‹ La Chambre de commerce de Marseille et l'Exposition coloniale de 1906Chapitre 36 sur 89 · CLOTURE DE L’EXPOSITION · texte numérisé non relu

CLOTURE DE L’EXPOSITION

Jurys et Récompenses

L’Exposition Coloniale eut encore de beaux jours après 1ère solennelle des fêtes et des congrès qui marquèrent son apogée. En dehors des nombreux étrangers, de passage dans notre ville, qui ne manquaient pas de venir la visiter, les Marseillais en avaient fait leur promenade favorite. Aussi F « Allée des Robes Blanches », comme on avait pittoresquement surnommé l’Avenue Centrale, à cause du succès qu’elle rencontrait auprès de nos gracieuses concitoyennes, présentait-elle chaque après-midi le coup d’œil le plus attrayant (1).

Cependant, la date de la clôture de l’Exposition ayant été fixée au 18 novembre, les opérations des jurys avaient commencé dès le mois d’octobre. Vingt-cinq jurys de classes , composés de 586 membres, eurent à se partager le travail préliminaire le plus ingrat et firent preuve dans cette tâche laborieuse, d’une intelligence et d’une impartialité au-dessus de tout éloge.

(1) Il est peut-être intéressant de rappeler ici que le montant total des recettes provenant des cartes d’abonnement s’est élevé à 331.175 francs.

Quant aux tickets d’entrée, ils représentent la somme respectable de 1.071.248 fr. 50.

Ici, nous ne pouvons mieux faire que de céder la parole à M. Paul Masson, qui s’exprime en ces termes sur les jurys de classes dans son Rapport présenté au nom du jury supérieur

«L’œuvre était vaste et complexe, il a fallu multiplier le nombre des juges pour assurer leur compétence et leur permettre un examen réfléchi. Le total de 586 membres des jurys de classes pour un chiffre d’environ 6.400 exposants n’a rien eu d’exagéré, bien que la proportion ait été beaucoup plus forte qu’en 1900. . .

La composition des jurys a été très éclectique, rien n’a été négligé pour grouper toutes les compétences, pour assurer la représentation de tous les intérêts. Malgré l’importance de leur participation à l’œuvre, les Marseillais, au nombre de 199 contre 387, ont été loin de se trouver en majorité. Parmi les jurés appelés du dehors, 159 vinrent de Paris, 88 d’autres points de la France. Les Français des colonies furent représentés par 138 des leurs, fonctionnaires ou colons. Enfin la politique d’association était affirmée par la collaboration de 11 indigènes, Algériens ou Annamites. Leur présence n’a pas été seulement un symbole ; je sais tels juges qui ont eu à se féliciter de la justesse de leurs avis.

S’il était possible de parcourir devant vous la liste de ces 586 noms, vous y salueriez au passage quantité d’hommes qui font honneur à la science, à l’industrie, au commerce français. Un certain nombre d’entre eux avaient déjà acquis une compétence particulière comme membres des jurys des expositions de Paris en 1900, de Hanoi en 1902, de Liège en 1905. Honneur et merci à tous ceux qui ont bien voulu quitter leurs occupations, subir les fatigues d’un long voyage et celles d’un labeur ingrat, pour consacrer de l’autorité de leur nom les récompenses décernées aux exposants de Marseille.

N’oublions pas que notre Ministère des Colonies a tenu à être largement représenté par 41 de ses membres, 10 de ses directeurs ou sous-directeurs, 9 chefs de bureaux, 19 sous-chefs, 3 autres fonctionnaires, tout un brillant état-major... MM. Daubrée, directeur des Forêts au Ministère de l’Agriculture, et Cliapsal,

directeur au Ministère du Commerce, avaient tenu à suivre l’exemple de leurs collègues du Pavillon de Flore. Enfin signalons la précieuse collaboration de deux honorables membres du Parlement, MM. Jacques Cliaumié et Gervais.

Ainsi le jury de 1906, constitué par les soins deM. leCommissaire général, a bien été digne de la grandeur de l’œuvre qu’il avait à juger ; il a été véritablement national. »

Voici maintenant les noms des présidents des jurys de classes :

Groupe I (Le domaine colonial de la France). — 176 exposants, 183 récompenses :

Classes 1 à 5 (1). M. Paul Gaffarel, secrétaire général de l’Exposition coloniale.

Groupe II (L organisation des colonies ). — 331 exposants, 394 récompenses :

Classes 6 à 12. M. Auricoste, directeur de l’Office colonial.

Groupe III (L'hygiène aux colonies). — 68 exposants, 64 récompenses :

Classes 13 à 16. M. le docteur Queirel, sous la présidence d’honneur de M. le docteur Viry, inspecteur des services de santé du XVe corps d’armée.

