CHAPITRE VI
Guerre avec l'Angleterre. — Établissement de la verrerie de M. Ferry. — Réorganisation de la Chambre de commerce. — « Les semaines ». — Emprunt de quatre millions pour faciliter les armements de la marine royale. — Les ministres montrent une grande déférence vis-à-vis de la Chambre de commerce. — Le premier chaperon de la municipalité réservé aHx négociants. — Protestations de la noblesse. — Dettes considérables contractées par la Chambre pour fournir des fonds à la marine. — Situation financière très critique. — Remontrances adressées au roi, fort mal accueillies. — Les familles Roux et Gary. — Budget de la Chambre de commerce, 1748-1770.
Les Anglais faisaient éprouver de grandes pertes au commerce français. La Chambre reçoit la nouvelle de la prise des navires commandés par les capitaines Savournin, Villecroze, Arnaud, Moisson, Brest et Reynaud (24 janvier 1748).
Le 16 février, le Ministre a reçu l'avis que les navires des capitaines Pougasse et Violet ont été également pris par les Anglais. Il est désolé « des pertes nombreuses qu'éprouve le commerce de Marseille, mais il reproche aux négociants et armateurs de ne pas avoir insisté pour obliger les capitaines à attendre les escortes pour se mettre en mer. »
Enfin, le 24 mai, le Maréchal de Belle-Isle a fait connaître à . la Chambre de commerce la cessaticfn des hostilités des vaisseaux anglais, dans la Méditerranée.
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Mais à peine le commerce reprenait-il un peu d'activité dans les Echelles, que de nouvelles entraves étaient apportées à nos relations par le gouvernement lui-même.
L'excès de centralisation, le penchant exagéré des ministres pour tout réglementer et s'immiscer dans les plus grands détails de la vie publique ou privée des citoyens , les entraînait, chaque jour, à tracasser les commerçants établis dans les Echelles du Levant. Nous en trouvons une preuve évidente, dans une ordonnance que M. d'Amirat crut devoir publier, le 23 octobre 1 748, pour se conformer aux instructions de M. le comte de Maurepas.
Après avoir fait remarquer que les négociants, qui ont résidé dans les Echelles pendant dix et quinze ans, rentrent en France sans être suffisamment riches, et avoir attribué la médiocrité de leur fortune à un excès de luxe, le consul arrête les dispositions suivantes :
« Nous, consul général de la nation françaises établie dans les états de Morée, faisons expresses inhibitions et défenses aux nationaux, résidant dans ce département, de jouer aux jeux de hasard ou autres jeux capables d'intéresser leur fortune; leurs interdisons l'usage des repas somptueux qu'ils se donnent les uns aux autres dans certaines occasions, et surtout lors du séjour des négociants français ou étrangers qui passent par l'Echelle ; leur défendons d'entretenir chez eux des chevaux et un trop grand nombre de domestiques, l'usage des chevaux ne devant être permis que de temps à autre, lorsqu'ils sortent de la ville pour leurs affaires ou pour quelque récréation honnête. Nous renouvelons, en tant que de besoin, les défenses précédemment faites aux nationaux de s'habiller de
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drap anglais ou autres étoffes étrangères, préférablement à celles de France, autant par économie que pour engager, par leur exemple, les Turcs et les gens du pays à rechercher les draps et les étoffes du royaume, et, enfin, nous leur enjoignons d'éviter toutes les habitudes contraires à une conduite régulière et qui pourraient être pour eux des occasions de dissiper leur fortune. »
La permission d'aller faire le commerce dans les Echelles du Levant était une faveur très vivement disputée : « Les sieurs Sieuve, Carraire et Poulharies, écrit le Ministre, s'étant présentés tous à la fois, pour obtenir une maison dans l'Echelle de Seyde, c'est à vous, Messieurs les députés, de me marquer les motifs de préférence qui peuvent déterminer plutôt pour l'une que pour l'autre. Je vous observerai seulement, à l'égard du sieur Sieuve, que sa demande aurait dû précéder le temps de sa députation, ou être renvoyée après, ne convenant pas que les membres de la Chambre obtiennent de pareils établissements pendant leur exercice, pour ne pas donner occasion au public de porter un jugement désavantageux » (2 février 1749).
