LES JIATIXÉES DU CHATEAU
mnm n\ amiral.
— Enfin nous îtllons rentrer clans le sanctuaire ! enfin nous allons savoir quelque choëe!... s'étaienl écriées toutes les dames châtelaines.
Et les maris avaient fait écho , suivant l'usage; et toutes les rivalités, toutes lés
rancunes avaient cédé devant l'intérêt commun, et madame de Saint-Vital avait pardonné au chevalier de Cachet ; et M. Valinski lui-même avait presque trouvé grâce, et tout le monde s'était donné la main pour courir à la Chambre de la Reine ! . . .
Jamais le cercle de madame de Kerdaniel n'avait été plus nombreux , plus brillant et plus animé î... Les Preuil, les Charleville, les d'Acigné, mademoiselle Clémentine, le vieux Sarmilly lui-même, tout le monde étak là... Cachet avait retrouvé sa place habituelle dans l'embrasure d'une fenêtre... Le docteur Valinski se tenait derrière la châtelaine, cachant sa préoccupation sous un air de galanterie. Les sièges d'honneur, à droite et à gauche de la cheminée, étaient occupés par l'amiral et ses parens : son frère cadet, officier d'artillerie en retraite , personnage aussi tranquille et aussi doux que l'amiral était
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bruyant et agité ; la femme et la fille de ce même oificier, une figure de patriarche et une figure d'ange-, puis un cousin germain de la famille, jeune avocat de Rennes, dont les yeux noirs ne quittaient pas les yeux bleus de sa jolie parente...
Parmi tous ces joyeux visages, ceux des habitants de Saint-Marc se faisaient remarquer par la vivacité de leurs expressions... Chacun d'eux se souvenait que la révélation des grands mystères de Tannée précédente avait commencé par une réunion semblable , et c'était à qui interrogerait le plus ardemment tout ce qui pouvait mener à la découverte des mystères nouveaux. Les regards avides couraient d'un objet à l'autre , comme si le secret qu'ils poursuivaient eût été caché jusque dans les meubles de la pièce. Et puis c'était avec une véritable émotion qu'on se retrouvait dans cette chambre si pleine de
souvenirs et si sévèrement fermée depu is huit mois!... On reconnaissait avec joie où aVêc attendrissement ce grand lit à baldaquin , où l'on avait vu mademoiselle de Kerdaniel mourante, cette chaise longue sur laquelle elle avait langui si douloureusement , cette petite table dorée et cette précieuse cassette , naguère arrosées par elle de tant de larmes , — et aujourd'hui ( circonstance qui frappa tout le monde) fleuries avec une prédilection particulière... Il n'était pas jusqu'aux fauteuils de satin gris, brodés de rose, jusqu'aux vieux vases de Saxe et du Japon chargés de dorures , jusqu'aux immenses glaces entourées de leurs baguettes or et blanc , à qui nos curieux ne parussent demander ce qu'ils avaient vu et entendu depuis le retour de la châtelaine.
Il va sans dire que tous ces regards errants linissaient par se concentrer sur madame de
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Kerdaniel... Jamais elle n'avait été si jolie, si souriante et si aimable. Aux couleurs noires ou grises qu'elle afTectionnait , l'année précédente, avaient succédé le blanc et le rose , et toutes les vives couleurs du printemps. Son visage lui-même était si frais , si épanoui et si pur, que l'on eût dit la dernière fleur cueillie dans le jardin de Cernan...
Comment une femme qui avait de tels secrets dans le cœur, comment l'amazone de la Ramée, enfin, gardait-elle une physionomie si imperturbable?... — Étrange et prodigieux problème qui déroutait les esprits les plus audacieux!...
M. de Kerdaniel allait et venait d'un air courtois et galant... mais, au coin de sa lèvre entrouverte, un pli profond trahissait encore le mari jaloux. Le malheureux avait mis l'appareil sur la plaie , mais elle était loin d'être guérie...
Cependant le sourire, — cet uniforme des figures humaines, — rayonnait sur tous les fronts... sur celui qui méditai ta part, comme sur celui qui interrogeait les autres, sur celui qui déguisait son martyre, comme sur celui qui cachait sa pensée...
— Eh bien ! voilà notre Décaméron au grand complet, dit madame de Kerdanid avec sa grâce ordinaire. . . Qui se chargera d'inaugurer la seconde session ? qui nous racontera la première histoire?...
Puis, se tournant vers son beau père avec ccitte politesse féminine qui est la plus impérieuse des dominations : '
— Allons , amiral , ajbula-t-elle , à tout seigneur tout honneur... C'est à vous d'ouvrir le feu !...
Ce commendement militaire plût au vieux marin... Il baisa vivement la main de sa bellefille, retroussa Iroisfoissamoustache blanche,
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eldit : — Je m'exécute, etjevaisdroilau fait... « D'un loup de mer comme moi^ vous ne pouvez attendre qu'un récit maritime. Je vous raconterai donc riiistoire, aussi exactequemerveilleuse, de l'enfance d'un des plus illustres marins du i7'siècle. Je vous permets de deviner son nom tout d'abord; mais je vous préviens que je ne prononcerai ce nom qu'en terminant. Voici la chose dans toute sa vérité. »