‹ La Chambre de commerce de Marseille et l'Exposition coloniale de 1906Chapitre 37 sur 89 · II. — Tableau des Récompenses par catégories · texte numérisé non relu

II. — Tableau des Récompenses par catégories

Grands Prix

Algérie . 131

Tunisie . 42

Afrique Occidentale ... 70

Congo . 2

Somalis . »

Madagascar... . 51

Indo-Chine . 91

Océanie . 2

Vieilles Colonies . 12

Métropole . 140

Marseille. . 93

Méd. d’or Méd. d’argent Méd . de bronze Ment. lion.

III. — Tableau des hautes Récompenses par catégories d’exposants

Grands Prix Médailles d’or

Administrations coloniales . 219 104

Administrations de la métropole . 6 1

Institutions savantes et écoles . 43 70

Sociétés de propagande coloniale . 8 9

Syndicats, Comices agricoles, Chambres de commerce, Sociétés d’assistance . 57 64

Compagnies de commerce ou de colonisation . 26 58

Savants . 10 17

Officiers et explorateurs . 3 15

Fonctionnaires . 7 56

Maisons industrielles et commerciales. 150 272

Agriculteurs européens, expositions agricoles de communes mixtes ou de

provinces . 74 562

Agriculteurs indigènes . » 16

Industries ou arts indigènes . 14 56

Divers (villes, artistes, etc.) . 28 174

Total . . 645 1.474

Réception de M. MILLIÈS-LACROIX, Ministre des Colonies

M. Milliès-Lacroix, ministre des colonies, venant présider la distribution des récompenses pour la clôture de l’Exposition, arriva à Marseille le dimanche 18 novembre, à 10 heures du matin, accompagné de M. Méray, secrétaire général du ministère, et de M. Despax, chef de cabinet. Le ministre fut reçu à la gare par MM. Mastier, préfet des Bouches-du-Rhône ; Chanot, Maire de Marseille ; Estier, président du Conseil général ; Desbief, président de la Chambre de Commerce ; le général Mathis, commandant du XVe corps ; Jules Charles-Roux, commissaire général de l’Exposition, et les autres autorités civiles et militaires.

Le cortège se forma aussitôt pour se rendre à la Préfecture, d où M. Milliès-Lacroix et sa suite repartirent après un court repos pour l’Exposition coloniale, dont M. Jules Charles- Roux leur fit les honneurs de 11 heures à midi.

A midi, le cortège se dirigea vers le Restaurant Français, où le Comité Supérieur offrait un banquet au Ministre des Colonies. Les convives étaient au nombre de cent quatrevingts, et on remarquait, aux places d’honneur, aux côtés de MM. Milliès-Lacroix et Charles-Roux: MM. Mastier, préfet des Bouches-du-Rhône ; Chanot, maire de Marseille ; Estier, président du Conseil général ; le général Mathis, commandant du XVe corps, et le général du Moriez, gouverneur militaire ; Paul Desbief, président de la Chambre de Commerce ; le docteur Heckel, commissaire général adjoint de l’Exposition ; Revoil, ambassadeur à Berne ; Beau, gouverneur général de l’Indo-Chine ; Cénac, procureur général ; Saint-Germain et Peytral, sénateurs ; Chailley, Cadenat, Carnaud et Boyer, députés ; Victor Morel, directeur de l’Exposition ; Belin, recteur d’Académie ; Méray, secrétaire général du ministre ;

Skinner, consul des Etats-Unis, doyen du corps consulaire ;

Pénissat, administrateur en chef de la marine ; Ponsinet, directeur du Service colonial ; Dybowski, inspecteur général de l’agriculture coloniale ; Bordenave, secrétaire général de la Préfecture ; Brousse, procureur de la République ; Pierre, premier adjoint au maire ; Gaffarel et Masson, secrétaires généraux de l’Exposition ; Lucien Estrine, membre secrétaire de la Chambre de Commerce (aujourd’hui viceprésident) ; le docteur Queirel, directeur de l’École de Médecine ; Delibes, président delà Société de Géographie ; Batard-Razelière et Pavillier, ingénieurs en chef des Ponts et Chaussées ; Lecat, administrateur délégué des Messageries Maritimes ; les Commissaires des Colonies à l’Exposition, etc.

