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II. — Fondation de l’Institut colonial marseillais

Pour faire pleinement comprendre le but et la portée de la récente fondation de l’Institut colonial de la rue Noailles, il importe de rappeler brièvement l’historique du Musée et de l’Institut colonial de Marseille.

Le Musée et l’Institut colonial de Marseille furent fondés en janvier 1893 par M. le D1 Édouard Heckel, professeur à la Faculté des Sciences de Marseille et directeur du Jardin botanique de notre ville, dans le but d’établir le bilan de nos richesses coloniales et de les mettre en évidence dans des collections méthodiquement classées. Une souscription ouverte par M. Heckel, et dont le total s’éleva à trentedeux mille francs, servit à former le premier fonds de création : le mobilier — vitrines, bibliothèques et outillage de laboratoire — put être ainsi acquis et constitué. Les collections coloniales qui y figurèrent par la suite eurent pour noyaux les propres collections de M. Heckel. Le

local, fourni par le Ministère des Colonies, était situé au deuxième étage de l’immeuble affecté à Marseille, 63, boulevard des Dames, au Service colonial ; le Ministère y joignit une subvention annuelle de cinq mille quatre cents francs, à laquelle s’ajouta la modeste somme de deux cent cinquante francs votée par le Conseil général des Bouches-du-Rhône. En février 1896, M. Mesureur, alors ministre du Commerce, vint inaugurer le Musée et l’Institut colonial de Marseille.

Tels furent les premiers débuts de cette œuvre si utile et appelée par la suite à un brillant développement. Il appartenait dès lors à notre Compagnie, toujours prête à seconder les efforts individuels accomplis dans le sens des intérêts généraux de la cité, de donner à l’œuvre du docteur Heckel une nouvelle extension. Le 3 mai 1893, la Chambre de Commerce de Marseille, alors présidée par M. Augustin Féraud, volait, sur la demande de M. le D1 Heckel, une subvention annuelle de deux mille francs en faveur d’un cours de produits coloniaux (végétaux), qui fut installé dans une pièce dépendant de l’ancien logement de son trésorier au Palais de la Bourse, pièce qu’elle fit transformer en salle de conférences. Un professeur éminent, M. Jumelle, docteur èssciences naturelles, fut chargé de ce cours, qui commença à fonctionner en 1899. L’année suivante, la Chambre de Commerce, poursuivant sa généreuse initiative, s’imposait les sacrifices pécuniaires nécessaires pour créer cinq autres chaires d’enseignement colonial, dont voici la nomenclature et les titulaires :

Produits animaux coloniaux. -- M. de Cordemoy, docteur ès-sciences naturelles.

Produits minéraux coloniaux. — M. Laurent.

Hygiène, climatologie, épidémiologie coloniales. — M. Reynaud, médecin principal des colonies en retraite.

Jurisprudence et droit colonial. — M. Babled, professeur à la Faculté de Droit.

Histoire et Géographie coloniales. — M. Masson, professeur cà la Faculté des Lettres.

L inauguration solennelle de ces Cours eut lieu le jeudi 17 mai 1900, à trois heures et demie, dans la salle des conférences du Palais de la Bourse, en présence de nombreuses notabilités marseillaises. M. Floret, préfet des Bouchesdu-Rhône, présidait la cérémonie, ayant auprès de lui MM. Belin, recteur de l’Académie, Augustin Féraud, président de la Chambre de Commerce, et le docteur Heckel, directeur du Musée colonial. A la fin de la même année, la Chambre étendit et perfectionna l’enseignement colonial organisé par elle, en créant des conférences pratiques faites au jardin colonial de Marseille, et en annexant aux Cours coloniaux des projections photographiques ; elle plaça enfin l’ensemble de cette importante organisation sous l’éminente direction de M. le Dr Heckel.

Telle fut la genèse de l’Institut colonial de Marseille. Il ne cessa depuis lors de rendre les plus utiles services à notre commerce et à notre industrie. Pourtant, quelque satisfaisants que fussent les résultats de son fonctionnement, on pouvait en attendre mieux encore, à condition de le doter d’une organisation plus pratique et de ressources plus étendues. C’est pourquoi, au printemps de 1906, la Chambre de Commerce, qui suivait d’un œil vigilant les progrès de cette institution, pensa qu’il importait de la consolider définitivement, et de profiter à cet effet de la faveur qui s’attachait depuis l’ouverture de l’Exposition aux questions coloniales.