Deux maisons sont disponibles à Seyde, par suite de l'expiration du délai de résidence des sieurs Porry et Carraire. Le roi, sur la double proposition de la Chambre et du Ministre, a accordé ces deux maisons aux sieurs Carraire, ancien député de la Chambré, et Remuzat frères, « tant en considération de la bonne réputation et de la solidité de ces négociants, qu'à cause de l'intérêt qu'ils avaient dans ces maisons, dont ils n'ont pu retirer, pendant la guerre, le bénéfice qu'ils devaient en attendre » (28 mars).
Le sieur Honoré Constant, du lieu de Mirabeau, en Provence, est mort à Scio. Il a fait divers legs à son frère et à ses neveux, et a laissé tous ses meubles à une nommée Marie, ancienne esclave ; ce qui semble indiquer, qu'à défaut de françaises, qui ne pouvaient s'établir dans les Echelles, les résidants rachetaient des esclaves grecques. Le testament de Constant et le compte-rendu de la liquidation de son héritage sont joints à la lettre du ministre (15 avril).
Le sieur Lieuvry, consul à Cérigo, demande une augmentation de traitement; le Ministre invite la Chambre de commerce à examiner ce qui pourrait être fait en sa faveur (20 avril 1749).
C'est la dernière lettre écrite aux députés du commerce de Marseille par M. le comte de Maurepas. Il donna sa démission peu de jours après, et fut remplacé par M. Rouillé (1), dont la première lettre porte la date du 30 avril 1749.
M. Rouillé annonce sa nomination, en ces termes, aux échevins, députés du commerce :
« M. le comte de Maurepas ayant donné au roy la démission de sa charge de secrétaire d'Etat, S. M. m'a fait l'honneur de m'en pourvoir et de me confier en même temps le département de la marine. Je compte trouver dans votre Chambre tout le zèle et l'application nécessaire pour augmenter le commerce et la navigation des sujets de Sa Majesté, et vous pouvez
(1) Rouillé (Antoine-Louis) comte de Jouy, né en 1689, mort en 1761. Intendant de commerce, en 1725, ministre delà marine, en 1749, des affaires étrangères, en 1754, et surintendant-général des Ports, en 1757. « Il essaya, dit un biographe, de relever la marine française, affaiblie dans la guerre de la succession d'Autriche. — L'Académie des sciences le nomma membre honoraire en 175 1. »
être persuadés de mon attention à les favoriser, en tout ce qui dépendra de moi » (30 avril 1749).
Le Ministre continue cependant à s'immiscer dans toutes les questions intéressant le commerce de Marseille. Le sieur de Ferry a demandé à établir une verrerie à Marseille; il a dû s'adresser au Ministre, qui a consulté la Charnbre; celle-ci donne un avis favorable le 13 mai 1750.
La Chambre de commerce de Marseille est intéressée, pour un quart, dans la Compagnie d'Afrique, et de plus, elle est responsable du paiement du dividende des actions. A ces divers titres, elle doit être consultée sur le choix du directeur principal. Les actionnaires de Paris ont désigné M. Floret pour remplir ces fonctions ; mais le Ministre désire que la Chambre donne son avis, après mûre délibération, sur ce candidat (9 février 1750).
Etat général du commerce des Français dans l'Echelle de Salonique pendant Tannée 1750. A l'entrée, 107 navires, dont le chargement total est évalué à 5 17 . 523 livres; — à la sortie, 108 navires, dont le chargement s'élève à 453.461 livres.
Même statistique en ce qui concerne le commerce étranger. A l'entrée, 43 navires dont le chargement total est de 488. 142 livres; — à la sortie, 46 navires avec un chargement d'une valeur de 743 . 176 livres.
