ANCIENNES COLONIES ET KIOSQUE A MUSIQUE
l’admiration du monde entier. Nous remercions la Chambre de Commerce de Lyon, et son distingué président, M. Isaac, de s’être fait représenter à notre Exposition.
La Commission de réception des produits et tout particulièrement MM. Usslaub, Rocca et Gouin se sont souvenus qu’une des plus anciennes industries marseillaises est la savonnerie, et, s’entourant des conseils du docteur professeur Heckel ; de M. Milliau et de nos savants chimistes, ils ont organisé une Exposition rétrospective des corps gras, qui sera, pour nos visiteurs, une très intéressante leçon de choses et, pour les hommes de sciences, un fécond sujet d’études.
Je tiens à payer un juste tribut de reconnaissance à notre Directeur- Adjoint, M. Auguste Giry, un ouvrier de la première heure, qui est resté sur la brèche sans un moment de défaillance et accomplit sa rude tâche, avec autant d’intelligence que de bonne humeur et de persévérance.
Je remercie la presse locale, sans distinction de nuances, qui nous a toujours énergiquement soutenus, et qui nous a toujours ouvert ses colonnes avec une libéralité et une largesse dont il serait difficile de ne pas être touché.
Je remercie MM. les présidents et mes collègues du Comptoir National d’Eseompte de Paris et de la Société Marseillaise d’avoir bien voulu se charger de notre service financier.
Je remercie nos entrepreneurs et nos ouvriers et nous nous félicitons, au cours de ces travaux, de n’avoir eu que peu d’accidents à déplorer.
A l’Exposition coloniale, nous comptons dans quelques mois, donner, comme complément, un congrès, où tous les coloniaux, ceux de la métropole, aussi bien que ceux des colonies, seront appelés à mettre en commun leurs bonnes volontés et leurs compétences pour l’étude de quelques-uns des problèmes qui se posent à l’occasion de l’organisation et de la mise en valeur de notre domaine d’outre-mer. Ce congrès, dont le secrétaire général est M. Depincé, un de mes collaborateurs à 1 Union coloniale française, nous apparaît comme le couronnement nécessaire de la grande manifestation coloniale aux débuts de laquelle nous assistons. Qu’est-il, en effet, lui-même, si ce n est une antre exposition en quelque sorte complémentaire de la
première : L’exposition des méthodes et des idées après celle des résultats et des faits ? Qui pourrait nier que cette exposition-là ait aussi son utilité? Quand nos yeux se seront remplis du spectacle des diverses richesses provenant de nos colonies, il nous restera, si nous voulons tirer de cette leçon de choses tout l’enseignement qu’elle comporte, à descendre en nous-mêmes, à nous livrer à une sorte d’examen de conscience, à constater les résultats obtenus, à faire la critique des procédés mis en œuvre pour les obtenir, à nous efforcer d’en découvrir les points faibles, à nous demander si nous n’aurions pas pu mieux réussir et comment nous l’aurions pu. Une enquête sur la valeur de notre œuvre dans le passé ; un effort vers le mieux dans l’avenir, tel est le double caractère du congrès que nous organisons pour le commencement de septembre. Nous y convions tous ceux, commerçants, industriels, armateurs, agronomes, ingénieurs, historiens, sociologues, militaires, économistes qui ont exploré les domaines si divers de l’activité et de la science coloniales. Nous les prions de nous apporter les fruits de leur expérience, les résultats de leurs observations et de leurs méditations.
Ab! Messieurs, pourquoi notre fête n’est elle pas aujourd’hui complète? Pourquoi ne célébrons-nous pas l’ouverture du Canal de jonction du Rhône à Marseille, comme Milan va célébrer le percement du Simplon, après celui du mont Cenis et du Saint- Gotliard? Loin de moi, certes, la pensée de ne point admirer le génie des Italiens et l’ardeur qu’ils apportent dans cette lutte toute pacifique et de bon aloi qu’est la lutte économique ; mais il m’est difficile de ne pas mettre en parallèle la rapidité et la méthode avec lesquelles ils procèdent au perfectionnement de leur outillage commercial, avec la lenteur désespérante, avec le décousu indiscutable que nous apportons à l’amélioration du nôtre.