Groupe IV (L'outillage aux colonies). — 50 exposants, 51 récompenses :

Classes 17 à 20. M. Batard-Razelière, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées.

Groupe V (Mise en valeur des colonies). — 1807 exposants, 1729 récompenses :

Classes 21 et 22 (La terre et l’agriculture). M. Le Cesne, administrateur délégué à Paris de la Compagnie française de l’Afrique occidentale.

Classe 23 (Produits agricoles alimentaires et denrées colo-

(1) La partie plutôt théorique de la classification faisant l’objet des premiers groupes a nécessité la fusion de plusieurs classes pour l’examen du jury.

niales). M. Buhan, président de la Société de la Grande Ile (Madagascar), à Bordeaux.

Classes 24, 25 et 26 (Produits agricoles alimentaires transformés par l’industrie métropolitaine ; produits agricoles non alimentaires et leurs dérivés ; produits d’horticulture et d’arboriculture). M. Maillat, sous-directeur de la Compagnie française de l’Afrique occidentale.

Classe 24 bis (Corps gras, huiles et savons ; histoire de la matière grasse). Président : M. Haller, membre de l’Institut, professeur à la Sorbonne, Paris ; vice-présidents : MM. Léon Magnan, fabricant d’huiles, ancien président du Tribunal de Commerce de Marseille ; Paul Fournier, stéarinier, membre de la Chambre de Commerce de Marseille ; Emilien Rocca, fabricant d’huiles, membre de la Chambre de Commerce de Marseille, secrétaire-. M. E. Milliau, directeur du Laboratoire ministériel, Marseille ; rapporteur : M. Rivals, professeur de chimie industrielle à la Faculté des Sciences de Marseille.

Classes 27 à 30 (Produits de la chasse, de la pêche et des cueillettes, caoutchouc, gutta-percha, gomme, produits des forêts, des mines et des carrières, eaux minérales naturelles). M. Oppermann, ingénieur en chæf des Mines à Marseille, sous la présidence d’honneur de M. de Sainçay, vice-président de la Compagnie de la N’Goko-Sangha, Paris.

Groupe VI ( L'industrie aux colonies'). — 1939 exposants, 1687 récompenses :

Classes 31 et 32 (Généralités sur les industries coloniales. — Vins, liqueurs, eaux-de-vie, spiritueux et boissons diverses). M. Lignon, président du Syndicat Départemental des vins du département du Rhône.

Classe 33 (Produits industriels alimentaires des colonies). M. Coulon, négociant importateur, juge au Tribunal de Commerce du Havre.

Classe 34 (Produits industriels des colonies se rapportant à rhabillement). M. Michel Gujlland, président de la Société

pour la Défense du Commerce (aujourd’hui membre de la Chambre de Commerce de Marseille).

Classe 35 (Produits des colonies se rapportant à l’habitation et à l’ameublement). M. Charles Bernel, fabricant de meubles, Paris.

Classe 36 (Produits industriels divers des colonies). M. Adrien Artaud, négociant, membre de la Chambre de Commerce de Marseille.

Groupe VII ( Commerce et navigation'). — 50 exposants, 37 récompenses :

Classes 37 à 43. M. Lecat, administrateur-délégué de la Compagnie des Messageries Maritimes à Marseille.

Groupe VIII (L exportation aux colonies). — 691 exposants, 552 récompenses :

Classe 44 (Produits alimentaires solides, d’origine métropolitaine ou étrangère, exportés aux colonies). M. Th. Agelasto, président du Syndicat des Minotiers de Marseille, ancien vice-président de la Chambre de Commerce.

Classe 44 bis (Produits alimentaires liquides, d’origine métropolitaine ou étrangère, exportés aux colonies). Chandon de Briailles (comte), président; MM. Edouard Velten, administrateur-délégué des Brasseries de la Méditerranée, aujourd’hui membre-secrétaire de la Chambre de Commerce de Marseille, J. Artaud, ancien juge au Tribunal de Commerce de Marseille, et N. Cusenier, vice-présidents.

Classe 45 (Vêtements, tissus et filés, d’origine métropolitaine ou étrangère, exportés aux colonies). M. Frédéric Simon, directeur-propriétaire de la Grande Maison, Paris.

Classe 46 (Produits destinés à l’habitation et à l’ameublement, d’origine métropolitaine, exportés aux colonies). M. Granoux, fabricant de bronzes d’éclairage, Marseille.

Classe 47. (Produits d’industries diverses, d’origine métropolitaine ou étrangère, exportés aux colonies). M. Emile

Lombard, administrateur-délégué de la Société des Produits Chimiques de Marseille-l’Estaque, membre de la Chambre de Commerce.

