L AMIRAL ET LE VICE-ROI
Il est inutile de dire qu'au retour de son premier voyage , Michel reçut de son père le pardon le plus touchant et le plus doux accueil. Le pauvre porteur de bière termina en paix ses jours , grâce aux économies et aux soins de son fils qu'il laissa désormais naviguer tant qu'il voulut.
Trente-trois ans après ce qu'on vient de
raconter , une escadre des provinces unies
de HoUgnde croisait devant l'île de Gorée ,
dont un capitaine de vaisseau anglais s'était
rendu maître, après avoir capturé plusieurs
navires hollandais. L'amiral qui comman ni. 12
dait cette escadre réduisit en peu de jours les Anglais, les chassa de l'île et les força de restituer tous les navires qu'ils avaient pris.
Quelques jours après cette victoire, un canot de l'escadre , envoyé à terre pour y chercher de l'eau, rencontra une pirogue conduite par six insulaires , sous les ordres d'un vieux nègre, entouré de toutes les marques de respect usitées chez les Africains.
Les deux embarcations s'accostèrent; le vieux nègre, adressant la parole aux canotiers de l'escadre en très bon hollandais , leur dit qu'il était le vice-roi de l'île de Corée. A cette nouvelle, les canotiers levèrent leurs rames en signe de vénération , et les noirs rendirent la même politesse.
— Voudriez - vous m'apprendre, reprit le vice roi, comment se nomme l'amiral commandant de l'escadre qui a si promp-
l'enfance d'un amiral. 179
tement sauvé Tîle et chassé les Anglais? On dit au nègre le nom qu'il demandait}, mais à peine Teut-il entendu , qu'il tressaillit de surprise et se le fit répéter plusieurs fois...
— C'est impossible!... s*écria-t-il avec la plus grande stupéfaction.
— C'est pourtant la vérité , répondirent les hommes de l'escadre.
— Alors , dit vivement le roi nègre , conduisez-moi vers votre amiral!...
Les canotiers obéirent avec empressement.
Cinq minutes après, on annonçait à l'amiral-duc des Provinces-Unies le vice-roi de l'Ile de Corée, et à peine ces deux puissants personnages furent-ils en présence, qu'ils se jetèrent dans les bras l'un de l'autre, en criant :
— Michel Ruyter!
— Kan-Goué !
En effet , le premier était le fils du porteur de bière de Flessingue, devenu le fameux amiral de Hollande, et le second était le nègre qui avait embarqué, bon gré mal gré, le petit Michel à bord de la Sainte- Jeanne.
Ainsi, tous deux avaient vérifié, aux deux extrémités du monde, les singulières prédictions du vieux timonier; et, si ce point de départ de l'élévation de Ruyter a quelque chose de miraculeux, les exploits qui justifièrent cette élévation sont certes plus miraculeux encore, comme chacun peut s'en assurer en parcourant l'histoire de l'illustre marin, — résumée ainsi par ses compatriotes sur le monument qu'ils ont élevé à l'ancien apprenti coidier de Flessingue:
A l'élernelle mémoire Do MICIIEI. DF. lu VTKri,
Amiral de Hollatule et de Ouesl-Frise, Anobli et honoré de l'orilre de
l'enfance d'un amiral. 181
chevalerie |>ar tiuis monarques;
Llevé à la dignité do Duc ,
Dans le royaume de Naples.
Il ne trouva aucune noblesse dans sa race ,
Et ne dut la sienne qu'à Dieu
et à son mérite.
Par une expérience de cinquante-huit
ans, il devint le plus grand homme
de nier de son siècle.
Après avoir combattu sur l'Océan
et sur la Méditerrannée pendant
sept guerres , pris des villes et des
forteresses , au nord et au midi ,
acquis aux Provinces-Unies
La grande côte de la mer
Atlantique ;
Dompté les pirates, été créé chef
de l'armée navale , avoir gagné
quinze grandes batailles ,
livré un mémorable combat
de quatre jours,
défendu quatre fois la République
contre les efforts pressants
de deux puissantes armées navales
réunies et prèles à la détruire ;
Entin , après avoir résisté , par sa valeur
et sa prudence , à des forces supérieures ,
Il fut blessé à la seconde bataille
de Sicile, et mourut de ses blessures,
au port de Syracuse ,
le 29 avril 4676 ,
Étant né à Flessiugue ,
le 24 mars 1607.
Les États des Provinces-Unies
ont fait élever ce tombeau ,
au frais du public ,
à l'honneur de ce chef
de leurs armées navales ,
en reconnaissance de ses grands services.
Il a vécu 69 ans , 1 mois
et S jours ,
sans cesser d*étre la terreur de rOcéan.
Le récit de l'amiral de Kerdaniel amenait directement la conversation sur le merveilleux; on juge que les dames en profitèrent et que les allusions à la Ramée ne se firent pas attendre...