Les étrangers, avec un nombre inférieur de navires, ont transporté des marchandises d'une plus grande valeur totale; cette différence s explique par la nature de la marchandise; l'Italie seule a porté, en 1750: 269.564 livres d'espèces d'or et d'argent (1754).
es Marseillais avaient demandé le renvoi des juifs qui dent le commerce à Aix et à Marseille. Cette réclamation 'autres sans doute, provoquèrent l'avis du Conseil d'Etat futrendu le 15 février 175 1, ordonnant l'expulsion des s du royaume de France.
e Ministre adressa, le 22 mars, aux députés du commerce instructions pour empêcher les ouvriers français d'émi- ■ : Un nommé Buffet, du Vivarais, ouvrier en soie, a ersé Marseille, s'est rendu à Nice et de là en Espagne. Les :vins de Marseille sont invités à surveiller les ouvriers cherchent à s'embarquer, et à s'opposer, de tout leur voir, au départ de ces ouvriers (22 mars), a Chambre de commerce fonctionnait depuis un siècle très ilièrement, et sans donner aucun sujet de plainte au goulement. Elle rendait au contraire des services très grands étaient d'ailleurs fort appréciés; mais le besoin de régleitation engagea le Ministre à modifier son organisation ; s seulement pour augmenter le nombre des membres de hambre. Voici, en effet, les principales dispositions des es patentes qui furent signées par Louis XV, le 13 août ette année.
rticle premier. — Au lieu de quatre députés et de huit seillers, qui, avec les quatre échevins en place, composent Chambre de commerce de Marseille, elle sera à l'avenir iposée, outre les dits échevins, de douze députés, lesquels ;ront six ans en place, et continuera la dite Chambre de peler et intituler : « Us Echevins et Députés du commerce de 'seille. »
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Art. 2, 3 et 4 . — Les députés seront élus en la manière portée par le règlement du 13 novembre 1650 et les édits de 1660 et 17 17. Ils seront choisis parmi les plus notables négociants et autres personnes les plus expérimentées au fait du commerce, et sans que personne puisse prétendre se dispenser d'accepter ces fonctions.
Art. 5. — Les députés du commerce n'auront, entre eux, d'autre rang que celui que leur donnera l'ordre de leur élection, et cependant, les échevins continueront d'être à la tête de la Chambre et d'y avoir voix et séance avant les députés, en la même manière que par le passé.
Par une dernière disposition, il était dit que le roi se réservait de déterminer incessamment les attributions de la Chambre, et par une ordonnance du 17 janvier 1753, il la régla ainsi qu'il suit :
« i° La Chambre de commerce de Marseille réunira à l'administration générale du commerce des Echelles du Levant et de Barbarie, la connaissance des affaires propres au commerce d'Amérique, d'Espagne, d'Italie, pays du Nord et tous autres qui peuvent se faire par le port de Marseille.
« 2 Le commerce des ports du Royaume de Maroc, en deçà et en delà du détroit de Gibraltar, pouvant être compris dans la même direction que les autres états ou régences de Barbarie, et étant susceptibles des mêmes règles, Sa Majesté se réserve de statuer à cet égard par une ordonnance particulière.
« 3 L'Inspecteur du commerce du Levant et de Barbarie,
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sera désormais inspecteur du commerce de Marseille, et sera, en cette qualité, chef et président de la dite Chambre (i).
« 4° Il sera formé six départements pour régler entre les députés le travail dont chacun d'eux devra être chargé.
« 5° Toutes les lettres, mémoires, états et pièces que la Chambre recevra, après avoir été vues par les échevins, seront distribuées et renvoyées aux députés chargés du département que les dites pièces concerneront, pour qu'ils instruisent et discutent les affaires, et en fassent rapport à la première assemblée de la Chambre.
« 6° Il y aura toujours un député* de semaine et chaque député sera semainier à son tour ; il prendra journellement connaissance des affaires courantes de la Chambre, écoutera les plaintes qui y seront portées, recevra les avis et mémoires qui lui seront donnés, et écoutera les représentations qui lui seront faites sur les différentes matières de commerce, de navigation ou y ayant rapport, et il en rendra compte à la première assemblée.
« 7° Sa Majesté se réserve de récompenser les députés du commerce qui, par l'utilité et l'assiduité de leurs services, auront mérité des distinctions.
Le Ministre continue à se réserver toutes les questions de résidence dans les Echelles, et même le choix des capitaines de navires :
Le sieur Charles Prépaud, de la Ciotat, fils du malheureux
(i) M. de La Tour, premier président du Parlement et intendant de Provence, était cet inspecteur ; il recevait à ce titre, sur les fonds de la Chambre de commerce, une indemnité annuelle de 6.000 livres.
capitaine qui est mort à Alger sous la bastonnade, demande à commander un navire; mais comme il n'a que 18 ans et qu'il ne navigue que depuis deux ans, le Ministre ne peut pas lui accorder le brevet de capitaine, malgré l'avis favorable de la Chambre.