Classes 48 et 49. (Outillage, matériel, matériaux, constructions et habitations, d’origine métropolitaine ou étrangère, exportés aux colonies). M. Albert Armand, de la maison Michel Armand, membre de la Chambre de Commerce de Marseille, président; MM. Daniel Stapfer, membre de la Chambre de Commerce de Marseille ; Rebuffel, directeur de la Société des Grands Travaux de Marseille, et Adolphe Fouque, directeur de la Société Générale des Tuileries de Marseille, vice-présidents.

Groupe IX. ( Océanographie , pêches et produits de la mer) ;

Classes 50 et 51. Ce jury, d’un caractère international, fut appelé par le Commissaire général à fonctionner avant les autres (17 septembre), et fut doté par lui d’une autonomie propre qui conféra une autorité souveraine à ses décisions, en dehors du jury supérieur. Voici quelle était la composition de son bureau : Présidents d'honneur : S. A. S. le Prince de Monaco ; M. Thomson, député, ministre de la Marine. Président : M. J nies Charles-Roux, commissaire général de l’Exposition. Vice-Présidents : S. E. Lewald, conseiller privé, commissaire de la Section allemande ; MM. Trefeu, directeur de la Marine marchande ; Wilson Rarker, commissaire de la Section britannique ; le docteur Charcot, chef de l’Expédition antarctique française: l’amiral Wandell, (Danois) chef d’expéditions polaires ; Max Weber, commissaire de la Section hollandaise. Rapporteur général : M. Charles Bénard, président de la Société française d’Océanographie, commissaire spécial de la Section internationale d’Océanographie. Secrétaires : MM. Perez et Darboux, professeurs.

Groupe X. ( Beaux-Arts ). — 506 exposants, 562 récompenses :

Classe 52. (Archéologie, arts anciens, arts religieux).

M. Guimet, membre de l’Institut, directeur du musée Guimet, Paris.

Ciasse 53. (Peinture, sculpture, architecture, gravure et lithographie coloniales, œuvres des artistes métropolitains et indigènes, arts décoratifs). M. José Silbert, commissaire adjoint des Beaux-Arts à l’Exposition.

N. B. — La section des Beaux-Arts et la section de l’Art Provençal ayant été classées hors concours, le jury présidé par M. José Silbert n’a eu à examiner que les œuvres exposées dans les différents palais et pavillons.

Classes 54 et 55. (Typographie, livres, journaux, musique, art théâtral et costumes). M. Toussaint Samat, directeur du Petit Marseillais.

Classe 56. (Travaux, fêtes et attractions de l’Exposition coloniale). M. Adolphe Fouque, président de la Commission des fêtes de l’Exposition, président du Syndicat d’initiative de Provence.

Six jurys de groupes furent ensuite chargés de recevoir et d'examiner les réclamations concernant les opérations des jurys de classes. Nous donnons également les noms de leurs présidents :

Groupe I (classes 1 à 16), M. le docteur Queirel, directeur de l’École supérieure de Médecine et de Pharmacie de Marseille.

Groupe II (classes 17 à 20, 37 à 43, 48 et 49); M. Albert Armand, président de la Commission des Finances de l’Exposition, membre de la Chambre de Commerce de Marseille.

Groupe III (classes 21 à 30) ; M. Léon Magnan , ancien président du Tribunal de Commerce de Marseille.

Groupe IV (classes 31 à 36). M. Lignon, président du

Syndicat Départemental des Vins du Département du Rhône.

Groupe V (classes 44 à 47). M. Émile Lombard, membre de la Chambre de Commerce, président du Syndicat des Produits Chimiques de Marseille.

Groupe VI (classes 52 à 56). M. Adolphe Fouque, -président du Syndicat d'initiative de Provence.

Un jury supérieur fut enfin appelé à se prononcer en dernier ressort, et notamment à trancher les questions de principe. Il se composait des personnalités suivantes :

Président : M. Paul Dislère , président de section au Conseil d’État.

Vice-Présidents : MM. Paul Desbief, président de la Chambre de Commerce de Marseille, et Saint-Germain, sénateur d’Orau.

Secrétaire : M. Adrien Artaud, membre delà Chambre de Commerce de Marseille.

Rapporteur : M. Paul Masson, professeur à la Faculté des Lettres de l’Université d’Aix-Marseille.