— On ne saurait nier, s'écria la baronne
l'enfance d'un amiral. 183
de Saint-Vital , qu'il n'y ait des choses dont on ne peut se rendre compte et qui , cependant , sont avérées par tout le monde.
— Les phénomènes du magnétisme? dit la châtelaine, détournant avec habileté la conversation.
— Non , reprit obstinément la baronne , je parle de certains faits publics, extraordinaires, et dont ce pays comme tant d'autres a été témoin... par exemple...
Cachet sentit que madame de Saint-Yital allait passer les bornes de l'allusion... Il rougit et tressaillit sur sa chaise, et rompit les chiens par un éclat de rire :
— Ah ! ah! madame la baronne en revient toujours à ce Mari-Fantôme , qui jeta , l'an dernier, l'épouvante dans tout Saint-Marc. Eh bien! poursuivit le receveur sans laisser à la grosse dame le temps de reprendre la parole, ce conte fantastique a fini par s'ex-
pliquer comme tous les contes fantastiques. J'en tiens la clé de fort bonne source, et quand mon tour viendra , c'est l'histoire que je vous raconterai...
— Vraiment? oh! contez-la donc tout de suite! s'écrièrent les demoiselles de Preuil et de Sarmilly, passionnées pour les histoires de revenants.
— Quand mon tour viendra, mesdemoiselles, reprit le receveur en s' excusant, je compléterai mes renseignements, et vous ne perdrez rien pour attendre.
Il suffisait à Cachet d'avoir dépisté la baronne... La conversation reprit son cours général...
Mais madame de Saint-Vital n'était pas femme à se tenir pour battue... Elle s'assura adroitement la complicité de madame de Preuil, et toutes deux à la fois lancèrent à la chàlçlainç le nom de la Raméé.,,
l'enfance d'un amiral. 185
Elles remarquèrent à ce nom le trouble du docteur et du receveur; mais elles furent confondues de l'impassibilité de madame de Kerdaniel...
— Ah! votre ferme fait du bruit dans le pays, docteur? dit-elle en se retournant à demi sur sa chaise...
— Un bruit d'enfer, c'est le cas de le dire ! répondit le docteur ; car il ne s'agit de rien moins que du diable en personne!...
— En vérité!... mais vous ne m'avez pas prévenue de cela... moi qui veux vous acheter cette terre I... contez-moi donc cette histoire, mesdames, ajouta la châtelaine de l'air le plus curieux du monde.
La baronne et le docteur n'en revenaient pas... ce sang-froid leur coupait la parole... Cependant Cachet s'agitait sur sa chaise^ et M. Yalinski baissait gravement les yeux... Le capitaine venait de sortir pour donner
iÔo LA CHAMBBG DE LA REINE.
quelques ordres. — Cette circonstance rendit le courage à madame de Saint- Vital...
Elle raconta tout au long les bruits qili couraient sur la Ramée, les loups-garous , les détonations , les illuminations nocturnes, le Chinois et l'Espagnol, etc., etc.. Elle rtè supprima de son t-écit que te qui concernait madame de Kerdaniel...
Mais quelle fut sa surprise de voir celle-ci dérouter l'examen dont elle était l'objet par le rire le plus cordial , et jurer gaîmeht â ces dames de se procurer et de leur donrie^ la clé de ces mystères!...'
Était-ce une comédie admirablement jotiée pour détourner leur attention ? Était-ce une promesse adroite de récompenser leur discrétion par des confidences comme celles de l'année dernière?... Ce qu'il y a de sûr, c'est que ces dames parurent se demander si elleà
l'enfance d'un amiual. 187
n'étaient point le jouet de quelque conte absurde , et qu'elles doutèrent sérieusement un instant de tout ce qu'on leur avait appris sur la Ramée...
Malheureusement l'amiral, que cette histoire avait singulièrement diverti, déclara qu'il voulait savoir à quoi s'en tenir ; que le rôle de pourfendeur de spectres était fort de son goût, et qu'il irait au premier jour faire connaissance avec le diable de la Ramée...
A ces mots , la châtelaine changea de figure et perdit subitement son assurance... Elle pâlit et ne put venir à bout de maintenir le sourire sur ses lèvres. — Il fallut que le docteur prît la parole pour lui donner le temps de se remettre... et l'amiral fut le seul qui ne s'aperçut point de cette révolution...
— Ah beau-père , dit-elle enfin d'une voix
encore émue... vous ne ferez pas une chose indigne de votre âge et de votre nom ! . . . vous n'irez pas vous risquer dans cette ferme perdue, et contre quelques mauvais plaisants peut-être...
— J'irai, vous dis-je, réprit l'amiral.
— Non , beau-père !
— Et pourquoi pas?...
— Parce que je vous le défends î...