Au dessert, M. J. Charles- Roux prit la parole pour porter un toast chaleureux au Président de la République et prier le ministre de lui exprimer les remerciements des Marseillais pour sa récente visite, dont le souvenir sera conservé. Le Commissaire général porta également la santé du Ministre des Colonies, aux applaudissements des assistants.

M. Milliès-Lacroix remercia à son tour M. Charles-Roux du toast loyal qu’en bon patriote, en bon républicain et en bon marseillais, il venait de porter au Président de la République, et il se déclara heureux et fier d’être invité à s’en faire l’interprète auprès de M. Fallières.Il ne cacha pas qu’en recevant l’invitation de venir présider à la clôture de l’Exposition, il avait eu un moment d’hésitation, en raison de son entrée si récente au ministère des Colonies, mais le Président de la République et le Président du Conseil l’engagèrent à accepter et lui annoncèrent qu’il serait bien reçu. Aussi le ministre tient-il à remercier de l’accueil sympathique qui lui est fait à Marseille, et à féliciter les organisateurs de la magnifique Exposition qu’il vient de visiter et d’admirer. M. Milliès- Lacroix termina en portant un toast applaudi à M. Charles- Roux et a ses collaborateurs, ainsi qu’à la prospérité de Marseille.

Après le banquet, le ministre et les autorités se rendirent

dans la salle des fêtes du Grand-Palais pour la distribution des récompenses aux exposants; mais la pluie, qu’on avait d’abord redoutée, paraissant moins menaçante, le cortège se transporta dans la cour du Palais de la Tunisie, où cette cérémonie solennelle avait été organisée. Elle eut lieu à 3 heures, avec le concours de la musique malgache et en présence de nombreux invités.

Lorsque le ministre et sa suite eurent pris place sur l’estrade d’honneur, M. J. Charles-Roux, commissaire général, prononça le remarquable discours suivant :

Monsieur le Ministre,

Nous vous remercions de vous être imposé les fatigues d’un long voyage pour venir assister à la clôture de notre Exposition et présider la séance de distribution des récompenses.

On nous a appris qu’avant d’entrer dans la vie politiqne et d’avoir conquis au sein du Parlement la place distinguée qui vous a conduit au Ministère des Colonies, vous avez été commerçant.

Oh ! soyez le bienvenu parmi nous, car ce sont des commerçants, des armateurs, des industriels, qui ont l’honneur de vous recevoir, des travailleurs en un mot, tous, petits et grands, épris de liberté et d’indépendance, amoureux de décentralisation et de véritable progrès, ne reculant ni devant les initiatives hardies, ni devant les responsabilités qu’elles comportent, ayant acquis à la force du poignet la situation qu’ils occupent, animés à l’égard des ouvriers des sentiments les plus généreux et les plus amicaux. Loin d’être systématiquement hostiles aux grands problèmes d’économie sociale qui se posent de nos jours, ils seront heureux de mettre à la disposition du législateur le fruit de leur expérience et de leurs travaux, et de collaborer ainsi à l’œuvre de pacification sociale qui constitue une des principales préoccupations, non seulement de notre Parlement, mais du monde tout entier.

Je salue : M. Peytral, notre sénateur, ancien ministre, qu'un deuil récent a malheureusement éloigné de nous pendant quelque

temps, et dont les preuves de dévouement à la République et à notre Département se sont si brillamment manifestées en de multiples circonstances.

M. Saint-Germain, sénateur d’Oran, le rapporteur si attitré du budget des Colonies qui, dès le début, s’est intéressé à noire Exposition et, tout dernièrement, a bien voulu accepter les fonctions de vice-président du jury supérieur.

M. Joseph Cliailley, député de la Vendée, directeur général de l’Union Coloniale Française, un des hommes les plus érudits en matière coloniale, et dont les leçons à l’École des Sciences politiques sont des plus écoutées et appréciées.

MM. Cadenat, Carnaud et Antide Boyer, députés des Bouchesdu-Rhône, que nous sommes heureux de voir dans cette réunion et qui ne manqueront certainement pas de nous défendre énergiquement à la tribune de la Chambre, quand viendra en discussion le projet de loi si funeste tendant à imposer les graines oléagineuses.

