hors de pair de l’Exposition coloniale, à la Chambre de Commerce et au développement croissant de Marseille.
M. Charles-Roux, commissaire général de l’Exposition, a constaté combien la Chambre de Commerce avait toujours été la bienfaitrice de notre cité et de notre port. Elle vient de faire aboutir en dernier lieu le projet du canal du Rhône et la création d’un Institut colonial. Cette dernière œuvre facilitera grandement le commerce par son musée, et les richesses des palais de l’Exposition devraient y être transférées, au lieu de s’éparpiller en tous sens, comme on pourrait le craindre. M. Charles-Roux a fait appel à ce propos au concours de M. Roume et il a réclamé des pouvoirs publics la reconnaissance pratique de la situation commerciale prépondérante de Marseille, comme métropole coloniale. Après avoir provoqué l’Exposition, il convient que Marseille en profite ensuite et que ceux des palais qui pourront demeurer avec leurs collections deviennent des annexes de l’Institut colonial.
M. Charles-Roux a demandé, à ce propos, que la municipalité se hâte de préparer la conservation à la ville du Parc de l’Exposition, qui sera fermé irrévocablement le 15 novembre. Les grands travaux exécutés sur l’ancien champ de manœuvres, devenu un superbe jardin populaire, rendent inadmissible son retour à l’état ancien et il y a lieu de prévoir sans retard cette acquisition définitive pour Marseille. M. Charles-Roux a terminé par un toast chaleureux à M. Roume.
Ces éloquents discours ont produit une vive impression et ont été couverts d’applaudissements.