Madame de Kerdaniel prononça ces derniers mots avec une dignité mêlée de tant de grâce, qu'au grand désappointement de ces dames l'impérieux amiral s'inclina et se soumit...
— Au reste, je vous l'ai dit et je vous le répète, mesdames , reprit alors la châtelaine
triomphante , c'est moi qui me charge des mystères de la Ramée. — J'ai mon idée pour les découvrir, et je m'engage à vous les révéler avant un mois... — A demain malin,
l'exfance d'un amiral. 189
mesdames , ajouta-t-elle de l'air le plus aimable;— c'est M. de Grandmaison qui aura la parole.
M. de Grandmaison était le jeune avocat de Rennes amené au château par M. de Kerdaniel avec sa famille^
vn.
LE DEMIER AUÛUR DE BOCCAGË.
— L'amiral vous a parlé d'un célèbre marin, dit M. de Grandmaison 5 moi je vais vous parler d'un illustre amoureux. Si l'intérêt fait défaut à mon histoire, du moins elle ne manquera pas d'à -propos ; je vais présenter à notre Décaméron l'auteur du Décainéron
par excellence, le digne élève de Pétrarque, Géronimo Boccacio.
Un soir d'avril de Tan 1349, au fond d'une chambre retirée du palais des Médicis, à Florence, un homme dans la force de l'âge était seul avec une femme d'environ vingt-cinq ans. Belle autant que le payset l'époque peuvent le faire imaginer, la femme avait encore relevé la grâce et la majesté de sa personne par une toilette dont la soie et le velours étaient les moindres accessoires , et où l'éclat de l'or s'effaçait devant le feu des diamants. L'homme était vêtu avec une simplicité pleine d'élégance et de grandeur. Une ample robe rouge couvrait à demi son pourpoint noir à crevées de satin brun, et, délivrés d'une toque où se mêlaient ces trois couleurs , ses cheveux tombaient en mille boucles sur son cou, en dépit de la mode du temps qui exigeait le sacrifice complet de cette parure na-
turelle. Il tenait à la main un volume richement relié , dans lequel il faisait une lecture^ écoutée avec la plus flatteuse attention par sa belle compagne, et interrompue , de moment en moment , par de tendres regards ou des paroles plus tendres encore.
Cet homme éiait Boccace, le plus grand poète de son siècle après Pétrarque , en attendant qu'il en devînt le premier prosateur. Cette femme était Blanche de Médicis, bellesœur du duc régnant, et ce volume était le Décaméron.
De ces contes , récemment publiés, qui devaient bientôt faire les délices de l'Europe entière, Boccace lisait à la duchesse le plus galant et le plus voluptueux. Il en avait le droit, car il avait su se faire aimer de la lille d'un Médina-Cœli f veuve d'un Médicis. Espagnole par la coquetterie et Italienne par les passions, Blanche avait remarqué le poète
loi LA CHAMBRE DE LA BEINE.
florentin parmi ses courtisans , du vivant même de son vieux mari, et elle avait profité de la liberté du veuvage pour sacrifier à l'élu de son cœur tous les préjugés de la naissance et du rang. Si elle n'avait pas encore mis le comble à son bonheur, cela tenait plutôt à lui qu'à elle-même j car elle l'aimait à la fois en jeune fille et en femme , avec tout l'abandon d'un premier amour, comme avec toute l'ardeur d'une affection coupable. Mais , d'un autre caractère et d'un autre âge, Boccace comprenait que sa passion pour la duchesse serait en même temps la plus belle et la dernière de sa vie, et il mettait une discrétion tout épicurienne à en éloigner le terme le plus désiré, pour en prolonger les plus exquises jouissances. Cette discrétion avait encore l'avantage d'entourer ses relations avec son illustre amante d'un mystère impénétrable à tout le monde.
Ce jour-là , cependant, il semblait oublier la retenue qu'il s'était imposée. Soit qu'il devinât l'intcnlion secrète qui avait inpiré à Blancli(î de le recevoir dans une parure extraordinaire, soit qu'il cédât, enfin, malgré lui , à la violence de ses propres sentiments, il y avait plus d'expression et plus de hardiesse que de coutume dans les regards fréquents qu'il arrêtait sur la jeune femme; et une flamme invisible s'échappait de ses lèvres , avec les mots passionnés qu'il lui adressait à demi-voix. De son côlé, celte dernière laissait lire, dans son trouble naïf et sa rougeur charmante, tout le sens qu'elle attachait à la nouvelle éloquence de cet amoureux langage.
— Madame, dit le poète, en posant son manuscrit, après avoir achevé sa lecture, mes amis prétendent que le Décaméron sera mon plus beau titre à l'immortalité. 11 faut
bien que je les croie , puisque leur avis est aussi le vôtre; mais assurément tous les honneurs que cet ouvrage pourra valoir à mon nom n'égaleront jamais le bonheur qu'il aura procuré à ma vie.