M. Révoil, ambassadeur à Berne, qui, non content d’avoir rendu à la cause coloniale les plus éminents services et joué un rôle capital dans la défense des intérêts français, est par atavisme un amateur éclairé des arts et a largement participé cà notre Exposition d’Art provençal.

M. Beau, gouverneur général de l’Indo-Chine, qui, sur place, a su provoquer l’impulsion générale d’où est née la belle Exposition de la riche contrée qu’il administre.

M. Meray, secrétaire général du ministère des Colonies, inspecteur général, auquel quatre ministres ont successivement accordé leur confiance, preuve éloquente de sa compétence et de son dévouement.

Notre Exposition coloniale, Monsieur le Ministre, est l’œuvre de la population marseillaise tout entière. Fière de son passé, Marseille a voulu justifier dans le présent son titre de Métropole coloniale delà France, et, oubliant les mesquines querelles qui la divisaient, pour n’envisager que les intérêts supérieurs en cause, nos Corps élus ont prêté aux initiateurs de ce projet le concours le plus empressé : Membres du Parlement, Conseil municipal, Conseil général, Chambre de Commerce, nous ont généreusement aidé de leur appui moral et financier ; nos sœurs d’outre-mer ont

répondu à notre appel avec un entrain et un dévouement qui ne peuvent que resserrer les liens nous unissant, et le Parlement a bien voulu nous voter une subvention de 150.000 francs.

Quel devait être le but d’une Exposition spécialisée comme celle-ci à un sujet bien déterminé, mais développé dans toute son ampleur? A quel concept devait-il répondre? Tout d’abord, ce devait être une vaste, lumineuse et utile leçon de choses pour le grand public; il fallait ensuite qu’il en résultât une augmentation du mouvement d’échange entre la Métropole et son domaine colonial. Eh bien ! Monsieur le Ministre, il me semble que ce double but a été atteint, grâce au soin que nos Gouverneurs et Résidents généraux ont apporté à la préparation sur place de leurs expositions respectives, grâce à l’intelligence, au savoir profond des Commissaires qui ont été chargés de les organiser à Marseille, dans des palais construits par des architectes du plus haut mérite et qui se sont heureusement inspirés de l’architecture locale. Ces palais ont été, en outre, peuplés d’indigènes vivant de leur vie et exerçant leurs divers métiers sous les yeux du public.

Les enfants des deux sexes de nos écoles, sous la conduite

de leurs maîtres et maîtresses, les élèves des Écoles des Arts /

et Métiers, les Ecoles professionnelles, les patronages ouvriers, les militaires de la garnison de Marseille et ceux de passage, les marins des escadres, etc , etc., ont tous été reçus gratuitement ; et si, aux 1.100.000 personnes ayant pris leurs tickets à la porte, à nos 35.000 abonnés, nous ajoutons tous les visiteurs dont je viens de parler, nous atteignons aisément le chiffre respectable de 1.800.000 entrées.

En parcourant, trop rapidement hélas !, les palais de nos diverses colonies, j’espère que vous avez été frappé, Monsieur le Ministre, par la netteté, par la précision de la méthode qui a présidé à la présentation des objets exposés. Les murs de chaque palais ou pavillon fournissent, en effet, les renseignements principaux que tout cerveau français, même légèrement cultivé, devrait posséder, et, grâce aux graphiques, aux statistiques, aux caries répandues à profusion sur les murs, si l’on se bornait à réunir tous ces renseignements, sans même aller jusqu’aux étiquettes, on se trouverait en présence d’un historique complet

de nos colonies et d’nn exposé de leur situation présente. Nos visiteurs ont paru goûter ce mode d'initiation aux choses coloniales, et certains représentants de nations voisines nous ont posé à leur sujet maintes questions qui, tout en nous flattant singulièrement, ont bien prouvé que non seulement la France sait coloniser, mais qu’elle sait encore apprendre la colonisation à ceux qui avaient la prétention d’en connaître plus qu’elle sur ce point.

Nous avons pensé, Monsieur le Ministre, qu’à la note coloniale qui devait être la principale, il fallait joindre la note artistique et la note scientifique.

