PRÉPARATION DE L EXPOSITION
L’idée première d’une Exposition purement coloniale est née du succès de l’Exposition du Trocadéro en 1900. L’avenir paraissant plus propice aux expositions spéciales qu’aux expositions universelles, c’est à la manifestation de notre activité au delà des mers que semblait devoir être consacrée la première de ces expositions. Aussi, le 23 octobre 1902, M. le docteur Heckel qui s’est depuis longtemps fait l’apôtre de toutes les causes coloniales, lançait-il, dans une conférence donnée à la Société de Géographie de notre ville, le projet d’une Exposition coloniale et d’un Congrès colonial international à Marseille pour 1905.
Ce projet, qui avait l’assentiment des coloniaux les plus autorisés, notamment de MM. Jules-Charles Roux, Etienne et Doumer, rencontra l’approbation unanime des corps élus et du public marseillais. Cinq jours après la conférence de M. Heckel, le 28 octobre 1902, le Conseil municipal émettait un vœu de principe en faveur de la future Exposition. Le 19 décembre, une commission d’études préparatoires était instituée, et, par une lettre en date du 13 janvier 1903, M. le Maire de Marseille, mettant la Chambre de Commerce au courant des récentes délibérations de la municipalité, la
priait de désigner trois délégués pour faire partie de cette commission préparatoire composée de membres du Conseil municipal , du Conseil général et de la Chambre de Commerce .
La Chambre désigna aussitôt à cet effet MM. Ludovic Sube, alors membre-secrétaire, aujourd’hui vice-président, Charles Canaple et Alfred Duboul. Ces messieurs s’abouchèrent avec leurs collègues et étudièrent avec eux les bases de la grande œuvre à réaliser. Cependant, malgré la bonne volonté de tous, les progrès de l’idée marquèrent un temps d’arrêt jusqu’au printemps de 1903.
Une nouvelle impulsion de l’opinion publique était nécessaire pour la faire aboutir. Elle .se produisit sous la forme d’une imposante Assemblée des Présidents de Syndicats patronaux, groupés à la Société pour la Défense du Commerce le 1er juillet 1903, sous la présidence de M. Adrien Artaud. Dans celte séance, le distingué président de la Société, aujourd’hui membre de la Chambre de Commerce, exposa ses démarches à Paris, indiqua que la question financière semblait facile à résoudre par des moyens autres que ceux que l’on avait d’abord envisagés et annonça, aux applaudissements unanimes de l’Assemblée, que M. Jules- Charles Roux demeurait prêt à accepter d’être le Commissaire général de la future Exposition coloniale et maritime (car on la voulait aussi maritime). Les représentants des Syndicats acclamèrent le principe de cette Exposition, précédemment voté parla Chambre Syndicale delà Société, et ils donnèrent au Syndicat d’initiative de Provence, alors présidé parM. Lucien Estrine, aujourd’hui vice-président de la Chambre de Commere, mandat d’établir un avant-projet précis et pratique aux divers points de vues de la date, de l’emplacement et des moyens financiers à employer.
Le Syndicat d’initiative, se mettant aussitôt à l’œuvre, se livra à un examen approfondi de la question, jeta les bases d’une combinaison financière d’aprèslaquelle 1.500. ÜÜOfrancs
suffisaient pour asseoir le projet (1), et détermina le Conseil général à voter, dans sa séance du 22 octobre 1903, une subvention de 250.000 francs. Le 17 novembre suivant, le Conseil municipal votait à son tour une subvention de 1 million en faveui de la future Exposition. Quatre jours auparavant, le 13 novembre 1903, les syndicats patronaux, réunis à la Société pour la Défense du Commerce, avaient approuvé le rappoit piésenté p a î le Syndicat d Initiative de Provence et félicité son Président et son Bureau de la manière dont ils s’étaient acquittés du mandat qui leur avait été confié.
A l'exemple des autres corps élus, la Chambre de Commerce, dans sa séance du 4 décembre 1903, tenue sous la présidence de M. Léopold Le Mée de la Salle, alors son président, prit au sujet de son concours financier la délibération suivante :
Sur la proposition de sa Commission des finances (2), la Chambre de Commerce, considérant que la réalisation du projet tendant à la création d’une Exposition Coloniale à Marseille en 1906 présente le plus grand intérêt pour le commerce et l’industrie, à raison des relations intenses qui existent entre ce port et les possessions françaises d’outre- mer ;
Qu’il lui appartient, dès lors, de favoriser l’exécution d’une œuvre qui ne peut manquer de développer les transactions commerciales et de procurer, partant, les plus grands avantages non
(1) Cette combinaison était basée sur les données de 1900. Les colonies avaient paj^é leurs emplacements et leurs palais au Trocadéro, ce qui n'avait laissé à la charge du. budget général de l’Exposition Universelle qu’environ 1.800 000 francs.ll convient au surplus de remarquer qu’en 1900 les entrées et les redevances profitaient au budget général, tandis qu’à Marseille il y avait lieu d’en faire état dans les prévisions de recettes. Par suite, le vote d’une somme de 1.500.000 francs, joint aux ressources précitées, devait permettre de faire lace à tous les frais. On sait que ces prévisions ont été pleinement justifiées et que, malgré les dépenses considérables qu’elle a exigées, notre Exposition Coloniale a eu un excédent de recettes.