M. Adine, directeur des fermes à Lyon, s'est montré obligeant pour le commerce de Marseille. La Chambre est autorisée à lui offrir une étoffe de la valeur de 400 livres (12 mars).
L'ambassadeur deConstantinople, M. le comte Des Alleurs, est très dévoué au commerce de Marseille. Répondant à une lettre de remerciements des députés, il leur exprime ses sentiments sympathiques :
« Je sais très bon gré à MM. les députés de la nation de Constantinople, dit-il, de vous avoir informé de mes attentions sur tout ce qui peut intéresser le commerce du Levant, puisque cela m'a procuré des remerciements de votre part. J'ose me flatter, Messieurs, que vous seriez satisfaits de mon zèle, si vous étiez bien exactement instruits du détail de mes soins, des embarras qui se rencontrent aujourd'hui dans le commerce du Levant, des obstacles que produisent la diversité des génies et des opinions, le caractère particulier des Turcs, de jour en jour plus avides et plus éclairés, la concurrence de nos rivaux, et les manœuvres de nos ennemis. Je suis persuadé aussi que l'utilité et l'abondance qu'a procurées, depuis deux ans, à Marseille, l'exportation des blés du Levant, à laquelle je puis vous avouer que je n'ai pas eu peu de part, ne vous aura pas échappé, en remédiant, par là, à la traite onéreuse de cette denrée des Anglais. Je dois espérer
que c'est pour moi un nouveau titre pour m'assurer encore mieux des sentiments de votre reconnaissance. Jaloux de tout ce qui peut les fortifier, je ne me relâcherai jamais, et je compte finir les fonctions de mon ambassade avec le même zèle dont j'ai été animé depuis son commencement. Si quelque chose pouvait ajouter à l'attachement naturel que j'ai pour mes devoirs, ce serait le désir de parvenir à votre estime, en vous donnant des preuves multipliées de la considération distinguée, avec laquelle je suis très parfaitement, Messieurs, votre très humble et très obéissant serviteur, Des Alleurs. » (30 juillet 1753).
L'éloquence de l'ambassadeur n'est pas si grande, quoi qu'il en dise, qu'il ait pu persuader le pacha sans le secours d'un présent.
Les autorités turques étant sur le point d'interdire l'exportation des blés, l'ambassadeur a cru devoir « capter le capitanpacha et le mettre dans les intérêts de la nation pour modérer la rigueur des ordres qui lui ont été adressés ; et il lui a fait remettre un présent de la valeur de 800 piastres, indépendant d'une donativede 100 sequins à son premier drogman. » En conséquence, la Chambre de commerce est invitée à payer cette somme « sans difficulté » (24 septembre).
Séance du 15 novembre. — « M. le député semainier a dit que la Chambre ayant établi, par ordre de lettres alphabétiques, un tableau des noms des députés qui doivent, pendant chaque semaine, rapporter les affaires aux assemblées, ça été en suivant cette forme, que MM. Couturier et Simian furent unanimement choisis et nommés dans. l'assemblée tenue
extraordinairement, le 8 de ce mois, pour se porter à Nice et y traiter de l'abonnement du droit de Villefranche (i), et comme cet ordre de nomination par lettres alphabétiques pourrait être susceptible de quelque interprétation, ledit sieur député semainier aurait requis l'assemblée d'y faire ses réflexions.
« Sur quoi, l'assemblée a unanimement convenu que la forme dénommer ses membres, soit pour remplir les semaines de service de la Chambre, soit pour tout autre commission ne leur donnant ni rang, ni préséance, elle continuera d'être observée » (fol. 67).
Nomination de M. de Vergennes, en qualité de ministre plénipotentiaire ou d'envoyé extraordinaire à Constantinople, en remplacement de M. des Alleurs, décédé. La rente de 16.000 livres que la Chambre accorde aux ambassadeurs, lui sera payée, quoique son titre soit différent (27 janvier).