— C'est cependant chose grande et rare que la gloire! répondit la duchesse, qui regarda avec orgueil son amant...
— Moins rare et moins grande que l'amour, reprit vivement celui-ci.
— Que l'amour de Blanche surtout , ajouta-t-il d'une voix tendrement familière.
Pour la première fois, il osait appeler de ce nom la belle-sœur du duc de Médicis. Elle lui apprit qu'elle le préférait à tout autre, par le sourire le plus encourageant qu'il eût encore reçu d'elle; puis elle lui dit avec bonheur :
— Vous êtes donc aussi lier de moi que je le suis de vous, mon glorieùv ami?...
Pour toute réponse, Boccace se rapprocha d'elle et se mil à la contempler en silence.
— Eh ! qui ne me porterait envie en ce moment, s'écria-t-il tout à coup avec transport? N'êtes -vous pas la femme la plus divine qu'aient jamais rêvée les poètes, la plus haute princesse que puissent courtiser les rois? Florence et l'Italie ne sont-elles pas orgueilleuses de vous posséder, comme l'Espagne de vous avoir fait naître? Et celui que vous voulez bien soulfrir à vos pieds ne doit-H pas être plus glorieux que si le monde entier était aux siens?
En achevant cette phrase, prononcée avec l'accent le plus irrésistible, l'auteur du Dccaméron avait joint l'action à la parole, et s'était, en elï"et, laissé glisser de son siège auv genoux de la duchesse. Elle rougit davantage, mais ne lui ordonna point de se relever, et se prit à le considérer à son tour,
comme si elle ne se fût pas aperçue qu'il couvrait de baisers ses mains tremblantes. La tête et le cœur bouleversés par des regards qui plongeaient jusqu'au fond de son âme, Boccace ne fut plus maître de lui. Il exhala son amour dans les expressions les plus voluptueuses de l'incomparable idiome qu'il connaissait si bien ; de sorte que Blanche , enivrée , ne voyant plus que lui dans l'univers, commençait à s'oublier elle-même, et laissait déjà s'appuyer contre son cœur le front brûlant dont ses doigts distraits effleuraient les cheveux noirs... quand un léger bruit, sensible à elle seule, lui fit brusquement détourner les yeux. Elle avait cru entendre venir quelqu'un derrière la portière de son escalier dérobé. Une minute d'attente lui démontra qu'il n'en était rien. Mais cet incident avait rompu le charme délicieux qui agissait sur elle; et, soit que sa
conscience eût élevé la voix dans l'intervalle, soit plutôt que son amour trouvât désormais des raisons pour attendre :
— Demain^ mio caro, demain à la même heure, dit-elle à son amant, d'un ton qui lui promettait plus de joies encore qu'il n'en avait ambitionné dans son délire.
Docile, comme on peut le croire, à un ordre aussi doux, Boccace se releva lentement , pressa avec une nouvelle ardeur les belles mains qui n'avaient point quitté les siennes, jeta sur ses épaules et sur sa tête un froc de moine, sous lequel il était impossible de reconnaître le galant rival de Pétrarque, et disparut par le petit escalier dont il a été question, non sans répéter plus d'une fois en lui-même le ravissant mot d'ordre qui lui avait été donné pour le lendemain.
Son départ eût été moins joyeux , s'il eût
aperçu l'espèce de spectre , vêtu d'un habit pareil au sien, qui, après l'avoir guetté dans l'ombre d'un pilier, pour remarquer sa figure au passage, le suivit de loin, à travers les places et les rues de Florence, jusqu'à la porte de sa modeste demeure.
Mais les amants heureux ne sont pas clairvoyants, et l'imagination enchantée de notre poète avait bien autre chose à faire que de lui peindre un fantôme habillé en frère de la Trinité.
L'amour étant de toutes les époques , la date ne fait rien à la scène qui précède. Il n'en est pas ainsi de celle qu'on va lire; indépendamment des écrits qui en établissent la vérité incontestable^ il est bon de rappeler, pour en sauver la vraisemblance, qu'elle se passe au milieu du quatorzième siècle , c'est-à-dire au temps de la crédulité la plus; aveugle et du fanatisme le plus exalté,
Il était à peu près huit heures du soir. Soigneusement enfermé dans sa chambre , Boccace se préparait à se rendre au rendezvous de la duchesse de Médicis. Déjà il avait mis en œuvre, pour faire fête à celte grande occasion, toutes les ressources que lui offraient la mode du temps et l'élégance florentine, combinées savamment avec son goût particulier. Il avait endossé le pourpoint qui convenait le mieux à sa taille, et la robe qui ajoutait le plus de noblesse à sa tournure. Il ne lui restait plus qu'à mêler à ses cheveux les essences parfumées qui furent toujours recherchées des amours depuis Héro etLéandre; et il allait se mettre à cet important ouvrage devant un joli miroir de Venise, lorsque trois coups violents ébranlèrent sa porte, et une voix formidable lui cria d'ouvrir au nom de Dieu. Trop bon catholique pour ne pas répondre à une pareille sommation, BoC"
20â LA CHAMBRE DE LA REINE
cace s'empressa d'obéir... et recula de surprise en voyant paraître un religieux de l'ordre de la Trinité, dans lequel il reconnut avec effroi un frère puîné du duc de Médicis, célèbre dans toute l'Italie par la piété austère qui lui avait fait embrasser la vie monastique.