Ce fut à la séance du 8 mai 1906, que M. le Président Desbief prit l’initiative d’entretenir ses collègues d’un projet de transformation du Musée et de l’Institut colonial de Marseille. Il fit valoir que l’Exposition donnait sans doute au public une leçon de choses d’un très grand intérêt, mais qu’il lui semblait opportun de perpétuer et de synthétiser ses résultats par une œuvre durable, et que rien ne pouvait

mieux atteindre ce but que la réorganisation de l’Institut colonial fondé par M. le docteur Heckel. M. le Président Desbief déclara que l’organisation de cet Institut ne répondait plus aux besoins actuels, qu’elle avait le défaut d’être trop dispersée, puisque les cours coloniaux étaient établis à la Bourse et le Musée colonial au boulevard des Dames, dans des locaux d’ailleurs assez exigus et peu accessibles au public. Pour que l’Institut répondît à toutes les exigences, il était donc nécessaire de grouper et de compléter ses divers services et de les installer au cœur de la cité. M. Desbief indiqua que l’immeuble de la rue Noailles, 5, jadis occupé par la Maison Dorée, pourrait être choisi à cet effet; le Musée et les Cours coloniaux y seraient transférés et trouveraient là un emplacement plus vaste et plus commode. Mais la nouvelle organisation devrait comprendre en outre un Bureau de renseignements, et un Musée commercial où seraient réunis tous les produits faisant l’objet d’échanges entre la France et ses colonies (1).

Après avoir envisagé les dépenses nécessitées par cette transformation et les ressources propres à y faire face, M. le Président proposa à ses collègues d’examiner au plus tôt le montant de la subvention qui pourrait être allouée par la Chambre, car il importait, si l’on voulait être assuré de l’immeuble en question, de passer un bail avant le 30 juin. M. le Président ajouta que, dans sa pensée, la Chambre de Commerce devait prendre l’initiative de la création du nouvel Institut et lui accorder son patronage et son concours financier, mais qu’elle ne devait point assumer la charge de sa direction. En d’autres termes, l’Institut serait autonome et constitué par une Association déclarée, dont on provoquerait la reconnaissance d’utilité publique. De la sorte,

(1) D’autre part, M. Desbief croyait pouvoir affirmer que la Société de Géographie, dont la section coloniale et la riche bibliothèque rendent tant de services, accepterait de venir dans ce local compléter le faisceau d’institutions concourant à l’instruction coloniale du public.

la Chambre ne serait pas engagée financièrement au-delà de la subvention qu’elle aurait consentie.

Sur l’invitation de M. le Président, M. Adrien Artaud, qui avait préparé les statuts de la future Association, en donna ensuite lecture à ses collègues. Cette lecture entendue, la Chambre émit, à funanimité, un avis favorable à la réalisation du projet qui venait de lui être exposé, et félicita vivement son Président de l’heureuse initiative qu’il avait prise à cet égard.

Quatre jours après, le 12 mai, la Chambre convoquait au Palais de la Bourse une importante réunion de notabilités coloniales, commerciales et scientifiques, pour leur faire part du projet de transformation de l’Institut colonial et solliciter leur concours. L’avis de cette assemblée d’élite avant été unanimement favorable, la Chambre, dans sa séance du 22 mai, vota, sur le rapport de sa Commission des finances, une somme de quinze mille francs pour sa participation annuelle aux dépenses du nouvel institut, somme qui, jointe aux vingt-cinq mille francs précédemment alloués aux cours coloniaux, porta sa subvention totale au chiffre de quarante mille francs. En même temps, des lettres furent adressées à M. le Ministre et à MM. les Gouverneurs généraux des Colonies, en vue de solliciter des subventions sur leurs budgets respectifs.

Le 19 juillet, une nouvelle réunion avait lieu au Palais de la Bourse sous la présidence de M. Paul Desbief, président de la Chambre de Commerce. M. Adrien Artaud, membre de la Chambre, donna lecture, une seconde fois, des statuts proposés, qui furent adoptés après un échange d’observations (1), puis une Commission de propagande fut élue pour le recrutement des membres de la nouvelle Association.

Enfin, le 30 juillet, l'Institut colonial marseillais fut défrni-

(1) Nous donnons plus loin, en Appendice, le texte intégral de ces statuts.

tivement constitué dans une réunion plénière cjui se tint dans la salle d’honneur de la Chambre de Commerce. M. Mastier, pi éfet des Bouches-du-Rhône, avait bien voulu accepter de présider cette cérémonie, tenant à marquer ainsi tout 1 intérêt qu’il portait à l’œuvre entreprise. A ses côtés avaient pris place au bureau MM. Desbief, président de la Chambre de Commerce; Charles-Roux, commissaire général; Heckel, commissaire général adjoint de l’Exposition coloniale, et I uicat, alors vice-président, aujourd’hui président de la Société pour la Défense du commerce.

M. Desbief, après avoir remercié M. le Préfet, donna lectuie des adhésions déjà recueillies par le comité de propagande, et indiqua que le total des deux premières listes se montait à 41.550 francs de droits d’admission ou de cotisations rachetées, et à 13.190 francs de cotisations annuelles, y compris 5.000 francs alloués à titre de subvention pour 1907 par M. Roume, gouverneur général de l’Afrique Occidentale française.

