III- Médaille dor du docteur Heckel
Pendant que s’accomplissaient ces transformations, l’opinion publique s’occupait de décerner aux promoteurs de 1 Exposition coloniale — nous avons nommé M. Jules Charles-Roux et M. le Dr Heckel — les honneurs qui leur étaient dus pour leurs hautes capacités et leur infatigable dévouement. Deux comités ne tardèrent pas à se former, présidés l’un par M. le Dr Queirel, directeur de l’École de Médecine, l’autre par M. Lucien Estrine, vice-président de la Chambre de Commerce, dans le but d’offrir à ces hommes éminents un témoignage de la reconnaissance marseillaise.
I e dimanche 28 avril 1907, eut lieu la remise solennelle à M. le D1 Edouard Heckel de la médaille d’or gravée à son effigie pour commémorer les services exceptionnels qu’il avait rendus pendant sa longue carrière à la science, à notre cité et à 1 expansion coloniale. Le grand amphithéâtre de la Faculté des Sciences se trouva ce jour-là trop petit pour contenir la foule des amis et des admirateurs du D1 Heckel ; on remarquait aux places d’honneur, sous la présidence de M. Charve, doyen de la Faculté des Sciences, M. le Préfet, M. le Maire, M. Charles-Roux, M. le Dr Queirel, M. Lucien Estrine et un grand nombre de notabilités marseillaises.
M. le docteur Queirel, président du Comité Heckel, prit le premier la parole, en remettant au savant professeur de la Faculté des Sciences et de l’École de Médecine la médaille d’or qui lui était offerte par souscription, et dont le talent de M. Gustave Martin, conservateur du Cabinet des Médailles, avait fait une véritable œuvre d’art. Le docteur
Queirel rappela la belle et laborieuse carrière de M. Heckel, et lut en terminant un télégramme de M. Estier associant le Conseil général des Bouches-du-Rbône à cette brillante manifestation.
Des discours très applaudis furent ensuite prononcés, notamment par M. le doyen Charve, par M. Mastier, préfet des Bouches-du-Rhône, par M. Jules Cbarles-Roux, commissaire général de l’Exposition coloniale, et par M. Lucien Estrine, vice-président de la Chambre de Commerce, qui prit la parole au nom de notre Compagnie et prononça rallocution suivante :
Messieurs,
L’absence de M. le président Desbief, retenu à son grand regret loin de Marseille, me vaut l’honneur de représenter à celte cérémonie la Chambre de Commerce, et je suis heureux d’apporter à M. le D1' Heckel les félicitations et l’assurance de la sincère sjunpathie de notre Compagnie.
Aussi bien sied-il particulièrement à la Chambre de Commerce de s’associer à l’hommage rendu par la population marseillaise au savant éminent dont elle s’honore d’avoir la collaboration, et dont les travaux ont rendu de si grands services au commerce et à l’industrie de Marseille.
Docteur en médecine et successivement professeur de botanique à l’Ecole Supérieure de Pharmacie de Nancy, à la Faculté des Sciences de Grenoble, à l’Ecole de Médecine et cà la Faculté des Sciences de Marseille, directeur du jardin botanique de notre ville, M. le docteur Heckel aurait pu se contenter du renom que lui avait légitimement acquis une carrière universitaire largement remplie par les travaux du laboratoire et par l’enseignement de la chaire.
Mais il est des esprits supérieurs dont un seul genre d’occupation ne satisfait point l’activité, et il est des cœurs généreux qui, ne se contentant point de connaître les théories, veulent les faire servir au progrès économique et social. M. le Dr Heckel a
été de ceux-là, et il a tenu à faire servir à la prospérité de sa ville d’adoption, comme aussi au développement du domaine colonial de la France, les connaissances acquises par ses travaux de professeur et par ses voj^ages aux colonies.
En 1893, M. Heckel fondait dans notre ville le premier Musée et Institut Colonial en France, et notre Chambre s’empressait de lui donner son patronage. Il commençait en même temps la publication des annales de l’Institut, qui font autorité dans le monde scientifique, et autour desquelles il a su grouper une pléiade de jeunes et brillants rédacteurs. M. Heckel étudiait les plantes coloniales, mais de préférence les plantes économiques, de manière à donner à ses travaux un caractère aussi pratique qu’utile à notre commerce. Nos industriels et notre Chambre de Commerce eurent souvent recours à ses renseignements, à ses conseils et à sa documentation, et des indications précieuses furent fournies à nos industries, spécialement à celle des corps gras, leur ouvrant de nouveaux champs d’action et de travail.