Il nous est difficile d’oublier que nous sommes les descendants de Gyptis et de Prolis, que notre vieille République de Marseille a été l’émule d’Athènes et de Rome, la concurrente de Gênes et de Venise, que nous avons disputé aux Carthaginois la suprématie commerciale dans celle Méditerranée, où tous nos efforts doivent tendre à conserver notre ancienne prépondérance : nous avons donc organisé une Exposition d’Art Provençal, portant la marque caractéristique de sa terre d’origine : Statues, tableaux, dessins, faïences, ferronneries du moyen âge et du xvme siècle, bois sculptés des xvnB et xvme siècles, jusqu’à ce Livre Rouge de la Ville de Marseille qui est un document historique déliante valeur, puisqu’il contient les us et les coutumes de cette grande Cité, tels qu’ils furent en vigueur jusqu’à la Révolution française.

La note pittoresque de la Provence se retrouve dans le Mas de Santo Estello où, sous l’égide de l’étoile à sept rayons du Félibri oe> sont figurés, par des dioramas, les sept sites les plus connus de la région, s’ouvrant sur un intérieur de ferme provençale où se trouve groupé le mobilier généralement en usage, avec les noms en provençal des bibelots et meubles le composant.

Nous sommes, Monsieur le Ministre, très Marseillais, très Provençaux, et j’espère que nous le resterons toujours, car le danger des grands ports de commerce est de tourner au cosmopolitisme. Il ne faut pas croire, du reste, pour cela, à un antagonisme entre le dévouement à la petite Patrie et le dévouement à la Grande. Ils se soutiennent, au contraire, par de mystérieuses racines entrelacées ; l’un se nourrit de l’autre, et le citoyen le

plus épris du sillon natal sera toujours le plus invincible défenseur de la terre commune.

Au Palais du Ministère des Colonies, le centre est occupé par une exposition des Beaux-Arts coloniaux. Les orientalistes français y brillent de façon éclatante par des œuvres du plus haut mérite. Mais il ne suffisait pas de s’adresser aux orientalistes vivants, il fallait remonter plus haut, et c’est ainsi que des Delacroix, des Decamps, des Manet, des Chassériau, des Fromentin, des Régnault, des Horace Vernet, et tant d’autres, sont venus attester le génie des peintres disparus dont le pinceau s’est déjà consacré, dès l’époque de la conquête algérienne, à retracer les hauts faits de notre épopée coloniale. Et c’est ici le lieu de signaler une innovation heureuse : celle des bourses de voyage pour les jeunes peintres qui, après avoir été sélectionnés par deux jurys différents, ont témoigné de qualités suffisantes pour être jugés dignes d’être envoyés dans les colonies de leur choix, afin d’y récolter une ample moisson de documents authentiques et de nous rapporter ainsi la vision de ces contrées lointaines.

Nous avons également pensé que nous devions un hommage à nos explorateurs, à nos coloniaux morts à la peine, aussi avonsnous constitué un musée historique et essentiellement éclectique des principaux objets évoquant leur souvenir. A côté de la robe de Paul Bert, figure celle du cardinal Lavigerie ; à côté des objets usuels du prince Henri d’Orléans, on voit ceux de Crampel, de Schelcher, de Brazza, et de Ballay.

La note artistique, nous la retrouvons encore dans les palais qui ne sont pas spécialement consacrés à l’art, nous la retrouvons dans le petit salon tunisien, dans le salon de repos de l’Afrique occidentale, aux tympans des portes monumentales de Madagascar, où le côté ethnographique, tant par photographies que par moulages et par originaux, occupe une place importante.

La note scientifique présentait un intérêt particulier pour la ville industrielle qu’est Marseille, dont la production annuelle est d’un milliard 37 millions, pour son port, qui est le premier de France, et les populations maritimes environnantes. Vous savez, Monsieur le Ministre, que les produits oléagineux constituent une des principales branches de son commerce, en même temps que celle de nos comptoirs des Indes et de la Côte occi-

dentale d’Afrique. De là est venue l’idée d’organiser une exposition spéciale des corps gras, qui ne pouvait être plus complète ni mieux appropriée. Les installations d’huileries, des modèles de presse hydraulique, de filtres, des appareils d’extraction de différents systèmes, tout le matériel en usage dans l’industrie des corps gras, les modèles d’analyse les plus perfectionnés et les plus modernes, sont réunis dans cet emplacement que président les bustes des deux grands savants auxquels nous devons Yonctlyse et la synthèse des corps gras : Chevreul et Berthelot.