(2) La Commission des finances de la Chambre de Commerce était présidée en 1903 par M. Paul Desbief, alors vice-président, aujourd’hui président de la Chambre.
seulement à Marseille mais à toute la région et à la France même ;
Considérant que cette Exposition sera réalisée avec le concours déjà acquis du Conseil municipal et du Conseil général, et aussi avec l’appui du Gouvernement et du Ministère des colonies ;
Décide :
1° De donner à l’œuvre ainsi entreprise en commun un concours qui ne pourra en aucun cas dépasser la somme de 250.000 francs ;
2° De mettre cette somme, en temps utile, à la disposition de M. le Ministre des colonies ;
3° De réaliser, pour en assurer le paiement, un emprunt d’égale somme remboursable en vingt- cinq ans et dont l’annuité, évaluée à 16.000 francs, sera prélevée sur le tonds de réserve qu’elle a décidé de constituer en vertu de l’article 26 de la loi du 9 avril 1898.
Le 29 mars 1904, la Chambre prenait une nouvelle délibération pour demander au Ministre du commerce l’approbation de sa combinaison financière, et, le 4 juin, M. le Préfet des Bouches-du-Rhône lui notifiait le décret présidentiel, en date du 18 mai, l’autorisant à contracter un emprunt de 250.000 francs, dans les conditions proposées, à titre de fonds de concours pour l’Exposition coloniale.
Le 4 mars 1904, M. le Ministre des colonies avait transmis de son côté à la Chambre de Commerce l’ampliation d’un décret rendu le 1er mars sur le rapport des ministres des Colonies, de l’Intérieur et des Affaires étrangères, et déléguant, sur la proposition de la Ville de Marseille, M. Jules Charles-Roux et M. le docteur Heckel dans les fonctions de commissaire général et de commissaire général adjoint de l’Exposition Coloniale de 1906.
A la suite de cette notification, la Chambre adressa la lettre suivante à M. Jules Charles-Roux :
Marseille, le 9 mars 1904.
Monsieur et cher ancien Collègue,
M. le Ministre des Colonies vient de nous faire parvenir le décret qui vous délègue dans les fonctions de Commissaire général de l’Exposition nationale coloniale de Marseille en 1906.
Notre Chambre a appris avec la plus vive satisfaction le choix que vient de faire le Gouvernement en vous appelant à remplir ces importantes fonctions ; elle sait avec quelle distinction vous avez rempli un semblable mandat à l’Exposition universelle de 1900. Elle apprécie votre connaissance approfondie de toutes les questions coloniales, et ne peut que se réjouir de la grande impulsion que vous saurez donner à l’Exposition que notre ville prépare pour 1906, et dont notre commerce est appelé à retirer de très sérieux avantages.
Recevez donc, Monsieur et cher ancien collègue, nos plus sincères félicitations pour le mandat qui vient de vous être confié et qui vous mettra à même de continuer plus directement encore les services que vous n’avez cessé de rendre aux grands intérêts de notre port et à ceux de notre Compagnie.
M. J. C.-Roux devait justifier d’une façon éclatante les espérances que, sûre de ses hautes qualités d’administrateur, la Chambre de Commerce plaçait en lui. A peine investi de son mandat, il se mettait à l’œuvre et constituait sans retard les cadres principaux de la future Exposition. Au Commissariat général, outre l’aide précieuse de M. Edouard Heckel, il s’assurait le concours de collaborateurs actifs et dévoués, choisissant comme directeur M. Victor Morel, chet de bureau au Ministère des Colonies, comme directeurs-adjoints MM. Auguste Giry, secrétaire du Syndicat d’initiative de Provence, et Clément Delhorbe, secrétaire général du Comité de Madagascar, comme chef de cabinet M. Henri Malo, qui avait déjà rempli ce rôle auprès de lui lors de 1 Exposition de 1900, enfin comme secrétaires généraux MM. Paul Gaffarel
et Paul Masson, professeurs à l’Université d’Aix-Marseille, M. Ponsinet, chef du Service colonial, et M. Roger Hesse (ce dernier en qualité de secrétaire de la direction). Un Comité supérieur , appelé à lui donner ses avis et à le seconder dans sa tache fut ensuite constitué. Ce Comité, placé sous la présidence de M. Ghanot, maire de Marseille et la vice-présidence de MM. Nicolas Estier, président du Conseil général, Paul Desbief, alors vice-président, aujourd’hui président de la Chambre de Commerce, et Eugène Pierre, premier adjoint au maire, fut composé de délégations du Conseil municipal, du Conseil général et de la Chambre de Commerce qui s’y firent représenter respectivement :
Le Conseil municipal par MM. Milhau, Brion, Baylle, Borés, adjoints, et MM. Allard, Baudin, Castilhon, Dillère, Dufour, Roux et Payoud, conseillers.