— Signor Géronimo, demanda le poète décontenancé, qui peut me procurer l'honneur de votre visite ?
— Je vous ai déjà dit que je viens au nom de Dieu, répondit solennellement le moine; voici ce qu'il m'a chargé de vous transmettre, continua-t-il, sans autre transition, en prenant le ton et l'air inspirés d'un prophète qui va prononcer un oracle. Il y a trop longtemps que vous scandalisez Florence par vos amours criminels, et le monde entier par vos écrits licencieux. Si vous ne renoncez pas aujourd'hui même aux uns et
aux autres, vous passerez avant un an des infâmes délices de votre vie libertine aux tourments éternels de l'enfer !
Le moine n'avait pas achevé ces paroles, qu'il put juger, au trouble extrême de Boccace, de l'effet terrible qu'elles avaient produit. L'épouvante de Balthazar fut moins grande, lorsqu'au milieu de son festin royal il lut sur le mur de son palais le fameux ; Mane Thecel Phares. Ce rapprochement est d'autant plus juste que l'amant de Blanche le fit lui-même dans son esprit. Non-seulement Boccace était, ainsi que nous l'avons dit, un bon catholique dans toute l'acception du mot à cette époque, mais il mêlait encore à ses croyances toutes les superstitions, plus ou moins poétiques, que peut enfanter la faiblesse de caractère attribuée aux hommes d'imagination. Enfin il tenait ;• la vie comme tous ceux qui la réduisent en impressions et
en plaisirs. Ce fut donc uniquement pour se défendre contre sa propre frayeur qu'il essaya d'exprimer au frère Géronimo quelques doutes sur l'authenticité de sa mission, le sommant ainsi indirectement de lui en fournir des preuves.
Le moine prévint sa pensée.
— Vous voulez des preuves , homme sans foi? s'écria-t-il en se rapprochant du poète et en lui serrant le bras de ses doigts nerveux ; eh bien ! écoutez et tremblez de nouveau. Vous aimez la duchesse Blanche de Médicis, la veuve de mon frère...
— Malheureux! interrompit Boccaceavec énergie, qui a pu vous instruire...
— Dieu, vous dis-je! reprit le religieux d'une voix tonnante , pendant que son interlocuteur, réduit au silence, tombait anéanti sur un siège. Et quel autre que celui qui sait tout , poursuivit-il en levant les mains au
ciel , m'eût révélé un secret connu de vous seul et de votre complice !... Oui , de votre complice ! car l'alliée des souverains de Florence a oublié le nom sacré qu'elle porte, au point de répondre à votre indigne amour, et elle ne rougît pas de vous recevoir, sous un déguisement sacrilège, au sein même du palais ducal. Hier encore, vous avez passé deux heures auprès d'elle 5 elle vous attend au moment où je vous parle; et c'est pour aller mettre le comble à sa honte et à votre iniquité que vous faisiez tous ces vains préparatifs au milieu desquels je suis venu vous surprendre. Vous voyez que j'ai reçu mes instructions d'en haut, et que le Seigneur ne m'a pas épargné les moyens devons convaincre quec'est lui qui m'envoie. Apprenez donc jusqu'au bout ses volontés suprêmes : nonseulement vous mourrez impénitent avant la fin de l'année, si vos égarements ne cessent
pas dès aujourd'hui , mais la duchesse même sera condamnée à périr comme vous, du jour où elle aura mis une tache à l'écusson des Médicis. Voilà ce que j'avais à vous annoncer; ma mission est remplie ; voyez maintenant si vous tenez à cette vie et à l'autre , et pour vous et pour votre amante.
Ayant parlé ainsi , le frère Géronimo se retira comme il était venu , et Boccace se retrouva seul dans sa chambre, plus pâle et plus tremblant que s'il eût vu passer la foudre sur sa tète. Convaincu que le religieux n'avait pas appris naturellement ce qu'il savait, et ne pouvant , en conséquence, révoquer en doute la vérité de ses prédictions , il oubliait à la fois et son amour et ses projets , et la duchesse et son rendez-vous, pour ne plus voir que le bras de Dieu prêt à l'anéantir à la première pensée coupable. La révolution qui s'opéra dans ses idées fut donc
aussi complète que rapide. Avecl'inconstance et la vivacitéquile caractérisaient, toute son ardeur pour le plaisir se tourna instantanément vers le repentir et la pénitence , et , au lieu d'aller chercher le bonheur qui l'attendait au palais Médicis, il courut à l'église remercier le ciel de l'avoir averti à temps.