La seconde note scientifique est donnée dans le Palais de la Mer, par l’exposition d’Océanographie et des Pêches maritimes.

L’idée fut émise et soutenue par S. A. S. le prince de Monaco et par M. Ch. Bénard, président de la Société d’océanographie du golfe de Gascogne. Tontes les nations ont répondu à notre appel avec un empressement dont nous ne saurions trop les remercier, et l’ensemble de l’Exposition présente un intérêt si primordial, que les explorateurs polaires décidèrent, dans leur réunion tenue à Bruxelles en septembre dernier, qu’à la clôture de leurs travaux ils se rendraient à Marseille. Ils ont tenu parole et sont venus nous visiter et assister à la clôture de notre Congrès des Sociétés de géographie, sous la conduite du doyen des explorateurs polaires, le Danois illustre qu’est l’amiral Wandel. Permettez-moi de considérer, Monsieur le Ministre, comme un véritable titre de gloire pour notre ville d’avoir été le siège de la première exposition internationale d’Océanographie, science nouvelle, mais qui est appelée à rendre à nos marins et pêcheurs les plus signalés services, et qui a été dotée par la munificence du prince Albert Ier d’un enseignement complet dans notre capitale.

Il est facile de concevoir, Monsieur le Ministre, que dans ce milieu si parfaitement approprié, de nombreux Congrès devaient avoir le désir de tenir leurs assises. Il y en a eu plus de vingt, et le cadre de ce discours ne me permet pas de vous en rendre compte ; je me bornerai à signaler le Congrès colonial qui fut, pour ainsi dire, la consécration théorique de la vaste leçon de choses qu’est notre Exposition, et la constatation de la puissance de l’expansion française sous la troisième République.

Je mentionnerai en plus le Congrès des Sociétés de Géographie

et de l’Alliance française, les concours agricoles et horticoles, qui sur nos rives ensoleillées ne pouvaient manquer de provoquer le plus vif empressement, ainsi que le concours d’emballage qui intéressait tout particulièrement nos Compagnies de transports maritimes et terrestres, et pour lequel la Compagnie des Chemins de fer P.-L.-M. nous prêta son puissant appui.

Enfin, en dehors des Notices et des Rapports administratifs qui paraîtront par la suite, nous décidâmes qu’une Commission spéciale publierait une collection d’ouvrages analogue à celle qui parut à la suite de l’Exposition Universelle de 1900 (Section des Colonies et Pays de Protectorat), afin de constituer une véritable bibliothèque coloniale qui, comparée à la précédente, devait montrer les progrès accomplis. La Commission des Publications et Notices a aux trois quarts achevé l’édition d’une série d’ouvrages qui lui fait le plus grand honneur, et qui constituera une précieuse source de documents, non seulement pour les contemporains, mais aussi pour ceux qui, par la suite, viendront chercher des renseignements sur notre histoire coloniale. Nous avons eu le plaisir de vous faire remettre une collection de ces intéressants travaux.

Nous croyons donc avoir rempli, Monsieur le Ministre, la première partie de notre programme Reste la seconde, sur laquelle je prends la liberté d’appeler votre plus bienveillante attention. Notre Chambre de Commerce, toujours à l’affût des œuvres utiles qu’elle peut accomplir en faveur de notre port, a pris l’initiative intelligente de fonder un Institut colonial, et d’y joindre le Musée colonial créé, avec son concours, par mon éminent collègue, M. le docteur Heckel. Cet Institut colonial sera installé dans un vaste immeuble placé dans la rue la plus centrale et la plus populeuse de notre ville, la rue Noailles. Les cours coloniaux auront lieu dans son enceinte; il donnera 1 hospitalité à la Société de Géographie et à sa superbe bibliothèque, ouverte gratuitement au public. De son côté, la Ville de Marseille a l’intention d’acquérir les terrains sur lesquels est actuellement édifiée l’Exposition, pour en faire un jardin public et une annexe de l’Institut et du Musée colonial, avec laboratoire, jardins botaniques, et tout ce qu’entraîne une organisation de ce genre. A vous dire vrai, Monsieur le Ministre, nous avons été