Cependant, M. Heckel pensait que pour vulgariser les connaissances coloniales, la création de cours d’enseignement public s’imposait. Sur son initiative, la Chambre de Commerce fonda, en 1898, un cours de produits coloniaux, puis, en 1900, elle créait un ensemble de cours sur l’hygiène, la législation, l’histoire et la géographie, les produits d’origine minérale, végétale et animale des colonies françaises. M. le D1 Heckel fut nommé directeur de cette organisation nouvelle, fonctions qu’il n’a cessé de remplir avec une compétence appréciée de tous.
A peine ai-je besoin de rappeler que M. le Dr Heckel, après avoir été l’initiateur de l’enseignement colonial en France, fut un de ceux à la foi inébranlable dans le succès de notre Exposition coloniale, à qui nous devons d’avoir victorieusement surmonté les obstacles que l’indifférence des uns, la défiance des autres, opposaient à sa réalisation.
Nommé Commissaire général adjoint, M. Heckel a donné à la mise en œuvre de cette Exposition un concours auquel je suis d’autant plus heureux de rendre ici un public hommage, qu’il m’a été donné d’être un de ses collaborateurs. Enfin, la Chambre de Commerce n’a fait que suivre la voie que lui avait ouverte M. le Dr Heckel, en créant récemment l’Institut Colonial Mar-
seillais. Cetle fondation n’a été réalisée, d’ailleurs, qu’avec le concours de l’éminent professeur qui a bien voulu accepter, pour consacrer l’alliance de la science et du commerce, de réunir son Musée Colonial à notre Musée Commercial et à notre Bureau de Renseignements. M. Heckel a été nommé par acclamation membre fondateur et vice-président de l’Institut Colonial, et, à la tête de cette importante organisation, il aura l’occasion de rendre de nouveaux services au développement économique de notre ville et des colonies françaises.
Il appartenait à notre ville, devenue sa patrie d’adoption, de lui donner un témoignage spécial de haute estime et de reconnaissance pour les grands et nombreux services qu’il lui a rendus. Les collectivités comme les individus s’honorent, d ailleurs, en se montrant reconnaissants. Voilà pourquoi je suis heureux de m’associer, au nom de la Chambre de Commerce — et je crois en ce faisant acquitter une dette d’honneur — à l’hommage rendu aujourd’hui à M. le D* Heckel. Soyez assuré, Monsieur, de la haute estime et de la gratitude de notre Compagnie, et puissiez-vous continuer longtemps encore à la cause coloniale, au commerce et à l’industrie de Marseille, le concours de votre haute intelligence et de votre inlassable dévoûment. »
M. le docteur Heckel, qui avait échangé de fraternelles accolades avec la plupart des orateurs au milieu des chaleureuses acclamations de l’assistance, répondit avec émotion aux témoignages de sympathie qui lui étaient prodigués. Voici le passage de son discours relatif aux vœux exprimés par M. le vice-président Estrine au nom de notre Chambre :
« Je ne saurais oublier jamais ce que je dois à la Chambre de Commerce de Marseille, représentée ici par M. Estiine, dont la bienveillance à mon égard ne s’est jamais mieux manifestée que dans la chaleur de son discours. C’est au sein de cetle haute collectivité, qui résume en elle toutes les forces actives du commerce et de l’industrie marseillais, que j’ai trouvé le premier et le plus
solide appui pour la création et le développement de mes premières œuvres coloniales. Je ne puis me rappeler sans émotion quel accueil aimable et déférent je reçus de M. Féraud, alors Président, et de M. Borelli, un colonial éminent, lors de mes premières ouvertures en vue de la création d’un cours, d'abord, puis de tout un ensemble de chaires coloniales, qui a fait de la Chambre de Commerce le premier et le plus important centre d’enseignement exotique de la France. Les hommes ont changé depuis, les procédés se sont modifiés, mais l’intérêt qu’inspirent à nos négociants et à nos industriels nos possessions d’outremer s’est accru, et s’est manifesté récemment dans toute sa plénitude par la participation généreuse de la Chambre de Commerce aux dépenses de l’Exposition de 1906, et surtout par celte belle création, centralisation de toutes les forces coloniales sous le nom d'institut Colonial Marseillais, dans la plus grande artère de notre ville. Vous avez rappelé cette épopée locale en y rattachant trop étroitement mon nom, c’est à la Chambre de Commerce, cher Monsieur, qu’il faut en rapporter tout le mérite, et je ne négligerai aucune occasion de le proclamer très haut. J’ai du reste, comme vous, la certitude que tout ce développement d’ordre spécial profilera aux intérêts majeurs de notre cité, et notre unique but est de servir ces intérêts avec tout le dévouement dont nous sommes capables. Je vous serais très obligé d’être l’interprète de mes sentiments de gratitude auprès de la puissante Compagnie que vous représentez si bien. »
Après une dernière ovation, cette mémorable séance prit fin par la distribution aux souscripteurs de la plaquette due à l'initiative du Comité spécial.