La France était en paix avec les régences d'Alger et de Tunis, et cependant lorsque des. corsaires de ces pays s'emparaient d'un navire français, les consuls n'en obtenaient la restitution qu'en faisant des présents aux autorités. Ainsi, la restitution du pinque l'Annonciation, capitaine Aubret, pris par les Tunisiens, a donné lieu à une dépense de 450 piastres « en donatives », et la restitution du navire le Saint- Antoine, capitaine Lafargue, n'a été obtenu qu'en distribuant 2,226 livres « en donatives » aux autorités Algériennes (5 janvier 1755).
(1) M. Rouillé avait engagé la Chambre à racheter le droit de Villefranche, pour lequel elle payait un abonnement de 40.000 livres (29 octobre).
Dans le but d'exciter les armements pour la course, le Ministre a rédigé un nouveau règlement, en exécution duquel des gratifications seront accordées aux commandants des navires qui feront dés prises sur l'ennemi, soit : 1 50 livres pour chaque canon pris sur des navires chargés de marchandises, 225 livres pour les canons pris sur les corsaires particuliers, et 300 livres pour les canons des vaisseaux et frégates de guerre ; 30 livres pour chaque prisonnier des navires marchands; 40 livres pour chaque prisonnier des corsaires, et 50 pour ceux des vaisseaux et frégates de guerre (28 janvier 1756).
Séance du 8 juillet 17^6. — « M. le semainier a dit qu'il a été dressé un mémoire, renfermant un projet de faire construire et armer deux frégates aux frais de la Chambre, pour protéger le commerce et assurer la navigation dans la Méditerranée, pendant tout le temps de la guerre, et lecture en ayant été faite, le Bureau a nommé MM. Lespiau et Crozet, pour prendre toutes les connaissances relatives audit projet, dresser en conséquence un devis de construction et faire part ensuite à la Chambre de leurs observations à ce sujet » (fol. 409).
Séance du 15 juillet 1756. — « Le mémoire ayant pour objet de faire un armement capable de mettre à couvert des corsaires anglais, le commerce du Levant et de la Méditerranée, ayant déterminé la Chambre à nommer MM. Lespiau et Crozet dans la dernière assemblée, pour en examiner tous les points, les discuter, faire leurs observations et dresser un
plan de construction de deux frégates, mes dits sieurs les députés auraient dit :
« Messieurs, sans nous arrêter à prouver Futilité dudit « armement, qui nous paraît assez prouvé par ce mémoire, « nous avons l'honneur de vous faire part que, pour remet plir les vues de la Chambre, nous nous sommes assem- « blés avec les anciens capitaines et un habile constructeur « et avons dressé ensemble un plan de construction de deux « frégates de 32 pièces de canons chacune, dont 24 sur le « pont, de 1 5 livres de balles, et 8 sur le gaillard, de 4 livres, « dans les mêmes proportions et formes que Ton construit « celles pour le roi.
« Ces deux vaisseaux seront en état par leurs forces, de « donner la chasse et de combattre tous les corsaires et même « les plus grosses frégates anglaises qui pourront troubler la « navigation.
« La construction pourra monter à environ 300,000 livres « chacune, en composant l'équipage de 300 hommes, salaires « dé deux mois, et avitaillement pour trois mois payés.
« Leur dépense annuelle sera de 300 à 350,000 livres; « savoir, environ 9,000 livres de salaires par mois et de 5 à «r 6,000 livres d'avitaillement pour chacun des vaisseaux.
a L'imposition pour survenir à cette dépense annuelle, qui « nous a paru la plus équitable, puisqu'elle sera levée sur « ceux qui profiteront essentiellement de ces armements, « serait un droit d'un pour cent, tant d'entrée que de sortie, « sur le commerce du Levant et d'Italie. »
De nouveaux encouragements sont accordés pour la course : « Les armateurs, dit le Ministre, ne courent
aucun risque en faisant construire des frégates, puisque, dans tous les cas, le roi les prendra pour son compte (26 mai et 18 octobre). »
Devis pour servir au marché de la construction d'une frégate de 26 canons, que le roi a permis à la Chambre de commerce de Marseille de faire construire (22 novembre 1756).
Instructions pour le capitaine Claude-Louis Fort, commandant la barque du roi V Hirondelle, armée par la Chambre de commerce de Marseille (9 décembre 1756).