péniblement impressionnés et quelque peu surpris de la méfiance qui s’est manifestée à noire égard, à propos de l’attribution des collections réunies avec tant de peine dans les palais des diverses colonies; il nous paraissait naturel, normal que, dès l’instant où nous avions pris l’initiative de cette vaste manifestation, il nous paraissait naturel, dis-je, que la plus grande partie de ces collections fasse retour à notre ville, pour compléter notre Musée colonial, que nous voulons organiser d’une façon essentiellement pratique et que nous nous proposons de tenir régulièrement à jour, ce qui est indispensable pour un Musée colonial. Nous avons conscience que notre situation de premier port de commerce français, en contact journalier avec toutes nos colonies, nous met à même de réaliser un problème qu’on poursuit depuis longtemps, sans donner satisfaction aux commerçants et aux colonies. Permettez-nous de compter sur votre esprit de justice pour que les diverses collections ne soient pas déchiquetées, au risque de perdre ainsi leur véritable valeur. Permettez-nous d’espérer que vous voudrez bien intervenir pour calmer des aspirations centralisatrices peut-être exagérées, et pour que nous puissions poursuivre la seconde partie d’un programme que nous avons à cœur de réaliser en son entier.

Mesdames, nous vous remercions de l’assiduité avec laquelle vous avez visité notre Exposition, en y apportant journellement l’élégance et le charme inhérents à votre sexe; vous avez été nos plus précieuses collaboratrices, mais je vous demande de parfaire votre œuvre, et je vous adresse une prière. Puisque vous avez bien voulu vous intéresser à nos Colonies, n’hésitez pas à y envoyer vos enfants. Ah! je sais par expérience combien il est dur de se séparer d’un fils qu’on a élevé, choyé, dorloté ; mais c’est un sacrifice qu’il faut savoir s’imposer, car nous avons besoin de colons intelligents et instruits; le sort de nos Colonies est en grande partie entre vos mains, puisque notre infériorité vis-à-vis des nations étrangères réside dans la répugnance qu’éprouvent les parents français à laisser leurs enfants prendre leur vol vers des régions lointaines. C’est cependant une belle carrière, bien appropriée à notre caractère et à notre génie national. Aidez-nous donc. Mesdames, en vous inspirant des

beaux exemples laissés par vos devancières, les Marseillaises de la Tour des Dames, consentez-nous ce sacrifice, et vous aurez une fois de plus bien mérité de la Patrie.

Je tiens à adresser, du fond du cœur, mes bien vifs remerciements à mes collaborateurs les plus immédiats : au directeur de l’Exposition, M. Victor Morel; aux directeurs-adjoints, MM. Giry et Delhorbe ; à mon chef de cabinet, M. Henri Malo, et aussi à Messieurs les présidents des commissions, dont le dévouement ne nous a jamais fait défaut!

Messieurs les membres des jurys de classes, de groupes et du jury supérieur, notre rapporteur général, M. Paul Masson, va vous exprimer toute notre gratitude pour le concours précieux que vous nous avez apporté, mais je tiens à le devancer, en vous exprimant mes sentiments les meilleurs et les plus reconnaissants.

Mes cliers compatriotes et MM. les abonnés, nous tenons à vous exprimer, mon collègue M. le docteur Heckel et moi, notre profonde reconnaissance pour le concours que vous nous avez prêté, ainsi qu’à nos dévoués collaborateurs. Votre zèle nous a soutenus et nous a encouragés, il ne s’est pas démenti un seul instant. Les hésitants même de la veille sont devenus les enthousiastes du lendemain, et nous ne pouvions rêver déplus flatteur, de plus honorable couronnement de carrière. Après nous être rencontrés, il y a quelque quarante ans, le docteur Heckel et moi, sur les bancs de notre Faculté des Sciences, M. Heckel s’est consacré tout entier à la science, la plus fidèle des maîtresses, et a rendu, non seulement à la grande cause coloniale, mais à notre ville, les services les plus signalés. J’ai été, je l’avoue, un peu plus volage; mais, dans les diverses situations que j’ai occupées, j’ai conscience de m’être toujours efforcé de bien servir mon pays, et nous nous sommes retrouvés quelque peu blanchis et défraîchis, heureux toutefois de consacrer nos efforts communs à une œuvre dont vous avez assuré le succès. Dans les luttes politiques, que je connais par expérience, il y a forcément et toujours des vainqueurs et des vaincus, des contenls et des

mécontents; aujourd’hui, au contraire, nous avons la singulière bonne fortune de pouvoir nous réjouir en famille de la réussite d’une œuvre essentiellement collective, et dans laquelle chacun peut revendiquer et s’approprier la part qui lui revient dans le succès commun.