Le Conseil général par MM. Deleuil, Guichet, Lafond, G. Laffon, Pierre Roux, Schurrer et Thourel.
La Chambre de Commerce par MM. Agelasto, Sube, Ch. Canaple, Duboul, Jeansoulin, Malien et Paul Fournier. (A la suite du renouvellement partiel de la Chambre, MM. Agelasto, Canaple, Duboul et Jeansoulin furent remplacés ultérieurement par MM. Grand-Dufay, Alexandre Rolland, Edouard Velten, Emile Lombard et Émilien Baux).
Diverses Commissions d’ organisation furent ensuite instituées :
1° La Commission des Emplacements, présidée par M. Girard Cornillon, ancien président du Tribunal de Commerce, aujourd’hui membre de la Chambre de Commerce ;
2° La Commission des Finances, présidée par M. Albert Armand, membre de la Chambre de Commerce, et . qui comptait parmi ses secrétaires, M. Ed. Velten, aujourd’hui membre-secrétaire de la Chambre ;
3° La Commission du Règlement, présidée par M. Adrien Artaud, alors président de la Société pour la Défense du
Commerce, aujourd’hui membre de la Chambre de Commerce, et dont les deux vice-présidents, MM. Frédéric Bohn et Michel Guilland appartiennent aujourd’hui à la Chambre.
4° La Commission des Constructions et Travaux, présidée par M. Batard-Razelière, ingénieur en chef du Service spécial Maritime, et dont un des secrétaires, M. Daniel Stapfer, fait aujourd’hui partie de la Chambre de Commerce ;
5° La Commission des Publications et Notices, présidée par M. R. Delibes, alors président de la Société de Géographie, aujourd’hui décédé ;
6° La Commission de Propagande et des Fêtes , présidée par M. Adolphe Fouque, vice-président, puis président du Syndicat d’initiative de Provence ;
7° La Commission de réception des Produits, présidée par M. Lucien Estrine, alors membre-secrétaire de la Chambre de Commerce dont il est aujourd’hui vice-président, et qui comprenait encore deux autres membres actuels ou anciens de la Chambre, M. Emilien Rocca comme vice-président, et M. Emile Malien comme secrétaire ;
8° La Commission de i Horticulture et des Plantations, présidée par M. Claude Brun, directeur du Réveil Agricole , alors conseiller municipal.
9° La Commission de /’ Océanographie et des Pèches, présidée par M. Em. Bernicli, conseiller de S. A. S. le prince de Monaco ;
10° Le Comité du Contentieux, présidé par Me Eugène Talon, ancien bâtonnier de l’Ordre des Avocats ;
11° La Commission de l'Hygiène, présidée par M. le docteur Queirel, président du Conseil d’hygiène.
Une des premières questions soulevées fut naturellement celle de l’emplacement delà future Exposition, déjà étudiée en 1903 par le Syndicat d’initiative de Provence. On envisagea tour à tour I ancien cimetière Saint-Charles, le parc Borély, l’ancien Vélodrome, les environs du Château des
Fleurs... Finalement, le Ministère de la Guerre ayant consenti, sur les instances de M. Jules Charles-Roux et moyennant remplacement, à mettre à sa disposition le Champ de manœuvres du Rouet, d’une superficie de 20 hectares environ, ce fut cette dernière solution qui prévalut, et les terrains du Champ de manœuvres, concédés par autorisation ministérielle du 1er octobre 1904 et augmentés de la propriété Richard et d’un terrain limitrophe appartenant à la Compagnie P.-L.-M., devinrent l’emplacement définitif de notre Exposition coloniale. L’expérience a montré depuis combien ce choix fut heureux. Par sa situation au milieu de la plus belle avenue de notre ville, son éloignement des centres industriels, ses facilités d’accès et sa proximité de la mer, le Rond-Point du Prado ne pouvait constituer qu’un attrait de plus pour les visiteurs.
Le plan des travaux et leur direction furent alors confiés à M. Muller, architecte de la ville, et à M. Bentz, architecteadjoint, qui se mirent immédiatement à l’œuvre pour donner aux richesses de la future Exposition un cadre digne d’elles.
Le 30 novembre 1904, M. J. Charles-Roux, adoptant les propositions de la Commission des Règlements, prenait une décision portant règlement général pour l’Exposition coloniale de Marseille de 1906, et organisant sa classification générale. Celle-ci comprenait, on s’en souvient, 10 groupes et 56 classes :
I. — Premier groupe (classes 1-5). Le domaine colonial delà France; ses origines, sa formation ou incorporation, ses ressources naturelles.