Deux membres de la Chambre de commerce de Marseille sont allés à Toulon, et ont passé un traité avec le sieur Monoyer, pour la construction d'une frégate de 26 canons de 12 livres de balles, moyennant la somme de 125,000 livres (28 décembre).
V Hirondelle, armée par la Chambre de commerce, et commandée par le sieur Fort, est partie pour la course. Le Ministre approuve les instructions que les députés ont données au capitaine de cette barque (4 janvier 1757).
M. Peyrenne de Moras, contrôleur général des finances, est nommé ministre de la marine : « Je suis bien aise, Messieurs, de vous annoncer moi-même le changement que le roi vient de faire dans le ministère, par la retraite de M. le garde de sceaux, S. M. a trouvé à propos, en me laissant les finances, de me charger du département de la marine (10 février 1757). »
Le sieur Fort, commandant la barque du roi YHirondelle, a rencontré le corsaire fVreigbt, qu'il était chargé spécialement de combattre, « mais ce capitaine, ajoute le Ministre, a manqué son coup (14 mars). »
Peu de jours après, le Ministre apprend que le même capitaine a détruit un corsaire anglais, vers l'île de Scira (4 avril).
M. de Pigache, officier de la marine royale, a refusé une gratification offerte par la Chambre de commerce : « J'avais réservé la lettre que vous m'avez écrite au sujet de la marque de reconnaissance que vous désirez offrir à M. de Pigache, parce que j'étais persuadé qu'il se contenterait de votre suffrage, et du plaisir d'avoir rendu, dans sa campagne, un service utile à la navigation de votre place. »
« Les officiers de Sa Majesté, ajoute le ministre, ne sont pas sensés devoir être susceptibles des mêmes récompenses que les armateurs particuliers, eu égard au cas où s'est trouvé M. de Pigache ; ils sont portés, par devoir et par honneur, à protéger le commerce sans intérêt (3 juillet). »
« Etat des sommes dues par Sa Majesté à la Chambre de commerce de Marseille, pour les avances qu'elle a faites pour son service. » Cet état adressé au député du commerce à Paris, le 24 mai 1757, s'élève à la somme de 535,307 livres.
Arrêt qui permet à la Chambre d'emprunter quatre millions et demi pour les dépenses de la marine ( I er octobre 1757).
Etat de la situation générale du port de Toulon, faisant connaître que les dépenses à faire s'élèvent à 11,240,522 livres (10 octobre 1757).
Etat des débours faits par la Chambre de commerce, à l'occasion de la construction d'une frégate à Toulon, s'élevant à 110,331 livres (octobre 1757).
Achat de cette frégate par l'administration de la marine. « Il est ordonné à M. Marcelin-François-Zacharie de Selle, trésorier-général de la marine, de payer aux sieurs Amie, Caire et Guintrand, députés de la Chambre de commerce de Marseille, la somme de 144,204 livres, 10 sous, 6 deniers, pour leur remboursement de Tachât de la frégate La Chimère, que la Chambre de commerce a fait construire, par le sieur Coulomb, constructeur de la marine, et que le roi a prise pour son service, au lieu et place de ladite Chambre (13 décembre 1757).
Le Ministre de la Marine félicite la Chambre de commerce d'avoir emprunté quatre millions « pour le service du roi. » Et comme la Chambre se plaint de la situation commerciale qui n'est pas satisfaisante, le Ministre engage les négociants de Marseille à expédier des marchandises au Canada. Mais il ne dit pas s'il réglementera le commerce de manière à l'entraver selon la tradition ministérielle (22-27 janvier 1758).
La Chambre est autorisée à prendre vingt actions de 3000 livres, pour faciliter l'armement considérable que le sieur Couturier vient d'entreprendre (20 février 1758).
Le capitaine Fort, nommé provisoirement lieutenant de frégate, pendant qu'il commandait Y Hirondelle, désirerait un brevet en titre. — Mais cela n'est pas possible (20 mars).
La Chambre de commerce de Marseille commençait à devenir une puissance envers laquelle on avait des égards. Les changements de ministère leur étaient annoncés avec un certaine déférence. C'est d'abord M. de Moras qui fait connaître son remplacement.
« Le roi, écrit-il, ayant bien voulu agréer ma démission, a