Laissez-nous espérer que la nouvelle preuve que vous venez de fournir des ressources inépuisables de notre chère cité, sera suivie d’autres tentatives encore plus brillantes et aussi profitables à son bon renom; laissez nous espérer qu’une ère nouvelle s’ouvre pour Marseille, et, quand ces constructions éphémères auront disparu, quand vous viendrez avec vos familles vous reposer de vos labeurs sous les ombrages de l’ancienne Exposition coloniale, convertie en parc public et en annexe de l’Institut et du Musée colonial, jetez un regard â travers les océans, donnez un souvenir à ces indigènes dont vous avez pu apprécier pendant plusieurs mois la douceur et l’intelligence, et à qui vous avez appris à aimer la Métropole; donnez un souvenir à ces fonctionnaires et soldats coloniaux de tous grades, à ces colons qui, là-bas, courageusement et sans bruit, travaillent au triomphe de la civilisation et à la grandeur de la République. »

De vifs applaudissements saluèrent ce discours de réminent Commissaire Général, auquel M. Milliès-Lacroix , ministre des Colonies, répondit par la brillante allocution suivante ;

Messieurs,

Mes premières paroles seront toutes de gratitude.

Je remercie profondément les initiateurs de cette belle manifestation économique du très grand honneur qu’ils m’ont fait, en me conviant à la solennité qui clôturera l’Exposition coloniale de 1906. Du haut de cette tribune, j’adresse au Gouvernement l’expression de ma respectueuse reconnaissance pour la haute mission dont il a bien voulu m’investir, en m’appelant à présider la distribution des justes récompenses qui vont être décernées à

ces infatigables pionniers de la civilisation, de l’industrie et du commerce, qui ont su porter avec tant de succès dans nos lointaines possessions, l’aclion fécondante de leurs efforls et de leurs sacrifices.

Lorsqu’il m’a chargé de le représenter ici, le Gouvernement a eu sans doute la pensée que j’y trouverais une utile initiation, et que, de l’intéressante leçon de choses qui me serait offerte, je saurais retirer de saines inspirations pour la direction du Département à la tête duquel j’ai été récemment placé. La pensée était juste, elle a été réalisée.

Déjà, de toutes parts, au cours de l’année qui finit, et alors que rien ne faisait pressentir que M. le Président du Conseil ferait appel à mon modeste concours et m’imposerait la lourde et périlleuse tâche qui m’est échue, l’écho m’était parvenu des splendeurs et du méthodique ordonnancement de votre Exposition. Des amis nombreux m’avaient conseillé, et j’avais moimême formé le dessein, de venir passer quelques jours dans cette ville si vivante, si active, afin de mieux m’instruire des choses de notre commerce international, et aussi des ressources économiques de notre domaine colonial. D’autres soucis, des travaux parlementaires pressants et enfin les incidents qui m’ont appelé au ministère ne m’ont permis, à mon grand regret, ni de suivre les conseils de mes amis, ni d’accomplir mes projets.

Mes regrets redoublèrent dès les premiers pas que je fis, ce matin, dans cette enceinte.

Néanmoins, si hâtive qu’ait été ma visite, si rapide que fut le coup d’œil qu’il m’a été permis de jeter sur tant de belles et intéressantes choses que renferme l’Exposition, j’ai été frappé de l’ordre avec lequel toutes ces richesses ont été classées. Si bien qu’il m’a été possible de dégager, dans une certaine mesure, l’ensemble des ressources propres à chacune des colonies ici représentées, et d’apprécier les possibilités de leur mouvement économique respectif.