Encore une fois , ceci se passait au quatorzième siècle.
Quant à la fanatique jonglerie du frère Géronimo , nous n'avons besoin pour en découvrir les iils grossiers que du sang-froid qui manquait à Boccace. Depuis son entrée en religion, bien qu'il appartînt à un ordre séculier, le Médicis en froc visitait assez rarement le palais ducal, lorsqu'il apprit par hasard que son ombre y apparaissait presque tous les soirs. Il fut curieux de vérifier la chose, et il ne tarda pas, en effet, à voir se diriger vers les appartements de la duchesse
Blanche un personnage absolument semblable à lui , à cette différence près qu'il était plus soigneusement encapuchonné.
Intrigué, comme on le conçoit, par cette découverte , le moine en profita insensiblement pour espionner le visiteur mystérieux de sa parente ; et , caché derrière la portière de l'escalier dérobé , le jour de l'entrevue que nous avons décrite , il fui mis par les amants eux-mêmes au courant de toute leur intrigue. Deux idées fixes s'emparèrent aussitôt de son esprit : épargner à tout prix à sa belle-sœur une faute roturière qui déshonorerait à jamais le nom des Médicis , et ramener au giron de la sainte église la plus dissipée de ses ouailles, dans la personne de Boccace. Ce double projet n'avait rien que d'assez louable au fond, et aurait pu s'exécuter raisonnablement, si le prétendu prophète ne l'eût gâté par l'invention qu'on a vue, invention, du
reste, qui convenait à son caractère comme à son époque, et qui , après tout, fut couronnée du plus foudroyant succès.
Au bout de quelques jours, toute la ville de Florence sut la conversion soudaine de Bpccace, et la duchesse Blanche l'apprit comme les autres, sans pouvoir en soupçonner la cause. Après avoir attendu près d'un mois quelque explication de cette étrange aventure , elle renonça tout à coup , de son côté , aux vanités du monde, refusa plusieurs mariages qui l'auraient élevée au trône, et ne se montra plus hors du palais Médicis que vêtue de noir des pieds à la tête.
H y avait huit mois qu'elle portait ainsi le
deuil de son amour, n'entendant plus parler
de Boccace , qui vivait retiré dans une sorte
d'ermitage, à deux lieues de la ville, lors-
q'uelle reçut un soir le billet suivant :
« Demain, mio caro, demain à la même heure! III. i'i
» Celui qui eût offert sa vie autrefois pour » ces paroles, et qui va^jayer de cette même » vie l'oubli insensé qu'il a voulu en faire, » donnerait aujourd'hui le salut de son âme » pour vous revoir avant de mourir. »
— Mourir ! s'écria Blanche épouvantée.
Devant ce mot fatal, son abandon de huit mois s'était effacé de sa mémoire, et toute sa passion s'était réveillée dans son cœur, plus vive et plus ardente que jamais.*
Elle relut vingt fois la lettre de Boccace, passant des transports de la plus folle espérance à l'abattement de la plus profonde douleur, versant une larme sur chaque mot , après l'avoir salué d'un sourire, maudissant tour à tour et bénissant le ciel , s'écriant avec terreur : Il va mourir ! et ajoutant avec ivresse : 11 m'aime toujours ! il vivra !
Cette première agitation calmée, elle se demanda ce qu'elle allait faire, et sa résolu-
LE DEKXIKn AMOUR DE tfOCCACE. 21 1
lion fut bientôt prise. Elle commença par quitter à la hâte ses vêtements de deuil, qui n'étaient plus de saison , et qui lui semblaient d'un oHiayant augure. Elle mit à leur place le costume, moitié viril, moitié féminin, qu'elle revêtait habituellement pour se promener à cheval , demanda et monta , au tomber du jour, le meilleur palefroi de ses écuries , traversa tranquillement la ville avec un seul page, le renvoya sous un prétexte à quelque distance des portes, et, gagnant celles-ci par un chemin détourné, s'élança au galop dans la campagne.
La soirée était obscure, et la duchesse soupçonnait à peine sa route; mais le guide qui ne trompe jamais la conduisait invisiblement , et elle arriva en moins d'une heure au terme de sa course. Une vieille femme l'introduisit dans une maisonnette à demi cachée sous le feuillage; et, sur le seuil
d'une petite chambre, qui s'ouvrit immédiatement devant elle, elle s'arrêta , défaillante d'émotion , à la vue du spectacle inattendu qui s'offrit à ses regards.