Membres : MM. d’AuLEST, administrateur délégué des Chantiers et Ateliers de Provence ; Albert Armand, président de la Commission des Finances de l’Exposition, membre de la Chambre de Commerce ; Ch. Bénard, commissaire de l’Océanographie à l’Exposition ; Bénédit, président de la Société des Peintres orientalistes à Paris; Bohn (Frédéric), administrateur-délégué de la Compagnie française de l’Afrique occidentale, membre de la Chambre de Commerce de Marseille; Brun (Claude), président de la Commission des Plantations à l’Exposition, conseiller municipal; Chailley, J., député, Paris; Chandon de Briailles (Comte), de la maison Moët et Chandon à Épernay ; Delibes, E., président delà Société de Géographie de Marseille ; Dubard, inspecteur

général des colonies ; Fouque (Adolphe), président du Syndicat d’initiative de Provence ; Fraissinet (Alfred), armateur; Guilland (Michel), président de la Société pour la Défense du Commerce (aujourd’hui membre de la Chambre de Commerce) ; Homole, directeur des Musées nationaux, Paris; Jean (Victor), ancien vice-président du Conseil général des Bouches-du-Rhône; Lignon, président des Syndicats vinicoles du Rhône ; Lombard (Émile), président du Syndicat des Produits Chimiques, membre de la Chambre de Commerce; Magnan (Léon), ancien président du Tribunal de Commerce de Marseille ; Milhau, adjoint au maire de Marseille ; Montus, ancien adjoint au maire de Marseille; Mouv (de), conseiller d’Etat, Paris ; Nenot, architecte, membre de l’Institut; Oppermann, ingénieur en chef des Mines; Pavillier, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées; Queirel (docteur), directeur de l’École de Médecine et de Pharmacie de Marseille; Rocca (Émilien), membre de la Chambre de Commerce de Marseille; Samat (Toussaint), directeur du Petit Marseillais ; Talon (Eugène), ancien bâtonnier de l’Ordre des Avocats.

Il n’est peut-être pas sans intérêt d’indiquer maintenant comment se répartirent les 5.259 récompenses décernées par le jury supérieur :

Grands prix . 64ô

Médailles d’or . 1.474

Médailles d’argent . 1 -696

Médailles de bronze . 825

Mentions honorables . 619

Total . 5.259

Le groupe Y (Mise en valeur des Colonies) fut le plus favorisé, car il obtint à lui seul 184 grands prix et 572 médailles d’or sur le total de 1729 récompenses. Le groupe VI ( l’Industrie aux Colonies) obtint à son tour 115 grands prix et 389 médailles d’or, et le groupe VIII (/’ Exportation aux Colonies ) 119 grands prix et 183 médailles d’or.

Ces trois groupes se partagèrent, on le voit, plus des deux tiers des hautes récompenses, et ce fut justice, car, ayant été à la peine, leurs exposants méritaient bien d’être à l'honneur. La décision du jury à leur égard mit donc en pleine lumière, en même temps que les efforts opiniâtres des colons, l’activité des industriels métropolitains et le zèle des négociants qui servent de traits d’union entre la France et ses colonies. C’est le rôle et le bienfait des grandes Expositions comme celle de 1906 de souligner l’étroite solidarité qui unit tous les agents de l’organisation économique du monde, solidarité réelle et constante, bien qu’on la perde insensiblement de vue dans le courant de l’existence.

Notre Chambre obtint pour sa part deux Grands Prix, dont l’un pour son exposition propre, au centre du Grand Palais, l’autre pour les Cours professionnels de Mécaniciens et de Chauffeurs qu’elle organise dans notre ville et qui rendent de si grands services à notre marine marchande(l). La Chambre de Commerce de Lyon, dont la belle exposition avait été très remarquée, obtint de son côté un Grand Prix dans les récompenses du groupe VIL

Pour permettre maintenant d’apprécier la part de Marseille, de la Métropole et de chacune de nos colonies dans la distribution des récompenses, nous reproduisons ici les très ins tructifs tableaux qui figurent dans le rapport de M. Masson (p. 96 et suiv.).

(1) Cet exemple explique que le nombre des récompenses ait été quelquefois supérieur à celui des exposants dans les classes où ont surtout concouru de grands Corps à multiples attributions et des Sociétés importantes dans le même cas .

Tableau comparatif et synoptique des Exposants (*) et des Récompenses (2) par Classes et par Colonies

( La première colonne indique le nombre des Exposants, la seconde celui des Récompenses)

CJ

en

en

en a >

en

en

en

en

en

ils permettent cependant des comparaisons intéressantes. — Dans le total des exposants de l’Indo-Cliine figurent 59 exposants du Laos dont la liste ne m’a pas été adressée par classe.

(2) Par suite de l'absence d'indications sur la liste des récompenses, l’attribution d'un certain nombre d’entre elles n’ayant pas été possible, ce tableau n’est pas tout à fait complet. 11 comprend 5.12U récompenses sur 5.253.

(Notes de M. Masson).

Page 1