Ce n’est, certes, pas la faute de nos pouvoirs locaux si le Rhône n’aboutit pas encore dans nos ports. Pendant plus de vingt-cinq ans, Chambre de commerce, Conseil général et Conseil municipal se sont escrimés en vains efforts. Vous me permettrez même d’ajouter que je crois avoir apporté tous mes soins à cette question vitale pendant les huit années que j’ai eu l’honneur de vous représenter au Palais-Bourbon. — Ce projet a été enfin
voté, quelque peu décapité par le Sénat ; mais quand se décidera-t-on à donner les premiers coups de pioche et à quelle époque ces travaux seront-ils terminés ? — Cette lenteur d exécution leur fait perdre une bonne partie de leur effet utile et il n’y aurait rien de surprenant qu’un nouveau tunnel duSimplon, parallèle à celui déjà existant, ne fût creusé, avant que la modeste et économique péniche ne puisse venir déverser dans les flancs de nos paquebots le fret dont nous avons besoin et qui ne nous fait défaut que par suite de l’élévation des prix de transport, pour les marchandises lourdes et de peu de valeur.
Je ne voudrais pas, Messieurs, que vous me prissiez pour un révolutionnaire ou un séparatiste, mais j’ai conscience que nous souffrons d’un excès de centralisation. Il y a longtemps qu on
s’en plaint. Talleyrand, Condorcet, Royer-Collard, Guizot, Cousin, Renan, ont signalé le mal. Les divers ministres qui se sont succédé au pouvoir dans ces derniers temps ont prononcé et prononcent des discours superbes sur les bienfaits de la décentralisation, et notre actif et aimable sous-secrétaire d’Etat aux Beaux-Arts, M. Dujardin- Beaumetz, en parle souvent, comme s’il y croyait. C’est un sujet, du reste, qui inspire tous les orateurs et qui soulève toujours d unanimes applaudissements. Mais ce sont là de simples manifestations platoniques, car, plus nous allons, au contraire, plus on centralise.
Le moment me paraît cependant venu de tirer les conséquences du régime sous lequel nous vivons, et d appliquei les réformes indispensables à une démocratie rationnellement oiganisée, de supprimer bien des rouages, certaines tutelles qui n ont plus de raison d’être, et d’accorder aux groupes sociaux, comme la Commune et le Département, une indépendance plus grande. Je vais plus loin ; bien que ce ne soit pas ici le lieu de dé\elopper cette thèse, je suis un partisan convaincu de \ autonomie des grands ports de commerce.
Vienne le moment où Paris cessera d’être un objectil indispensable pour les penseurs, les philosophes, les lellies, les savants, les artistes, où l’on ne sera plus oblige de se rendre a Paris pour obtenir l’autorisation de procéder à un travail quelque modeste qu’il soit et de passer par la filière de cinq ou six ministères, et on verra si la province tardera à affirmer sa vitalité, on
verra même si ses productions de toute nature ne présenteront pas une originalité plus marquée, une saveur nouvelle ; on verra si les grands travaux d’utilité publique ne seront pas menés avec plus de rapidité et d’entrain. Ainsi que l’a écrit notre grand poète, Frédéric Mistral : «Si, comme il est à croire, comme nous le croyons tous, la France doit redevenir vigoureuse, c’est en nous retrempant dans nos origines ; c’est en favorisant les pousses nouvelles qui verdissent dans les profondeurs populaires, que nous échapperons au flasque cosmopolitisme et à la platitude d’un nivellement général ».
Ne désespérons pas, Messieurs, et continuons nos efforts. L’Exposition de 190G est une éloquente preuve de l’esprit d’initiative du Conseil général des Bouches-du-Rhône, de la Municipalité et de la Chambre de Commerce de Marseille ; une intelligente tentative de décentralisation, que le gouvernement de la République n’a pas hésité à favoriser et dont le patriotisme de nos colonies et de nos industriels métropolitains ont assuré le succès.
Considérons donc cette manifestation comme le point de départ d’une ère nouvelle.
Nous avons essayé, mes collaborateurs et moi, d’apporter notre petite pierre à l’édifice, en consacrant tous nos soins et tout notre dévouement à l’organisation de l’Exposition et en essayant de justifier la confiance que le Président de la République et le gouvernement nous ont fait l’honneur de nous témoigner, et j’adresse un cordial salut à tous les enfants de Provence qui, de près ou de loin, sur terre ou sur mer, servent la grande patrie.
Après ce discours salué d’applaudissements prolongés, M. Mastier, préfet des Bouches-du-Rhône, vint affirmer l’intérêt que le gouvernement portait à notre Exposition, quoique les circonstances l’empêchassent de prendre part à son inauguration. En attendant la visite promise de M. le Président de la République, M. Mastier félicita tous les collaborateurs de la grande manifestation destinée à accroître la prospérité de la France et de ses colonies par le travail et par la paix.
GliAND PALAIS DE L INDO-CHINE