Boccace était assis dans un fauteuil de velours rouge; une robe noire de la même étoffe retombait à sa droite et à sa gauche, et le reste de sa toilette était de la plus grande magnificence. Tout ce qui l'entourait avait le même caractère. Sa chambre était illuminée et parée comme pour une fête ; des fleurs , répandues à profusion , en parfumaient tous les meubles^ depuis son lit, tendu de pourpre, jusqu'au bahut d'ébène qui portait ses livres et ses écrits, et jusqu'à sa petite table, couverte des mets et des vins les plus exquis de l'époque. Au milieu de tous ces signes de vie et de toutes ces images de plaisir, une seule chose rappelait la tristesse et la mort : c'élp.il !a figure de Boccace. En écrivniU :'i la
LE DEllMKU AMoni DE DOCCACK. 213
duchesse qu'il était mourant, il ne s'ûlait pas fait illusion; son excessive pâleur et sa faiblesse plus excessive encore indiquaient, en effet, qu'il touchait au terme de son existence; que son âme, un instant ranimée, allait s'éteindre en jetant ses derniers feux. A la vue de Blanche^ un sourire ineffable éclaira son visage, et il éleva une main vers le ciel , tandis qu'il appuyait l'autre sur son cœur, comme s'il se fût senti renaître.
— Je savais bien qu'elle viendrait î dit-il avec ravissement.
Et, retrouvant dans sa joie les forces qu'il avait perdues, il allait se lever pour recevoir la duchesse, si ccMc-ci ne l'en eût empêché en se précipitant vers lui. Pour le remettre dans son fauteuil, il fallut qu'elle l'entourât de ses bras , et , soit qu'elle fût retenue par lui ou par elle-même dans celle position, aussi douce à l'un qu'à l'autre , elle se laissa /
2iï LA CHAMBRE DE LA HEINE.
tomber à deux genoux, à sa droite , les mains dans ses mains et la tête près de la sienne. Boccace' se souvint alors que huit mois plus tôt.iijixait été devant elle dans une situation toute semblable, et ce rapprochement lui rappelant les joies réelles qu'il avait sacrifiées à des craintes chimériques :
— Oh! insensé! insensé que j'étais! s'écria-t-il avec désespoir, pendant qu'il sentait pleuvoir sur ses doigts glacés les larmes bridantes de la duchesse, j'ai immolé la plus belle espérance de ma vie à la plus folle terreur de la mort! je me suis arrêté à la porte du paradis comme si je devais y trouver l'enfer ! Et voilà que j'ai perdu mon bonheur sans sauver mon existence; que j'ai fui le paradis qui s'ouvrait à moi, sans éviter l'enfer dont j'étais menapé! Pourquoi vous ai-je appelée ici, Blanche ?poursuivit-il d'une voix pleine de remords, et pourquoi avez-vous
daigné y venir? J'ai eu tort d'implorer votre compassion, et vous n'auriez pasdû me l'accorder ; car mon supplice est aussi juste que mon crime est irréparable!...
Et , calmé peu à peu par son amante, il lui raconta en détail la visite du frère Géronimo, toutes les circonstances de sa conversion, et la vie sombre et désenchantée qu'il menait depuis huit mois. Il lui dit comment son âme et son coi^ps s'étaient épuisés dans une lutte incessante entre elle et Dieu , entre l'amour et la religion; par quel chemin rétrograde, s'apercevant enfin qu'il courait à sa perte en croyant aller à son salut, et qu'il se mourait du changement même qui devait assurer sa vie, il avait passé du remords de ses fautes au remords de sa vertu, efétait arrivé à vouloir consacrer ses derniers moments à celle, qui aurait dû occuper seule toute son existence. Voilà pourquoi il avait demandé Blan-
che,et lui a\ait préparé une réception qui pût leur rappeler leurs beaux jours, en jetant un \oile de fête sur sa lente agonie... Mais hélas! il craignait bien d'avoir voulu trop tard se rattacher au bonheur, et de s'être créé une illusion suprême au bord de la tombe où il allait descendre...
En parlant ainsi , il soulevait lourdement sa lête^ et promenait autour de sa chambre un long regard, qu'il ramenait vers la duchesse avec un triste sourire.
Après l'avoir écouté , silencieuse et pensive, comme si les paroles qu'elle entendait avaient fait germer dans son âme un projet mystérieux, Blanche se rapprocha de lui, arrêta ses yeux sur les siens , lui serra les mains avec ardeur, et lui dit d'une voix profonde :
— Non , vous ne mourrez pas , mon bienaimé ! l'amour a aussi ses inspirations, et ses prophéties ne sont point trompeuses; vous
ne mourrez pas, vous dis-je!... Vous revivrez pour moi qui veux vous faire renaître , pour notre amour qui n'a pas perdu ses droits, pour le bonheur qui nous fut enlevé en vain, pour votre destinée qui n'est pas accomplie !