En présence de pareils résultats, dont il félicita hautement la Commission de propagande, M. le Président déclara qu’il était légitime d escompter à bref délai le complément de subventions nécessaire pour équilibrer le budget de l’Institut colonial, et qu on pouvait, dès lors, sans imprudence, constituer immédiatement l’Association projetée.

Après un échange d’observations, le principe de la fondation de 1 Institut, mis aux voix, lut adopté à l’unanimité, ainsi que le projet de statuts dont M. Adrien Artaud donna une nouvelle lecture. On passa ensuite à la nomination des membres du Conseil d’Administration (1), puis M. Desbief proposa de placer 1 Institut colonial sous le haut patronage de M. le Ministre des Colonies et d’en offrir les présidences d’honneur :

(h Voir en Appendice la composition actuelle de l’Institut Colonial Marseillais.

A MM. les Gouverneurs généraux de l’Algérie, de ITndo- Chine, de l’Afrique Occidentale française et de Madagascar.

A M. le Résident général de France à Tunis ;

A M. le Général Commandant le XVe Corps d’ Armée ;

A M. le Préfet des Bouches-du-Rhône ;

A M. le Maire de Marseille ;

A M. le Président du Conseil général ;

A M. le Recteur de l’Université d’Aix-Marseille ;

A M. le Doyen de la Faculté des Sciences ;

A M. Augustin Féraud, président honoraire de la Chambre de Commerce ;

A M. Jules Charles-Roux, commissaire général de l’Exposition coloniale.

Ces propositions furent adoptées par acclamations, puis M. le Préfet, prenant la parole, déclara, aux applaudissements de l’auditoire, que la création de l’Institut colonial faisait le plus grand honneur à l’esprit d’initiative des Marseillais : il donna l’assurance qu’il prêterait à cette œuvre tout son appui auprès du Gouvernement, et qu’il serait heureux d’en être le collaborateur.

Il ne reslait plus, après celte mémorable séance, qu’à poursuivre les efforts si heureusement commencés, pour amener à brève échéance la réalisation de l’œuvre entreprise. Sous l’active impulsion de son Conseil d’Administration et de son dévoué Secrétaire général, M. Moriceau, Administrateur en chef des Colonies en retraite, le nouvel Institut colonial ne tarda pas à prendre corps et à s’installer dans l’immeuble de la rue Noailles, remis à neuf par les soins de MM. Lieutieret Huot, architectes. On sait que le plan adopté consistait à placer au rez-de-chaussée, à la portée du grand public, le Musée commercial et les Cours coloniaux ; au premier étage, le Musée colonial et scientifique de M. le docteur Heckel ; au deuxième étage, la Société de Géographie de Marseille, avec une salle réservée aux coloniaux de

passage ; au troisième étage, le Syndicat des Exportateurs et les Bureaux d’ Administration de l’Institut ; le quatrième étage étant destiné à être utilisé ultérieurement.

Ce programme fut réalisé point par point, et nous ne pouvons mieux faire, pour permettre à nos lecteurs d’apprécier avec quelle intelligence et quelle ardeur chacun se mit en devoir de le faire aboutir, que de les renvoyer au discours prononcé par M. le président Desbief à la cérémonie d'inauguration de l’Institut, le 24 novembre dernier, et dont nous donnons plus loin le texte. On y verra retracée dans toute son ampleur l’œuvre commune de ses dévoués collaborateurs, et notamment de MM. Grand-Dufay, président de la Commission de propagande ; docteur Heckel, président de la Commission du règlement intérieur ; Lucien Eslrine, président de la Commission d’installation ; Albert Armand, président de la Commission des finances, et Adrien Artaud, président de la Commission du musée commercial et du bureau de renseignements. Ces membres du Conseil d’Administration, aidés de leurs collègues, déployèrent une telle activité qu’il le ur suffit d’un an à peine pour mener à bien la lourde tâche qu’ils avaient mandat d’accomplir, et pour asseoir sur des bases définitives l’Institut colonial marseillais. Rien au surplus ne pouvant suppléer l’éloquence des chiffres, on jugera mieux du succès qui couronna leurs efforts par le tableau suivant, que nous détachons du budget des recettes de l’Institut colonial :

Droits d’admission : 48.000 francs ;

Cotisations rachetées : 18.950 francs ;

Subventions annuelles : 30.250 francs ;

Cotisations annuelles : 15.710 francs ;

Musée commercial (location de vitrines) : 30.000 francs.

Tout fait donc présager qu’en dehors de sa portée esthétique et vulgarisatrice, l’Exposition coloniale de 1906 aura de plus contribué à doter notre ville d’un instrument des plus

précieux pour la mise en valeur de ce magnifique domaine dont Marseille, porte de 1 Orient, est le fournisseur attitré, puisque notre port effectue à lui seul plus de la moitié des échanges de la France avec ses colonies.

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