Sans doule, ce n’a été là qu’une vision soudaine ; mais, loin d’être passagère, elle a produit sur mon esprit une impression ineffaçable. Et, pourquoi le cacherais-je, lorsque s’est déroulé sous mes yeux émerveillés le tableau des produits innombrables de nos colonies, j’ai éprouvé, en même temps que la sensation

de leur activité et de leur plein développement, une émotion profonde ; car, me reportant aux sacrifices si grands et si douloureux que nous coûta leur conquête et que nous imposent encore leur organisation, leur conservation et leur défense, j’ai compris que ces sacrifices ne sont pas vains. Le moment est venu, en effet, où le pays va recueillir les fruits de la constitution de son domaine colonial, si toutefois nous savons être sages et prudents. L’ère des difficultés n’a point été close, le jour où nous sommes sortis delà période d’expansion et de conquête. La pacification et la mise en valeur offrent des difficultés non moins périlleuses. C’est à vaincre ces difficultés que le gouvernement auquel j’ai l’honneur d’appartenir s’efforcera.

Certes, ce n’est ici ni le lieu ni l’heure pour moi de développer dans ses détails la règle directrice de la politique coloniale du Cabinet ; mais j’ose dire quelle est adéquate à sa politique intérieure.

C’est, en effet, par une activité incessante, par une probité absolue, par une administration ferme mais humaine, par la bonté et la douceur et non par la violence, par le respect des civilisations millénaires et non par le mépris des traditions, enfin par une effective protection des véritables travailleurs de l’agriculture, de l’industrie et du commerce, que nous voulons poursuivre la mise en valeur de nos colonies. Ainsi pensons-nous être fidèles au devoir politique et social qui nous incombe, au cours de l’action que nous avons à exercer dans notre empire colonial.

Messieurs, je m’excuse d’avoir retenu trop longtemps votre bienveillante attention, et surtout de m’être laissé entraîner dans une voie qui semble étrangère à l’objet de cette réunion; mais peut-être n’était-il pas inutile que fût résumée devant vous l’idée directrice par laquelle nous voulons que soit conduite notre politique.

Et maintenant, revenant à votre Exposition, dont je salue le magnifique succès, permettez-moi de m’associer, au nom du gouvernement, aux éloges que votre très distingué commissaire général adressait, il y a quelques instants, aux exposants ; j’y joins mes félicitations les plus sincères aux organisateurs de cette manifestation imposante.

Honneur à vous tous, Messieurs. Vous avez bien mérité des Colonies, à la prospérité desquelles vous êtes si étroitement attachés. Votre dévouement mérite d’être récompensé par la nation, dont vous venez de vous faire les serviteurs désintéressés. La République ne faillira pas à son devoir.

Je suis, en effet, autorisé à annoncer qu’un projet de loi sera prochainement déposé devant les Chambres, à l’effet d’obtenir le contingent de croix de la Légion d’honneur que le Gouvernemen tient à cœur de décerner aux plus méritants d’entre vous. Dès que la loi sera votée, seront en même temps distribuées les diverses autres distinctions qu’il est d’usage d’accorder en pareille circonstance .

Messieurs, avant de m’asseoir, j’ai un dernier devoir à accomplir :

Au salut cordial que m’a adressé le commissaire général, à ses souhaits de bienvenue, je réponds par le salut du gouvernement de la République à la vieille cité phocéenne, à la gloire de son passé, à son avenir plein d’espérance, à son union plus intime avec les colonies françaises. »

Les chaleureux applaudissements qui accueillirent le discours ministériel se renouvelèrent en l’honneur de M. Paul Masson, professeur à la Faculté des Lettres et rapporteur du Jury supérieur, qui donna lecture des parties essentielles du remarquable Rapport général dont nous avons parlé plus haut, et fit ressortir les principaux enseignements qui se dégageaient de la grandiose manifestation coloniale dont Marseille venait d’être le théâtre. M. Masson présenta ensuite le Palmarès des récompenses, en signalant les grands prix et les médailles d’or attribués aux exposants.

Cette belle fête de clôture se termina entre 5 et 6 heures, au milieu d’une foule immense, par la promenade, à la fois provençale et coloniale, de la Tarasque et du Dragon. Le cortège très réussi des deux bêtes fabuleuses — la première précédée des guardians de Camargue, avec des jeunes filles en

croupe sur leurs chevaux, et des farandoleurs d’Arles, et la seconde escortée de toute la pompe annamite — fut fort admiré du Ministre et dn public.

Après avoir donné le soir un dîner intime, à la Préfecture, aux principales autorités, M. Milliès-Lacroix prit le train de 8 heures pour rentrera Paris, enchanté de son rapide voyage dans notre ville.

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