Alors , la duchesse s'assit aux pieds du poète, lui prodigua les regards et les paroles dont elle l'avait enivré, un instant, la veille de leur séparation, et lui fit si bien oublier la douleur et la mort par les mille soins de son amour, qu'elle vit, au milieu de la nuit, descendre sur les paupières souriantes et le front rasséréné du mala de le sommei ' salutaire qui le fuyait depuis plus d'un mois.
Quand le soleil se leva, Boccace aperçut, en même temps que ses rayons vermeils , le doux regard de Blanche qui n'avait pas cessé de veiller sur lui.
— Ah! je suis sauvé! s'écria t-il, en s'é-
panouissant ù la fois à la lumière, au bonheur, à la vie , et en ouvrant ses deux br^s au bel ange gardien qui s'y précipita avec transport.
Deux semaines s'écoulèrent sans que la duchesse de Médicis quittât la petite maison du poète convalescent. Un soir enfin , elle retourna au palais ducal , mais c'était pour revenir , le lendemain malin , près de son amant, et prendre avec lui le chemin de la France. ( Boccace était né a Paris , d'une Française avec qui son père avait eu une liaison d'amour, et jusqu'à sa mort il désira revoir son pays natal. ) Le jour fixé pour ce départ mystérieux , Boccace attendait depuis plusieurs heures le retour de celle qui allait lui appartenir tout entière et à jamais, lorsqu'il apprit de son page qu'elle avait été assassinée dans la nuit.
Le frère Géronimo, ayant découvert le
nouveau complot tramé par l'amour contre l'honneur des Médicis , n'avait pas trouvé d'autre moyen de sauver l'âme et le nom de sa belle-sœur que de la tuer de sa propre main.
Soit qu'il fût inconnu, soit qu'il fût excusé, ce crime demeura dans l'ombre où il avait été commis ; et , rejeté par les regrets et les remords plus profondément que jamais dans la religion , l'auteur du Décaméron se fit prêtre et fut déclaré à sa mort , par le pape Urbain, le modèle et l'honneur du clergé d'Italie.
Pour la troisième fois , les convives de la Qiambre de la Reine étaient réunis autour (le madame de Kerdaniel, et ils s'occupaient beaucoup moins de l'histoire qu'ils allaient entendre que du drame muet qui se développait sous leurs yeux. Les physionomies
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olfraient trois expressions particulières, dont les contrastes étaient piquants à observer. C'étaient d'abord les acteurs du drame , madame de Kerdaniel et le docteur Valinski , enveloppés de silence et de mystère comme le drame lui-même , dominant le cercle de toute la hauteur de deux personnages dont le secret n'est partagé par personne, à peine échangeant quelques regards d'intelligence empreints de la plus froide réserve ou de la plus agaçante ironie. Puis le capitaine s'efforçant en vain de s'étourdir et d'étouffer la voix intérieure qui lui disait : « Tu es » trompé ! » et s'interrompant au milieu d'un sourire pour darder un œil perçant sur sa femme ou sur le docteur. Ensuite tous ces messieurs et toutes ces dames de Saint-Marc épiant avec une ardeur souvent indiscrète, toujours infatigable, la moindre parole, le moindre coup d'œil , le moindre geste qui
pût leur expliquer les énigmes de la Ramée. Enlin la digne famille de l'amiral, ignorant tout encore, ne soupçonnant ni les préoccupations des uns , ni l'embarras des autres , ne voyant dans les matinées de la Chambre de la Reine qu'une belle occasion d'écouter des histoires , et s'appretant de la meilleure foi du monde à payer aussi leur plaisir aux autres.
Au milieu de toutes ces figures , celle de Gachet présentait une expression à part et qu'il était dilficile de s'expliquer. Tantôt il avait l'air d'être initié aux secrets de la châtelaine et du docteur , et alors rien n'égalait son aplomb et son outrecuidance; tantôt il semblait aussi perplexe et même aussi jaloux que le capitaine, et alors l'infortuné faisait véritablement pitié à voir!...
Ce jour-U surtout il s'agitait sur sa chaise, il considérait tour à tour le mari , la femme
et les convives , comme s'il eût été plus tour: mente que personne des événements survenus le matin.
Ces événements étaient de trois ordres divers, également faits pour intriguer les esprits.
1° On avait vu madame de Kerdaniel sortir à cheval , dès le point du jour , par la petite porte du parc, seule avec son grand chien montagnard;
2° Ce chien n'était point rentré avec elle ' au château , et on l'avait en vain cherché par tout le pays ;
3° Enfin madame de Kernalo avait eu une scène très vive avec sa maîtresse , à l'issue du déjeuner. Le facteur, exact à l'heure de l'affût, avait entendu la gouvernante s'écrier jusqu'à cinq fois : « — Je vous l'avais bien n dit , madame !... mais vous ne voulez jamais » me croire ! V Après quoi la bonne dame,